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Full text of "Revue historique de l'Ouest .."

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.'RÏGHTDLfNN 
BEQUEST 

UNIVTLRSITY  orMICHlGAN 

GEN£a\L  LIBRARV 


REVUE 

HISTORIQUE 

DE    L'OUEST 


T.    V!  .    —    NUTlCtlS.    —   VI*   ANNÉE,    i"   LIV. 


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Vannes.  —  Imp.  E.  Lapolye,  plage  des  Liges,  2 


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REVUE 

HISTOKigUK 

DE    L'OUEST 

CpA  nAI^f^AffT    TOCS    LtS    />/:/.\     .1/0/^^ 

t>IREtrTKÎJR   : 

GASTON    UK  CARNB 

SEtTtBTAmK     DR     ÏJi     J«>JUCTÏOS     : 

COMTE   HÉGIS    DK   L  ESTÙURBKlî.LflN 

Tïiisajotiiick  : 
J.  DE  KKHSAUBON 


(^  Année.    —   r*   Livraison. 


BUREAUX   DE   LA   REVUE 

VANNES  i  PARIS 

£Ugeke  lafolye         Emile  lechevâlîep 

liî90 


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LE  BIENHEUREUX  RUAUD 

PREMIER  ABBË  DE  UNVAUX 

ÉVÊQUE       DE       VANNES 


BIEN  que  Tabbaye  de  Lan  vaux  soit  située  en  plein  pays  bre- 
ton; je  ne  m'avancerai  pas  trop  en  disant  de  nos  compa- 
triotes qu'ils  ignorent  presque  complètement^  non  pas  le 
nom  du  fondateur  de  Lanvaux,  cité  dans  tous  les  recueils  hagio- 
graphiques, du  moins  les  titres  sérieux  qu'il  possède  à  leur 
vénération.  Aussi  les  auteurs  du  nouveau  Propre  de  Vannes, 
malgré  l'érudition  dont  ils  ont  fourni  la  preuve,  ont-ils  omis 
d'insérer,  parmi  les  autres  saints  mentionnés  au  deuxième 
dimanche  de  juillet,  le  nom  du  bienheureux  Ruaud.  C'est 
pour  tirer  de  Toubli  sa  mémoire  et  lui  faire  rendre  dans  la 
mesure  de  mes  forces,  les  honneurs  qui  lui   sont  dûs^,  que 
paraît  au  jour  la  présente  étude.  Le  lecteur,  à  défaut  d'autre 
mérite,  y  notera  celui  de  l'actualité,  en  raison  de  la  récente 
découverte  des  reliques  du  Bienheureux. 

I 

Introduction  de  V ordre  de  Cîteaux  en  Bretagne, 

En  H30,  quatre  religieux  de  l'abbaye  de  l'Aumône,  au 
diocèse  de  Blois*  vinrent,  par  ordre  de  leur  abbé,  en  Bretagne 
pour  y  fonder  une  maison  de  leur  ordre,  qui  était  une  réforme 

«  Diocèse  de  Chartres,  alors  fille  de  Clteaux. 


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6  LE  BIENHEUREUX   RUAUD 

de  celui  de  Saint-Benoît.  Baldric,  archevêque  de  Dol,  à  qui 
les  religieux  firent  d'abord  visite,  les  envoya  .vers  Geoffroi 
Boterel,  comte  de  Lamballe,  fils  d'Etienne,  comte  de  Pen- 
thièvre.  Geoffroi  les  retint  quelque  temps  auprès  de  lui  ; 
puis,  ayant  réfléchi  que  le  titre  de  fondateur  d'une  abbaye 
serait  de  nature  à  flatter  la  piété  de  son  père,  il  prit  le  parti 
de  lui  adresser  ses  hôtes.  Le  comte  Etienne  les  accueillit  avec 
honneur  et  leur  laissa  toute  liberté  pour  le  choix  d'un  empla- 
cement. L'évoque  de  Tréguier,  qui  témoignait  une  vive  joie 
de  leur  arrivée,  fit  un  appel  à  la  charité  de  ses  diocésains  : 
avec  les  secours  qui  affluèrent  de  toutes  parts,  les  moines 
bâtirent  en  peu  de  temps,  dans  la  solitude  de  Plus-Goat,  un 
monastère  qu'ils  appelèrent  Béffard,hca,\ise  d'un  ermite  qu^iis 
y  avaient  trouvé.  Non  que  ce  fût  le  véritable  nom  de  l'er- 
mite, mais  parce  qu'en  ces  temps-là  les  ermites  portaient  le 
nom  de  Bégard  qui  signifie  en  anglo-saxon  mendiant.  Le  ca- 
lendrier de  Bégard  met  cette  fondation,  au  10  novembre  de 
Tan  1130.  C'est  le  premier  établissement  de  Tordre  en  Bre-  ' 
tagne. 

II 
Fondation  de  V abbaye  de  Lanvaux^ ,  fille  de  Bégard. 

Au  fond  d'une  vallée  arrosée  par  le  Loc  et  sur  les  limites 
d'un  véritable  désert,  une  noble  famille,  issue  des  ducs  de 
Bretagne,  avait,  aux  temps  passés,  fixé  le  siège  d'une  fa- 
meuse seigneurie,  que  l'histoire  désigne  sous  le  nom  de 
Lanvaux.  Dans  le  courant  du  XII*  siècle,  la  maison  était  re- 
présentée par  Alain,  baron  de  Lanvaux,  comte    de  Quintin, 

>  Landavallis,  Lanvaux,  B.  Maria  Landavallensis,  Landevallum,  de  Lan* 
davalle,  de  Lavancus,  Lavantia,  de  Lanuanciis,  Januarius,  de  Labanciis, 
Layanx,  Lanvoz,  de  Lavans,  Lanans,  Labans,  Louvaz,  Lawans,  Lanvaus, 
Lauans,  (in  chron.  Brit.),  de  Lavaris,  de  Lavanis,  Lamias  Lamiaus,  Lamnas 
(ap.  Mart.)  Laniaus,  Lamiaus,  Lamauz,  Lanax.  Origines  eistern-  de  Léopold 
Janauschek. 


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PREMIER  ABBÉ  DE  LANVAUX  7 

qui  conçut  le  pieux  dessein  d'établir,  sur  les  terres  de  sa  ba- 
ronnie,  une  communauté  religieuse.  Etienne,  comte  de  Pen- 
thièvre,  son  parent,  lui  en  avait  donné  l'exemple,  en  fondant 
Tabbaye  de  Bégard.  C'est  à  Etienne  sans  doute  qu'Alain  s'a- 
dressa pour  obtenir  des  religieux  de  cette  abbaye,  alors  dans 
toute  sa  ferveur. 

Au  mois  de  juillet  1138*,  le  père  Ruaud',  portant  une  croix 
de  bois  et  accompagné  de  trois  religieux,  sortait  de  Bégard, 
dont  Tabbaye  de  Lanvaux  est  la  fllle,  disent  les  Annales,  filia 
Beyarrfî.  Le  jeune  essaim  se  rendait  à  Tappel  du  puissant 
baron'  qui  lui  destinait  un  de  ses  manoirs  situé  sur  les  bords 
du  Loc,  et  à  distance  à  peu  près  égale  des  deux  castels  de 
Bihuy  et  de  Lanvaux*.  Par  malheur,  le  manoir  s'élevait  aussi 
presque  au  sein  d'un  marais,  formé  par  les  débordements 
continuels  du  ruisseau,  et  dont  les  exhalaisons  malsaines 
firent  dans  la  suite  des  temps  beaucoup  de  victimes  parmi 
les  religieux.  Les  bons  moines,  pour  le  momentané  songèrent 
qu'à  se  réjouir.  Leur  «èle  actif  aplanit  rapidement  les  pre- 
mières difficultés  inhérentes  à  toute  fondation,  et  le  11 
septembre  de  la  même  année,  eut  lieu  l'inauguration  de  la 
nouvelle  abbaye,  la  129»,  par  rang  de  date,  des  abbayes  cis- 
terciennes, la  huitième  de  l'ordre  en  Bretagne*. 

Le  domaine  abbatial  avec  toutes  ses  dépendances,  prés, 
bois,  prairies,  métairies,  était  séparé  de  Tenclos  des  barons 
par  un  ruisseau  qui  faisait  tourner  le  moulin  du  monastère. 
Alain  de  Lanvaux  renonça  à  toute  juridiction  sur  ces  biens, 
comme  sur  le   fief  dit  de  Lanvaux,  au  bourg  de  Pluvigner, 


*  Archives  de  Vabbaye, 

>  Kaaudas,  Raandas,  Robaldus,  Rotaldus,  Rozandus. 

*  «  Alanus,  castri  de  Lanvaax  dominas,  fundavit  atque  monachos  Bégardo 
de  lineâ  Cistercii  accersitos,  mense  Julii  1138,  illic  institui  curavit.  »  JanauS" 
thek  et  antre«. 

^  Archives  de  l'abbaye.  Le  castel  de  Bihuy  appartenait  également  au  baron 
•Abbaye  de    Bégard,   1130,  —  du    Relec,    1132,  —  de  Buzay,   1135,  —  de 

Langonet,  1136,  —  de  Boquen,  1137,^  de  Saint-Aubin-Kles-Bois,  1137,  —-de 

la  VieuriUe,  il37. 


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8  LE  BIENHEUREUX   RUÂUD 

dont  il  dota  rétablissement.Les  droits  seigneuriaux  passèrent 
aux  moines,  sans  aucune  redevance  féodale,  à  charge  unique 
de  prières  et  d'oraisons*.  C'est  ainsi  que  grâce  aux  libéralités 
du  seigneur  fondateur  et  de  plijsieurs  autres  seigneurs  du 
voisinage,  Tabbaye  de  Lanvaux  fondée  pour  huit  religieux, 
acquit,  au  point  de  vue  matériel,  une  suffisante  prospérité. 

On  peut  croire,  en  ce  qui  concerne  le  spirituel,  que  le  père 
abbé  n'y  épargnait  pas  ses  soins.  Et  ce  devait  être,  pour  la 
population  d'alentour,  un  grand  sujet  d'édification  que  le 
spectacle  de  ces  austères  religieux,  pratiquant  dans  son 
intégi'ité  la  règle  de  saint  Benoît,  telle  que  le  patriarche 
Tavait  établie  à  Subiaco  et  au  Mont-Cassin.  Poissons,  œufs, 
lait,  fromage,  tout  cela  était  exclu  de  leur  alimentation 
ordinaire.  On  pouvait  en  user  ,  seulement  dans  les  cas 
extraordinaires,  et  par  charité.  Les  religieux  de  chœur 
couchaient  sur  des  paillasses,  vêtus  de  leur  tunique 
blanche%  et  de  leur  cuculle ,  se  levaient  vers  minuit  pour 
chanter  jusqu'au  jour*  ;  et  après  avoir  célébré  la  sainte 
messe  et  accusé  leurs  coulpes  au  chapitre,  occupaient  toute  la 
journée  au  travail  et  à  l'oraison,  observant  partout  le  plus 
rigoureux  silence. 

Le  vénérable  Ruaud  donnait  naturellement  en  tout  le  bon 
exemple.  Ses  lumières  et  ses  vertus  le  rendirent,  en  peu  de 
temps,  si  célèbre,  que,  lorsque  l'évêque  de  Vannes  Even  ou 
Yvon,  vint  à  mourir,  le  chapitre  élut,  pour  lui  succéder,  le  pre- 
mier abbé  de  Lanvaux  (1143). 


*  Arch,  de  Vabh.  ^  Les  moines  de  Lanvaux  exerçaient  sur  leurs  vassaux 
de  ce  bourg  la  triple  juridiction,  comme  on  le  verra  dans  l'histoire  de  Fab- 
baje  ou  dans  une  étude  prochaine  sur  Brandivj. 

>  Une  tunique  blanche,  innovation  sur  les  ordres  de  la  sainte  Vierge, 
«  dame  et  mal  tresse  de  Clteauz.  » 

>  Les  frères  convers  admis  dans  l'ordre  de  Glteaux  et  employés  au  dehors 
au  gouvernement  des  granges,  moulins,  travaux  agricoles,  pratiquaient  les 
mêmes  exercices. 


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PREMIER  ABBÉ   DE   LAN  VAUX 


Ilï 

Le  bienheureux  Ruaud,  évêque  de  Vannes. 

Pour  raconter  la  vie  du  nouvel  évoque,  il  ne  reste  qu'à 
glaner,  dans  les  divers  ouvrages  qui  s'en  occupent,  le  peu 
que  Ton  sait  de  ses  bonnes  œuvres  ;  elles  se  réduisent  presque 
toutes  à  des  œuvres  de  restitution. 

Le  vicomte  Alain  de  Rohan,  avec  le  consentement  de  son  flls 
et  le  conseil  de  ses  barons,  avait  donné  à  perpétuité  aux 
moines  de  Marmoutiers,  la  dîme  de  Credin.  Ayant  appris  que 
cette  dîme  ne  se  payait  pas  intégralement,  et  ne  voulant  pas 
qu'une  question  d'argent  devienne  une  occasion  de  perte 
pour  les  âmes  de  ses  chers  diocésains,  l'évoque  ordonne  au 
chapelain  de  Rohan,  au  chapelain  de  Credin  et  aux  autres 
prêtres  voisins,  d'excommunier  sansre  tard  les  coupables,  tous 
les  dimanches  et  tous  les  jours  de  fête  à  neuf  leçons,  à  moins 
qu'ils  ne  viennent  à  résipiscence*. 

Le  bienheureux  se  rendit  ensuite  à  Buzay,  où  se  trouvait 
saint  Bernard  en  cours  de  visite.  Cette  maison  avait  été 
fondée,  en  1136,  par  le  duc  Conan  III  et  sa  mère  Hermengarde. 
Mais  le  duc,  loin  de  remplir  la  promesse  qu'il  avait  faite  aux 
religieux,  leur  avait  môme  retiré  une  partie  des  fonds  qu'il 
leur  avait  donnés'.  Les  bâtiments  demeuraient  inachevés  et 
l'abbaye  paraissait  si  pauvre  que  saint  Bernard  ordonna  à 
ses  moines  de  retourner  à  Clairvaux.  Le  duc  reconnut  sa 
faute  et  dota  l'abbaye  pour  l'entretien  de  plusieurs  religieux. 
L'évoque  de  Vannes,  témoin  du  repentir  du  duc,  souscrivit  au 
nouvel  acte  de  fondation  et  prit  sous  sa  protection  l'abbaye, 

*  D*aiilres  renToient  cette  affaire  vers  1175. 

*  Par  exemple,  50  sols  de  rente  sur  le  marché   de  Nantes. 


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10  LE  BIENHEUREUX  RUAUD 

placée  également  sous  la  protection  du  pape  et  de  révoque  de 
Nantes. 

Après  avoir  assisté  à  la  dédicace  de  saint  Julien  du  Mans, 
le  bienheureux  évêque  retourna  dans  son  diocèse,  où  il  fut 
mêlé,  en  1158,  aune  nouvelle  affaire  de  restitution. 

Eudon  de  la  Roche-Bernard  avait  encouru  l'excommunica- 
tion pour  avoir  vexé  les  moines  de  Redon  et  leur  avoir  enlevé 
trois  navires  avec  leurs  hommes  et  leur  chargement.  Le 
châtiment  lui  ouvrit  les  yeux,  et  il  s'adressa  aux  deux  évêques 
de  Nantes  et  de  Vannes  pour  obtenir  son  pardon*.  Fort  bien  ! 
A  tout  péché,  miséricorde  !  Mais  un  péché  contre  la  justice 
ne  saurait  être  remis  sans  restitution.  Le  coupable  dut 
commencer  par  restituer  les  navires  et  leur  chargement; 
puis,  pour  réparer  le  dommage  qu'il  avait  causé,  il  donna 
à  Tabbaye  une  somme  de  cent  livres  à  prendre  sur  ses  reve- 
nus et  ajouta  la  franchise  de  tout  droit  dans  son  port  pour 
un  navire  du  monastère*.  Alors  seulement  l'évoque  de 
Vannes  lui  donna  l'absolution.  Le  seigneur  de  Pontchâteau 
signala  son  retour  à  de  bons  sentiments  par  une  autre  dona- 
tion qu'il  fît,  vers  1160,  à  l'abbaye  de  Saint-Gildas-des-Bois  et 
dont  le  bienheureux  fut  encore  témoin. 

Ce  sont  sans  doute  ces  divers  traits  et  d'autres  semblables 
qui  lui  ont  mérité,  dans  l'inscription  placée  sur  sa  tombe  en 
1740,  l'honneur  d'avoir  été  appelé  le  justicier,  «  virrigidœjus- 
titiœ,  »  homme  d'une  rigide  justice. 

On  ne  sait  si,  en  acceptant  l'évêché  de  Vannes,  il  se  démit 
du  gouvernement  de  son  abbaye,  toujours  est-il  qu'il  con- 
tinua de  lui  faire  du  bien  et  qu'il  lui  donna  le  village  de  Ker- 
auguen,  situé  aux  portes  mômes  du  monastère*. 

*  Les  deux  évèqaes  étaient  intéressés,  la  Roche-Bernard  étant  alors  du 
diocèse  de  Nantes,  et  Saint-Sauveur  de  Redon,  du  diocèse  de  Vannes. 

•  Le  Mené.  Sist,  dioc.  de  Vannes, 

s  Village  appartenant  au  seigneur  de  Grand-Champ  ;  donation  confirmée 
en  ilVl  par  Pierre  de  Grand-Champ,  seigneur  du  Garo  ;  plus  tard  par  le  che- 
valier de  Lisse  son  gendre,  et  en  12io,  pardameStephaine,  veuve  du  chevalier 
de  Lisse.  (Arch,  Abb.) 


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PREMIER  ABBÉ  OB  LANVAUX  11 

Le  bienheureux  évoque  occupa  le  siège  de  Vannes  pendant 
vingt  ans  (1157-11T7),  suivant  certains  historiens,  Bucelin, 
Jean  Chenu,  Longueval  ;  pendant  trente-quatre  ans,  s'il  faut 
en  croire  nos  Annales  diocésaines,  depuis  1143  jusqu'à  1177,  oii 
il  rendit  son  âme  à  Dieu.  Le  chronologiste  de  Cîteaux  lui  donne 
57  ans,  au  moment  de  son  élévation  à  Tépiscopat.  «  Anno  quin- 
quagesimo  septimo  ad  episcopalem  dignitatem  ascendit.  »  Il 
serait  donc  mort,  au  rapport  des  écrivains  bretons,  à  l'âge  de 
91  ans,  c'est-à-dire,  en  ne  tenant  compte  que  dupassé,le  doyen 
des  évoques  de  Vannes,  et  aussi  le  dernier  saint  ou  bien- 
heureux qui  ait  illustré  ce  siège  antique. 


IV 


Le  premier  abbé  de  Lanvaux,  évéque  de  Vannes, 
est  bienheureux. 

Ce  n'est  pas  aux  œuvres  de  l'abbé  de  Lanvaux,  devenu 
évoque  de  Vannes,  qu'il  faut  avoir  recours  pour  établir  le 
haut  degré  de  sainteté  auquel  il  est  parvenu.  Ce  qui  précède 
fait  voir  assez  que  sa  vie  est  fort  peu  connue;  et  pourtant, 

1  n'est  guère  possible  d'en  savoir  davantage,  attendu  que 
ses  actes,  ignorés  de  Manrique*  et  des  anciens  Bollandistes, 
le  sont  encore  des  historiens  de  nos  jours. 

La  sainteté  du  bienheureux  fondateur  se  révèle  heureuse- 
ment par  les  témoignages  éclatants  qu'en  ont  rendus  ceux 
qui  ont  eu  à  traiter  ce  sujet.  Ils  sont  tous  unanimes  à  recon- 
naître l'excellence  de  son  mérite,  malgré  leur  désaccord  sur 
Je  jour  de  sa  mort.  Les  auteurs  ont  fixé  ce  jour  à  trois  dates 
différentes  :  au  23  mars,  au  26  juin  et  au  22  octobre. 

Voici  d'abord  le  témoignage  des  grands  Bollandistes  qui 

i  c  Aeia  yiri  Ruandi  igaota.» 


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■ni     1         


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12  LE  BIENHEUREUX  RUAUD 

ont  adopté  le  22  octobre  :  «  Ruandus,  Ruaudus,  virum,  inquit 
Manrique,  sanctis  cistercien sibus  annumerant  quotquot  de 
eis  scripserunt.  Ruaud  est  mis  au  rang  des  saints  de  Gîteaux* 
par  tous  ceux  qili  ont  entrepris  de  raconter  l'histoire  des 
saints  de  l'ordre,  »  c'est-à-dire  par  Vion  dans  son  livre  in- 
titulé :  Lignum  vitœ,  par  Rusca,  dans  son  ouvrage  sur  les 
saints  éveques  de  Citeaux,  et  par  d'autres  encore.  Hugues 
Ménard  et  Gastellan  le  citent  aussi  en  ce  jour  avec  le  titre 
de  bienheureux.  C'est  la  même  qualification  employée  par  les 
petits  Bollandistes  au  martyrologe  de  France;  par  Robert  dans 
le  Gallia  christianâprimœva  (Paris  1656). 

Collin  de  Plancy,  conformément  au  nécrologe  de  Lanvaux, 
a  placé  sa  mort  au 26  juin  et  lui  donne  également  le  titre  de 
bienheureux.  Il  l'appelle  un  prélat  d'une  grande  sainteté  et 
d'une  régularité  exemplaire.  Ce  sont  d'ailleurs  les  termes  de 
l'épitaphe  posée  sur  sa  tombe,  en  1740,  lorsqu'on  refit  le  par- 
quet de  l'église  : 

Hic  jacet 

Beatus  in  Christo    pater 

Domnus  Rotaldus.  vir  summse  sanctitatis 

et  rigidiB  justitise, 

Hujus  cœnobis  primus  abbas  et  rector 

episcopus  tum  Venetensis 

Qui  post  multa  virtutum  monumenta 

laudabiliter  édita, 

Anno  Domini  1 177,  die  vero  26  junii 

Obdormivit  in  Domino 

Et  in  hâc  quam  condiderat  ecclesifi 

sepeliri   voluit. 

«  Ci-gît  le  bienheureux  père  en  Dieu,  le  seigneur  Ruaud, 
hommed'une  grande  sainteté  et  d'une  sévère  justice,  premier 
abbé  de  ce  monastère  et  aussi  évêque  de  Vannes,  qui,  après 

*  D'après  ce  texte  et  quelques  autres  témoignages,  je  pourrais  dire  saint 
Ruaud.  Je  me  contente  du  titre  de  bienheureux,  pour  éviter  l'ombre  il'une 
exagération. 


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PREMIER  ABBÉ  DE  LANVAUX  13 

avoir  laissé  des  preuves  éclatantes  de  ses  vertus,  s'endormit 
dans  le  Seigneur,  l'an  1177,  le  26  juin,  et  voulut  être  inhumé 
dans  cette  église  qu'il  avait  bâtie.  » 

L'inscription  primitiven'est  pas  moins  remarquable  : 

Hàc  sunt  in  fossà  Rozandi  prœsulis  ossa 
Dum  vixit  gentîs  curam  Yenetensis  habentis, 
Fratribus  in  parte  vixit,  hîc  iliius  arte 
Quando  Ghristum  laudat,  cœlica  conclo  iaudat. 

«  Danscecaveau  sont  les  ossements  deRuaud,  de  son  vivant 
évoque  deVannes.  Il  vécut  en  partie  pour  ses  frères,  ici,  grâce  à 
lui,  quand  on  loue  le  Christ,  c'est  le  ciel  lui-môme  qui  chante 
ses  louanges.  »  N'oublions  pas  Garaby*  qui  le  désigne  encore 
en  ce  jour  sous  le  nom  de  bienheureux. 

Passons  au  23  mars,  où  Henriquez  lui  décerne  sans  hésiter 
le  même  honneur.  Le  martyrologe  de  France,  publié  par 
Andréde  Saussay,  sur  Tordre  deLouis  XIII,  s'en occupedans  les 
termes  qui  suivent.  «  Obiit  beatee  memoriœ  Rotaldus,  ex  mo- 
nacho  episcopus  venetensis,  cuî  religiosa  vita  quam  in  epis- 
copatu  intention  studio  coluit,  resque  eo  in  munere  divinâ 
gratiâ  confectœ,  magnam  sanctitatis  existimationem  et  vivo 
et  defunctopepererunt.»  «  Le  23  mars,  mourut  Ruaud  de  bien- 
heureuse mémoire^  de  moine  qu'il  était,  devenu  évoque  de 
Vannes,  à  qui  une  vie  pleine  de  piété  et  de  zèle  qu'il  mena 
sur  le  siège  épiscopal,  et  des  œuvres  merveilleuses  accom- 
plies avec  la  grâce  divine,  valiirent  de  son  vivant  et  après  sa 
mort,  une  grande  réputation  de  sainteté.  »  On  ne  saurait 
mieux  dire  d'aucun  saint.  Le  bouquet  en  la  matière  nous  est 
naturellement  fourni  par  les  écrivains  de  l'ordre.  Voici 
comment,  au  môme  jour,  23  mars,  le  ménologe  de  Gîteaux 
exalte  les  vertus  de  notre  bienheureux  : 

«  In  Gailiâ,  beatus  Ruandus,  venetensis  episcopus,  ex  sacro 
ordinecisterciensi  assumptus,    qui  pietatem  quam  in  solitu- 

>  Vie  des  Saints  et  des  Bienheureux  de  Bretagne,  Saint  Brieuc»  1830 


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14  LE  BIENHEUREUX  RUAUD 

dinibus  Gistertii  didicerat,  usque  ad  tlnem  vitae  sanctissime 
colens,  ineredibili  sanctitatis  fulgore  radiatur.  » 

«  En  France,  le  bienheureux  Ruaud,  évêque  de  Vannes,  de 
Tordre  de  Cîteaux,  qui  pratiquant  jusqu'à  la  fin  de  sa  sainte 
vie  la  piété  qu*il  avait  puisée  dans  la  solitude  de  Cîteaux, 
brilla  d'une  incroyable  splendeur  de  sainteté.  »  Bucelin,  dans 
le  Martyrologe  bénédictin  (Augsbourg,  1656)  produit  le 
môme  texte,  sauf  quelques  variantes  insignifiantes*.  Cette 
mention  identique  du  ménologe  de  Cîteaux  et  de  Bucelin  n> 
pas  seulement  le  mérite  d'être  d'une  importance  capitale  au 
point  de  vue  qui  nous  occupe,  elle  paraît  contenir  en  outre 
un  renseignement  historique  du  plus  haut  intérêt,  sur  les 
débuts  dans  la  vie  religieuse  du  bienheureux  Ruaud.  Où 
donc  a-t-il  puisé  cette  piété  vive  qui  Ta  fait  briller  d'une 
splendeur  incroyable,  et  lui  a  valu,  d'après  tous  les  auteurs, 
le  titre  de  bienheureux  ?  In  solitudinibus  Cistertii,  dans  les 
solitudes  de  Cîteaux,  c'est-à-dire  à  la  source  môme  de  la  vie 
cistercienne,  au  berceau  de  l'ordre.  Si  cette  interprétation 
est  exacte,  il  faut  en  conclure  que  le  fondateur  de  Lanvaux 
n'a  pas  été  seulement  moine  de  Cîteaux  ou  moine  cistercien, 
mais  qu'il  a  été  aussi  moine  à  Cîteaux,  qu'il  aurait  fait  pro- 
fession à  Cîteaux  même.  Certainement,  d'après  la  pratique 
ordinaire,  le  bienheureux  Ruaud  a  été  religieux  de  Bégard, 
mais  rien  n'empêche,  comme  le  fait  remarquer  le  biblio- 
thécaire de  la  grande  Trappe,  qu'après  avoir  fait  profession 
à  Cîteaux,  il  n'ait  été  d'abord  envoyé  à  l'abbaye  de  l'Aumône, 
au  diocèse  de  Blois,  fondée  en  1121, par  une  colonie  de  Cîteaux; 
puis  à  l'abbaye  de  Bégard,  fondée,  en  1130,  par  quatre  reli- 
gieux de  l'Aumône  ;  de  Bégard  à  Lanvaux,  en  1138,  pour  fon- 
der la  nouvelle  abbaye. 

Pour  ne  rien  omettre  de  ce  qui  peut  servir  à  la  gloire  de 
notre  saint,  je  signalerai  en  dernier  lieu  l'hommage  qui  lui 
est  rendu  par  le  jésuite  Longueval  dans  son  Histoire  de 
l'Eglise  gallicane.  Cet  auteur  marque  l'année  de  sa  mort  en 

<  Bacelin  dit  :  Quam  in  ilU)  monasterio  didicerat. 


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PREMIER  ABBÉ  DE  LANVAUX  15 

1177,  sans  en  indiquer  le  jour  :  «  deux  autres  évoques  du 
même  pays  avaient  jeté  un  grand  éclat  de  vertu  dans  la 
province*...  Le  second,  appelé  Ruànd  ou  Ruaud,  a  été  vingt 
ans  évoque  de  Venues,  et  quoique  peu  célèbre  pour  le  détail 
de  ses  actions,  il  a  égalé,  quant  à  Tessentiel,  les  plus  belles 
vies,  remportant  avec  lui,  lorsqu'il  mourut  en  1177,  la  véné- 
ration de  ses  diocésains  et  la  réputation  d'un  saint-  • 

On  comprend  aisément,  à  la  lecture  de  ces  textes,  la 
grande  dispute  qui,  au  dire  de  dom  Morice,  s'éleva  entre  le 
chapitre  de  Vannes  et  les  moines  de  Lanvaux,  relativement 
à  la  possession  du  corps  du  bienheureux  évoque.  «  Pro  quo 
seditio  magna  inter  canonicos  et  monachos  de  Lanvaux  orta 
est.  »  Les  chanoines,  à  qui  il  avait  donné  la  moitié  de  l'église 
de  Saint-Patern*,  auraient  bien  voulu,  par  reconnaissance, 
et  aussi  pour  honorer  ses  vertus,  le  faire  inhumer  dans  leur 
cathédrale.  Les  religieux  de  Lanvaux  ne  Tentendaient  pas 
ainsi,  et  se  basant  sur  la  volonté  du  défunt,  finirent  par 
avoir  gain  de  cause,  comme  on  le  verra  ci -après. 

Il  suffit  d'exposer  ces  témoignages.  Ils  parlent  assez  d'eux- 
mêmes,  sans  qu*il  soit  besoin  d'un  commentaire  pour  en 
faire  ressortir  la  valeur.  Qu'il  me  soit  permis  à  mon  tour 
d'y  ajouter  le  mien. 

On  sait  que  la  loi  du  V  brumaire,  an  IV  (26  octobre  1795), 
a  constitué  les  archives  départementales,  en  centralisant  au 
chef-lieu  de  chaque  département,  avec  les  registres  des 
diverses  administrations  et  les  chartriers  de  la  noblesse 
émigrée,  les  titres  des  établissements  religieux.  C'est  ainsi 
que  les  épaves  des  archives  de  Lanvaux,  échappées  au  nau- 
frage de  la  Révolution,  ont  été  transférées  à  la  préfecture 
de  Vannes,  oii  il  m*a  été  donné,  pendant  des  semaines  entières, 
de  les  feuilleter  à  loisir.  Or  j'affirme  qu'il  est  peu  de  manus- 
crits qui  fassent  mention  du  fondateur  de  Lanvaux,  sans 
accompagner  son  nom  des  mots  vénérable  ou  bienheureux. 
Tout  cela  prouve  que  le  bienheureux  Ruaud  a  laissé  une 

*  Le  premier,  c'est  saint  Jean  de  la  Grille,  évêque  de  Saint-Halo. 
>  BollandxsUs,  au  22  octobre. 


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13  LE   BIENHEUREUX   RUAUD 

mémoire  extrêmement  bénie,  et  qu'il  ne  lui   manque  rien 
qtioad  formant  sanclitatis.  Mais  a-t-il  été  honoré  d'un  culte 
dans  Tordre  de  Cîteaux  ou  dans  son  abbaye  ?  Ni  les  Bollan- 
landistes,  ni  les  autres  auteurs  n'ont  tranché  cette  grave 
question.  Parce  qu'ils  n'ont  pu  la  résoudre,  les  Bollandistes 
lui  ont  refusé  une  place  dans  le  corps  de  leur  ouvrage,  «  quia 
veronon  constabatde  cultu,  prœtermissusanobis  tune  est.  » 
Le  vieux  missel  d'Auray,  imprimé  en  1530,  est  également 
muet  sur  ce  point,  et  pour  ma  part,  j'avoue   franchement 
n'en  avoir  pas  trouvé  trace  dans  les  archives.  Peu  d'archives 
d'ailleurs  ont  été  autant  bouleversées  que  celles  de  Lanvaux^ 
par  la  raison  que  peu  d'abbayes  ont  subi  autant  d'épreuves. 
A  diverses  reprises,  des  gens  cupides,  abbés  commenda- 
taires,  fermiers,  partisans  plus  ou  moins  sincères  de  la  Ligue, 
l'ont  impitoyablement  mise  au  pillage.  Pour  les  malheureux 
moines  qui  tentaient  de  s'opposer  à  ces  violences,  ils  étaient 
ou  massacrés,  ou  contraints  de  vider  la  place*.  Lors  de  la 
nomination  de  l'abbé  Auffray  en  1614,  un  diplôme  royal 
atteste  en  particulier  que  «  l'abbaye  était  depuis  vingt  ans 
sans  habitants,  sans  fenêtres,  ouverte  à  touô  venans.  »  Quoi 
d'étonnant  que,  parmi  tant  de  désastres,  le  culte  du  bien- 
heureux fondateur  ait  d'abord  été  délaissé,  puis  totalement 
oublié? 

Si  le  culte  public  de  notre  bienheureux  demeure  enseveli 
dans  la  nuit  de  l'histoire,  il  en  est  autrement  du  culte  privé 
qui  ne  lui  a  jamais  fait  défaut.  Nos  vieilles  gens  se  sou- 
viennent encore  des  jours  de  leur  enfance,  où  ils  allaient, 
sous  la  conduite  de  leurs  parents,  prier  sur  la  tombe  de 
celui  que  les  anciens  appelaient  le  sai?it  de  Lanvatix,  er 
sant  a  Lanvaux,  Il  y  a  cinquante  ans  à  peine,  les  pèlerins 
accouraient  fréquemment  des  paroisses  environnantes, 
parmi  les  ruines  de  la  chapelle,  pour  y  implorer  son  secours  ; 
et  il  y  a  des  raisons  d'espérer,  depuis   la  découverte  du 

*  Arctdvea  de  l'abbaye. 


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PREMIER  ABBÉ  DE  LANVAUX  17 

saint  de  Lan  vaux,  que  cet  antique  pèlerinage,  tant  au  lieu 
primitif  de  son  inhumation  que  sur  sa  tombe  nouvelle,  peu 
à  peu  refleurira  comme  par  le  passé. 


Le  bienheureux  Ruaud  a  été  inhumé  dans  le  sanctuaire  ' 
de  Lanvaux. 

Ce  saint  personnage  que  les  populations  voisines  hono- 
raient sans  le  connaître,  nous,  le  connaissons,  nous.  Nous 
savons  qu'il  n'est  autre  que  le  bienheureux  Ruaud,  inhumé 
conformément  à  ses  désirs^  par  les  moines  de  Lanvaux,  dans 
l'église  qu'il  avait  bâtie  :  «  et  in  hâc,  quam  condiderat,  eccle- 
siâ,  sepeliri  voluit.  »  Il  n'en  fallait  pas  moins  que  sa  volonté 
clairement  exprimée  pour  triompher  de  l'opposition  des 
chanoines. 

Les  archives  de  l'abbaye  sont  pleinement  d'accord  avec 
l'assertion  émise  par  l'épitaphe. 

Nous  savons  en  outre^  à  n'en  pas  douter,  que  sa  tombe 
n'a  pas  été  creusée  dans  un  endroit  quelconque  de  l'église, 
mais  dans  le  sanctuaire  môme.  Manrique,  Tannaliste  de  Cî- 
teaux^  le  déclare  expressément  :  in  sanctuario,  dans  le  sanc- 
tuaire. Les  Bollandistes  répètent  avec  lui  :  in  sanctuario. 
Collin  de  Plancy  n'est  pas  moins  formel  :  t  il  fut  inhumé,  dit- 
il,  dans  le  sanctuaire  de  l'église  qu'il  avait  bâtie.  »  L'abbé 
Tresvaux  et  tous  les  autres  auteurs  reproduisent  la  même 
affirmation. 

Et  avantde  passer  plus  loin,  je  ferai  remarquer,  pour  ré- 
pondre à  certaines  objections,  que  l'église  bâtie  parle  bien- 
heureux évoque  et  qui  reçut  son  corps,  existait  encore  au 
.XVIIPsîècle.  Il  n'yapas  moyen  d'aller  contre  les  termes  de 
l'épitaphe  :  et  in  hàc,  quam  condiderat,  ecclesid,  et  dans  cette 

T.    VI.    —   NOTICES.   —  VI*  ANNÉE,   l»*  UV.  2 


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18  LE   BIENHEUREUX    RUAUD 

église même^  dans  cette  église-ci,  dans  Téglise  actuelle.  »  Le 
chœur*  de  la  chapelle  a  été  rebâti  en  1488,  par  l'abbé  Olivier 
Mello  ;  il  a  été  en  môme  temps  allongé  et  passablement 
élargi,  comme  il  est  facile  d'en  juger  par  les  fondations  de 
l'ancien  sanctuaire  que  j*ai  retrouvées  et  mises  au  jour.  Quant 
à  la  nef  de  l'église,  les  archives  ne  mentionnent  nulle  part,  à 
ma  connaissance  du  moins,  qu'elle  ait  été  rebâtie.  Un  procès- 
verbal  de  1661  atteste  qu'elle  est  «  caduque  et  ruineuse.  »  Elle 
a  donc  subi  bien  des  réparations,  mais  de  reconstruction, 
point.  Et  en  admettant  à  la  rigueur  cette  supposition,  on  ne 
peut  soutenir  qu'elle  a  changé  de  place,  sans  faire  mentir 
l'inscription  de  1740  :  et  in  hàc  ecclesiâ;  c'est  dans  cette 
église-ci  qu'il  a  été  inhumé.  » 
,  On  ne  saurait  soutenir  davantage  que  le  corps  du  bien- 
heureux a  été  exhumé  d'un  premier  tombeau  pour  être,  dans 
la  suite  des  temps,  transféré  dans  un  tombeau  du  sanctuaire. 
Ce  serait  donner  gratuitement  un  démenti  à  tous  les  auteurs 
que  nous  avons  cités.  Et  si  l'on  ne  peut  sagement  rejeter  des 
textes  aussi  formels,  on  est  forcé  d'avouer  du  môme  coup 
que  les  caveaux  (je  suis  obligé  d'en  parler  ici  par  anticipa- 
tion) ont  dû  ôtre  construits  dans  le  temps  où  se  creusaient 
les  fondations  du  sanctuaire.  Ce  raisonnement  est  devenu 
sans  réplique,  depuis  une  dernière  fouille  que  j'ai  fait  pra- 
tiquer au  mois  décembre  1889.  Cette  fouille  démontre,  ou 
plutôt  montre  à  qui  a  des  yeux  pour  voir,  que  le  côté  sud  du 
2"  caveau,  loin  d'ôtre  adossé  aux  fondations  du  sanctuaire 
primitif,  comme  je  l'avais  pensé  tout  d'abord,  constitue  ses 
fondations  mômes.  Comme  ce  dernier  remonte  au  XIP  siècle, 
à  plus  forte  raison  les  caveaux  qui  lui  servirent  de  base 
remontent-ils  jusqu'à  cette  époque.  D'où  il  suit  que  le  bien- 
heureux Ruàud,  inhumé  dès  le  principe  dans  le  sanctuaire, 
conforûiément  à  tous  les  textes,  a  été  dès  le  principe  déposé 


«  Par  le  mot  chœur^  on   doit   ontendre  aussi  et   peut-être  uniquement  !• 
sanctuaire. 


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PREMIER  ABBÉ  OB  LANVAUX  Id 

dans  les  caveaux,  et  que  l'hypothèse  d'une  translation,  dans 
les  siècles  postérieurs,  est  absolument  inadmissible. 

Et  alors  même  que  pour  résoudre  plus  aisément  certaines 
difficultés^  on  s'obstinerait  contre  toute  raison  dans  cette  hy- 
pothèse, ilb'en  reste  pas  moins  certain  que  son  corps  reposait 
dans  le  sanctuaire  au  XVIP  siècle,  puisque  les  principaux  té- 
moignages relatifs  à  son  inhumation  datent  de  ce  temps;  quMl 
y  reposait  en  1740,  où  les  religieux  ont  remplacé  Tinscription 
primitive  : 

Hftc  sunt  in  fossàRozandi  prœsulis  ossa. 

Dans  cette  fosse  sont  les  ossements  de  Tévéque  Ruaud. 

Par  cette  autre. 

Hic  jacet  beatus  Rotaldus 
Ci-git  le  bienheureux  Ruaud. 

Comme  il  y  reposait  en  1789,  quand  éclata  la  Révolution 
française.  Le  21  mars  1791,  un  arrêté  du  directoire  départe- 
mental prononça  la  clôture  de  l'abbaye  de  Lanvaux  et  assigna 
le  couvent  de  Prières  aux  religieux  de  Lanvaux,  de  Saint- 
^Gildas,  de  Sarzeau  et  de  Eieux  qui  voudraient  continuer  la 
vie  commune.  S'ils  préféraient  rester  dans  le  monde,  TEtat 
se  chargeait  de  pourvoir  à  leur  entretien.  Quel  que  soit  le  parti 
auquel  ils  s'arrêtent,  encore  les  moines  de  Lanvaux  sont-ils 
obligés  de  sortir,  et  d'abandonner  avec  Tabbaye  tout  ce 
qu'elle  renferme.  Les  bâtiments  de  Tabbaye  eux-mêmes, 
vendus  comme  bien  national  en  1792,  passent  en  des  mains 
étrangères. 

Que  sont  devenues,  depuis  ces  temps  douloureux,  les 
reliques  du  sanctuaire?  Ont-elles  été  préservées,  plus 
heureuses  que  tant  d'autres,  des  fureurs  de  l'impiété  ?  voilà 
la  question  î  voilà  ce  qu'il  importe  d'éclaircir  et  de  vérifier  I 


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20  LE  BIENHEUREUX   RUAUD 

VI. 

Invention  des  restes  du  bienheureux  Ruaud. 

En  1837,  M.  Carado,  recteur  de  Brandivy,  sur  l'avis  d'un 
vieillard  confirmé  par  la  voix  publique,  que  trois  tombes 
de  religieux,   entr'autres  celle  du  Saint  de  Lanvaux,  res- 
taient enfouies  sous  les  décombres  du  chœur,  se  rendit  le 
30  juillet  avec  des  ouvriers  à  l'endroit  indiqué,  pour  y  opérer 
des  fouilles.  Il  y  trouva  effectivement   des  reliques;  et  bien 
qu'elles  fussent  éparses  en  terre  sans  le  lïioindre  signe  carac- 
téristique, tel  que  caveau,  sarcophage,  inscription,  il  n'en  fit 
pas  moins  faire,  le  26  septembre  suivant,  une  cérémonie  so- 
lennelle, comme  si  ces  restes  avaient  véritablement  appar- 
tenu au  fondateur  de  l'abbaye.   Mais  le  vague  du  procès- 
verbal  inséré  dans  les  archives  de  la  fabrique,  les  conversa- 
tions privées  de  M.  Carado  qui  donnaient  un  démenti  cons- 
tant àla  réalité  de  sa  découverte,  Tamertume  de  ses  plaintes 
contre  le  directeur  des  forges  qui  s'opposa  sottement  à  la  con- 
tinuation des  fouilles,  l'examen  attentif  des  lieux  qui.  attes- 
tait qu'elles  avaient  été  mal  conduites,  l'absence  totale  enfin 
de  la  plus  légère  marque  distinctive,  tout  imprima  dans  mon 
esprit  la  ferme  conviction  que  le  corps  du  bienheureux  Ruaud, 
en  dépit  de  la  croyance  générale,  attendait  encore  son  in- 
vention. Et  comme  les  travaux  auxquels  je  me  suis  livré 
sur  Tabbaye  de    Lanvaux  appelaient    comme   un   couron- 
nement naturel  la  découverte  du  fondateur,  je  résolus  de 
reprendre  les  fouilles,  non  plus  indifféremment   dans  telle 
ou  telle  partie  du  chœur,  comme  le  fit  M.  Carado  sur  des  don- 
nées inexactes,  mais  dans  le  sanctuaire  proprement  dit,  in 
sanctuario,  où  tous  les  documents  proclament  qu'il  a  été  in- 
humé. 

L'opération  d'ailleurs  ne  présentait  pas  de  grandes  difïl- 
cultés.  Tandis  que  les  arbres,  parmi  lesquels  il  s'en  trouve  de 
magnifiques,  remplissent  la  nef  de  l'église  qu'ils  ont  envahie 
jusqu'au  chœur,  aucun  n'a  poussé  dans  le  sanctuaire^  et  à 


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PBEMIER  ABBÉ  DE  LANVAUX  21 

Vexception  de  quelques  méchantes  ronces  et  de  deux  ou  trois 
arbustes  rabougris,'  rien  n'est  venu  profaner  ce  lieu  sacré- 

Les  fouilles  ont  commencé,  le  Id  juin  1888,  par  une  tranchée 
de  deux  mètres  de  large  sur  un  mètre  de  profondeur;  partant 
du  chœur  pour  aboutir  au  sanctuaire,  elle  devait  atteindre,  en 
ce  dernier  endroit,  une  profondeur  de  deux  mètres.  C'est  là, 
dans  le  sanctuaire,  du  côté  de  l'évangile,  que  mes  hommes  ont 
découvert,  dès  le  lendemain  matin,  deux  squelettes  emboîtés 
pour  ainsi  dire  l'un  dans  l'autre,  et  composés,  en  majeure 
partie,  des  têtes  et  des  os  principaux  des  jambes  et  des  bras 
dans  leur  situation  naturelle,  avec  une  rangée  de  gros  clous 
toutautour.  Les  têtes  étaient  tournées  vers  la  nef.  Mais  rien  de 
caractéristique  :  ni  caveau,  ni  sarcophage,  ni  inscription. 
Sans  m'y  arrêter  davantage,  je  fais  enlever  les  reliques  et 
élargir  la  fosse.  Après  quelques  minutes  de  travail,  un  mur 
en  granit  attire  nos  regards,  mur  à  moitié  démoli  et  enseveli 
parmi  des  débris  de  toute  sorte  ;  pierre,  chaux  pulvérisée, 
tuile,  charbon  et  môme  quelques  restes  humains.  Sous  cette 
masse  informe,  en  plein  sanctuaire  cette  fois,  à  deux  ou  trois 
pieds  au-<lessous  du  premier^  se  dégage,  au  fond  de  la  fosse, 
un  second  lot  d'ossements,  avec  les  gros  os  plus  ou  moins 
collés  aux  dalles  et  une  tête  tournée  vers  l'autel.  Je  déplace 
les  reliques  pour  sonder  la  cavité  dans  tous  les  sens,  et  le 
terrain  déblayé  laisse  voir  les  bases  d'un  caveau  solidement 
construit  en  granit,  et  dont  la  voûte  malheureusement  s'était 
effondrée. 

Fermement  persuadé  que  je  me  trouve  en  présence  des 
restes  du  bienheureux  Ruaud,  ma  joie  est  mêlée  d^un  bien 
vif  regret.  Pour  procéder  suivant  les  règles,  il  eût  fallu, 
avant  d'y  toucher,  provoquer  une  enquête.  Mais  l'avouerai- 
je?Je  cherchais  un  caveau;  et  ce  caveau,  malgré  des  son- 
dages répétés,  je  ne  l'ai  pressenti,  qu'après  avoir  enlevé  les 
reliques.  C'est  que  la  fouille,  au  lieu  d'être  conduite  de  front*, 

*  Si  mes  ordres  avaient  été  suivis  en  mon  absence,  cela  n'eût  pas  en  beu. 
L'enqadte d'aiUenrs  ne  pouvait  avancer  à  rien,  en  raison  du  mélange  dont  il 
sera  parlé  ci-après. 


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22  LE  BIGNHBURBUX   RUAUD 

s'est  faite,  en  cet  endroit  comme  dans  un  puits,  à  travers  un 
terrain  tourmenté  qui,  m'induisant  en  ei'reur  jusqu'au  bout, 
me  faisait  croire  encore  à  unr  sépulture  ordinaire. 

Les  reloues  enlevées,  il  ne  restait  qu'à  poursuivre  le  déga- 
genient  du  caveauv 

.  Une  dalle  en  ardoise  qui  s'enfonçait  sous  terre,  en  excitant 
ma  curiosité,  me  réservait  une  nouvelle  surprise.  Quelques 
coups  de  pioche' donnés  à  droite  révèlent  l'existence  d'un 
second  caveau  juxtaposé  et  renfermant  un  troisième  lot 
d'ossements,  avec  une  tête  tournée  vers  la  nef*.  Ce  second 
caveau  est  également  tout  entier  en  granit,  sauf  le  fond, 
foraiéau  chevet  de  deux-larges  ardoises.  Pour  cette  fois,  il  eût 
été  possible  d'avoir  une  enquête  sur  place.  Mais  je  n'attAchais 
à  cette  découverte  qu'un  intérêt  secondaire,  lequel  d'ailleurs 
a  cédé  bien  vite  à'ia  nécessité  de  mettre  les  caveaux  à  l'abri 
d'un  tîoup  de-  main  ;  ' 

Le  bruit  que  parmi  les  ruines  de  la  chapelle  je  cherchais 
de  l'or  et  de  l'arguent  s'étant  peu  à  peu  répandu,  y  avait  attiré 
uTie  grande  foule,  où  Ton  remarquait  certains  visages  qui 
respiraient  visiblement  la  maudite  soif  de  For.  Je  tremblais 
qu'on  ne  vînt  dans  la  nuit  ravager  les  tombes.  Dans  ces  con- 
dition«i  mielixvalait  enlever  les  reliques,  en  évitant  soigneu- 
sement de  les» confondre  avec  les  autres.  C'est  le  parti  que  je 
crus  devoir  prendre,  non  sans  avoir  eu  soin  d'expédier  préa- 
lablement au  ^président  de  la  Société  polymathique  qui  s'é- 
tait chargée  des  dépenses,  la  nouvelle  delà  découverte,  en  le 
priant  de  serendre  à  Lanvaux  au  plusstôt  pour  en  dresser  pro- 
cès-verbal. Il  y  vint  quelques  jours  après.  Dans  l'intervalle 
et  dès  que  les  fouilles  avaient  touché  à  leur  fin,  les  tombes 
avaient  été  violées.  Des  chercheurs  de  trésor  étaient  venus, 
vers  minuit,  soulever  les  dalles  des  caveaux,  et,  si  le  chien 
du  gfirde,  par  ses  aboiements    furieux,    n'avait  heureuse- 


*  La  situation  des  tôtes  en  sens  inverse  avait  vjvement  frappé  et  intrigué 
les  ouvriers. 


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PREMIER  AB^É    DE  LANVAUX  23 

mtini  réveillé  .son  maître,  ces  imbéciles  n'y   auraient  pas  * 
laissé  pierre  sur  pierre.  En  supposant  que  les  reliques  fussent 
restées  en  place,  tout  était  profané,  dispersé,  brisé. 

Les  reliques,  Dieu  merci,  sont  sous  clefs.  Les  ossements 
des  trois  tombes  forment  trois  lots  distincts  ;  et  chacun  d'eux, 
en  vue  d'une  vérification  scientifique,  est  déposé  dans  une 
caisse  spéciale-  Aucune  tombe  par  ailleurs  n'existe  dans  le 
sanctuaire  ni  même  dans  le  chœur.  Des  tranchées  et  des 
sondages  largement  pratiqués  jusqu'au  sol  dur,  les  3,  4  et  8 
octobre  suivant,  sont  de  nature  à  dissiper  tous  les  doutes. 

Va-t-on  m'accuser  d'avoir  fait  erreur  dans  la  désignation 
des  restes  du  fondateur  de  Lanvaux  ? 

Voici  trois  lots    d'ossements   avec  trois  tombes  dont  la 
tradition  a  conservé  le  souvenir,  mis  au  jour   dans  le  sanc- 
tuaire de  Fabbaye,  un  sans  caveau  et  deux  dans  des  caveaux 
particuliers.  Comme  ni  le  chœur,  ni  le  sanctuaire  ne  renfer- 
ment aucune  autre  sépulture,  Tun  des  trois  est  nécessaire- 
ment celui  que  nous  cherchons.  A  Textérieur,  il  est  vrai,  la 
pierre  tombale  ayatit  disparu,  pas  de  marque  qui  puisse  faire 
reconnaître  le  tombeau;  à  l'intérieur,  nulle  pièce  indicative. 
Il  n'importe.  Rappelons-nous  qu'en  vertu  des  règles  qui  pré- 
sident aux  inhumations  dans  les  églises,  tout  prêtre  y  est 
enterré  la  tête  tournée  vers  l'autel,  et  ceux  qui  ne  sont  pas 
prêtres,  en  sens  opposé.  Or  sur  les  trois  lots  d'ossements, 
un  seul,  celui  du  milieu,  qui  occupe  en  même  temps  le  milieu 
du  sanctuaire,  présente  une  tête  tournée  vers  l'autel.  Donc  ce 
personnage  seul   était  prêtre,  et  les  autres  ne  Tétaient  pas. 
Mais  quel  peut  être  ce  prêtre  qui  repose  à  la  plgice  d'honneur 
du  sanctuaire,  dans  un  caveau  de  granit  si  finement  travaillé, 
sinon  le  bienheureux  abbé  de  Lanvaux,  évoque  de  Vannes, 
que  les  documents  et  la  tradition  assurent  avoir  été  inhumé 
dans  le  sanctuaire  de  l'église  qu'il  avait  bâtie  ?  Il  ne  semble 
pas,  devant  cet  accord  évident  des  faits  avec  la  tradition  et 
les  documents,  qu'un  doute  sérieux  puisse  s'élever,  dans 
un  esprit  droit,  sur  l'authenticité  des  reliques  qu'il  m'a  été 
réservé  de  découvrir. 


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24  LE  BIENHEUREUX  RUAUÛ 

VII 

Les  caveaux  ne  renfermaient  pas  de  cercueils* 

En  môme  temps  qu'un  caveau,  je  cherchais  un  sarcophage; 
et  ce  n'est  pas,,  à  vrai  dire,  un  caveau  que  j'espérais  tout 
d'abord  mettre  au  jour,  mais  bien  un  sarcophage  soit  en 
pierre^  soit  en  plomb. 

Qu'il  y  ait  eu  dans  notre  Bretagne  des  saints  déposés  après 

leur  mort  dans  des  cercueils  en  pierre,  cela  n'est  pus  douteux. 

Il  suffit  de  nommer,  parmi  tant  d'autres,  saint  Martin  de 

Vertou,  saint  Mériadech,  saint  Méen,  saint  Benoit  de  Ma- 

cerac,  les  saints  Léry,  Héliaud,  Herbaud...  Ça  été,   pendant 

plusieurs  siècles,  le  mode  de  sépulture  principalement  usité 

pour  les  personnages  de  marque*.  Je  sais  bien,  qu'au  rapport 

de  M.  de  Préminville,  cet  usage  a  cessé,  vers  l'an  900,  en 

Armorique.  Je  sais  aussi  qu'il  s'est  maintenu,  dans  les  pays 

voisins,  certainement  jusqu'au  XIV*  siècle*.  N'est-ce  pas  un 

cercueil  en  pierre  qui  reçut  les  corps,  en  914,  de  saint  Loup, 

évoque  d'Angers  ;  en  1122,  deSerlon,  évêque  deSéez  ;  en  1157, 

de  saint  Lambert,  évoque  de  Vence  ;  en  1260,  du  bienheureux 

Thomas  Hélyes,  diocésain  de  Coutances  ?  N'est-ce  pas  dans 

un  cercueil  de  pierre  que  le  cadavrede  Tempereurexcommunié 

Henri  IV,  après  avoir  été  exhumé  de  Téglise  de  Saint-Lambert 

de  Liège  où  il  avait  été  enseveli  en  1106,  demeura  cinq  ans 

sans  sépulture?  Rien  donc  n'interdisait  de  penser  que  les 

fouilles  aboutiraient  à  la  découverte  d'un  sarcophage  de  ce 

genre. 

*  Les  détails  qui  suivent  sur  les  oeroaeUs,  les  insignes,  les  mélanges  de 
reliques  sont  tirés  des  Bollandistes,  Viet  des  Saints ^  ouvrages  spéciaux. 

s  En  certaines  localités,  pour  tous  ceux  qui  avaient  quelques  ressources. 

s  Môme  jusqu*auXVII*  (de  Caumont),  mais  mon  intention  n*est  pas  de  faire 
un  cours  archéologique. 


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PREMIER  ABBÉ  DE  LANVAUX  25 

A  défaut  d'un  cercueil  en  pierre,  il  y  avait  de  fortes  raisons 
de  compter  sur  un  cercueil  en  plomb,  les  cercueils  ea  plomb, 
ditKerdanet,  ayant  remplacé  pour  la  sépulture  des  grands 
hommes  les  cercueils  en  pierre.  Il  est  en  outre  vrai  de  dire 
que  les  cercueils  de  plomb  ont  été  employés  à  toutes  les 
époques,  et  pour  me  bornera  quelques  exemples  pris  à  tra- 
vers les  âges,  c'est  dans  un  cercueil  semblable  que  fut  dé- 
posé au  premier  siècle  de  l'église,  saint  Front,  apôtre  de  Péri- 
gueux  ;  au  IV«,  l'empereur  Maximien-Hercule'  ;  au  IX',  saint 
Léonard'  ;  au  XV%  Simon  de  Gramand,  cardinal-évôque  de 
Poiliers  et  sainte  Françoise  d'Amboise.  Cet  usage  n'était  pas 
inconnu  à  Lanvaux,  où  les  travaux  nécessités  par  le  perce- 
ment du  canal  destiné  au  service  des  forges,  en  coupant  le 
cimetière  de  l'abbaye  en  deux,  ont  mis  à  découvert  plusieurs 
cercueils  de  plomb. 

Mais  non  !  *au  lieu  de  ces  indestructibles  sarcophages  qui 
eussent  conservé  intact  le  corps  du  bienheureux  Ruaud,  les 
religieux  de  Lanvaux,  à  Timitation  de  ce  qui  avait  été  fait 
pour  saint  Gilduin*  et  pour  plusieurs  autres,  construisent 
tout  exprès  dans  le  sanctuaire  un  caveau  en  pierres,  où  ils 
déposent,  dans  un  cercueil  de  bois,  les  restes  de  leur  vénéré 
fondateur.  La  présence  de  gros  clous  parmi  les  décombres 
autorise  là  supposition  d'un  cercueil  en  bois,  et  il  est  aisé 
de  concevoir,  qu'après  avoir  passé  plus  de   sept  cents  ans 
sous  terre,  il  n'en  soit  pas  resté  de  traces. 

Et  ce  cercueil  n'a  pas  de  quoi  nous  étonner,  si  Ton  réfléchit 
que  ce  n'est  pas  le  seul  exemple  que  nous  présente  le 
XII*  siècle.  Le  bienheureux  Robert  d'Arbrissel,  lorsqu'il 
tomba  malade,  en  1117,  disait  aux  personnes  qui  l'assistaient  : 
«  Je  vais  mourir,  préparez  pour  ma  sépulture,  un  cercueil  de 

*  n  se  pendit  à  MarseiUe,  et  fut  mis  par  Constantin  dans  un  cercueil  de 
plomb,   enveloppé  d'un   autre  cercueil  de  marbre. 

>  En  vériflant  ses  reliques  au  XV>  siècle,  ou  trouva  trois  cercueils,  Fun  en 
plomb  pour  les  cendres  ;  le  second  en  terre  cuite  pour  le  chef  et  les  osse- 
meota;le  troisième  en  bois  presque  pulvérisé. 

s  Mort  en  1077. 


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26  .^      LE  BIENHEUREUX  AUAUD 

bois.  »  Au  siècle  suivant,  en  1280,  le  fameux  Albert.lç  Grand 
fui  également  inhumé  dans  un  cercueil  de  ce  gepre.  Outre 
que  ce  mode  de  sépulture  contenait  à  l'humilité  du  saint 
évêque,  il  n*éiaitdonc  pas  le  moins  du  monde  en  opposition 
aveq  les  mœurs  de  l'époque. 


,     VUI 
Les  caveaux  ne  renfennaient  aucune  pièce  indicative. 

Ce  qui  ne  les  contredit  pas  davantage,  c'est  l'absence  de 
toute  pièce  indicative,  inscription,  crosse,  anneau  parmi  les 
reliques  des  caveaux.  Car  pour  tirer  dç  là  un  argument 
sérieux,  il  faudrait  prouver  que  tous  les  prélats  ont  été  in- 
humés avec  la  crosse,  l'anneau  ou  une  inscription  quelconque. 

On  n'y  réussira  jamais. 

On  n'y  réussira  certainement  pas  pour  Tinscription. 

L'inscription  se  met  au-dessus  des  tombes  et  non  au  dedans. 
Lorsqu'on  lève  un  corps  de  terre,  qu'on  le  dépose  dans  une 
châsse,  lorsqu'on  cherche  à  vérifier  les  reliques  d'unç  châsse 
ou  d'une  tombe,  c'est  en  ce  moment  qu'il  est  dressé  géné- 
ralement de  la  cérémonie  un  acte  authentique  destiné  à  être 
enfermé  avec  les  ossements.  Gela  eut  lieu,  par  exemple,  en 
1052,  pour  rouverture  de  la  châsse  contenant  les  restes  pré- 
cieux de  saint  Denys  l'Aréopagite.  Or,  il  n'est  pas  question 
ici  de  translation  ;  et  si  les  reliques  ont  jamais  été  l'objet  d'une 
vérification,  comme  elles  n'étaient  pas  destinées  à  sortir  du 
caveau  pour  être  exposées  à  la  vénération  de;»  fidèles,  la 
pierre  tombale  qui  recouvrait  le  môme  caveau  tenait  suffi- 
samment lieu  d'authentique. 

Il  est  fâcheux  assurément  que  la  pierre  ait  disparu.  Qu'y 
faire  ?  Je  soupçonnerais  môme  les  moines  de  l'avoir  déplacée 

au  moment  de  leur  dispersion,   d'autant  que  c'était  le  vrai 


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PRBMIBR  ABBÉ  Dl£  LAN  VAUX  27 

moyen  de  soustraire  les  restes  de  leur  vénéré  f ond^t^ur  à 
une  profanation  possible.  Est-elle  entrée  dans  la  suite,  >avec 
les  matériaux  de  Tég^lisie  et  des  bâtiments  claustraux,  dans 
la  coostmction  de  la  verrerie  ou  des  forges?  A-t-elle.  été 
portée  au  bourg,  lors  des  premières  fouilles  de  1837,  puis 
brisée  sur  le  chemin  pour  y  servir  d'empierrement,  comme 
d'aucuns  Tosent  affirmer^?  Il  est  malaisé  de  le  savoir 
au  juste.  J'ajoute  que  mes  ouvriers  ont  trouvé^  parmi 
les  décombres ,  quelques  fragments  de  pierre  tombale  ,  à 
caractères  gothiques ,  si  je  ne  me  trompe.  Quelqu'un 
pourra-t-il'y  trouver  un  sens?  c'est  possible.  Toujours  esttil 
que  disséminés  ça  et  là  parmi  les  ruines,  ils  ne  sont  pas  en 
état  de  fournir  une  indication,  à  ce  point  de  vue,  décisive. 

Sera-t-on  0lus  heureux  avec  la  crosse  et  l'anneau?  Si 
l'on  rencontre  beaucoup  de  prélats  inhumés  avec  ces  in- 
signes, on  en  voit  d'autres  ^ussi  ensevelis  sans  eux.  Saint 
Godefroi,  évoque  d'Amiens,  racheta  l'anneau  pastoral  de  saint 
Honoré,  que  son  prédécesseur  avait  vendu,  et  il  le  rapporta 
à  son  église.  Puisque  cet  anneau  a  pu  être  vendu  et  racheté, 
il  n'a  pu  être  enseveli  avec  saint  Honoré.  Gervais,  mort  ar- 
chevêque de  Reiins,  en  1067,  avait  une  crosse  d'or  du  poids 
de  trois  livres  et  demie.  Il  eri  Bt  présent  aux  moines  de  saint 
Rémi  pour  les  Indemniser  de  quelques  dommages  qu'il  leur 
avait  causés.  Saint  Robert,  abbé  de  la  Chaise-Dieu^  déposa  en 
mourant  son  bâton  pastoral  entre  les  mains  de  la  statue  de 
l'KnfahWésus,commé  pour  lui  résigner  à  perpétuité  la  supério- 
rité deson  abbaye.  L'abbaye  de  Gormeri  ayant  voulu  se  sous- 
traire à  la  dépendance  de  Marmoutiers, le  papeordonna  qu'à  la 
mort  de  I*abbé  de  Coî*meri,  son  bâton  pastoral  serait  apporté 
sur  le  tombeau  de  saint  Martin,  où  celui  qui  serait  élu  en  sa 


*  n  parait  que  cette  pierre  représentait  un  personnage  avec  une  crosse . 
19e  «erait-ce  pas  la  pierre  tombale  primitive?  En  ce  cas,  rien  de  plus  déplo- 
rable qoa  la  perte  de  cette  i  pierre  qui  nous  aurait  fourni  vraisemblablement 
un  spécimen  des  monuments  funéraires  du  XU^  sièclo,  où  il  était,  ordinaire 
J*Jiooorer,  par  des  épitaphes  en  vers,  les  personnai^es  marquants. 


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28  LE  BIENHEUREUX   RUAUD 

place,  viendrait  le  prendre  par  ordre  du  doyen  et  du  chapitre. 
Donc,  ces  prélats  n'étaient  pas  inhumés  avec  leurs  insignes. 
Il  y  a  plus  :  sous  prétexte  que  les  dépendances  des  évéchés 
et  des  abbayes  constituaient  des  flefs,  certains  princes  de  la 
terre,  enlevant  au  clergé,  aux  fidèles  et  aux  religieux  leur 
droit  d'élection,  exigeaient  qu'à  la  mort  du  prélat  on  leur 
remît  sa  crosse  et  son  anneau,  qu'ils  donnaient  ensuite  à 
celui  qu'ils  choisissaient  pour  lui  succéder.  C'est  à  cette 
pratique  que  saint  Annon  dut  sa  nomination  à  l'archevêché 
de  Cologne  (1055).  «  L'empereur  Henri  était  à  Coblentz, 
lorsque  les  députés  de  Cologne  vinrent  lui  apprendre  la  mort 
d'Heriman,  leur  archevêque,  et  lui  présenter  son  bâton  pas- 
toral, le  priant  de  leur  donner  un  digne  prélat.  L'empereur 
ne  crut  pas  pouvoir  faire  un  meilleur  choix,  que  de  nommer 
Annon  à  ce  grand  siège,  et  il  lui  donna  aussitôt  le  bâton  pas- 
toral qu'on  lui  avait  apporté*.  » 

Les  terribles  guerres  de  l'investiture  n'ont  pas  €fu  d'autre 
motif  que  la  nécessité  où  se  sont  vus  les  souverains  pontifes, 
pour  sauvegarder  les  dignités  ecclésiastiques,  de  dépouiller 
les  monarques  d'un  prétendu  droit  qu'ils  avaient  usurpé. 

Il  ne  sera  pas  inutile  d'ajouter,  en  ce  qui  concerne  notre 
bienheureux  évoque,  que  sa  crosse  pouvait  fort  bien  être 
en  bois.  Comment  ce  saint  prélat,  qui  était  en  môme  temps 
de  Tordre  de  Ctteaux,  eût-il  osé  la  porter  d'or  et  d'argent,  à 
une  époque  où  les  croix  d'or  et  d'argent  étaient  rem- 
placées à  Cîteaux  par  des  croix  de  bois,  où  les  chandeliers  des 
autels  étaient  en  fer,  et  les  ornements  sacerdotaux  eux- 
mêmes,  dépouillés  de  leur  riche  broderie?  Une  croix  de  bois 
devait  suffire  à  la  simplicité  du  bienheureux  Ruaud.  Or,  en 
supposant  que  cette  crosse  de  bois  fut  déposée  dans  sa 
tombe',  il  va  sans  dire,  que  longtemps  avant  l'invention  de 


*  LongueTal»  Ut.  XXI. 
•  *  Saint  Papon,  archcréque  de  Trêves,  avait   été   inhumé  avec  un  bÀton 
pastoral  en  bois  (1047).  Le  bâton  des  évéques,  dit  Déric,  n*a  été  d^abordque 
de  bois. 


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PREMIER  ABBÉ  DE  LAN  VAUX  29 

nos  reliques,  elle  était  tombée  en  poussière.  En  tout  cas, 
Vobjection  tirée  de  l'absence  d'insignes,  c'est-à-dire  de  la 
crosse  et  de  Tanneau  ne  vaut  rien  :  il  n*a  pas  été  possible  de 
les  trouver  dans  le  caveau,  si  on  ne  les  y  a  pas  mis*. 

Si  par  insignes,  on  voulait  entendre  les  habits  pontificaux, 
d'accord.  €  Chaque  mort,  dit  M.  de  Caumont%  conservait  les 
insignes' de  sa  dignité.  Ainsi  Tévôque  était  enseveli  avec  ses 
ornements  pontificaux.  A  l'exemple  des  évoques  qu'on 
qu'on  inhumait  avec  leurs  habits  pontificaux,  les  prêtres  et 
les  autres  membres  du  clergé  jouissaient  de  l'honneur  d'être 
ensevelis  avec  les  insignes  de  leur  ordre'.  » 

H  est  clair  qu'on  a  suivi,  à  l'égard  du  premier  abbé  de 
Lanvaux,  évoque  de  Vannes,  l'usage  général.  II  a  dû. être 
inhumé  dans  son  .habit  de  moine,  recouvert  des  ornements 
pontificaux.  Mais,  de  même  que  la  crosse  en  bois,  tout  cela 
s]en  était  allé  en  poussière  depuis  longtemps,  et  Ton  ne 
pouvait  sérieusement  compter  sur  les  fouilles  pour  en 
exhumer  le  moindre  débris. 


'  n  me  Tient  à  Tidée  qae  la  crosse  et  l'anneau  sont  restés  à  Vannes  :  con- 
traint de  céder  le  corps  du  prélat,  le  chapitre  s'est  rejeté  sur  ses  insignes 
qu'il  a  dû  retenir  à  titre  de  compensation. 

»  De  Caumont,  6»  partie,  Cours  d'antiquités  monumentales, 

^  Gomme  les  membres  du  clergé,    les   laïques    étaient  inhumés    sous   les 

Tétements  de  leur  condition;  les  empereurs  avec  leurs  ornements  impériaux. 

Par  exemple,  Constantin  lut  déposé  dans  un  cercueil  d*or,  sur  lequel  on  plaça 

la  pourpre  impériale  et  le  diadème  ;  ^^  les  rois  avec  les  insignes  de  la  royauté  ; 

comme  Guillaume  le  Conquérant.  Cependant  lorsque  les  Huguenots  ouvrirent 

êon   cercueil  dans  l'espoir  d^y  trouver  de   l'or,  ils   n'y  trouvèrent   que  les 

ossements  du  prince.  Gela  confirme  ca  que  j'ai  dit  touchant  les  évêques,  qu'ils 

étaient  inhumés  aTec  leurs  insignes,  c'estr2i-dire,  avec  leurs  habits  pontificaux, 

fias  toujours  avec  la  crosse  et  l'anneau. 


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30  LE  BIENHEUREUX   RUAUD 

IX 

Les  caveaux  renfermaient  un  mélange^» 

Ce  qui  est  plus  grave,  c'est  un  mélange  d'ossements  cons- 
taté, après  un  minutieux  examen,  par  le  docteur  de  Glosma- 
deuc  dont  la  compétence  en  ces  matières  est  indéniable.  Et 
c'est  sur  ce  mélange  qu'il  s'est  basé  pour  émettre  l'opinion 
qu'à  une  époque  qu'il  lui  est  impossible  de  préciser,  les 
caveaux  ont  été  ouverts  pour  y  introduire  des  ossements 
étrangers.  Cette  opinion  a  pris  le  caractère  d'une  conviction 
absolue,  lorsqu'il  s'est  trouvé  en  face  d'un  tibia,  enfoncé  par 
son  extrémité  supérieure  dans  un  mortier  très  dur,  qui 
remplit  le  crâne  du  caveau  de  droite.  Ce  qui  n'a  pu  arriver 
naturellement  ni  à  l'occasion  de  la  fouille,  mais  par  le  fait 
d'un  homme  qui  a  jeté  le  tibia  dans  le  caveau  où  déjà  se 
trouvait  le  crâne.  Ce  cas  ne  serait  pas  particulier  à  Lanvaux  ; 
il  s'étendrait,  au  rapport  du  môme  docteur,  à  presque  toutes 
les  tombes  du  même  genre  qu'il  pst  fort  rare  de  rencontrer 
.'ntactes. 

Il  faut  avouer,  d'ailleurs,  que  pour  une  raison  ou  pour  une 
autre,  les  mélanges  d'ossemenis  sont  de  tous  les  temps.  Les 
reliques  de  saint  Goueznou,  évêque  de  Léon,  déposées  pôle- 
môle  parmi  les  autres  dans  la  sacristie,  ne  purent  être  re- 
connues que  par  un  miracle.  Que  les  exemples  d'un  pareil 
sans-gêne  soient  rares,  on  le  conçoit.  Ce  qui  ne  Test  pas, 
c'est  de  voir  les  mélanges  se  produire  dans  les  châsses 
par  suite  d'un  dérangement  accidentel  des  reliques,  ou 
d'une  confusion  survenue  parmi  les  étiquettes,  ou  du  peu 
de  soin  apporté  à  renouveler  ces  étiquettes,  lorsque  le  temps 
les  a  usées.  A  Saint-Magloire  de  Paris,  dit  Dé  rie,  des  rou- 
leaux de  parchemins  qui  indiquaient  les  'noms  de  plusieurs 
saints  sont  effacés  ;  d'autres  ne  sont  plus  lisibles.  Le  trésor 


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PREMIER  ABBÉ  DE  LANVAUX  31 

de  Locmîné  renferme  quelques  têtes  de  saints,  dont  une  cer- 
lainemeat  de  saint  Colomban.  Laquelle?  on  ne  sait  pas.  Et 
pourtant  les  authentiques,  paraît-il,  sont  en  règle.  Qu'importe  ? 
On  est  fondé  à  dire  des  reliques  qu'elles  sont  mélangées,  du 
moment  que  les  étiquettes  ne  servent  plus  à  les  discerner. 

Les  mélanges  furent  surtout  nombreux  sous  la  Réforme  et 
sous  la  Révolution  française,  où  les  fidèles  souvent  n'avaient 
pas  d'autre  moyen  pour  sauver  les  reliques  de  valeur.  C'est 
l'exemple  qu'ont  dû  suivre,  à  Tune  de  ces  époques  troublées, 
les  religieux  dé  Lanvaûx.  S'il  fallait  choisir  entre  les  deux, 
j'opinerais  volontiers  pour  la  Révolution.  Dans  le  cas  où  le 
mélange  eût  été  produit  au  temps  de  la  Ligue,  est-ce  que  l'ins- 
cription de  1740  n'y  aurait  pas  fait  une  allusion  quelconque? 
Pourtant,  cette  inscription  est  très  précise  etse  rapporte  à  un 
seul  personnage.  Ce  serait  donc  à  la  veille  de  la  fermeture  de 
l'abbaye  par  le  igbuvernement  révolutionnaire,  que  les  moines 
se  sont  vus  obligés,  pour  abriter  ce  qu'ils  avaient  de  plus 
précieux,  de  recourir  à  l'ouverture  des  caveaux. 

Pour  ouvrir  les  oeveaux,  ils  ont  dû  fracturer  la  voûte,  et 
sans  se  donner  la  peine  de  la  relever,  pressés  sans  doute 
qu'ils  étaient  par  le  temps,  ils  ont  trouvé  plus  expéditif  de 
combler  les  tombeaux,  après  avoir  pris  au  préalable  la  pré- 
caution, dans  le  but  de  garantir  les  ossements,  de  les  couvrir 
d'une  couche  de  chaux  éteinte.  La  couche  de  chaux  dont  ils 
sont  presque  tous  empâtés,  autorise  cette  supposition*. 

Il  n'est  pas  vrai  de  dire,  dans  cette  hypothèse,  que  la 
voûte,  après  avoir  été  relevée,  se  soit  d'elle-même  effondrée. 
Par  le  fait,  un  pareil  ébranlement  ne  pouvait  avoir  lieu  sans 
amener  à  la  surface  du  sol  des  crevasses  plus  ou  moins 
sensibles.  Or,aucun  affaissement  ne  s'est  offert  à  mes  regards. 
lundis  que  la  nef  a  été  complètement  bouleversée  soit  par 
r 

<  fl  j  ?  d'autres  exemples.  Jean  de  Montluc,  évêque  de  Die,  Ût  au  temps 
de  la  Ligue  renfermer  dans  sa  tombe  et  couvrir  de  chaux  lés  reliques  de 
saint  Etienne.  —  Dans  le  caveau  de  drmte.  citait  un  nwjrtier  d'arpile. 


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32  LE  BIENHEUREUX  RUAUD 

des  chercheurs  dfe  trésor,  soit  par  des  expériences  d*obus  que 
le  directeur  des  forges  y  faisait  sans  scrupule,  le  sol  du  sanc- 
tuaire est  demeuré  intact  jusqu'aux  fouilles  de  Tan  passé. 


X 

Le  mélange  renferme  les  reliques  du  bienheureux  Ruaud. 

Cela  est  de  toute  évidence,  à  moins  de  supposer  qu'en 
introduisant  dans  les  caveaux  des  ossements  étrangers,  les 
religieux  ont  enlevé,  dispersé  ou  détruit  les  ossements  pri- 
mitifs. Ce  qui  est  absurde. 

Qu'à  une  époque  troublée,  je  le  répète,  la  pensée  soit 
venue  aux  religieux  d'ouvrir  les  caveaux  du  sanctuaire  pour 
y  abriter  des  reliques,  rien  de  plus  sensé.  J'ai  rapporté  que 
l'évoque  de  Die  avait  espéré,  par  ce  moyen,  garantir  de  la 
fureur  des  huguenots   les  reliques  de  saint  Etienne. 

Qu'après  avoir  ouvert  les  caveaux,  ils^  aient  succombé  à 
la  tentation  d'emporter,  comme  souvenir,  des  parcelles  du 
corps  de  leur  fondateur,  cela  se  conçoit  de  môme  et  explique, 
jusqu'à  un  certain  point,  la  présence  d'ossement^  dépareillés 
constatée  par  l'examinateur.  Mais  de  prétendre  qu'au  mo- 
ment d'y  jeter  des  reliques  pour  les  préserver  de  la  destruc- 
tion, ils  aient  du  môme  coup  emporté  ou  dispersé  le  corps 
out  entier  du  bienheureux,  cela  est  contradictoire.  Ils  ne 
l'ont  certainement  pas  emporté  au  temps  de  la  Ligue,  puisque 
l'épitaphe  de  1740  dit  en  termes  formels  : 

Hic  jacet  beatus  Rotaldus, 
Ci-gît  le  bienheureux  Ruaud. 

Ils  ne  l'ont  pas  fait  davantage  au  moment  de  leur  expul- 
sion, en  1790  ou  91.  Pour  quel  motif  l'enlever?  Tout  en  pro- 
fessant pour  leur  fondateur  une  vénération  particulière,  ils 
ne  lui  rendaient  pas  de  culte.  Quand  bien  môme  il  eût  été 


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PREMIER  ABBÉ  DE   LAN  VAUX  33 

Vobjet  d'un  culte,  mieux  valait  encore  le  laisser  sous  terre. 
On  était  à  une  époque  où  Ton  enfouissait  les  trésors  :  on  ne 
les  dél errait  pas.  Ç*eût  été  volontairement,  sciemment,  Tex^ 
poser  à  une  profanation  inévitable.  Ils  ne  pouvaient  agir  de 
la  sorte,  sous  peine  d*étre  insensés.  Et  quelle  raison  avons- 
nous  de  croire  les  moines  plus  insensés  que  les  autres  ?  Non. 
Ils  ont  introduit  des  ossements  dans  les  caveaux  du  sanc- 
tuaire pour  assurer  leur  conservation;  et  ces  ossements  ont 
été  si  bien  conservés  qu'on  les  a  retrouvés  :  voilà  la  vérité. 

Et  comme  d'autre  part,  il  faut  tenir  pour  certains  les  trois 
points  qui  suivent  : 

Premièrement,  que  le  corps  du  bienheureux  Ruaud  a  été 
inhiuné  dans  le  sanctuaire  de  Tabbaye  qu'il  avait  fondée  ; 

Deuxièmement,  que  les  restes  du  bienheureux  Ruaud  y 
reposaient  au  XVII*  siècle,  en  1740,  et  au  moment  de  la  Révo- 
lution ; 

Troisièmement,  que  le  sanctuaire  de  Lan  vaux  ne  renferme 
aucune  autre  tombe  ; 

Cette  conclusion  s'impose  : 

Les  restes  du  bienheureux  Ruaud  se  trouvent  en  tout  ou 
en  majeure  partie  parmi  les  ossements  extraits  des  caveaux 
de  Lanvaux,  et  pour  préciser  davantage,  parmi  les  ossements 
du  caveau  central  qui  présentaient,  seuls,  la  disposition  li- 
turgique que  nous  avons  ci-dessus  mentionnée. 

Conclusion  rigoureuse  s*il  en  fut.  Il  n*en  est  pas  moins 
vrai  qu'elle  laisse  subsister  le  mélange,  et  que  ce  mélange 
est  on  ne  peut  plus  malencontreux.  Il  est  venu  gâter  une 
belle  découverte  qui  eût  sans  cela  produit  à  nos  yeux,  qui 
sdit?  peut-être  avec  les  restes  authentiques  du  bienheureux 
fondateur  ecclésiastique,  les  restes  du  fondateur  laïque,  je 
veux  dire,  du  baron  Alain  de  Lanvaux,  probablement  inhumé 
dans  le  caveau  de  droite,  d'un  pied  plus  long  que  le  caveau 
central*. 

*  Le  carean  du  bienheurdox  est  long  d'environ  1*»94  et   large  de  Om,78  ;  le 
2«  caTeaa  est  long  de  2*,25  et  large  de   0",90.  Les  eaveanx  sont    creusés  à 
T.  VI.  —  NOTICES.  —  VI*  ANNÉE,  !'•  LIV.  3 


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34  LE   BIENHEUREUX   RUAUD 


XI 

Inhumation  au  cimetière  de  Drandivy  des  reliques  de  Lanvaux. 

Devant  rimpossibilité  matérielle  de  distinguer  les  reliques 
recherchées,  il  ne  restait  plus  qu'à  procéder  de  nouveau  à 
rinhumation  des  ossements  extraits  du  sanctuaire  de  Lan- 
yaux.  Mais  pour  réserver  l'avenir,  et  dans  Tespoir  qu'un 
document  inédit  viendra  taire  un  jour  la  lumière  sur  ce 
mélange,  je  les  ai  déposés  séparément  dans  trois  petits  cer- 
cueils et  fait  dresser  de  leur  inhumation  le  procès-verbal 
que  voici  : 

Nous^  soussignés,  certifions  avoir  assisté  à  l'inhumation 
dans  le  cimetière  de  Brandivy,  près  du  mur  situé  au  levant, 
des  reliques  extraites  du  sanctuaire  de  Lanvaux,  et  nous 
rapportant  aux  déclarations  de  M.  Tabbé  Guilloux^  vicaire  à 
Brandivy,  sur  la  provenance  de  ces  reliques,  avons  enfermé 
dans  le  cercueil  contenant  les  ossements  du  caveau  central, 
une  lame  de  zinc  avec  ces  mots  :  ossa  partim  beati  Ruaudi*  ; 
dans  le  cercueil  contenant  les  ossements  du  caveau  de 
droite',  une  lame  de  zinc  avec  ces  mots  :  ossements  du  caveau 
de  droite  ;  dans  le  cercueil  contenant  les  ossements  trouvés 
à  gauche  du  caveau  central,  une  lame  de  zinc  avec  ces  mots  : 
ossements  hors  caveau.  Nous  constatons,  en  outre,  que  ces 
trois  cercueils  en  chêne  occupent  au  cimetière  de  Brandivy 


rentrée  du  sanctuaire  primitif,  celui  du  bienheureux,  au  centre,  en  face 
du  maltre-autel.  A  la  vue  des  restes  de  ce  sanctuaire,  vieux  de  tant  de 
siècles,  abritant  encore  les  caveaux,  on  se  dit  :  «  qu'un  oratoire  ferait  bon 
effet  sur  ces  antiques  et    sacrées  fondations  !..«..> 

^  Ossements  en  partie  du    bienheureux  Ruaud. 

*  La  droite  d^in  homme 'qui  regarde  vers  TBSst. 


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PREMIER  ABBÉ   OE   LAN  VAUX  35 

les  mêmes  positions  que  les  différentes  sépultures  occupaient 
au  sanctuaire  de  Lanvaux.  » 

Brandi vy,  3  décembre  1888. 

Suivent  les  signatures  de  plusieurs  ecclésiastiques. 

La  fosse  commune  a  été  surmontée  d'une  inscription  dont 
le  critique  le  plus  méticuleux  ne  saurait  contester  la  justesse 
et  la  légitimité.  Voici  cette  inscription. 

Ici  reposent 

Parmi  d'autres  ossements 

Les  précieux  restes  du  bienheureux 

Ruaud, 

Fondateur  de  Tabbaye  de  Lanvaux,  Tan  1138 

Elu  évoque  de  Vannes,  Fan  1143, 

Mort  Tan  1177 

Et 

Inhumé 

Selon  sa  volonté 

Dans  le  sanctuaire  de  son  abbaye. 

Ces  reliques 

Découvertes  le  12  juin  1888 

Ont  été  transférées 

En  ce  lieu 

Le  3  décembre  de  la  même  année. 

La  môme  inscription,  à  part  quelques  modifications  néces- 
saires surmonte  les  caveaux  de  Lanvaux.  Les  nombreux 
étrangers  qui  viennent  les  visiter,  pour  peu  qu'ils  sachent 
lire,  apprennent  de  la  sorte,  par  quelques  mots  placés  sous 
leurs  yeux,  quand  et  par  qui  a  été  fondée  l'abbaye,  et  ce  que 
sont  devenues  ^es  reliques  du  vénéré  fondateur. 


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36        LE  BIENHEUREUX  BUAUD,  PREMIER  ABBÉ  DB  LAN  VAUX 


XII 

CONCLUSION 

Et  maintenant,  la  parole  est  au  bienheureux  Ruaud. 
Exhumé  contre  toute  attente  après  tant  de  siècles  écoulés, 
c'est  à  lui  qu'il  appartient  désormais  de  plaider  sa  cause  et 
de  confirmer  par  des  signes  sensibles  son  identité.  Plusieurs 
offrandes,  certains  faits  sont  propres  à  inspirer   confiance. 

Que  du  haut  du  ciel  il  daigne  jeter  sur  tous  ses  invocateurs 
un  regard  favorable!  C'est  mon  vœu,  c'est  toute  la  récom- 
pense que  je  souhaite  de  mes  efforts. 

Abbé  GuiLLOux. 


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NOTES  D'ICONOGRAPHIE 

Les  thèses  bretonnes  illustrées,  aux  XV II"  et  XVIII*  siècles, 

(Suite.) 


I.  —  Thèse  dédiée  au  Chapitre  et  Doyen  de  Nantes, 

IL  ne  reste  de  cette  thèse  que  l'écoason  dn  Chapitre.  Une  clef  et  une 
épée  en  saatoir  ;  le  tout  entouré  de  branches  de  laurier.  —  La  gra- 
vore  n'est  pas,  signée  mais  peut  être  attribuée  à  l'époque  de  Léonard 
Gautier,  et  a  dû  être  gravée  au  commencement  du  XVI^'  siècle. 

(Bibliothèque  national,  P.  G.  2.) 

II.  —  D'AndPHERNBT,  premier  Président  de  Bennes. 

Telle  est  la  note  manuscrite  que  le  collectionneur  a  mise  au  bas  d'un 
énorme  ôcusson  soutenu  par  deux  lions,  qui  porte  :  Ecartelé  au  4 
et  4  d'hermines  et  cPargent,  au  9  et  S  de  sable  à  V aigle  éployée  (Targent, 
becquée  et  menibrée  Sor^  armes  de  la  famille  d'Amphernet.  Le  tout 
entouré  du  collier  de  Saint- Michel  avec  la  devise  :  Sunt  for  lia  fortibus 
opta.  Cette  devise  n'est  point  signalée  par  M.  de  Courcy.  —  M.  de  Carné 
ne  cite  non  plus  aucun  d'Amphernet  parmi  les  chevaliers  bretons  de 
l'ordre  de  Saint -Michel.  Il  est  à  remarquer  aussi  que  René  d'Amphernet, 
président  à  mortier  au  Parlement  de  Bretagne  en  1620,  ne  fut  pas 
premier  président.  —  Non  signé. 

{Bibliothèque  nationale,  P.  C.  1.) 

m.    —   Gabriel  Constantin,    doyen  de    l'église  d'Angers. 

[Annot.  man,) 

Il  est  très  possible  que  cette  thèse  soit  plutôt  angevine  que  bretonne. 
Cependant  Tabbé  Constantin  mourut  doyen  du  Parlement  de  Bretagne. 
Baaacoop  des  livres  du  château  de  la  Lorie,  vendus  à  Rennes  en  1887, 


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38  NOTES  d'iconographie 

portent  sa  signature.   Cette  famille  s'était  fondue  par  les  Marmier,  dans 
le  Fitz-James,  derniers  possesseurs  de  cette  terre. 

Ecusson  entouré  de  génies  ou  d'anges  qui  se  termîDent  par  une  riche 
gaine  de  fleurn  et  de  fruits,  et  portant  tes  armes  de  la  famille  Constantin  : 
D^azur  au  rocher  d'or  mouvant  d^une  mer  d'argent,  —  Signé  :  Roussel. 

{IHblxothhque  nationale,  P.  C.  2.) 

IV.  —    SÉBASTIEN  DE  RosMADEG,  évêque  de  Vannes  [Annot, 
man.)  nommé  en  4624,  mort  en  4646, 

Une  très  grosse  femm 3  revêtue  du  manteau  d'hermines,  qui  doit  symbo- 
liser la  Bretagne,  présente  à  une  autre  très  grosse  femme,  qui  tient  une 
croix  et  doit  figurer  la  Religion,  un  grand  écusson,  très  beau  comme 
déploiement  d'armoirie?,  mais  déplorable  comme  gravure.  On  n*a  même 
pas  respecté  le  sens  traditionnel  dans  lequel  les  hachures  doivent  être 
exécutées  pour  représenter  les  couleurs,  et  tous  les  fonds  semblent 
être  de  sinople,  tant  les  lignes  sont  de  biais.  Nous  rectifions  d'après 
Farmorial  de  M.  de  Courcy  : 

Sur  le  tout  :  Paie  d^nzur  et  d^argenty  qui  est  Rosmadec,  avt  4  d*axur 
à  quatre  mâcles  d'argent  qui  est  Molac  (les  armes  véritables  sont  : 
De  gueules  à  sept  mâcles  d'argent)  ;  au  2«.  d!azur  à  une  tour  d'or  qui  est 
Tyvarlen  ;  au  3«,  d'azur  à  trois  coquilles  d'or  qui  est  Plessis-Josso  ;  au 
4«,  d^hermines  à  trois  chevrons  de  gueules  qui  est  Plœuc  (le  graveur  les 
a  chargés  de  m&cles)  ;  au  b^  de  gueules  h  la  fasce  d'hemines  qui  est  la 
Chapelle  ;  au  6*,  d'azur  au  lion  d'argent  qui  est  Pont-Croix  ;  au7«,  d'azur 
à  trois  jumelles  d'or  qui  est  Lesperver  (dont  les  vraies  armes  soni  de 
sable)  ;  enfin  le  8«  quartier  porte  une  bordure  de  ituîcles,  plus  une  figure 
impossible  à  déterminer,  tant  le  graveur  y  a  mis  délaisser  aller  La 
devise  porte  :  Hoc  non  viduata  quid  optem  :  —  qu'on  peut  traduire  ainsi 
en  l'appliquant  àPévêque  de  Vannos  :  tant  que  je  le  posséderai,  qu'ai-je 
à  désirer  !  Souhait  flatteur  pour  le  personnage,  qui  mourut  en  effet  sur  le 
siège  de  Vannes. 

L'auteur  de  ce  bel  ouvrage  a  signé  :  G.  Ladamb,  inve.  et  fecit. 

(Bibliothèque nationale,  P.C.  i.) 

y,  —  Le  même  {vers  4  640), 

Le  fragment  d'une  seconde  thèse  dédiée  au  même  prélat,  porte 
récusson  décrit  au  numéro  précédent,  entouré  de  lourds  ornements  et 
d'une  draperie  soutenue  par  deux  anges.  Signé  :  Fjrbnb. 


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NOTES  D*IGONOaRAPHIE  39 

Firens  était  un  assez  médiocre  graveur  qai  florissait  à  cette  époqae 
et  ne  s^eet  pas  dîstingaé  dans  ce  travail. 

(Biblioihèque  nationale,  P.  G.  1.) 

VI.  —  Christophe  Budes.  (Annot,  mon.) 

Ëcnsson  des  Bades.  *  D'argent  au  pin  de  sinople^  accosté  de  deux 
fleurs  de  lys  de  gueules.  Mais  dans  ce  morceaa  de  thèse  il  porte  une  va- 
riante :  les  deux  fleurs  de  lys  sont  reléguées  an  canton  senestre,  et  au 
coin  dextre  sont  juxtaposés  un  croissant  et  une  merlette. 

Tout  ceci  nous  indique  qu'il  s'agit  bien  de  Christophe  Budes,  époux  en 
1625  de  Renée  Bouilly.  Il  fut  conseiller  au  Parlement  en  1624  et  garde 
des  sceaux  de  la  chancellerie  de  Bretagne.  La  branche  du  Tertre-Jouan 
à  laquelle  il  appartenait,  chargeait  en  effet  ses  armes  au  canton,  dextre 
d'un  croissant  de  gueules.  On  y  a  ajouté  une  merlette,  en  souvenir  de  sa 
grand'mère  maternelle,  Isabeau  de  Galiac.  ou  d*Annè  de  Gallac,  grand- 
mère  de  son  père  qui  portaient  cet  oiseau  dans  leurs  armes. 

L'écu  est  entouré  du  collier  de  Saint-Michel,  quoique  M.  de  Camé  ne 
nomme  pas  Christophe  dans  ses  biographies  des  chevaliers  de  cet  ordre. 
Il  est  peu  probable  qu'il  s'agisse  ici  de  son  père  Jean,  capitaine  de  l'arrière- 
ban  de  Saint-Brieuc,  chevalier  de  l'Ordre  en  1617,  et,  par  la  nature  de 
ses  fonctions,  moins  apte  à  recevoir  la  dédicace  d'une  thèse,  que  son  fils, 
le  conseiller  au  Parlement.  On  peut  donc  croire  que  Christophe  a  été  dé- 
coré lui-même  de  l'Ordre  du  Roy,  ou  qu'il  a  entouré  son  écusson  de  cet 
insigne,  en  mémoire  de  son  père  —  usurpation,  qui,  je  crois,  a  été  assez 
en  usage  à  partir  de  cette  époque,  et  dont  j'ai  vu  beaucoup  d'exemples. 
—  Il  faut  dire  que  le  collier  est  très  décoratif  et,  soit  en  sculpture,  soit 
en  peinture,  accompagnait  très  bien  un  écusson. 

(Bibliothèque  nationale.  P.  C.  1). 

VIL  —  Pierre  Cornulier,  évêque  de  Rennes  (Ann.  man.Jy 
de  1619  à  1639. 

Il  ne  reste  de  cette  thèse  qu'un  écusson  très  simple  aux  armes  de  la 
maison  de  Cornulier,  surmonté  de  la  crosse,  de  la  mitre  et  du  chapeau, 
et  entouré  de  simples  enroulements  de  feuilles  de  laurier  formant  des 
médaillons,  dans  chacun  desquels  se  trouve  une  lettre  de  la  dédicace  sui- 
vante :  Pêlro  CornuHero, 

Cette  gravure,  d'un  style  plus  ancien  que  l'époque  où  elle  fut  gravée 
doit  être  du  commencement  de  l'épiscopat  de  Pierre  Cornulier,  et  lap- 
pelleraic  plutôt  la  fin  duXVI*  siècle  ;  elle  est  signée  :  Fiibms. 

(Bibliothèque  nationale.  P,  L.  2.) 


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40  NOTES  D'ICONOGRAPHIS 


VIII.  —  Pauoon    db  Ris,   premier  président    de    Rennes. 

(Ann,  man.) 

Même  ornemtntatioa  que  la  précédeiue;  enroalemento  réguliers  de 
palmes  et  d'olivier,  formant  des  médaillons»  dans  chacun  desquels  est 
une  lettre  de  la  dédicace:  Jiexandro^atoofitd.  Au  centre,  écusson  de 
premier  président  surmonté  du  mortier  :  au  1  et  4  d^argenl  à  la  serre 
de' faucon  de  guêuUs  ;  au  2  et  3  d'argent  au  taureau  de  saHe  —  En  bas. 
un  antre  écusson  portait  d^azur  à  deux  léopards  d'argent^  probablement 
celui  du  personnage  qui  a  soutenu  la  thèse,  et  qu'on  ne  peut  déterminer 
d*une  manière  certaine.  I^a  note  manuscrite  fait  une  erreur  :  Alexandre 
Faucon  de  Ris  n'est  pas  le  premier  président  au  Parlement  de  Bretagne, 
qui  s'appelait  Glande.  Il  fût  conseiller  le  11  mars  1592,  et  quitta  la 
Bretagne  pour  devenir  premier  Président  i  Rouen  de  1608  à  1626.  Il 
est  évident  que  cette  thèse  lui  fut  dédiée  pendant  qu'il  siégeait  dans 
cette  dernière  ville.  —  Signé  :  Fiebns. 

(Bibliothèque  nationale.  P.C.  l.) 

IX.  —  GiLLis  HucHBT  DB  LA  BÉDOYÈRB,  procureur  général 

au  Parlement  de  Rennes.  (Annot.  man.J 

Ecusson  énorme,  entouré  de  lourds  lambrequins,  surmonté d'qn  casque. 
Au  dessus  un  lion  en  cimier.  Supports  :  deux  lions  Sur  le  tout  :  d^argent 
à  trois  huekets  de  sable,  écartelé  aux  4  et  4  d*azur  à  six  biUettes  percées 
dPargent  qui  est  La  Bédoyère,  aux  2  et  3  d^argent  à  trois  coqs  de  sable 
qui  est  du  Gleuz  de  Redillac,  dont  était  l'ayeule  de  Gilles.  Le  tout  en- 
touré du  collier  de  Saint-Michel . 

M.  de  Garné  ne  cite  qu'un  membre  de  cette  famille  qui  ait  été  décoré 
de  l'ordre  du  Roi.  Il  était  arrière-cousin  de  Gilles  ;  il  n'est  guère  probable 
que  le  procureur  général  ait  voulu  se  parer  des  plumes  du  paon.  On 
peut  donc  supposer  que  l'annotation  manuscrite  est  fausse,  et  qu'il 
b'agttici  de  Briand  Huchet,  chevalier  de  l'ordre  en  1648,  bu  que  Gilles 
Huchet  l'a  été  lui-même  ;  ce  que  nous  ignorions. 

Briand  épousa  en  1623  Louise  Rabinard  du  Piessix-Gintré,  et  fut  le. 
premier  auteur  de  la  branche  de  ce  nom.  Il  mourut  après  1668. 

Gilles  Huchet  de  La  Bédoyère  procureur  général  en  1 63 1 ,  épousa  en  1 622 
Louise  Barrin  et  eut  postérité,  d'où  est  sortie  la  branche  de  La  Bédoyère. 

Cette  gravure  est  signée  :  Noblit,  f. 

{Bibliothèque  nationale.  P.  G.  1.) 


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NOTBS  d'iconographie  41 


X.  —  Thèse  de  Vabbé  de  Bruc. 

Noos  sortons  enfin  des  simples  écussons,  si  sottement  matllés  par 
Tamateor  anonyme  dont  la  Bibliothèque  natioaale  a  hérité,  et  nous 
abordons  nne  rare  et  saperbe  pièce,  mais  dont  il  faut  cependant  chercher 
les  membres  épars  (dtsjecta  membra  I)  dans  plusieurs  recueils. 

La  collection  des  portraits  de  la  Bibliothèque  nationale,  classée  par 
ordre  alphabétique,  contient  celui  de  Tabbé  de  Bruc  découpé  absolument 
comme  une  image  faite  pour  amuser  les  enfants  !  11  e«t  cité  dans  le  P. 
Lelong.  Le  personnage  est  de  profil,  dirigé  à  droite,  agenouillé,  la  main 
éloYée  en  l'air,  et  en  bas  cette  note  manuscrite  :  c  tiré  d'une  thèse  de 
théologie  soutenue  et  dédiée  le  6  février  1634  au  cardinal  dj  Richelieu. 
Gravée  par  Laskb.  » 

Noos  avons  retrouvé,  non  pas»  hélas  !  le  reste  de  la  thèse,  mais  de  no- 
tables fragments  dans  le  volume  de  la  Bibliothèque,  côté  P.  G.  1.  Elle 
devût  étr<)  magnifique,  mais  elle  est  tellement  mutilée  que  Ton  ne  peut 
guère  dire  tout  d'abord,  si  la  planche  était  unique.  Cependant  la  signa- 
tare  M.  Lasne  fMitet  exeudit  qu'on  lit  dans  la  partie  supérieure,  et  D.  A. 
G.  inv.  M.  Lasne  ex  aux..,  (le  reste  contenant  Tadresse  est  coupé),  que 
Ton  voit  dans  la  partie  inférieure,  nous  fait  supposer  qu'elle  se  composait 
deux  morceaux. 

Le  fragment  supérieur  représente  dans  de  très  graLdes  proportions, 
Hercule  soutenant  le  monde  de  concert  avec  le  roi  Atlas.  C'est  une  gra- 
Tore  vigoureuse  et  d*un  très  bel  effet  :  elle  signifie  évidemment  que 
Richelieu  était  l'Hercule  aidant  le  roi  de  France  à  supporter  le  poids  de 
ronirers. 

Au-dessoas  de  cette  belle  page  se  trouve  la  dédicace  à  Richelieu,  avec 
ses  armes  des  deux  côtés  soutenues  par  des  génies.  Elle  est  signée  :  Hbnri 
DB  BauG. 

Puis  venaient  les  propositions  de  la  thèse  encadrées,  tout  autour  par 
douze  jolis  médaillons  ovales  représentant  les  travaux  d*Hercule.  On  a 
enlevé  ce  texte,  et  si  bien  découpé  les  deux  colonnes  de  médaillons,  qu'il 
n'en  reste  plus  que  huit.  Par  ceux  qui  ont  échapp)§  au  naufrage,  on 
voit  que  les  travaux  du  demi-dieu  étaient  habilement  môles  à  ceux  du 
grand  ministre.  Ces  médaillons  représentent  :  1<*  Albion  Nepiunius  ewn 
fraire  repressus.  Le  triomphe  d'Hercule  sur  Albion  fils  de  Neptune,  qui 
n'est  pas  on  de  ses  plus  célèbres  exploits,  semble  bien  vouloir  re- 
présenter le  triomphe  de  Richelieu  sur  les  Anghiis  par  la  prise  de  la 
Rochelle  ;  ^  Le  taureau  de  l'ile  de  Crète  ;  3»  La  lutte  avec  Antée  ;  4*  Les 


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42  NOTES   d'iconographie 

I 

colonnes  d'Hercule  ;  5*  Stemit  rebelles.  Qe  qui,  sans  autre  désignation, 
s'applique  encore  plus  à  Richelieu  qu'à  son  modèle  ;  7^  Des  captifs 
chargés  de  chaînes  accompagnés  de  cette  devise  :  Amant  sua  vincula  ; 
Enfin,  8®  le  Dieu  dans  un  petit  temple  circulaire  et  au-dessous  l'inscription 
rfiueageies,  qui  s'applique  fort  peu  à  Hercule,  et  beaucoup  à  Richelieu 
soi-disant  poète,  fondateur  de  l'Académie  française  et  auteur  de  Mirame. 

Enfin  tout  en  bas,  à  gauche,  se  retrouve  le  portrait  de  Tobbê  de  Bruc 
déjà  cité,  à  genoux  et  levant  les  bras  vers  son  protecteur. 

Cet  abbé  était  fils  de  Jean  II  de  Bruc,  8''  de  la  Guerche  et  Monfplaisir, 
procureui;  général  syndic  des  Etats,  et  de  Marie  Venier.II  fut  aumônier  du 
Roi,  et  abbé  de  Saint^Gildas-de-Rhuys,  dit  M.  de  Gourcy  ;  l'abbé  Tres- 
vaux  dit  qu'il  assista  aux  Etats  de  1632,  comme  abbé  de  Saint-Gildas-des- 
Bois.  —  Il  mourut  peu  après  avoir  passé  sa  thèse,  en  1635.  Une  généalogie 
delà  famille  de  Bruc  «ajoute  à  ces  titres,  celui  de  Conseiller  d'état,  d'abbé  de 
Bellefontaine,  au  diocèse  de  laRochelle,  et  d'Orbay,  danscelui  de  Soissons. 
—  Une  aussi  belle  thèse  méritait  bien  ces  multiples  récompenses. 

XI.  —  Philippe  Cospean,  évêque  de  Nantes,  (Annot.  man,) 

Ëcusson  soutenu  par  deux  anges  dont  l'un  tient  la  mitre,  l'autre  la 
crosse.  Un  ange  voltige  sous  le  chapeau  qull  soutient  avec  grâce.  Des  lis 
poussenttout  autour,  et  sont  accompagnés  de  la  devise:  Paseiiur  inter  lilia, 

Ecarlelé  au  4  et  4  d'azur  à  trois  bouierolUs  dor ,  au  i  et  S  d'or  à  la 
croix  alésée  de  gueules. 

Cette  gravure  n'est  pas  signée.  —  Philippe  Cospean  fut  évéque  de 
Nantes  de  1621  à  1635,  puis  de  Lisi^ux,  jusqu'à  sa  mort,  en  1646. 

(Bibliothèque  nationale.  P.  C.  2.) 

XII.  —  Daniel  Hay,  abbé  de  Chambon,  [Ann.  man.) 

Ecusson  ovale,  entouré  de  cartouches  portant  le  lion  d'argent  des 
Hay  sur  fond  de  sable,  surmonté  d'un  lambel  d'argent,  l'écusson  est 
accompagné  de  la  mitre  et  de  la  crosse.  La  prudence  et  la  justice  le  sou- 
tiennent. —  FiRBNs,  excudit. 

Daniel  Hay,  né  en  1596,  académicien  en  1635,  mort  en  1671,  fut  abbé  de 
Chambon,  on  ne  sait  trop  à  quelle  époque.  Il  est  Hkcheux  que  ce  fragment 
ne  soit  pas  daté  et  qu'il  ne  soit  pas  plus  complet,  car  on  sait  si  peu  de 
chose  sur  cet  obscur  immortel,  comme  l'appelle  M.  Eerviler,  que  ce 
serait  au  moins  un  détail  de  plus  à  ajouter  à  sa  biographie. 

(Bibliothèque  nationale   P.  C.  2.) 


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NOTES  d'IGONOGRAPHIK  43 


X[II.  —  Thèse  cTYves   Philippe. 

Cette  pièce  est  conserTée  à  la  Biblîothèqne  nationale,  dans  rœuyre  de 
Rousselet.  Elle  est  dMiée  an  Parlement  de  Bretagne.  Son  ornementation 
très  nche  et  tr^s  compliquée,  en  fait  un  morceau  intéressant,  et  prouve 
qa*elle  fat  sontenue  avec  une  grande  solennité  an  collège  des  Jésuites  de 
Rennes. 

C'est  une  planche  grand  in-folio.  A  la  partie  supérieure,  la  Justice 
préside,  la  Sagesse  et  la  Religion  sont  à  ses  côtés.  Au-dessous  de  ce  groupe 
se  Ut  cette  devise  :  Justitia  prœsidety  adjutrice  pietate,  comité  sjpientid, 
La  France  siège  auprès  de  la  Religion  ;  la  Bretagne  auprès  de  la  Sagesse. 
Elle  est  reconnaissable  à  son  manteau  d'hermine,  et  porte  le  collier  de 
Tordre  national  de  TEpi.  ^  En  haut,  à  gauche,  sont  les  armes  de  la  France, 
et  à  droite,  sur  la  même  ligne,  celles  de  Richelieu  leur  font  pendant. 

Sons  les  pieds  de  la  Justice  est  un  petit  médaillon  avec  Tinscription 
Rhedones,  où  Ton  distingue  une  vue  de  Rennes.  Malgré  les  proportions 
restreintes,  on  peut  y  reconnaître  notre  ancienne  tour  de  Thorloge, 
accompagnée  de  bien  des  clochers  I 

La  partie  inférieure  de  la  thèse  se  compose  d'abord  de  la  dédicace  : 
Augustitsimo  sanctissimoque  Britannix  aremoricarum  Senatui,  addic- 
iissimi  Philosophi  Colleçii  Sanlhomani  Rhedonensis  Soc.  Jesu.  »  —  Yves 
Philippe  était  probablement  Télève  le  plus  distingué  de  la  classe,  et 
quoique  sa  personnalité  soit  aciùellement  fort  oubliée,  il  fut  évidemment 
choisi  pour  représenter  ses  condisciples  et  donner  à  l'auguste  et  très 
saint  Parlement  de  Bretagne,  une  haute  idée  de  leur  savoir,  et  le  dernier 
écho  de  ce  jour  de  gloire  conservé  dans  cette  intéressante  pièce,  a  porté 
jusqu'à  nous  le  nom  d'Yves  Philippe  de  Tréguier. 

Cette  partie  inférieure  est  encadrée  de  huit  médainons  ovales  repré- 
sentant les  huit  autres  évèchés  de  Bretagne,  à  gauche  :  Nannetes,  Curio- 
sopites,  Dolenses  (où  l'on  reconnaît  bien  les  tours  de  la  Cathédrale,) 
Leonenses  ;  à  droite  :  Veneti,  Maclovienses,  Briocenses,  Trécorenses.  — 
Au-dessous  de  ces  médaillons  et  encadrant  avec  eux  le  texte  de  la  thèse, 
on  voit  à  gauche  l'Abondance  et  à  droite.  Neptune  avec  cette  inscrip* 
tion  :  '  PoicU  partem  opère  in  ianlo  soloque  saloque  —  Solo  se  trouve 
sous  TAbondance,  Sologne  sous  Neptune  Cette  énigme  Intine  est  assez 
inoompréhensible.  Tout  en  bas  enfin,  le  nom  du  répondant  :  Yvo  Phi- 
Hppus  Trecorensis,  in  logico  Rhedonensis  lycœo,  anno  1635,  mense  Julio, 
die  XV  horis  solitis.  —  Pais  :  Armorici  patres  dont  jura,  et  au  coin 
gauche  un  génie  supportant  les  armes  de  Bretagne  —  Un  autre  à  droite, 
supporte  celles  de  Rennes. 


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44  NOTES  d'iconographie 

On  voit  cpi'il  y  a  bien  des  choses  dans  cette  thèse  —  et  qa'en  outre, 
elle  a  pour  nous  le  mérite  d'être  bien  spécialement  rennaise.  Malheureu- 
sement le  dessin  est  peu  gracieux,  la  gravure  très  lourdement  exécutée.  — 
Rousselet  qui  l'a  signée  ne  s*est  pas  signalé  dans  cette  grande  composi- 
tion GBoiD.  R0U8SELBT9  sculp. 

{Bibliothèque  nationale.  Ed.  40) 


XIV.  — Robert  Gupip,  évêgue  de  Léon,  (Annon,  man.)  Cet 
évêque  occupa  le  siège  de  Léon  de  i65  7  à  1648,  et  celui 
de  Dolde  i64.S  à  sa  mort  en  1657. 


Grand  écusson  soutenu  par  deux  anges  debout,  portant  mi-parti  cPa" 
sur  au  lion  éPargent  tenant  une  crosse,  ce  qui  est  probablement  le  blason 
du  chapitre  de  Léon ,  mi-parti  ft'axur  à  trois  trèfles  émargent.  M.  de 
CiOurcy  donne  pour  armes  à  Robert  Gupif  :  cPargent  à  trois  trèfles  de  n- 
nople.  Mais  la  gravure  est  si  mal  faite,  que  toutes  les  erreurs  peuvent  s*y 
rencontrer.  De  plus,  les  deux  anges  sont  aussi  disgracieux  que  possible. 
Signé  :  Roussel. 

(Bibliothèque  nationale.  P.  G.  2). 


XV.  -—  Le  maréchal  de  Guébrund. 


Il  ne  r^ste  de  cette  thèse  que  la  partie  supérieure.  C'est  un  magnifique 
portrait  du  héros  à  cheval,  revêtu  de  la  cuirasse.  Un  génie  le  couronne 
de  lauriers.  Deux  tutres  soutiennent  dans  les  airs  un  écusson  où  le  bla- 
son des  Budes  est  au  premier  quartier,  et  sur  le  tout  celui  de  la  famille 
de  Gouvran  (d'or  à  sept  mâcUs  d^azur)  dont  le  maréchal  descendait  par 
les  femmes. 

Au  fond  est  une  bataille  où  il  est  au  premier  plan,  et  naturellement 
dans  de  très  petites  proportions.  Mais  Tartiste  pour  le  rendre  bien  re- 
connaissable,  a  eu  soin  de  figurer  même  à  cette  distance  Templàtre  noire 
qu'une  ancienne  blessure  le  força  de  porter  à  demeure  sur  la  joue.  Cette 
gravure  est  tellement  rognée,qu*iln'y  a  pas  de  signatures.  M.de  Snrgères, 
dans  son  Iconographie  bretonne,  cite  deux  portraits  équestres  du  maréchal. 
L'un  de  Greg.  Huret,  l'autre  de  Moncomet.  Je  n*ai  pu  les  comparer 
entre  eux,  mais  je  ne  crois  pas  que  ce  soit  un  de  ceux  la. 

{Bibliothèque  nationale.  P.  C.  1.) 


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NOTES   d'iconographie  45 


XVI  —  François  de  Kergroaoèz,  chevalier  breton[Ann,man, 

ËCQsaon  mi-parti  foicé  émargent  et  de  gueules,  mi-partI  échigueté 
éTargent  et  d^azur  entouré  du  collier  de  Saint-Michel.  Âutoar  de  Técn 
sont  groupées  la  Force,  la  Paix,  la  Science,  la  Renommée  Celle-ci  em- 
boache  comme  toujours  ses  trompettes,  d*où  sortent  sur  nin  ruban 
flottant  ces  mots  :  Légitime  c^tantihus  sic  sperare  lieet.  Signé  :  Firbub. 
François  de  Kergoradès  épousa  en  1621  Claude  de  Kerhœnt  dont  les 
armes  sont  accolées  aux  siennes  dan»  cet  écusson.  M  de  Carné  le  cite 
parmi  les  chevaliers  de  Saint^Michel  qui  paraissent  douteux,  puisqu'il 
n^est  mentionné  avec  ce  titre  dans  aucun  document  contemporain.  Ce 
frontispice  de  thèse  prouverait  la  réalité  de  sa  nomination  dans  l'ordre.  -— 
A  moins  qnMl  n*ait,  aussi  lui,  conservé  autour  de  son  écusson  le  collier 
que  reçut  son  père  en  1598.  La  devise  Légitime  certintihus,  etc.  ...  si 
elle  ne  s'applique  pas  aux  légitimes  et  scientifiques  combats  du  répondant 
à  la  thèse,  pouvait  bien  faire  allusioa  aux  services  du  père  de  François  de 
Kergroadès  qui  combattit  vaillamment  pendant  la  Ligue  pour  le  parti  du 
Roi.  Au  reste  il  existe  un  assez  beau  portrait  de  ce  second  François 
gravé  par  Michel  Lasne  vers  1646,  qui  prouve  que  ce  seigneur  avait 
continué  lanotoriété  paternelle.  Il  est  représenté  en  cuirasse,avec  Técharpe 
blanche.  —  Malgré  sa  vie  toute  militaire,  il  était  parait -il,  assez  lettré 
pour  qu'on  lui  dédiât  des  thèses. 

(Bibliothèque  nationale.  P.  C.  1.) 

XVn.  —Gabriel  de  Beavweav yEvéque  de Nantes.(Ann.man.) 

Il  n'existe  plus  de  cette  thèse  que  Técusson  de  Tévèque:  d'azur  à  quatre 
lions  cantonnés  de  gueules,  armés  de  couronnes  d^or.  -  Il  est  de  très 
grande  dimension,  et  signé  :  Humbblot,  sculp  M.  de  Beauveau  occupa 
le  siège  de  Nantes  de  1635  à  1668. 

{Bibliothèque  nationale.  P.  G.  2. 

XVIII.— Achille  de  RAKLAY^évéquede  Saint'Malo.{Ann.man.) 

Simple  écusson  sans  signature  aux  armes  de  l'évèque  :  d'aryen/  h  deua 
pals  de  sable. 

(Bibliothèque  nationale.  P.  C.  2.) 


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46  NOTES  d'iconographie 


XIX.  —Jean  Glé,  S^  de  la  Costardaye,  Vicomte  de  Médréac, 
[arm.  man.)  —Fragments  de  deux  thèses. 

1^  Ecusson  d*asuf  à  cinq  glés  ^u  s<mris  d'argent,  (Les  véritables  armes 
sont  d'o»  à  einq  glés  de  gueules,)  Sur  un  vitrail  de  l'église  de  Pleomeleuc 
où  les  Glé  possédaient  la  seigneurie  de  la  Besneraye,  il  n'y  en  a  que 
trois. 

Pour  supports  :  Mars  et  Minerve.  —  Hdmbblot,  fecit. 

2*  Même  écusson  écartelé.  Au  i^"^  d'azur  à  cinq  glés  d'argent^  au  2« 
mi- parti  d'argent  et  de  gueules  à  deux  léopards  d'argent  de  Vun  en  Vautre 
qui  est  la  Gostardaye,  famille  fondue  dans  Glé  ;  au  3*  A'azur  à  7  Hllettes 
d'argent^  une  bande  d'hermine  brochant  sur  le  tout,  qui  est  Perron  — 
au  4"  émargent  à  trois  hameçons  de  gueules  qui  est  Jarnouen,  s'  de  Viilartay 
et  de  Beaurocher  en  Guenroc.  Ges  deux  derniers  quartier  indiquant  des 
alliances  que  nous  n'avons  pu  retrouver. 

Nous  pensons  que  ce  vicomte  de  Médréac  doit  être  Jean  Glé.  seigneur 
de  la  Gostardaye,  mort  avant  1650, époux  de  Marie- Anne  de  Montigny, 
et  père  de  Gabrielle  Glé,  dame  du  palais  de  la  Reine,  qui  épousa  le  frère 
de  la  duchesse  de  la  Vallière.  Le  graveur  a  pris  si  peu  de  soin  d'indiquer 
exactement  les  émaux  qu'il  a  mis  partout  des  fonds  de  siaople,  sans 
s'inquiéter  delà  véritable  couleur  des  armoiries. 

[Bibliothèque  nationale.  P.  G.  1.) 


XX.  —  Henri  du  Refuge.  «  Abba^  Maurigniacensis  et  Sancti 
Eparchi.  »  (Morigny  au  diocèse  de  Toul  et  Sàint-Cybard 
dans  celui  dAngoulême). 


Henri  dd  Refuge  était  Qls  d'Bastache,  ambassadeur  ^n  Scisse  et  en 
Hollande,  et  petit-ûls  de  Jean,  conseiller  au  parlement  de  Bre- 
tagne  —  11  fut  conseiller  à  celui  de  Paris,  et  mourut  en  1667.  Gette 
thèse,  dont  la  partie  héraldique  subsiste  seule  à  la  Bibliothèque 
nationale,  est  conservée  tout  entière  à  la  bibliothèque  Sainte-Geneviève. 
L'écusson  de  la  famille  du  Refuge  qui  portait  :  d'argent  h  deux  fasces  de 
gueules^  deux  bisses  affrontées  d*azur  en  pal,  a  pour  supports  les  deux 
bisses,  guivres  ou  couleuvres  démesurément  grandies  et  ressemblant  à 
d'horribles  pieuvres.  Elles  accompagnent  aussi  une  foule  de  choses,  un 


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NOTES   d'iconographie  47 

ûambean»  un  faisceaa»  un  calice,  une  balance  —  et  sur  le  tout  les  insignes 
d'abbé,  la  mitre  et  la  crosse. —La  thèse  est  dédiée  à  l'abbé  du  Refage 
par  un  personnage  étranger  à  la  Bretagne. 

{Bibliothèque  nationale.  P.  G.  2.  —  Bibliothèque  sainte-Geneviève, 
recueil  de  thèses,) 


XXI'.  —  Thèse  dviauguration  du  Palais  du  Parlement    • 
à  Rennes. 

Cette  belle  thèse  est  un  morceau  capital  pour  l'iconographie  bretonne. 
— -  Ce  n'est  point  un  raccord  de  deux  gravures  banales  préparées  d'à- 
Tance  et  applicables  à  tous  sujets.  La  planche  est  d*unseul  morceau,  et 
ht  circonstance  pour  laquelle  elle  fut  exécutée  était  trop  importante  pour 
que  les  Jésuites,  si  soigneux  d'embellir  leurs  solennités,  n*aient  pas  em- 
ployé toutes  les  ressources  de  l'art  pour  en  conserTer  la  mémoire. 

£n  haut  de  la  plancha  et  au-dessous  de  l'écusson  de  France  se  trouve 
la  dédicace  :  Augustissimo  Armoricœ  senatui,  Logici  Rhedonenses  P.  P. 
1654.  —  Le  fond  de  la  partie  supérieure  de  la  gravure  est  occupé  par  les 
soubassements  du  Palais  de  Rennes,  avec  le  perron  tel  qu'il  existait 
autrefois. 

La  Justice,  l'Abondance  et  la  Paix  descendent  du  ciel,  portées  sur  des 
nuages,  et  au  pied  de  ce  perron,  le  premier  président  accompagné  de  deux 
autres  magistrats,  invite  poliment  les  déesses  à  y  monter  et  s'apprête  lui- 
même  à  les  suivre,  ou  peut-être  à  les  précéder  pour  leur  faire  les 
honneurs  du  sanctuaire. 

Au  premier  plan,  la  Bretagne  en  manteau  d'hermines  et  ornée  du  col- 
lier de  l'épi,  s'incline  avec  respect,  et  s'apprôte  aussi  à  prendre  possession 
de  rédifice.  Deux  femmes  la  suivent,  Tune  montrant  Técusson  d'hermines, 
l'autre  portant  les  clefs  du  monument.  Cette  ornementation  symbolique, 
tous  ces  personnages  s'apprôtant  à  entrer  au  palais,  nous  prouvent  que 
c'est  au  moment  de  son  inauguration  et  pour  célébrer  la  prochaine  prise 
de  possession,  que  ces  exercices  scientifiques  ont  eu  lieu.  C'était  un  di- 
vertissement sérieux  et  très  approprié  à  l'événement  qu'il  s'agissait  de 
fêter.  Le  parlement  fut  définitivement  installé  le  8  janvier  1655,  et  les 
joutes  philosophiques  sont  datées  du  i*' juillet  précédent'. 

*  En  effet,  on  lit  dans  les  registres  des  délibérations  du  corps  municipal  de 
Rennes  pour  1654,  et  à  la  date  du  15  août  :  «  Le  syndic  représente  que  le 
père  Préfet  assisté  d'an  antre  père  Jésuite  étaient  en  la  grande  salle  et  de- 
mandaient à  être  oiiis,  a  requis  qu'on  les  eust  fait  entrer»  Ce  qui  faict  a 
eaté.  Le  P.  Préfet  a  dict  que  Mercredy  prochain  se  fera  les  jeux  publics  aux 


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48  '     NOTES   d'iconographie 

Tout  autour  de  cette  grande  planche  sont,  disposés,  avec  beaucoup  de 
goût,  les  105  écussons  de  tous  les  mngistrats  de  la  cour  suprôme  vivant  à 
cette  époque.  Cet  ornementation  d*un  grand  intérêt  héraldique,  est  très 
riche  et  curieuse.  —  Deux  renommées,  qui  ont  un  peu  Tair  de  faire  des 
exercices  de  trapèze,  soutiennent  cette  guirlande  en  haut,  et  deux  autres 
âgures  de  femmes  les  accompagnent  dans  le  bas.  Un  élégant  génie  letient 
dans  ses  mains  tous  les  rubansqui  relient  les  écussons. 

Tout  au  bas  on  lit  :  Has  thèses  propugnabunt  in  aula  coUeg.  rhed.  soc. 
Jesu  ai»n.  1654  die  I  et  Jul. 

ŒoiD.   PiNczoN  Rhed.  Guido.  Esme  Brioc, 

Car.  db  la  Boubxière  Dol,  Guido.  Pinel  Macl. 

Franc,  db  Bblouan  Venet,  GutL.  db  la  Nob  Brioc. 

Franc.  Pinczon  Bhed,  Guil.  de  la  Noub  Andeg, 

Guido.  de  la  Villéon  BtHoc.       Guil.  Maudbt  Rhed. 

Guil.  Nicolas  Treoor.  Joan.  Stbnou  Trecorensis, 

HiLAR.  DE  FoRSANz  Macl.  JuL.  BucHÉ  Costrobrietisis. 

Jacobus.  Gallays  Brioc,  Jul.  Couppbl  Rhedonensis. 

Jac.  Gutardet  Venet.  Lud.  Gentil  Rhedonensis, 

Joan.  db  la  Noë  Brioc.  Mauric.  de  Kbrmoyban  Trecorensis. 

Joan.  de  Kerboulart  Venet.        Mich.  Gosnbllb  Nannetensis, 

Joan.  Dbsclaux  Tolos.  Mica.  Rouillé  Dinanensis. 

Joan.  Dbsmarchix  Mcu;l.  Oli.  Charpentier  Nanti. 

Joan.  Feudé  RTied.  Petrus.  Aubréb  Rhed. 

Joan.  le  Drouzbc  Trec.  Pe.  le  Bez  Rhed. 

Joan.  Lottaux  Castrob.  Pe.  Pommeret  Rfisd. 

Pe.  Terrien  Brioc. 

Tuss.  DU  Moustbrou  Trec. 

Vinc.  Furet  Brioc. 

Yvo.  Coroller  Trec. 

Yvo.  EvENOu  Trec. 

Ala.  Guyart  Macl. 

Pb.  DR  LA  Lande  Rhed. 

Jésuites  de  la  manière  accoustumée  et  est  venu  de  la  part  de  leur  compagnie 
prier  MM.  de  la  C*«  de  vouloir  assister  comme  étant  leurs  fondateurs,  et  ont 
représenté  les  plasquarts  :  Lesquels  ont  été  remerciés  par  M.  de  la  Hurlaie 
président  de  la  dite  assemblée,  et  arrêté  que  Thuissier  de  la  ville,  et  officier 
porte-casaques,  iront  mercredy  avec  leur  hallebardes  garder  la  place  de 
MM.  de  cette  C*«  qui  s'y  voudront  trouver.  » 

Ce  passage  s'applique  évidemment  à  notre  thèse,  quoiqu*elle  porte  une  date 
antérieure  Cl«r  juillet).  Il  est  évident  que  la  cérémonie  aura  été  retardée  par 
quelque  circonstance  rarticulière,  sans  qu'on  ait  cru  nécessaire  de  changer 
Jri  date  sur  les  placards  déjà  imprimés. 

J*ai  été  heureux  de  pouvoir  signaler  cette  curieuse  pièce  à  M.  de  Surgères 
pour  son  excellAite  Iconographie  bretonne  ainsi  qu'une  autre  thèse  aussi 
ti^lJe,  soutenue  par  les  élèves  du  Collège  de  Vannes  et  dont  nous  verrons  plus 
loin  la  description  détaillée  (n»  31).  Après  de  nouvelles  recherches,  j'ai 
riécouvert  à  la  Bibliothèque  Sainte-Geneviève,  un  second  exemplaire  de 
celle-ci,  mais  en  moins  bon  état. 


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NOTES  d'iconographie  49 

Cette  thèse  est  signée  :  G.  Lbbrun  fecit.  Lebrun  en  a  gravé  asse^  peu, 
et  cet  exemplaire,  qui  fait  partie  de  ma  collection  est  une  première 
épreave.  On  voit  les  essais  du  burin  qui  n'ont  pas  encore  été  efiRiu^és  sur 
les  marges.  La  gravure,  assez  lâchée  dans  les  figures  allégoriques,  est 
plus  soignée  dans  le  reste. 

Mais  ce  qui  lait  l'intérêt  principal  de  cette  pièce,  c'est  qu'elle  nous 
donne  un  portrait  inconnu  du  premier  président  de  Gucé  et  le  premier 
en  date.  Le  seul  qui  ait  été  décrit  jusqu'ici  est  une  charmante  et  rare 
gravure  de  Landry  datée  de  1661  après  la  mort  du  personnage.  Celui-ci 
a  été  fait  pendant  sa  vie.  Mais  comme  il  est  probable  qu'il  n'a  pas  été 
poser  à  Paris,  il  est  certain  que  les  deux  estampes  ont  été  faites  d'après 
la  même  peinture.  Le  premier  est  moins  soigné  que  le  second,  mais 
tous  les  plus  petits  détails  des  cheveux  et  de  la  coiffure  se  trouvent  repro- 
duite dans  les  deux  pièces,  et  indiquent  leur  origine  commune. 

Lw  deax  autres  présidents  qui  accompagnent  Henri  deBourgneuf  Gacé 

sont  évidemment  Christophe  Fouquet  et  Claude  de  Marbœuf,  présidents 

à  mortier  à  la  même  époque  et  dont  la  ressemblance  est  assez  conforme 

atu  deux  portraits  gravés  qui  existent  d'eux  pour  qu'on  puisse  être  certain 

de  cette  attribution.  Ce  sont  aussi  deux  portraits  inédits  jusqu'à  présent. 

(A  suivre.) 

O*  BB  Palys. 


^       ^,|       ^ NOTICES.    —   VI*  ANNEE,    l'*  LIV. 


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RECHERCHES 

SUR     LES     ORIGINES     LITTÉRAIRES 
DE  L'ANCIENNE  PROVINCE  DE  BRETAGNE 


l/a  _  xh  Siècle 


§  3.  —  Septième  siècle. 

LE  septième  siècle  de  Tère  chrétienne,  qui  fut  un  siècle  de 
merveilleux  épanouissement  pour  la  sainteté  et  pour  les 
ordres  monastiques,  n'a  point  été  non  plus  sans  gloire, 
sous  le  rapport  littéraire.  La  Bretagne,en  particulier,  lui  doit, 
si  je  ne  me  trompe,  sept  écrits  tous  hagiographiques  d'un  réel 
mérite  :  ce  sont  les  Vies  originales  des  saints  Samson,  Paul 
,  de  Léon,  Patern,  Malo  et  Judicael  avec  celles  des  saints  Brieuc 
et  Gildas.  Pourquoi  suis-je  obligé  d'ajouter  que  quelques- 
unes  d'entre  elles  paraissent  perdues  sçins  retour.  Deux  aussi 
ont  reçu  récemment  les  honneurs  de  l'impression  ;  ce  sont 
celles  des  saints  Brieuc  et  Samson,  avec  un  fragment  de 
celle  de  saint  Judicaôl*.   Je  vais  néanmoins  m'appliquer  à 

*  La  Vie  de  saint  Brieuc  a  para  dans  les  Analecta  Bollandiana,  t.  ii, 
pp.  161-190. 

Celle  de  saint  Samson,  id.      t.  vi,  pp.  76-96. 

Le  fragment  de  ceUe  de  saint  Judicaël,  id.       t.  lu,  p.  158. 


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RE0HERGHE8  SUR  LES  ORIGINES  UTTÉRAIRE8  51 

faire  connaître  brièvement  les  unes  et  les  autres,  dans  la 
mesure  de  ce  qui  sera  possible  à  ma  faiblesse,  en  commen- 
çant, comme  il  est  juste,  par  celle  de  saint  Samson,  le 
plus  illustre  des  thaumarturges  de  la  Bretagne. 


1.  —  Première  vie  de  saint  Samson,  évêque  de  Dol 
(28  juillet  560-580.) 

La  vie  de  saint  Samson,  dont  je  veux  parler  ici,  n'est  pas 
celle  que  Mabillon  et  les  Bollandistes  ont  donnée  au  public 
en  la  déclarant  originale,  car  sans  vouloir  diminuer  en  rien  la 
valeur  et  le  mérite  incontesté  de  l'écrit,  qui  a  obtenu  la  pré- 
férence de  ces  savants,  il  me  semble  cependant  qu'on  Ta 
surfait  en  le  présentant  comme- primigenius.  L'auteur  lui 
même,  en  effet,  est  le  premier  à  avouer  qu'il  n'est  qu'un 
écrivain  de  seconde  maiii  et  un  abréviateur*.    Quant  aux 
passages  qui  passent  pour  originaux  aux  yeux  des  critiques, 
auxquels  je  fais  allusion,  ils  ne  sont  tout  simplement,  j'en 
suis  convaincu,  qu'un  extrait  presque  textuel  de  Tanonyme, 
sur  lequel  j'appelle  en  ce  moment  l'attention.  Celui-ci  était 
véritablement  contemporain.  Il   est  possible  qu'il  n'ait  pas 
été  disciple  du  saint  mais  il  avait  au  moins  conversé  avec  ceux 
qui  avaient  eu  cet  honneur,  et  leur  devait  la  connaissance  de 
presque  tout  ce  qu'il  raconte.  Son  récit,  déjà  plus  étendu  que 
celui  du  second  biographe,  offre  en  outre  beaucoup  plus 
d'intérêt    pour   les    Bretons  d'Armorique,    car  l'auteur  a 
consacré  la    moitié  de   son  travail  à  raconter  les  actions 
et  les  miracles  de  Samson  sur  le  continent,  tandis  que  son 
abréviateur  n'en  parle  qu'en  passant  obiter,  et  ne  s'étend 
guère  que  sur  la  première  période  de  la  vie  de  son  héros. 
Ce  qui    expiique,    d'ailleurs,  pourquoi   cette  vie   originale 
n'a  pas  obtenu  plus  de  faveur  jusqu'à  présent,  c'est  qu'elle 

«  Voir  le  double  prologue  des  livres  1  et  2,  no  9  du  livre  secondi  etc. 


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52  RECHERCHES  SUR  LES  ORIGINES  LITTÉRAIRES 

n'avait  été  étudiée  que  sur  des  manuscrits  à  la  fois  interpolés 
et  incomplets*.  Une  meilleure  fortune  m'était  réservée.  J'ai 
eu,  en  effet,  l'avantage  d'en  retrouver  plusieurs  exemplaires, 
exempts  de  lacunes  et  d'interpolations*.  Il  y  a  plus,  j'ai  pu 
avoir  entre  Ifes  mains  la  copie  littérale  qu'en  transcrivit  au 
douzième  siècle,  pour  son  propre  usage,  le  célèbre  Baudry . 
de  Dol,  l'un  des  successeurs  du  saint,  en  se  contentant  de 
l'orner  d'une  préface  et  de  quelques  annotations*.  Je  revien- 
drai sur  ce  sujet  au  paragraphe  suivant,  quand  il  s'agira  de 
préciser  l'âge  de  la  vie  (imprimée)  de  saint  Samson.  Mais  on 
devine  déjà  sans  peine,  combien  il  était  important  de  publier 
intégralement  le  document,  dont  je  m'occupe  en  ce  moment. 
Le  style,  à  part  quelques  néologismes  et  quelques  longueurs 
ne  manquent  de  correction,  ni  de  clarté  et  d'élégance. 

II.  —  Premières  vies  de  S.  Paul  de  Léon  et  de  S.  Malo. 

IjCS  premières  vies  de  ces  deux  saints  ne  sont  point  arri- 
vées jusqu'à  nous,  mais  nous  savons  par  Wrimonoc  et  par 
Bili  qu'elles  n'étaient  pas  sans  prix.  Le  premier  nous  apprend 
en  effet  que  les  faits  et  gestes  de  l'apôtre  breton  du  Léon 
avaient  été  retracés,  avant  lui,  par^un  ancien  auteur,  peut- 
être  par  un  contemporain  ou  un  disciple  du  saint.  Cet  écrit 
original,  n'était  plus  de  mode  à  son  jugement,  au  neuvième 
siècle,  et  c'est  pourquoi  il  essaya  de  le  rajeunir  en  lui  don- 
nant, n  est  vrai,  une  nouvelle  forme*,  mais  aussi  en  lui  em- 
pruntant et  à  lui  seul  toute  la  substance  des  faits.  Ce  qui 
prouve  assez  combien  ce  document  avait  de  valeur  réelle. 

«  V.  Biblioth.  Plopiac,  p.  464.  Acta  SS.  Bolland.,  t.  vi,  Julii.  p.  &7d,  etc. 
>  V.  Biblioth.  Nationale.    Codic.  latini,    n»«  5323,  10,87?,    12,600,    14.651  ; 
français,  22,3Z1  ;  bibl.  d^Angers,  n*  719. 

*  Ibid.  (Paris),  latini  n*  5350.  Ce  manuscrit  ne  renferme  absolument  que 
le  texte  de  Baudry. 

*  «  Paul!  Aureliani  gesta  primitus  veteri  constructione  depicta  sunt,  sed. 
aucta  TÎdeantur  nostro  floruisse  labore.  »  Vie  de  saint  Paul,  prolog.  Analecta 
J?oZtefwf.,t.  I,  p.  212. 


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DC;  l'ancienne  province   de   BRETAGNE  53 

Btli,  qui  retraça  également  au  neuvième  siècle  la  vie  de 
saint  Malo,  affirme  à  son  tour  que  le  premier  biographe  de 
ce  saint  évoque  vivait  longtemps  avant  lui,  et  était  entré 
dans  de  grands  détails  sur  la  naissance  et  les  pérégrinations 
de  son  héros»  grâce  aux  renseignements  qu'il  tenait  de  té- 
moins oculaires.  Mais  il  ajoute  aussi  avec  douleur  que  plu- 
sieurs, après  ce  premier  biographe,  reprirent  le  même  thème 
et  ne  craignirent  pas  d'interpoler  et  de  corrompre  l'écrit  en 
question*.  Deux  conclusions  importantes  ressortent  de  là  : 
ia  première,  que  l'anonyme  en  question  était  très  rapproché 
du  temps  de  saint  Malo;  la  seconde,  que  les  lettrés  ne  man- 
quaient pas  au  pays,  puisque  Malotrouvait tant  de  biographes. 


III.  —  Première  vie  de  S.  Gildas. 
(29  janvier  570?) 

L*a  première  vie  (d'origine  armoricaine),  aujourd'hui  perdue 
de  saint  Oildas-le-Sage,  remonte-t-elle  à  la  môme  date  du 
septième  siècle  ?  C'est  une  question,  mais  je  me  sens  porté  à  la 
résoudre  affirmativement.  Une  sorte  de  certitude  morale  ré- 
sulte pour  moi  des  détails  parfois  minutieux  qui  sont  con- 
signés dans  l'anonyme  du  onzième  siècle,  auquel  nous  de- 
vons une  seconde  vie  du  môme  saint.  Car  cet  anonyme,  de 
l'aveu  de  tous  les  critiques,  étai^  un  homme  embrasé  du  zèle 
de  la  vérité,  incapable  de  feindre  et  de  tromper,  et  d'autre 
part^  il  est  impossible  que  de  tels  détails,  tant  de  noms  de 
lieux  et  de  personnes  aient  été  conservés  par  la  seule  tra- 
dition orale.  Cet  anonyme  a  donc  eu  entre  les  mains  des  mé- 
moires écrits,  c'est-à-dire,  une  vie  antérieure,  et  nous  se- 

«  Loago  tempore,  antequam  nos  orti  fuissemus,  aliua  seqaens  viiam,  pere- 
gTÎDationem,  atque  in  multis  locis  habitationem  S.  Machutis,  episcopi  in  libro 
Adeater  atqoe  fideliter,  sicut  ab  aliis  sapientibus  audivit  et  didicit,  scribere 
cttraTÎt.  Sed  postea  muitis  eam  scribere  tantantibus,  eam  nos  esse  vitiatam 
▼îdemos,  etc.  (Vie  de  saint  Malo,  par  Bill.  Prologue).  Rennes,  Plihon, 
«884.   in-8*. 


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54  RECHERCHES  SUR  LES  ORIGINES  LITTÉRAIRES 

rions  sans  doute  pleinement  renseignés  par  lui-même  à  cet 
égard,  si  le  Prologue  de  la  vie  en  question  de  saint  Gildas 
ne  nous  avait  point  été  ravi  par  les  injures  du  temps. 

L'auteur  y  renvoie  d'ailleurs  formellement^  au  moins  une 
fois,lorsqu'il  affirme  qu'il  a  pour  garant  de  ses  assertions  une 
relation  véridique*.  Car,  dans  la  cirtjonstance,  il  ne  peut  être 
question  que  d'un  document  écrit. 

Ce  qui  vient  d*être  dit  de  saint  Paul  et  de  saint  Malo  avait 
trait  à  des  écrits  inédits  ou  perdus  du  septième  siècle. 
Revenons  maintenant  à  ceux,  qui  ont  reçu  les  honneurs 
de  l'impression,  savoir  :  les  Vies  des  SS.  Brieuc,  Patern  et 
Judicaël. 


IV.  —  Vie  de  saint  Brieuc 

On  a  vu  plus  haut  que  saint  Cieux  a  droit  d'être  regardé 
comme  le  premier  biographe  de  saintBrieuc,mais  que  son  écrit 
ne  nous  est  point  parvenu.  Le  travail  fut  heureusement  repris 
de  bonne  heure  en  sous  œuvre  par  un  anonyme,  qui,  sans 
être  très  circonstancié,  est  entré  cependant  dans  certains 
détails  du  plus  haut  intérêt  sur  la  naissance  du  saint,  sur  les 
années  qu'il  f»assa  auprès  de  saint  Germain  d'Auxerre,  sur 
son  double  et  fécond  apostolat  en  Irlande  et  en  Armorique. 
Si  cet  écrit  ne  porte  point  avec  lui  de  date  précise,  on  peut 
cependant  affirmer  avec  certitude  à  son  sujet  qu'il  est  anté- 
rieure la  translation  à  saint  Serge  d'Angers  (v  850)  du  corps 
de  saint  Brieuc*.  De  plus,  la  simplicité  et  la  correction  du 
style  jointes  à  une  certaine  élégance,  toutes  qualités  assez 
rares  au  huitième  siècle,  m'ont  amené  à  penser  que  cet  ano- 
nyme pouvait  appartenir  aux  dernières  années  du  septième 
siècle. 

*  Sicut  Teridicâ  relatione  didicimus.  {Vie  de  saint  Gildos^  n®  !9). 
»  Vie  de  saint  Brieuc,  n.  58. 


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DE  l'ancienne   province   DE  BRETAGNE  55 

V.  — Vie  de  S.  Patern,  évT:que  de  Vannes 
[16  avril  550-560). 

La  Vie  de  saint  Patern,  de  Vannes,  publiée  d'abord  par  les 
Bollandisies  d'après  d'anciens  légendaires,  vient  de  l'être 
tout  récemment  d'une  manière  bien  plus  correcte  sur  les 
manuscrits  par  Rice  Rees*.  Elle  a  pour  auteur  un  anonyme, 
dont  la  date  est  assez  incertaine,  et  dont  la  patrie  est  môme 
douteuse,  en  sorte  qu'on  ignore  s'il  est  originaire  du  pays 
de  Galles  ou  de  notre  Bretagne.  Sans  prétendre  ici  résoudre 
cette  double  question,  je  me  contenterai  de  faire  remarquer 
que  cet  anonyme  est  relativement  bien  sobre  sur  l'article  des 
prodiges  et  des  miracles,  si  on  le  compare  aux  autres  hagio- 
graphes  gallois  et  irlandais  :  c'est  pour  cela  que  je  le  crois 
armoricain. 

En  second  lieu,  la  simplicité  au  moins  relative  du  style  de 
cet  auteur,  semble  également  annoncer  le  septième  siècle. 
Quoi  qu'il  en  soit  d'ailleurs  de  cette  double  question,  ce  qui 
n'est  guère  contesté,  c'est  que  cet  auteur  paraît  digne  de  faire 
autorité,  c'est  que  son  écrit  est  l'unique  source  où  sont  venus 
puiser  et  où  devront  puiser  tous  les  biographes  passés  et 
futiu-s  de  saint  Patern.  Sans  lui,  nous  n'aurions  jamais  su  que 
saint  Patern  était  né  à  Vannes  même,  bien  que  sa  vie  monas- 
tique et  ses  premières  années  d'épiscopat  aient  eu  pour 
théâtre  le  pays  de  Galles.  Ce  ne  fut  en  effet  que  dans  la  der- 
nière moitié  de  sa  vie  que  Patern,  appelé  par  le  comte 
Guéroch,  revint  sur  le  continent,  et  continua  à  Vannes  son 
ministère  épiscopal,  qu'il  avait  inauguré  dans  l'île  de  Breta- 
gne. 

I  4cta  SS.  t.  2  april.  —  Life  of  the  Gambro-British  saint. 


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50  RBGHBRCHBS  SUR  LES  ORIQINEft   LITTERAIRES 

VI.   — VlE^DE   SAINT  JUDIGAEL 

(i7  décembre  660), 

La  Vie  de  saint  Judicaôl,  qui  abandonna  les  honneurs  et  la 
dignité  royale,  pour  embrasser  Thumble  profession  de  moine, 
doit  appartenir  à  la  fln  du  septième  siècle.  Car  bien  qu'écrite  à 
une  époque  où  le  saint  était  déjà  l'objet  d'une  fête  annuelle  au 
jour  de  sa  déposition,  elle  a  néanmoins  pour  auteur  un  con- 
temporain, qui  avait  manifestement  vécu  dans  la  familiarité 
de  son  héros,  depuis  son  entrée  dans  le  cloître  de  saint  Méen. 
Les  détails  qu'il  donne  sur  les  derniers  moments,  sur  la  mort 
et  la  sépulture  du  Père  vénéré  (Patris  nostri)  annoncent 
en  effet  un  témoin  oculaire.  Cette  vie  est  d'ailleurs  écrite  avec 
autant  de  piété  que  d'élégance,  de  simplicité  et  de  correc- 
tion, à  part  quelques  passages  un  peu  obscurs,  ou  qui  sentent 
l'enflure  ou  l'amplification.  L'auteur  n'a  malheureusement 
exquissé  que  quelques  épisodes  d'une  vie  qui  aurait  pour  nous 
tant  d'intérêt.  Combien  il  est  à  regretter  par  exemple  qu'il 
n'ait  pas  raconté  avec  détail  la  vie  royale  de  Judicaôl.  Or,  il  ne 
lui  consacre  qu'un  petit  nombre  de  lignes,  et  encore  unique- 
ment pour  prouver  combien  était  vif  et  profond  l'esprit  de  foi 
et  de  religion  qui  animait  le  fils  aîné  de  Juthaôl  et  de  Pritelle. 
L'auteur  était  théologien  et  se  plaît  à  le  montrer  ;  il  connaissait 
à  fond  l'Ecriture  sainte  et  la  cite  souvent  en  la  paraphrasant. 
Cet  écrit,  dont  un  court  fragment  a  été  récemment  édité  comme 
Appendice,  à  la  Vie  de  saint  Méen*  fait  donc  honneur  à  la 
Bretagne,  et  suffirait  à  lui  seul,  au  besoin,  à  prouver  que  ce 
pays  comptait^  au  septième  siècle,  des  écrivains  d'un  vrai 
talent.  En  preuve,  j'en  citerai  le  passage  suivant,  où  la  délica- 
tesse du  sentiment  se  trouve  jointe,  si  je  ne  me  fais  illusion, 
à  la  sublimité  de  la  pensée  et  aux  grâces  du  style.  Il  s'agit  de 
la  mort  du  saint. 

*  Analeeta  Bolland,  t.  3,  p.  160. 


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DE  L' ANCIENNE  PROVINCE  OB  BRETAGNE  57 

u  La  bienheureuse  âme  de  Judicaël,  nous  dit  Thagiographe, 
»  quittant  l'enveloppe  du  corps,  s'envola  paciflquement  vers 
»  Dieu,  qu'elle  avait  toujours  cherché  et  désiré.  Il  y  eut  alors 
o  deuil  et  joie  à  cette  occasion,  mais  dans  des  lieux  différents. 
B  Les  anges,  en  effet,  tressaillaient  d'allégresse  dans  le  ciel 
«  en  voyant  leur  troupe  bienheureuse  s'augmenter.  Sur  la 

•  terre,  au  contraire,  les  hommes  ressentaient  de  la  tristesse 
»>  en  songeant  qu'ils  n'auraient  plus  désormais  cet  homme 
*•  vertueux  au  milieu  d'eux  et  dans  leur  compagnie.  Cepen- 
r^  dant,  pour  ceux  d'entre  eux,  dont  l'intelligence  était  plus 
>.  élevée,  leur  douleur  était  mêlée  de  joie  :  car  ils  se  disaient 

*  qu'après  tout  c'était  un  patron,  un  avocat  qu'ils  avaient 
»  envoyé  devant  eux  adn  de  plaider  leur  cause  auprès  du 
»  Seigneur*.  » 

L'auteur  de  cette  vie  était  religieux  de  l'abbaye  de  Saint- 
Méen,  la  chose  est  indubitable,  et  on  conclura  naturellement 
de  ce  fait  que  le  fondateur  de  cette  abbaye  ne  s'était  pas 
borné  à  former  ses  disciples  à  la  piété  et  à  la  vertu.  Il  avait 
apporté  un  zèle  analogue  à  leur  apprendre  les  lettres  divines 
et  humaines  et  n'y  avait  pas  trop  mal  réussi,  témoin  l'ano- 
nyme dont  il  est  ici  question,  témoin  aussi  les  saints  Lery, 
Blocau,  Maêlmon,  Garoth,  qui,  après  avoir  été  disciples  de 
saint  Méen,  s'empressèrent  à  leur  tour  de  fonder  de  nou- 
velles écoles  afin  d'étendre  l'œuvre,  d'évangélisation  et  de 
civilisation  inaugurée  par  leur  maître. 

DoM  François  Plaine. 
('A  suivre.  J 


•  «  Beata  illa  anima  exiyii  de  corpore,  et  ivit  ad  Deum,  quem  semper  opta- 
▼erat  et  qaœsiverat^  emigravit  in  paca  Mox  uno  eodemque  tempore  luctus  et 
gaudinm  agebatar,  sed  diversis  locis,  diversisque  partibus.  Cives  namquo 
angelici  in  boni  gregis  augmentatione  gaudebant,  in  terris  vero  homines 
pro  tanti  viri  solatio  aibi  perdito  condolebant.  Hii  autem,  quibus  altior 
ijteiat  sensas,  non  utique  sine  gaudio  congemebant,  quoniam  intellectu 
auûon  ridebani  se  prœmisisse  tantam  patronam,  qui  proipsis  valeret  inter- 
eedere  ad  Dominum.  »  (Vie  ir^dite  de  saint  Judicaël,  vers  la  fin). 


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L'ABBAYE 


DE 


BOIS-GROLLAND 

EN     POITOU 

(Suites) 

xm 

Liste  des  Abbés. 

I.  —  Pierre  Pilate,  1109,  signe  la  charte  de  fondation,  avec 
le  titre  d'abbé  de  Bois-Grolland. 

II.  —  GiRAUD  achète  de  Vital  de  la  Chaume  remplacement  sur 
lequel  fut  construit  le  monastère,  locum  in  quo  domici- 
lium  monachorum  mdificatur.  —  Comme  les  religieux  n*ont 
pu  s'établir  à  Bois-Grolland  avant  d'y  posséder  une  habi- 
tation, Jean  Besly  avait  raison  d'écrire  à  André  Duchesne  : 
Vous  savez  que  Bois-Grolland  a  été  fondé  en  il 44.  Cette 
affirmation  n'empêche  pas  Aimery  de  Beuil  d'avoir  été  le 
fondateur  de  l'abbaye,  lorsque^  en  1109,  il  accorda  aux  bé- 
nédictins d'importants  domaines  et  les  revenus  qui  devaient 
assurer  leur  existence. 

III.  -'-  André,  cité  dans  une  charte  particulière, 

«  Voir  la  livraison  d'août  1889. 


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l'abbaye   de   B0I8-0R0LLAND  59 

IV.  —  AiMBEY  !•'  qui  reçut  un  don  de  Guillaume  de  la  Mothe. 

V.  -  Bbwoit  I".  Pendant  son  abbatiat,  Aimery  de  Beuil  fit  à 
l'abba^'e  plusieurs  donations  importantes,  lesquelles  furent 
confirmées  par  Guillaume  de  Chantemerle,  gendre  d'Ai- 
mery  de  Beuil. 

VI.  —  RoBHRT.  Guillaume  de  Chantemerle,  seigneur  de  Poi- 
roux,  et  Maxence,  son  épouse,  obtiennent  par  leurs  ins- 
tances et  par  leurs  libéralités  que  les  religieux,  jusqu'alors 
soumis  à  la  règle  de  saint  Benoit,  adoptent  celle  de  saint 
Bernard. 

Vil.  —  PiBRBB  II,  1206,  transige  avec  Tabbé  et  les  moines  de 
rOrbestier. 

VIII.  —  GoillaumbI»',  1210-1243^  reçoit  des  dons  de  Guillaume 
d'Apremont,  de  Savary  de  Mauléon,  de  Pierre  de  Luçon,  et 
une  fondation  de  messes  d' Aimery  de  Thouars. 

IX.  —  AmHBY  II,  1249. 

X.  —  Maubicb  I»'  1249,  cité  dans  une  charte  de  Pontenelles. 
XL  —  Bbnoit  II,  1266,  cité  dans  une  charte  de  la  Grainetière. 
XII.  —  Goilladmb  II,  1290. 

XIIL  —  PiBBRB  III,  1327. 

XIV.  —  Louis,  1385. 

XV.  —  PiBBBB  IV,  1402-1421.. 

XVL  —  Maurice  II,  Bricet,  1421-1461 . 
XVII.  —  Thomas,  1462-1467. 
XVUI.  —  PiBmRB  IV,  1467-1485. 

XIX.  -  Mahti5,  1485-1491. 

XX.  —  Jeah  Babbarin,  1511-1513,  appa^t^nait  à  une  famille 
itaiienne    connue   en  Poitou    et    en   Angoumois    depuis 

plusieurs  siècles  et  alliée  à  un  grand  nombre  de  familles 
nobles  de  la  Vendée. 


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60  l'abbaye  de  bois-grolland 

Mathieu  Barbarin  de  la  Resnière  était  maire  de  Poitiers 
en  1608.  Isaac  Barbarin  du  Bost,  conseiller  au  Présidial  en 
1645,  avait  pour  devise  :  Mediis  tranquillus  in  undis.  Pierre 
Barbarin  de  Joussé  était  Président  au  Présidial  de  Poitiers 
en  1658*.  1 

En  J787^  Barbarin  de  la  Martinière,  membre  du  Tiers- 
Etat>  faisait  partie  de  la  commission  intermédiaire-  de 
TElection  de  Confolens'. 

Barbarin  des  Couteaux,  capitaine  de  cavalerie,  signe  au 
mois  de  mai  1814.  avec  les  officiers  des  armées  catholiques, 
une  adresse  au  Roi  Louis  XVIII*. 

Blason  :  dazur  à  3  barbeaux  d'argent ^  celui  du  milieu 
regardant  à,  senestre  et  les  deux  autres  à  dextre. 

XXI.  —  Ambroise  des  Hbbbiers,  abbé  de  la  Réau  en  1525,  et  de 
Bois-Grolland,  en  1535,  était  fils  de  François  des  Herbiers, 
seigneur  de  TEstenduère,  Vauvert  etc.  et  de  Marguerite 
Bodin,  fille  de  Nicolas  Bodin,  seigneur  de  la  Rollandière  et 
de  demoiselle  Louise  Boucher. 

Blason  :  de  gueules  à  3  fasces  d'or. 

XXII.  —  François  Richblbt,  1539-1547. 

Dans  la  biographie  du  grammairien  César  Pierre  Richelet, 
né  en  1631,  on  trouve  que  son  père  était  procureur  et  son 
grand  père  avocat  au  parlement  de  Paris.  Il  est  probable 
que  Tabbé  de  Bois-Grolland  appartenait  à  cette  famille. 

XXIII.  —  Guillaume  Cathus,  1550-1561,  était  fils  de  Jean 
Cathus,  seigneur  des  Granges,  capitaine  de  Talmond  et  de 
Marie  de  Nuchèze,  veuve  d'Antoine  du  Fouilloux.  La 
branche  des  Granges  s'éteignit  en  1660.  Elle  avait  été  fondée 
par  Charles  Cathus,  qui  devint  seigneur  des  Granges  par 
son  mariage  avec  Marie  Maynard,  fille  de  Jean,  chevalier, 
seigneur  de  la  Cornetière  et  de  Jeanne  Ancelon.  Devenu 

*  Histoire  du  Poitou^  par  Thibaudeau,  tome  m. 
«  Id.  id.  id. 

*  Echos  du  Bocage  vendéen^  5*  année,  N*  11,  page  46. 


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L  ABBAYE   DE   B0I9-GR0LLAND  61 

veuf,  il  épousa  en  1470,  Jeanne  Ghasteigner»  dame  de  Gui- 
ncfoUes  paroisse  de  Saint- Vincent  sur  Jard.  De  ce  mariage 
naquit  Louis  Cathus,  seigneur  de  Lassy,  capitaine  de 
Talmond. 

La  famille  de  Cathus  a  donné  en  1185^  un  sénéchal  à  la 
Gamache,  en  la  personne  de  Maurice  ;  un  de  ses  membres, 
Hugues,  figure  au  combat  des  Trente  avec  le  titre  d'écuyer  ; 
Jean,  capitaine  de  Talmond,  accompagna  François  !•'  en 
Italie  et  fit  la  campagne  du  Milanais.  Il  avait  épousé  Marie 
du  Vergier,  fille  de  Guy,  seigneur  de  la  Rochejacquelein, 

Blason  :  de  gueules  fretté  de  vair  de  6  pièces. 

XXIV.  —  Christophe  du  Roossbau^  1564-1598,  appartenait  à  une 
famille  noble  de  TAngoumois. 

Thibeaudeau  mentionne  M.  du  Rousseau,  marquis  de 
Payolle,  président  de  Télection  de  Niort. 

Blason  :  de  gueules  au  chevron  d argent  accompagnés  de 
5  besans  de  même,  au  chef  d  argent  chargé  de  3  losanges  de 
gueules. 

XXV.  —  RbnéPidoox,  1609-1640,  conseiller  au  Parlement,  abbé 
deBreuil-Herbaud  et  ne  Valence,  descendait  d'une  ancienne 
famille  de  Poitiers,  originaire  de  Châtellerault,  qui  compte 
parmi  ses  membres  des  médecins  célèbres  et  des  échevins 
de  la  ville  de  Poitiers. 

François  Pidoux  fut  médecin  d'Henri  II  et  de  François  II 
qui  Tanoblit.  Il  exerça  les  mêmes  fonctions  auprès  de  Ca- 
therine de  Médicis ,  de  Charles  IX  et  de  sa  princesse, 
Marguerite.  Il  avait  épousé  Catherine  Lemaître,  remar- 
quable par  sa  beauté.  Son  fils  Jean,  sieur  de  la  Maduère  et 
du/  Tillou,  fut  médecin  des  rois  Henri  III  et  Henri  IV.  De 
son  mariage  avec  Françoise  Bobé,  il  eut  cinq  enfants,  dont 
une  fille  mariée  à  Charles  de  La  Fontaine,  ancêtre  du  célèbre 
fabuliste.  Malebranche  descendait  par  sa  mère  de  la  famille 
Pidoux. 


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62  l'abbaye  de  bois-grolland 

Pierre  Pidoux,  trésorier  de  France,  maire  de  Poitiers, 
1575.  Devise  :  Virgo  et  spes  nostra  fac  videatur  in  gloria. 

Jeaii  Pidoux,  conseiller  assesseur  civil,  maire  en  1618. 
Son  fils  fut  lieutenant  général  au  siège  de  Ghâtellerault. 

François  Pidoux,  médecin,  maire  de  Poitiers.  Devise  ; 
Hoc  ligno  servata  salus. 

Blason  :  d'argent  à  3  losanges  frettés  de  sable  2  et  1 . 

XXVI.  —  PiERBB  DB  Bertrie  se  démit  en  1657,  entre  les  mains 
du  Roi  de  ses  fonctions  d'abbé  de  Bois-Grolland  et  de 
Belleval. 

XXVII.  —  PiBRBB  VI  i)B  Barribhb  ,  1657.  Les  auteurs  de  la 
Gallia  Christiana  lui  donnent  le  titre  de  coadjuteur  de 
TEvôque  de  Montauban. 

Comme  les  biographies  ne  me  fournissaient  aucun  ren- 
seignement sur  cet  abbé,  j'écrivis  au  secrétaire  de  Tévôché 
de  Montauban  et  voici  la  lettre  que  je  reçus  de  M.  Tabbé 
Daux ,  missionnaire  apostolique  et  historiographe  dio- 
césain : 

«  Mon  frère,  secrétaire-général  de  l'Evêché,  me  commu- 
»  nique  votre  demande  relative  à  Tabbé  Pierre  de  Barrière 
»  (1657). 

»  Je  viens  de  terminer  le  2*  volume  de  THistoire  de  notre 
»  diocèse,  et  je  n'ai  jamais  trouvé  ce  nom  attaché  à  quelque 
*»  coadjuteur  de  nos  Evoques. 

»  A  la  date  ci-dessus^  nous  avions  sur  le  siège  épiscopal 
»  le  grand  Pierre  de  Bertier,  qui  d'abord  coadjuteur  de 
»  M»'  de  Muriel,  lui  succéda  mais  n'eut  jamais  de  coad- 
»  juteur.  » 

«  ....  Dans  le  cas  où  vous  tiendriez  le  renseignement 
»  dont  vous  me  parlez  du  Gallia,  méfiez-vous  ;  cet  ouvrage 
»  est  très  fautif,  surtout  dans  ce  treizième  volume  nous 
»  concernant  et  fait  à  la  hâte  au  moment  de  la  révolution. 
»  J'en  ai  publié  une  rectification  avec  compléments  en  ce 
,  »  qui  nous  concerne,  et  chaque  jour  je  trouve  à  y  retoucher.  » 


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l'abbaye    UE    BOIS-GROLLAND  03 

XXVIII.  —  Jban  db  LiNOBNDBs  —  1657-1665  —  né  à  Moulins,  en 
1596,  fut  d'abord  précepteur  du  comfe  de  Morat,  fils  naturel 
du  roi  Henri  IV.  Son  talent  oratoire  lui  valut  la  place  d'au- 
mônier de  Louis  XIII  qui  le  nomma,  en  1642,  à  l'évêché  de 
Sarlat.  Devenu,  en  1650,  évoque  de  Mâcon,  il  montra  beau- 
coup de  zèle  pour  l'administration  de  son  diocèse,  publia 
des  statuts  synodaux  et  signala  son  épisoopat  par  plusieurs 
fondations  pieuses.  Il  obtint  l'abbaye  de  Bois-Grolland  en 
1657  et  mourut  à  Mâcon,  après  avoir  été  député  de  l'assem- 
blée du  clergé. 

En  1627,  Jean  de  Lingendes  avait  prononcé  Toraison 
funèbre  de  Victor-Amédée,  duc  de  Savoie  et,  en  1643,  il  fut 
chargé  de  prononcer  celle  du  roi  Louis  XIII. 

A  cette  époque,  la  famille  de  Lingendes  ^tait  dignement 
représentée.  L'abbé  de  Bois-Grolland  avait  deux  frères  : 
Nicolas,  maître  d'hôtel  du  roi,  qui  alla  en  Espagne  pour  y 
négocier  le  mariage  de  Louis  XIII  avec  Anne  d'Autriche  ; 
Emmanuel-Prançois-Philippe^  conseiller  du  roi  et  son  pré- 
dicateur ordinaire,  qui  était  doué  d'un  talent  oratoire  fort 
distingué  et  que  l'on  a  souvent  confondu  avec  l'évoque 
de  Mâcon. 

Deux  de  leurs  cousins  furent  aussi  des  hommes  remar- 
quables. Jean  de  Lingendes,  ami  de  d'Urfé,  hôte  habituel 
de  l'hôtel  de  Scudéry,  fut  placé  par  Titon  du  Tillet  sur  le 
Parnasse  Français  ;  son  frère  Claude,  membre  de  la  société 
de  Jésus,  fut  recteur  du  collège  de  Moulins  et  l'édition  des 
Orateurs  chrétiens  a  publié  un  grand  nombre  de  ses  dis- 
cours. 

Blason  :  d'azur  au  chevron  dCor  acconipagné  de  trois  glands 
de  même. 

La  famille  de  Lingendes  possédait   les  seigneuries  de 
Ctoauveau,  deChezelle,  de  la  Pouge,  de  Cindré,  deBouterot, 
de  Ghîllot,  cte  Vaumas,  ainsi  que  les  châtellenies  de  Cha- 
veroche,  de  Moulins. 


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64  l'abbaye  DK  BOIS-GROLLAND 

XXIX.  — Jacques  dbGbavbllb  —  1655-1679,—  appartenait  aune 
famille  de  Normandie  qui  compta,  en  1556,  Tun  de  ses 
membres  parmi  les  conseillers  au  Parlement. 

Blason  :  d'azur  au  chevron  d* or  accompagné  de  trois  crois* 
sanis  d'argent, 

XXX.  —  Gabriel  Le  Obis,  1679-1703,  chapelain  du  Roi,  tréso- 
rier de  Téglise  de  Sens,  était  originaire  de  la  Normanjdie. 
Sa  famille  possédait  les  seigneuries  du  Clos,  du  Val,  de 
Lanrinou  (près  Landerneau). 

Plusieurs  contrôleurs  des  deniers  et  miseurs  de  Lander- 
neau appartiennent  à  cette  famille,  ainsi  qu'un  docteur  en 
médecine,  Guillaume,  sieur  du  Clos,  1696.  Elle  a  fourni  un 
célèbre  chef  de  chouans,  lieutenant,  puis  successeur  de 
Boishardy,  en  1793,  et  un  courageux  ecclésiastique  qui  sol- 
licita Thonneur  d'assister  le  Roi  martyr,  au  moment  de  son 
supplice.  Devenu  prédicateur  ordinaire  du  roi  Louis  XVIII, 
il  mourut  en  1819.  . 

Blason  :  d argent  à  la  bisse  d'azur ^  mise  en  pal ^  surmontée 
dune  colombe  de  sable  (Armoriai  de  1696). 

XXXI.  —  François  Boutard,  1703-1728^  naquit  à  Troyes,  en 
Champagne,  au  mois  de  novembre  1664.  D'après  les  conseils 
de  Montausier  et  de  Pléchier,  il  entreprit  la  traduction  des 
écrivains  de  l'histoire  auguste,  mais  il  se  borna  à  une  dis- 
sertation sur  le  caractère  de  ces  écrivains.  Incertain  de  la 
voie  qu'il  devait  suivre,  il  accepta  d'être  gouverneur  de 
M.  Villepreux,  fils  de  M.  Francine.  Vers  cette  époque,  il 
composa,  à  la  louange  de  M"*  de  Maintenon,  une  ode  qui 
eut  peu  de  succès.  Il  se  livra  ensuite  à  la  poésie  latine  où  il 
réussit  mieux.  Les  louanges  '^qu'il  reçut  enflèrent  son  or- 
gueil, il  se  crut  un  nouvel  Horace.  Sa  prétention  était  de 
ressembler  à  son  modèle,  non-seulement  par  le  style  et  les 
sentiments,  mais  encore  par  la  taille,  la  tournure  et  les 


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l'abbaye  db  bois-grolland  05 

traits  du  Arisage.  Il  s'intitulait  Venusini  pectinis  hceres  — 
vaies  Boroodinvm 

Une  circonstance  contribua  à  la  fortune  de  Boutard.  Tous 
lesans,M"*  deMauléon  envoyait  à  Bossuet,  le  jour  de  sa 
fête,  un  certain  nombre  des  plus  beaux  pigeons  qu'elle  se 
plaisait  à  élever.  Le  futur  abbé  de  Bois-Grolland  eut  l'heu- 
reuse inspiration  d'ajouter  à  renvoi  des  pigeons  une  ode 
latine  pour  révoque  de  Meaux.  Celui-ci  désira  faire  con- 
naissance avec  l'auteur,  il  le  reçut  à  Germiny  où,  à  peine 
arrivé,  Théritier  du  poôte  de  Tibur  se  mit  à  chanter  les 
beautés  et  les  charmes  de  Germiny,  de  Marly  et  de  Trianoii. 
Pour  l'en  récompenser,  Bossuet  lui  fit  obtenir  du  Roi  une 
gratification  de  1 000  livres,  puis  une  pensioi>  de  pareille 
somme  quand  Boutard  eut  recules  ordres  sacrés  ;  enfin,  en 
1703,  il  lui  procura  l'abbaye  de  Bois-Grolland  et  une  pl^ce 
à  l'académie  des  inscriptions  e^  belles  lettres.  Dans  sa  recon- 
naissance, l'abbé  académicien  célébra  par  des  odes  tous  les 
événements  glorieux  du  règne  de  Louis  XIV,  mais  il  n'ou- 
blia pas  son  bienfaiteur  et  il  traduisit  en  latin  la  relation 
sur  le  Quiétismff,  ainsi  que  VHistoire  des  variations, 
Boutard  mourut  le  0  mars  1729. 

XXXIl.  —  Gabriel  de  Conioah  d'AhceKay,  1728.  —  Sa  famille, 
originaire  d'Ecosse,  possédait  les  seigneuries  deLermiteau, 
de  Cangé,  la  baronnie  de  Riz-Chauveron,  dans  la  basse - 
marche:  les  seigneuries  de  la  Clartière.  paroisse  de  Pres- 
nay;  de  la  Rousselière,  paroisse  de  Frossay  ;  de  Ja^sson, 
paroisse  du  Port-Saint-Père,  —  de  la  Ville-Orion,  paroisse 
de  Carantoir.  Sept  générations  dans  le  ressort  de  Nantes. 
Ancienne  extraction  de  chevalerie,  réf.  1669. 

La  famille  de  Conigan  a  produit,  Jean,  capitaine  de 
Melle  en  Poitou,  chevalier,  de  la  retenue  de  Jean  Chandos, 
en  1365  ;  Robert,  capitaine  des  gardes-écossaisses,  tué  au 
sièg-e  de  Liège,  en  1468;  Jean,  chambellan  du  Roi  et  bailli 
de  Chartres,  en  1487,  tué  au  siège  de  Navarre  ;  Marguerite, 

j.^    Vj.    _    NOTICES.    —   Vl«   ANNÉÇ,   1"   LIV.  O 


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66  l'abbaye  DE  BOIS-GRÔLLAND 

damô  d'honneur  de  la  reine,  en  1581;  Pierre,  gouverneur 
de  Tours,  gentiliiomme  ordinaire  du  duc  d'Alençon, 
frère  du  Roi,  en  1581  ;  Antoine,  gouverneur  d'Amiens,  en 
1591;  Roger,  abbé  de  Pornit,  mort  en  1648;  Louis,  curé- 
prieur  de  Siint-Germain-en-Laye.  frère  et  héritier  de 
l'abbé  de  Bois-Grolland. 

Blason  :  (Targer^t,  empairlé  de  sable,  éca^telé  dCazur^  à 
3  fermauxd or.  (Sceau  de  iSôS.) 
XXXIII.  —  Mathiko  Gaoiron  de  la  Bâte*,  1729,  — prêtre,  doc- 
teur en  théologie,  prieur  commendataire  de  Saint-Thomas 
de  Château-Thébaud,  reçut,  en  1729,  Tabbaye  de  Bois- 
Grolland 

Les  registres  de  Tévôché  de  Nantes  font  mention  de 
M.  Gautron  de  la  Bâte  pendant  trente-six  ans,  de  1702 
S  1738. 

Il  fut  successivement  chanoine  de  l*in signe  église  de 
Nantes,  vicaire-général  et  officiai  des  illustrissimes  et  ré- 
vérendissimes  Gilles  de  Beauveau ,  Louis  Tressan  de  la 
Vergue  et  Ghristophe-Louis-Turpin  Crissé  de  Sanzay.  Pen- 
dant deux  vacances  du  siège  épiscopal,  il  remplit  les  fonc- 
tions de  vicaire  capitulaire,  et  plus  tard  celle  de  trésorier 
de  la  cathédrale'. 
XXXIV.  —  Loois-Emèrite  du  Baillbol,  1742,  —  prêtre,  abbé 
commendataire  de  Barette  (diocèse  de  Bourges),  vicaire- 
général  de  Rhodez. 

II  était  fils  de  Pierre-Louis  du  Bailleul,  chevalier,  seigneur 
et  niarquis  dudit  lieu,  baron  du  Goron,  qui  servit  dans  les 
mousquetaires,  et  reçut  50,000  livres  de  sa  marraine,  Eli- 
sabeth Le  Peron,  duchesse  de  Chaulnes.  Sa  mère,  Cathe- 
rine Barin,  était  fllle  de  Jacques  Barin,  chevalier,  marquis 

^  Ces  renseignements  sont  dus  à  Tobligeance  de  M.  Tabbé  F. -M.  Briand, 
secrétaire  de  Tévôché. 

>  Cet  abbé  était  tantôt  désigné  sous  le  nom  de  N.  de  Basle,  par  les  auteurs 
de  la  Gallia  Christiana,  tant<^t  sous  le  nom  de  N.  de  la  Raste  (abbé  H.  du 
Tems). 


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l'abbaye  de  BOIS-GROLLAND  67 

de  la    Galissonnière    et    d'Ëléonore    Bidé,    dame  de  la 
Grand  ville. 

L'abbé  du  Bailleul,  né  le  20  janvier  1709,  embrassa  l'état 
ecclésiastique,  à  Paris,  en  1734,  et,  en  1736,  fut  nommé 
vicaire-général  de  Tévôché  de  Limoges.  En  1737,  il  était 
président  et  député  de  la  chambre  ecclésiastique  de  ce  dio- 
cèse, et  il  reçut  Tabbaye  royale  du  Beuil  en  1738.  L'année 
suivante,  il  devint  grand  vicaire  de  Tarchevôché  de  Tours, 
et  passa,  en  1740,  avec  les  mêmes  fonctions,  à  Embrun,  où 
il  devint  archidiacre  et  chanoine  de  cette  église.  En  1742, 
il  fut  nommé  abbé  de  Bois-Grolland. 

Pendant  son  séjour  à  Embrun,  M.  du  Bailleul  organisa 
un  hôpital  militaire  qui  reçut  plus  de  500  malades  ou 
blessés,  tant  Français  qu'Espagnols,  du  mois  de  septembre 
1743  au  mois  de  février  1745.  Il  ouvrit  sa  maison  aux  offi- 
ciers, exemple  qui  fut  suivi  par  plusieurs  habitants.  Grâce  à 
son  Initiative,  aucun  militaire  ne  manqua  de  secours. 

En  l'absence  de  Tarchevôque,  il  présida  l'assemblée  pro- 
vinciale d'Embrun,  et  fut  élu  député  de  l'assemblée  du 
clergé  qui  se  tint  à  Paris  en  1745. 

Trois  ans  plus  tard,  il  était  nommé  abbé  commendalaire 
de  fabbaye  royale  de  Barzelle  en  Berry. 

Pendant  qu'il  était  grand  vicaire  à  Rodez,  il  fut  pourvu 
du  canonicat  et  de  l'archidiaconé  de  Milhau. 

Il  mourut  à  Paris,  le  18  septembre  1769,  et  fut  inhumé 
dans  le  caveau  de  l'Eglise  paroissiale  de  Saint-Paul.  Il  était 
le  dernier  représentant  masculin  de  sa  fanille  originaire 
du  Maine,  qui  possédait  la  seigneurie  de  Boismaqueau 
(paroisse  de  Teille)  ;  celles  de  la  Rigaudière,  du  Boisnou- 
veaùetdeJa  Goudraye  ^paroisse  des  Touches)  évêché  de 
Nantes. 

Blason  :  d'argent  à  3  têtes  de  loup  de  sable, 

XXXV.  —  ANioiNh-RKN^  Serjn  dlla  Cobdinièbe,  —  remplaça,  en 
1748,  M.  du  Bailleul  comme  abbé  de  Bois-Grolland  et 
conserva  cette  abbaye  jusqu'en  1774. 


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6S  L*ABBAYE  DE  BOIS-GROLLÀND 

Il  était  prêtre,  chanoine  et  doyen  de  l'Eglise  de  Luçon  et 
il  mourut  le  24  mai  1778,  «  emportant  Tamitié  de  ses  con- 
»  frères,  l'estime  des  gens  de  bien  et  le  respect  de  tous*.  » 

Blason  :  d'argent  au  sautoir  de  gueules. 

XXXVI.  —  PiBRRE-PaAifçois  Ganbau,  1774-1784,  —  qui  était 
syndic  du  clergé  au  mois  d'avril  1768  et  qui  conserva  cette 
fonctions  jusqu'au  24  février  1783.  Un  procès-verbal  de 
Tassembléedu  Bureau  et  Chambre  ecclésiastique  du  diocèse 
de  Luçon,  tenue  le  26  mars  1783,  le  remplaça  en  cette  qua- 
lité par  M.  Jean-Claude  Rozand,  chanoine  de  TEglise  de 
Luçon*. 

XXXVII.  —  jAcuuBs-ANDaÉ  Embry,  —  dernier  abbé  de  Bois- 
Grolland,  1774-1791. 


XIV 

Un  couvent  dlJrsulines  est  établi  à  BoiA-Orolland.  —  La  Mère 
Sainte-Angèle.  (M^^  liouise  de  Lézardière). 

Onze  ans  à  peine  s'étaient  écoulés,  depuis  la  dispersion  des 
moines,  quand,  de  nouveau,  on  célébra  le  Saint-Sacrifice 
dans  la  vieille  chapelle  romane  où  la  voix  fraîche  des  pen- 
sionnaires d'un  couvent  d'Ursulines  remplaçait  la  grave 
psalmodie  des  Religieux  de  Tétroite  observance. 

Ainsi  se  trouvait  vérifiée,  comme  elle  le  sera  toujours,  la 
promesse  de  perpétuelle  durée  faite  à  TEglise  par  son  chef 
invisible  qui  est  en  môme  temps  son  invincible  protecteur. 

A  son  retour  de  l'exil,  la  Mère  sainte  Angèle  avait  eu  la 
pieuse  inspiration  de  réunir  en  communauté  les  Religieuses 
que  la  révolution  avait  dispersées  et  qui  regrettaient  la  vie 
du  cloître.  Pour  atteindre  ce  but  désirable,  il  fallait  trouver 

*  Citation  d'un  journal  de  Tépoque. 

>  Renseignements  dus  à  Toblifreance  de  M.  l'abbé  Ch.  Giraud,  vicaire-gé- 
néral de  Msr  Catteau,  évèque  de  Luçon. 


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l'abbayb  de  bois-qrolland  09 

un  local  convenable  et,  ce  qui  était  plus  difficile,  surtout  à 
cette  époque,  réaliser  les  ressources  nécessaires  pour  en 
faire  l'acquisition. 

Le  local,  inutile  de  le  chercher  au  loin,  Mademoiselle  de 
Lézardière  le  voyait  de  la  Proutière-Bois-GroUand  offrait  de 
vastes  logements  et  c'était  une  sorte  de  réparation  que  rendre 
cette  antique  abbaye  à  sa  destination  première.  Quant  aux 
voies  et  moyens,  elle  eut  recours  à  une  souscription,  et 
bientôt,  grâce  à  ses  actives  démarches  et  à  de  généreuses 
libéralités,  elle  trouva  la  somme  de  18.000  francs,  moyennant 
laquelle,  elle  signa  le  contrat  d'acquisition,  le  26  ventôse, 
an  XII,  avec  le  vendeur  qui  était  Taide-de-camp  Venant 
Pichard. 

Pille  de  M.  Louis-Jacques-Gilbert  Robert  de  Lézardière, 
baron  de  Poiroux,  ancien  capitaine  au  régiment  Dauphin- 
Infanterie,  plus  tard  syndic  de  la  noblesse  à  l'assemblée  de 
Poitiers,  en  r*88,  gentilhomme  à  qui  son  mérite  personnel, 
non  moins  que  sa  naissance,  avait  créé  une  situation  prépon- 
dérante, Mademoiselle  Louise  de  Lézardière  avait  connu  le 
charme  des  relations  choisies  et  des  joies  intimes  de  lafamille. 

Le  baron  de  Poiroux  avait  de  bonne  heure  quitté  le  service 
militaire,  aân  de  se  consacrer  à  Téducation  de  ses  nombreux 
enfants  qui,  intelligents  et  laborieux,  avaient  à  merveille 
répondu  à  ses  soins.  Les  jeunes  filles  partageaient  les  leçons 
données  à  leurs  frères  et  c'est  ainsi  qu'elles  apprirent  la 
langue  latine. 

Quatre  des  fils  du  baron  de  Lézardière  entrèrent  dans 
les  rangs  de  l'armée;  un  autre  alla  à  Paris,  étudier  la  théo- 
logie au  séminaire  Saint-Sulpice ;  le  plus  jeune,  à  qui  Made- 
moiselle Louise  devait  sauver  la  vie,  se  trouvait  au  château 
de  laProutière,  quand  la  proscription  révolutionnaire  vint 
fondre  sur  tous  les  membres  de  cette  famille. 

Mademoiselle  Louise  avait  deux  sœurs  :  Mademoiselle 
Charlotte,  le  célèbre  auteur  de  la  Théorie  des  lois  politi- 
ques   de  la  Monarchie  française   dont  Téloge  n'est  plus  à 


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* 


t 


70  l'abbaye  de  bois-grolland 

faire,  et  Mademoiselle  Gilberte.  la  fidèle  compagne  de  sa 
sœur  Charlotte  auprès  de  qui,  malgré  un  réel  talent  pour 
la  poésie,  elle  remplissait  modestement  la  fonction  de  secré- 
taire. La  baronne  de  Lézardière  (née  Babaudde  la  Chaussade) 
et  le  maréchal  de  camp  de  la  Salle,  frère  puîné  du  baron, 
complétaient  les  hôtes  habituels  du  château  de  la  Proutière. 

Animé  de  sentiments  généreux,  doué  d'une  imagination 
ardente,  lié  avec  les  économistes  alors  en  vogue,  le  baron  de 
Poiroux  aurait  voulu  supprimer  tous  les  abus  et  doter  la 
France  d'un  gouvernement  libéral,  analogue  à  la  constitution 
anglaise  ;  mais  quand  il  vit  son  but  dépassé  et  la  royauté  en 
péril,  bien  vite  désabusé  de  ses  r^ves  de  réformateur,  il  fut 
le  premier,  en  Vendée,  à  organiser  la  résistance  et  son  habi- 
tation devint  le  rendez-vous  des  contre-révolutionnaire. 

f^  complot  fut  découvert  et,  pendant  qu'on  brûlait  son 
château,  M.  de  Lézardière  était  arrêté  et  conduit  aux  Sables 
avec  toute  sa  famille.  Il  allait  subir  un  jugement,  c'est-à- 
dire  une  condamnation  à  mort,  lorsque,  fort  à  propos  pour 
lui  et  pour  les  siens,  survint  une  amnistie,  après  l'accepta- 
tion  par  Louis  XVI  de  la  Constitution  de  1791. 

N'ayant  plus  de  domicile,  le  baron  se  réfugia  à  Choisy-le- 
Roi  chez  un  ecclésiastique  de  ses  amis.  C'est  de  là,  que  son 
plus  jeune*  fils,  le  vicomte  Charles,  âgé  de  15  ans,  se  rendait 
à  Paris  pour  avoir  des  nouvelles  qu'il  transmettait  aux  con- 
seillers du  roi  ainsi  qu'à  ses  deux  frères,  officiers  de  marine 
démissionnaires,  alors  cachés  dans  la  capitale  où  ils  restaient 
dans  l'espoir  de  servir  la  cause  de  l'infortuné  descendant  de 
saint  Louis. 

i/extrait  suivant  des  Mémoires  secrets  du  comte  d'AUon- 
ville  présente  d'intéressants  détails  sur  les  généreuses 
tentatives  essayées  par  MM.  de  Lézardière  pour  sauver 
Louis  XVI  et  l'infortunée  Marie-Antoinette. 

<  J'avais  vu,  dans  la  matinée  du  20  janvier,  les  chefs  des 
»  fédérés  qui  me  protestèrent  qu'on  attendrait  le  général 
<  Dumouriez,  déjà  annoncé,  déjà  prévenu,  et  qu'aussitôt  son 


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L  ABBAYE   DE   B0I8-G ROLLAND  71 

«  arrivée  à  la  caserne,  le  corps  entier  le  suivrait.  Paul  de 
€  Lézardière  alla  trouver,  ce  même  jour,  le  général  et  en 
«  recul  la  promesse  positive  et  sa  parole  d'honneur  qu'il 
«  irait  prendre  le  commandement  de  ces  fédérés  à  qui  il  fit 
«  dire  d'attendre  ses  ordre^  et  de  demeurer  tranquilles  jus- 
«  qu'à  l'instant  où  il  se  rendrait  parmi  eux  ;  mais  Lézardière 
«  était  à  peine  sorti  de  chez  lui  quMl  partait  pour  la  cam- 
«  pagne,  rendant  ainsi  toute  tentative  de  salut  en  faveur 
«  du  roi  totalement  impossible.  » 

Le  baron  de  Batz  était  l'un  des  promoteurs  de  la  conju- 
ration. Plus  tard,  le  môme  baron,  le  comte  de  Mercy-Argen- 
teau,  Lamark,  M.  de  Jarjayes,  un  gardien  de  la  reine  nommé 
Toulan  essayèrent  inutilement  de  sauver  l'infortunée  com- 
pagne du  roi  martyr. 

«  Ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  que  le  brave,  ardent  et  loyal 
«  Paul  de  Lézardière,  ancien  lieutenant  de  vaisseau,  attendit 
•c  la  reine  durant  toute  une  nuit,  à  la  grille  de  l'égoût  du 
««  Palais-de-Justice;  qu'il  était  muni  de  passe-ports  en  règle 
•«  pour  la  faire,  sous  un  déguisement  préparé,  traverser 
«  rapidement  la  France  ;  que  son  frère  Sylvestre,  autre  offl- 
«  cier  de  marine,  gardait,  hors  de  la  barrière  de  Villejuif, 
«  la  voiture  que  j'avais  fournie,  ainsi  que  mille  écus  en  or, 
«  unique  somme  dont  je  pusse  disposer.  Je  ne  sais  que  leur 
«  désappointement,  leur  désespoir,  leur  fuite.  » 

Cette  tentative  infructueuse  fut  le  dernier  acte  de  dévoue- 
ment de  ces  braves  officiers  de  marine  à  la  cause  monar- 
chique; car  ces  deux  intrépides  athlètes  du  royalisme  , 
éloignés  d*abord  de  la  capitale» ayant  su  que  leur  père  était 
arrêté  et  qu'on  promettait  de  le  relâcher  à  l'instant  où  ils  se 
préseiiteraienl^  arrivèrent  dans  l'espoir  de  le  délivrer,  ce 
qu'ils  ne  purent  obtenir  ;  ils  furent  eux-mêmes  emprisonnés 

et  montèrent  plus  tard  sut  l'échafaud  :  «  honorables  victimes 

de  Ja  piété  filiale.  » 
«  Madame  de   Lézardière,  privée,    par  le    massacre  des 

«  Carmes,  de  l'un  de  ses  flls,  à  qui  cette  excellente  mère  avait 


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72  l'abbaye  de   B0I8-OR0LLAND 

«  pu  survivre,  fut  frappéo  de  mort  subite  à  la  nouvelle  de 
«  l'assassinat  de  Louis  XVI,  et  c'est  là,  c'est  àChdisy  que  je 
«  retrouvai  Edgeworlh,  cherchant  à  procurer  des  consolations 
a  à  Tamitié,  après  avoir  rempli  le  plus  pénible  de  tous  les 
«  devoirs.  »  f  Mémoires  du  comte  d'Allonville). 

Depuis  longtemps  suspecte  et,  comme  telle,  activement 
surveillée,  la  demeure  de  Choisy-le-Roi  fut  à  la  fin  envahie. 
Saisis,  emmenés  à  Paris,  le  baron  de  Lézardière  et  ses  en- 
fants restèrent  prisonniers  jusqu'au  moment  où  ils  furent 
délivrés  par  le  généreux  dévouement  des  officiers  de  marine. 

De  nouveau  fugitif,  M.  de  Lézardière  alla,  avec  ses  filles, 
chercher  un  refuge  auprès  de  Bayeux,  dans  une  retraite  où 
l'abbé  Edgeworth  se  tenait  caché.  Pendant  ce  temps,  le  vicomte 
Charles  combattait  dans  la  Vendée.  Aide-de-camp  de  Cha- 
rette  ,  à  l'âge  de  17  ans;  fait  prisonnier  à  la  suite  d'un 
combat  où  il  avait  été  blessé,  on  le  traînait  de  prison  en 
prison,  lorsqu'on  l'accusa  d'avoir  émigré.  Sons  cette  incul- 
pation, qui  équivalait  à  un  arrêt  de  mort,  le  vicomte  fut 
envoyé  à  Fontenay. 

Instruite  du  nouveau  danger  qui  menaçait  son  frère. 
Mademoiselle  Louise  court  chez  le  ministre,  force  sa  porte, 
lui  donne  la  preuve  que  l'accusé  n'a  point  quitté  la  France, 
en  obtient  une  déclaration  conforme  et  munie  de  cette  pièce, 
sans  perdre  un  instant,  elle  prend  des  chevaux  de  poste  et 
arrive  à  Nantes.  Mais,  là,  impossibilité  de  sortir  de  la  ville 
sans  une  permission  du  commandant  de  la  place  :  Made- 
moiselle Louise  va  le  trouver  et  le  décide,  non  sans  peine,  à 
force  de  supplications,  à  accorder  l'autorisation  indispensable. 
Accablée  de  fatigue,  dévorée  d'inquiétude,  elle  arrive  enfin  à 
Fontenay  la  veille  du  jour  où  la  commission  militaire  allait 
se  réunir.  Elle  put  remercier  Dieu  :  son  frère  était  sauvé  !... 

L'existence  si  éprouvée  de  Mademoiselle  de  Lézardière 
n'était  pas  encore  à  l'abri  de  cruelles  angoisses.  De  Bayeux, 
son  père,  toujours  menacé,  fut  contraint  de  passer  à  l'étran- 
ger où  il  vécut  quatre  années,  dans  l'incertitude  du  sort  des 


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l'abbayï  de  bois-grolland  73 

deux flls  qui  lai  résilient  et  qui  étaient  entrés  dans  rapm.3o 
deCondé.  Le  18  brumaire  rouvrit  les  portes  de  la  France  aux 
exilés;  le  baron  voulut  en  profiter,  mais  il  n'eut  pas  la  con- 
solation de  revoir  ses  propriétés,  car  la  mort  Tarrdta  à  son 
arrivée  à  Nantes. 

Mademoiselle  Louise  avait  assisté  à  bien  des  catastrophes  : 
instruite  par  l'adversité,  atteinte  dans  ses  aflfections  les  plus 
chères^  elle  renonça  à  la  vie  du  monde  dont,  à  ses  dépens, 
elle  avait  éprouvé  les  déceptions  et  l'instabilité.  Elle  choisit 
la  meilleure  part  qui,  désormais,  ne  pouvait  plus  lui  être 
enlevée,  en  embrassant  la  vie  religieuse  et  c'est  pourquoi,  à 
son  retour  en  France,  elle  voulut  réunir  dans  une  commu- 
nauté celles  qui,  à  son  exemple,  avaient  consacré  leur  vie  à 
la  prière  et  au  service  de  Dieu. 

Bois-Grolland ,   une  fois  acheté,  la  More  sainte  Angèle 
(Mademoiselle  Louise),  songea  à  employer  de  la  façon  la  plus 
utile  le  dévouement  des  religieuses  qui  avaient  répondu  à  son 
appel.  Durant  les  années  qui  venaient  *de  passer,  temps  de 
trouble  et  de  guerre  civile,  Tinstruction  avait  été  fort  négligée. 
En  fermant  les  établissements  religieux,  la  Révolution 
avait  porté  un  coup  fatal  à  Tinstruction  publique  qui  partout 
se  trouva  désorganisée.  Les  jeunes  filles  eurent  particulière- 
ment à  souffrir  de  cette  situation.  Ce  fut  pour  y  porter  remède 
que  la  Mère  sainte  Angèle  ouvrit  à  Bois-Grolland  un  pension- 
nat oh  les  jeunes  filles  du    pays  trouvèrent  des   moyens 
d'instruction. 

Sous  son  habile  direction,  la  vieille  abbaye  devint  le  chef- 
lieu  d'une  congrégation  dite  des  Urmlines  de  Bois-Grolland 
que  le  gouvernement  de  TËmpire  s'empressa  d'autoriser. 
Cette  congrégation  avait  une  maison  à  Napoléon,  dite  de 
Saint-Gabriel;  d'autres  au  Poiré,  à  Aizenay,  aux  Sables 
d'Olonne,  ^  Tififauges.  La  mission  des  Ursulines  était  Tins- 
truclion  de  la  jeunesse  et  le  soin  des  malades  pauvres*. 

i  Fouillé  de  l'Evéehéde  Luçon,  par  E.  ÂîUery,  prêtre,  18C0. 


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74  L*ABBAYB   DE   BOIS-GROLLAND 

Mademoiselle  Charlotte  de  Tiézardière,  qui  habitait  la 
Proutière,  venait  souvent  visiter  les  pensionnaires  de  sa 
sœur.  Alors,  c'était  un  jour  de  fête,  car  les  jeunes  élèves 
étaient  autant  édifiées  de  Téminente  piété  de  l'illustre  écrivain 
que  charmées  de  la  simplicité  de  ses  manières  et  du  gracieux 
abandon  avec  lequel  cette  femme  distinguée  prenait  part  à 
leurs  jeux. 

Quand  la  Mère  Saint-Benoit,  première  Supérieure  des 
Ursulines  de  Chavagnes  eut  cédé  au  Père  Baudouin  la  maison 
qu'elle  habitait,  la  Communauté  se  trouva  fort  à  l'étroit. 
Désireuse  de  s'adjoindre  de  pareilles  auxiliaires,  la  Mère 
Saint- Angèle  vint  à  Chavagnes  proposer  aux  Ursulines  de  se 
réunir  aux  religieuses  de  divers  ordres  qu  el!e  avait  re- 
cueillies et  qui  vivaient  sous  une  règle  provisoire  tracée  par 
Monseigneur  l'Evoque  de  la  Rochelle. 

La  Mère  Saint-Benoit  se  rendit  à  Bois-Grolland  avec 
quelques-unes  de  ses  filles.  Elle  voulait  juger  par  elle-môme 
des  avantages  qu'offrait  l'ancienne  demeure  des  Bénédictins. 
Mais,  à  cette  époque,  pour  arriver  au  vieux  monastère,  il 
fallait  suivre  d'affreux  chemins  pleins  de  casses  et  de  perfides 
moUières  ;  le  couvent  était  toujours  entouré  de  grands  bois 
et  de  tristes  bruyères,  fabulosa  loca,  comme  dit  la  Gallia 
Christiana,  La  Mèr«  Saint-Benoit  et  ses  compagnes,  saisies 
de  tristesse  et  d'effroi,  se  hâtèrent  de  retourner  à  Chavagnes' . 

Bientôt,  dans  l'intérêt  de  son  établissement,  la  Mère  Sainte- 
Angèle  crut  devoir  transférer  son  pensionnat  à  Luçon  où  il 
existe  toujours,  et  où  l'ancienne  Supérieure  de  Bois-Grol- 
land a  laissé  la  mémoire  d'une  personne  aussi  remarquable 
par  son  esprit  que  par  ses  vertus.  Ce  fut  sans  doute  pour 
aider  à  cet  arrangement,  car,  bien  entendu,  il  avait  l'appro- 
bation de  l'autorité  ecclésiastique,  que,  le  6  août  1806, 
M.  Henry  Herbert,  vicaire-général  de  la  Rochelle*,  se  rendit 
acquéreur  de  la  terre  de  Bois-Grolland  qui  ne  lui  coûta 
que  16,000  francs. 

«  Notice  Fur  la  Mère  Saint-Benoit  (MademoîseUe  Charlotte-Gabrielle  Rau- 
fray),  pa^^.  20  et  21. 


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L*ABBAYS   DE  BOI8-OROLLAND  75 

l-ta  fondatrice  des  Ursiilines  de  Bois-Grolland  était  supé- 
rieure de  la  communauté  de  Luçon,  quand  M»'  Soyer,  vou- 
lant modifier  la  constitution  établie  pnr  le  P.  Baudouin,  con- 
voqua en  Chapitre  les  supérieures  locales.  Les  Ursulines  de 
Chavagnes  s'unirent  à  celles  de  Luçon  et  acceptèrent  les 
changements  proposés. 
I         «  La  mère  Sainte-Angèle  (mademoiselle  Louise  de  Lézar- 
I     •  dière)  qui  joignait  à  beaucoup  d'esprit  naturel  l'avantage 
i     •  d'une  brillante  éducation,  fut  maintenue  dans  sa  charge. 
1      B  Le  P.  Baudouin  lui  disant  un  jour  combien  les  personnes 
.      n  qui  savaient  le  latin  étaient  heureuses  de  pouvoir  lire  la 
I      »  Sainte-Ecriture  dans  la  langue  mère  de  TEglise,  elle  répon- 
o  dit  que  c'était  là  une  de  ses  plus  douces  jouissances:  elle 
»   était,  en  effet,  très  versée  dans  la  langue  latine.  Son  mérite 
«  éminent  était  rehaussé  par  une  grande  modestie.  Elle  s'ap- 
:       -   plîquait  à  la  pratique  de  toutes  les  vertus,  mais  ce  qui  frap- 

-  pait  le  plus  en  elle,  c'était  sa  dévotion  envers  l'auguste 
♦  Sticrement  de  l'Autel.  —  «  Rien  ne  lui  manquaitrdisait- 
r   elle,  quand  elle  était  devant  le  Saint-Tabernacle.  » 

•   Eprouvée  dans  les  dernières  années  de  sa  vie  par  de 

■^  longues  et  cruelles  souffrances,  privée  môme  de  l'ouïe  et 

f        •   de  la  vue,  elle  conserva  toujours  un  calme,  une  sérénité, 

'»  une  gaieté  qui  avaient  leur  source  dans  son  excellent  ca- 

-  ractère  et  bien  plus  encore  dans  son  union  continuelle  avec 
\       •   le  Seigneur. 

\         «  Mon  Dieu,  disait-elle,  vous  voulez  mes  yeux,  je  vous  les 

»  donne  ;  je  suis  toute  à  vous^  » 
f  Le  couvent  des  Ursulines  existait  encore  en  1810,  puisque, 

\       en cel/e  année,  M.  Imbert,  desservant  de  Poiroux,  aumônier 
',       d^  Bois -GroU and,  procéda  à  l'inhumation  de  la  sœur  Elisa- 

ihëth-GabrieUe  de  la  Barbelais,  religieuse  de  cette  maison, 
en  présence  de  foutes  les  religieuses  de  la  communauté. 
^4  suivre J-  Constant  Verger. 


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L'ENSEIGNEMENT 

SECONDAIRE  ECCLESIASTIQUE 

DANS  LE   DIOCËSe  DE  NANTES 

APRÈS    LA    RÉVOLUTION 
fiSOO-iSiÔj 


DEUXIEME  PARTIE 


LES  ÉCOLES  PRESBYTERALES 


JI 
DERVAL 

LE  premier  nom  qui  se  présente  sous  notre  plume  est  celui 
de  M.  Orain,  déjà  professeur,  en  môme  temps  que 
vicaire,  avant  la  Révolution.  Ce  digne  prêtre,  vicaire  de 
Fégréac,  où  il  passa  tout  le  temps  de  la  persécution,  puis  curé 
de  Derval  (1803-1829),  est  trop  connu  pour  que  nous  donnions 
môme  un  résumé  de  sa  vie  et  de  ses  œuvres.  Aucun  nom, parmi 
ceux  des  saints  prôtres  que  notre  diocèse  a  vus  à  Tœuvre 
depuis  un  siècle,  particulièrement  pendant  la  période  révo- 
lutionnaire, n'est  resté  aussi  populaire  que  le  sien.  Sa  vie 
d'ailleurs  a  été  écrite,  et  nous  n'aurions  rien  à  dire  qui  pût 


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DAjqS   LE   DIOCÈSB  DE  NANTES  APRÈS  LA  REVOLUTION        77 

augmenter  le  respect  et  l'admiration  qu'elle  inspire*.  Nous 
nous  bornerons  donc  à  quelques  lignes  sur  Técole  qu'il  fonda 
ou  plutôt  sur  les  élèves  qu'il  forma,  car  on  ne  peut  dire  qu'il 
ait  jamais  songé  à  fonder  une  école. 

On  l'a  écrit*  du  curé  d'Arzanno,  le  premier  maître  de  Bri- 
zeux  :  «  Traqué  de  ville  en  ville,  contraint  de  se  cacher  dans 
les  bourgs  de  Cornouaille,  il  devint  paysan  avec  les  paysans  ; 
et,  ne  pouvant  sans  péril  exercer  le  saint  ministère,  il  se 
consolait  en  donnant  des  leçons  aux  enfants  de  ses  hôtes.  » 
M  Orain  avait,  de  inôme^  été  traqué  de  village  en  village,  et, 
pendant  plusieurs  années,  n'avait  eu  pour  abri  que  les  toits 
hospitaliers  des  paysans  de  Pégréac,  ou  souvent  les  halliers 
et  les  bois.  Malgré  tous  les  périls,   ce  prêtre  zélé  continua 
son  ministère  ;  et,  pour  se  délasser  de  ses  fatigues,  pour  ou- 
blier pendant  quelques  instants  les  terreurs  de   la  veille  et 
les  dangers  du  lendemain,  aussi  bien  que  les   tristesses  de 
V  heure  présente,  mais  surtout  pour  parer  aux  menaces  d'un 
avenir  qui  s'offrait  à  sa  pensée  sans  églises   et  sans  prêtres, 
s'entoura  de  jeunes  gens  et  travailla  à  former  des  clercs. 
L«es  élèves  dont  les  études  avaient  été  commencées  avant 
la  Révolution,  mais  n'étaient  point  encore  achevées  conti- 
riuèrent  de  suivre  ses  leçons.  Ce  n'était  point  assez  :  M.  Orain 
fit  de  nouveaux  choix  dans  la  paroisse  qui  se  montrait  si  hé- 
roïquement   fidèle;  et  ceux    dont    l'iu  iruction    était  plus 
avancée  lui  vinrent  en  aide  dans  la  formation  des  jeunes. 

Il  n'était  pas  toujours  facile  de  se  réunir  et  de  se  livrer  à 
ces  occupations  tranquilles.  Maintes  fois  des  alertes  dis- 
persèrent maître  et  disciples  ;  mais  lé  calme  revenu,  on  se 
réunissait  de  nouveau  et  les  études  recommençaient'. 

Une  pareille  vie  devait  former  des  hommes  d'une  trempe 
vigoureuse  et  des  prêtres  dignes  de  leur  maître.  Dès  cette 
époque,   les    élèves  de  M.    Orain    montrèrent   ce  dont  ils 

»  Vie  de  M.  Orain^  par  M.  Tabbé  Cahour.  Cet  ouvrage  a  eu  deuxéditioni. 

•  Koiiee  sur  Briseux,  par  Saint-René-TaiUandier. 

*  Cahour,  ùp.  cit. 


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78  l'enseignement  SECONDAIRe  ECjKSLÉSIASTIQUS 

étaient  capables  et  firent  pour  lui  de  précieux  auxiliaire 
Seul,  et  dans  Timpossibilité  de  réunir  les  fidèles,  et  surtout 
les  enfants,  pour  les  instruire  do  la  doctrine  chrétienne,  le  zélé 
vicaire  envoyait  ses  jeunes  gens  dans  les  villages,  les  trans 
formant  en  catéchistes.  Lorsqu'il  célébrait  la  sainte  messe, 
il  s'en  servait  aussi,  comme  de  sentinelles  sûres  et  vig-ilantes 
chargées  de  signaler  l'arrivée  des  Bleus. 

C'est  ainsi  que  furent  formés  :  MM.  Rozier,  mort  vicaire  à 
Pégréac;  Guihot,  mort  curé  de  Guémené-Penfao;  Joseph 
Sérot,  mort  curé  de  Pierric;  Riallain,  mort  curé  d'Issé: 
Motreul,  mort  curé  de  Louisfert;  Ménagé,  mort  curé  de 
Mouais;  Plormel,  mort  curé  de  Saint-Jean-de-Corcoué  ;  Mar- 
chand, curé  de  Saffré,  puis  retiré  à  Fégréac*. 

En  1803,  M.  Orain  devint  curé  dô  Derva!.  Les  occupations, 
multipliées  encore  par  l'ardeur  de  sdn  zèle,  ne  lui  manquèren  ! 
pas  dans  cette  grande  paroisse,  à  laquelle  le  petit  nombre  des 
prêtres  Tobligea  d'unir,  pendant  de  longues  années,  celles 
de  Mouais  et  de  Luzanger'.  Mais  elles  n'avaient  pas  manqué, 
non  plus  que  les  périls,  durant  les  jours  néfastes  de  la 
Révolution  ;  et  pourtant,  à  cette  époque  M  Orain  eut  des 
élèves.  A  la  Restauration  du  culte,  il  était  urgent  de  former 
des  prêtres.  Le  jeune  curé  n'était  pas  homme  à  s'efifrayer  de 
la  besogne  :  il  se  mit  à  l'œuvre. 

Derval  n'avait  pas  même  de  maître  d'école'  :  le  recteur  en 
tint  lieu  pendant  25  ans.  Mais  le  plus  important  n'était  pas 
d'apprendre  à  lire  aux  enfants  de  la  paroisse.  Le  nouvel 
écolàtre  savait  distinguer  avec  un  grand  tact  ceux  d'entre  ses 
élèves*  en  qui  la  Providence  avait  déposé  des  germes  de 

»  Gahour.  Vie  de  M,  Orain. 

'  Outre  Derval,  il  desservait  plusieurs  autres  paroisses.  Ce  furent  d*abor\i 
Luzanger  et  Mouais,  qui  ne  purent  ôtre  pourvues  de  pasteurs  à  la  première 
organisation  du  clergé,  puis  Pierric,  Conquereuil,  Jans,  Saint- Vincent-des- 
Landes,  et  Louisfert,  qui  furent  tour-à-tour  privées  des  leurs  par  la  maladie 
ou  la  mort.  Vie  de  M.  Orain,  ^«  édit,  page  296. 

s  Les  paroisses  voisines  n'étaient  pas  mieux  partagées  :  ainsi,  vers  1820, 
le  seul  maître  d'école  de  Pierric  était  un  forgeron,  qui  remplissait  encore 
les  fonctions  de  médecin.  —  Vie  de  M.  Vabbé  Malary^  page  13. 


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DANS  LE  DIOCÈSE  DE    NANTES  APRÈS  LA  RÉVOLUTION       79 

vocation  ecclésiastique,  et  il  n'hésitait  pas  à  entreprendre 
leur  éducation  complète.  Il  accueillait  mémo  ceux  des  pa- 
roisses plus  éloignées  qui,  poussés  par  l'inspiration  divine 
vers  le  môme  but,  venaient  le  prier  de  les  admettre  à  ses 
classes.  11  eut  toujours,  près  de  lui,  plusieurs  de  ces  pieux 
jeunes  gens  auxquels  il  faisait  faire  leurs  humanités,  sou- 
vent leur  philosophie,  et  quelquefois  leur  théologie*. 

La  modestie  était  chez  lui  à  la  hauteur  du  dévouement.  Se 
défiant  de  sa  science  de  la  théologie,  à  l'enseignement  de 
laquelle  ses  études  ne  l'avaient  pas  préparé,  et  que  d'innom- 
brables travaux  Tempôchaient  d'approfondir,  il  s'adressa  à 
son  émule,  le  curé  de  Maisdon^  et  lui  emprunta  ses  cours  de 
philosophie  et  de  théologie'  :  preuve  remarquable  de  la 
science  du  second,  comme  de  l'humilité  du  premier. 

Nous  l'avons  dit,  les  exercices,  dans  ces  écoles  primitives, 
étaientloin  d'être  réguliers  :  le  ministère  s'y  opposait  souvent. 
Celait  vrai  surtout  chez  M.  Orain,  seul  desservant  de 
plusieurs  paroisses.  Il  étaitobligé  à  de  très  fréquents  voyages  ; 
«  ses  élèves  l'accompagnaient.  On  récitait  les  leçons,  on  cor- 
rigeait les  devoirs  en  marchant.  De  temps  en  temps,  les 
cours  étaient  interrompus  par  la  récitation  du  chapelet  et 
quelquefois  par  des  entretiens  sur  les  hommes  et  les  faits  de 
K  Révolution.  C'étaient  pour  les  élèves  les  plus  beaux 
moments  de  la  journée  ;  malheureusement  ils  étaient  courts, 
et  ne  duraient  qu'un  quart  d'heure  au  plus  chaque  fois'.  »  ' 

A  l'époque  des  examens,  les  écoliers  de  Derval  partaient 
pour  Nantes;  mais  ils  ne  s'y  rendaient  pas  seuls  :  le  vénérable 
curé  les  y  conduisait  lui-môme,  et,  en  deux  jours,  à  la  tête  de 
sa  bande  joyeuse,  il  parcourait  à  pied,  à  l'aller  et  au  retour, 
les  51  kilomètres  qui  séparent  Derval  du  chef  lieu. 

M.  Orain,  comme  il  l'avait  fait  durant  la  Révolution,  deman- 
dait à  ses  enfants  quelques  services,  que  ceux-ci  s'empres- 

•  Gahour,  op.  cU.,  page  262. 
»  M.  Cahour,  op.  cU- 
M  Vie  de  M.  Malary. 


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80  L'enSEIGNEMBNT  BECONOAIRE  EGGLÉBIASTIQUE 

saient  de  lui  rendre.  Leur  présence  rehaussait  à  l'église  les 
divers  exercices  religieux  :  souvent  ils  remplacèrent  leur 
maître  dans  la  récitation  du  chapelet^  qui  se  faisait  chaque 
soir  ;  et  parfois,  revêtus  de  Thabit  de  chœur,  ils  lui  présen- 
tèrent les  objections  dans  les  conférences  que  ce  pasteur 
modèle  donnait  à  son  peuple. 

Rempli  pour  ces  jeunes  gens  d'une  tendresse  paternelle, 
M.  Orain  ne  se  bornait  pas  à  leur  donner  Tinstructien  ;  «  il 
leur  prodiguait  ses  soins  les  plus  assiduset  les  plus  dévoués.» 
La  médiocrité  de  sa  fortune  ne  lempèchait  pas  d'être  géné- 
reux à  leur  égard  :  plusieurs  logeaient  au  presbytère,  et  n'a- 
vaient pas  d'autre  table  que  la  sienne.  Lorsqu'ils  le  quittaient 
pour  entrer  au  séminaire,  sa  charité  les  y  suivait  avec  son 
affection  :  plus  d'une  fois,  la  pension,  trop  forte  pour  les  res- 
sources de  leur  parents,  fut  payée  de  sa  bourse*. 

Il  procura  de  la  sorte  beaucoup  de  prêtres  à  l'Eglise 
de  Nantes  :  Voici  les  noms  des  principaux  :  MM.  Massicot, 
mort  curé  de  Gétigné  ;  Orain  ,  mort  curé  de  Noyai  ; 
Hamon,  mort  curé  de  Petit-Mars;  Hamon,  mort  curé 
de  Rougé  ;  Chaussée ,  curé  de  Luzanger ,  mort  retiré 
à  Pégréac  ;  Érard  ,  mort  curé  de  la  Chapelle-des-Marais  ; 
Brégé,  mort  curé  de  Sion  ;  Brangeon,  mort  curé  du  Cellier  ; 
Morel,  mort  curé  de  Héric  ;  Bocquel,  curé  de  Vay  ;  Etienvre, 
d'Erbray;  Biochard,  curé  de  Ruffigné,  puis  trappiste  au 
monastère  de  Gethsémani,  aux  Etats-Unis  ;  Allain,  curé  de 
Crossac;  Daniel,  chan.  hon.,  ancien  curé  de  Guémené-Penfao, 
mort  à  Nantes  ;  Bizeul,  mort  curé  de  Belligné  ;  Plantard.  de 
Chantenay  ;  Julien  Malary,  ancien  curé  de  Saint-Malo-de- 
Guersac,  mort  à  Pierric;  Pinard,  curé  de  la  Planche, 
Chailleux,  curé  de  Mésanger  ;  plusieurs  prêtres  de  Rennes, 
et  M.  Jans,  de  la  congrégation  de  Picpus,  en  Océanie. 

Tous  ces  prêtres,  au  nombre  de  plus  de  trente,  sont  entrés 
daas  leur  éternité;  mais  le  souvenir  de  leurs  vertus  et  du'bien 

M.  Cahour,  Op.  cU. 

I 


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DANS  LE   DIOCÈSE   DE   NANTES   APRÈS   LA   RÉVOLUTION         81 

qu'ils  ont  fait  redit  encore  Téloge  au  maître  qui  les  a  formés  ; 
aussi  la  mémoire  de  ce  saint  prêtre  restera-t-elle  vivante, 
noD-seulement  dans  les  paroisses  qu*il  a  évangélisées  ;  mais 
dans  le  diocèse  de  Nantes  tout  entier*. 


III 

LA    CHAPELLE-DES-MARAÎS 

Le  petit  collège  de  Ja  Chapelle-des-Marais  a  eu  sans  doute 
un  rôle  plus  modeste  que  les  autres,  car  nous  n'en  trouvons 
aucune  mention,  sauf  dans  la  lettre  déjà  citée  de  M«'Duvoi- 
sin  ;  et  nous  avouons,  pour  notre  part,  que  sans  cette  lettre 
nous  aurions  longtemps^  et  peut-être  toujours,  ignoré  son 
existence.  Il  nous  rappelle  deux  noms  inégalement  connus, 
le  nom  de  Le  Guen  et  celui  de  Mcdenfant. 

M.  Yves  Le  Guen,  naquit  en  Tannée  1755,  dans  la  paroisse 
de  Saint'Molf.  Après  avoir  terminé  brillamment  ses  huma- 
nités au  collège  de  Vannes,  il  vint  faire  sa  théologie  à  Nantes 
et  fut  ordonné  prêtre  en  1782.  L'autorité  diocésaine  l'envoya 
d'abord  en  qualité  de  vicaire  danslaparoissed'Assérac,  puis, 
après  quelques  mois,  dans  celle  de  Batz.  La  Révolution  le 
trouva  remplissant  encore  cette  fonction.  Sa  conduite  fut 
alors  celle  d'un  prêtre  courageux  et  fidèle  :  il  rçfusa  le  ser- 
ment schismatique  et  résolut  de  rester  dans  le  pays.  La  foi 
des    populations  voisines  de  Guérande  lui  procura  des  re- 

*  «  Dans  le  but  de  procurer  des  prêtres  au  diocèse.  M.  Grain  a  donné  Té- 
Auetition  à  nn  grand  nombre  d'enfants.  Tous  n'avaient  pas  la  vocation  ecclé- 
siastique ou  Ji'j  ont  pas  répondu.  Ils  ont  pris  dans  le  monde  des  positions  et 
àen   opinions  diverses  ;   mais   il  riNn  (^t  pas  qui  ne  rendent  hommage  à.  la 
vertu  de  ieur  maître  et  qui  ne  publient  ses  louanges.  » 
M.  Cahotir,  Vi^  ^^  ^'  Orain.  —  Pour  composer  cette  courte  notice,  nous 
n'avons  truère  fait  que  glaner  dans  cet  ouvrage.  Nous  n'avions,  en  effet,  rien 
de  nouveau  à  dire  après  le  biographe  de  M.  Orain,  et,  si  nous  en  avons  parlé, 
*  Et  nuiauement  pour  ne  pas  laisser  une  lacune  dans  notre  travail. 
^      yi      NOTICES.    —   Vl°   ANNÉE,    1"  LIV.  0 


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82  l'enseignement  secondaire  ecclésiastique 

traites  assurées  :  il  résida  principalement  au  village  de 
Quéniqtien,  exerçant  le  saint  ministère  avec  tout  le  dévoue- 
ment  qu'exigeaient  les  dangers  de  cette  triste  époque.  C'est 
là  qu'il  rencontra  M.  Malenfant,  dont  nous  devons  dire  ici 
quelques  mots. 

François  Malenfant  était  né  à  Quéniquen,  le  14  juin  1784. 
«  Son  père  était  mort  depuis  deux  mois,  lorsqu'il  vit  le  jour  : 
sa  mère  était  sans  ressources.  Plus  d'une  fois,  dans  ses 
premières  années,  le  jeune  François  connut  les  dernières 
extrémités  de  la  misère*;  mais  sa  pieuse  mère  relevait  bien. 
Son  bonheur  était  d'aller  prier  à  la  chapelle  des  Jacobins*  et, 
comme  le  jeune  pâtre  de  Bugloz,  il  offrait  à  Dieu,  son  cœur 
et  sa  peine...  » 

«  Dieu  veillait  sur  lui  ;  il  avait  mis  dans  cette  âme  d'enfant 
une  flamme  de  foi  qui  ne  devait  pas  faiblir.  La  grande  Révo- 
lution arrive  ;  la  tourmente  gronde  et,  comme  une  tempête 
affreuse,  elle  renverse  les  églises,  les  autels,  les  lieux  sacrés. 
Semblables  aux  naufragés  des  côtes,  les  prêtres  sont  con- 
traints de  se  disperser,  de  s'enfoncer  d^ns  les  bois  ou  dans 
les  réduits  ignorés' » 

Un  de  ces  prêtres  confesseurs,  l'abbé  Le  Guen,  dont  nous 
venons  de  parler,  connut  le  jeune  Malenfant,  et  devina  sans 
doute,  dès  l'abord,  les  trésors  renfermés  dans  cette  âme 
d'enfant  «  Veux-tu  venir  avec  moi?  »  lui  dit-il,  un  soir  qu'il 
s'apprêtait  à  partir  pour  remplir  les  devoirs  alors  si  périlleux 
de  son  ministère.  —  Non,  répondit  l'enfant  —  Et  pourquoi  ? 
—  J'aurais  peur  des  morts,  ajouta-t-il,  avec  la  naïveté  de  son 
âge  —  Eh  bien  !  si  tu  veux  me  garder  des  vivants,  je  te  gar- 
derai des  morts  ;  je  t'assure  qu'ils  ne  te  feront  jamais  de 
mal.  »  Ce  fut  comme  un  contrat  :  François  suivit  le  prêtre, 

«  II  fut  réduit  à  mendier  son  pain. 

s  Les  Jacobins  de  Guérande,  couyent  fondé  en  1408,  par  le  duc  Jean  V.  Ce 
couvent  dont  on  voit  encore  Tenclos  et  quelques  restes,  à  Textrémité  du  fan* 
bourg  Biziennôt  était  peu  éloigné  du  viUage  de  Quéniquen . 

*  Notice  sur  Af.  MalenfatU^  par  M.  F.  Fournier»  curé  de  Saini»Nioolat. 
Semaine  Religieuse  du  18  novembre  1866. 


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DANS  LE    DIOCÈSE   DE   NANTES  APRÈS  LA    RÉVOLUTION        83 

et  durant  tous  les  mauvais  jours  lui  servit  d'enfant  de 
chœur*.  Avec  lui,  M.  Le  Guen  «  court  la  campagne,  se  glisse 
furtivement  dans  les  villages,  pour  administrer  quelques 
mourants  ;  avec  lui  il  se  cache  dans  les  bois,  et,  confiant 
dans  sa  précoce  discrétion,  le  rend  témoin  et  complice  de  la 
célébration  des  saints  mystères^  puisqu'il  assistait  et  servait 
le  prêtre,  crime  irrémissible  en  ces  jours  effroyables  qui 
rappellent  les  catacombes  et  les  proconsuls.  » 

«  Quelles  impressions,  ajoute  le  biographe  que  nous  citons, 
durent  laisser  dans  l'âme  du  jeune  François  ces  scènes  in- 
comparables :  ces  allocutions  toutes  brûlantes  de  foi,  ces 
serments  de  fidélité,  ces  embrassements  fraternels  au  pied 
de  l'autel  improvisé,  ces  messes  nocturnes  recherchées  au 
péril  de  ses  jours,  ces  communions  à  la  veille  de  mourir,  in- 
terrompues souvent  par  les  pas  des  Bleus  et  les  arrives  des 
^  persécuteurs*  1  » 

Après  la  Révolution,  M.  Le  Guen  se  retira  à  Trescallan,  où 
il  continua  son  ministère.  François  Malenfant  l'y  suivit,  et  y 
reçut  quelques  leçons,  en  compagnie  de  Joseph  Lemeignen, 
de  la  Chapelle-des-Marais  :  ce  furent  les  deux  premiers  élèves 
de  M.  Le  Guen. 

Nous  croyons  que  c'est  après  avoir  reçu  à  Trescallan  les 

«  Notes  manuscritea  de  M.  Jul.  Bertho. 

»  Notice  de  M.  Foarnier.  —  M.  Le  Guen  n'était  pas  le  seul  prôtre  caché  à 
Q^émqaen.  U.  Giiénel,  qitelsL  Révolution  trouva  simple  clerc  tonsuré  aller- 
bignac,  son  pays  natal,  et  qui,   pour  partager  les  travaux  et  les   périls  des 
confesseurs  de  la  foi,  alla  se  faire  ordonner  à  Paris,  se  cachait  aussi  dans  ce 
quartier  D  trouvait  un  refuge  dans  la  maison  d'un  fervent  chrétien,  appelé 
Yriqueiy  et  quand  il  pouvait    célébrer    la  sainte   messe,   le  petit   François 
Maienfant  la  lui    servait    Une  nuit,  on  vint  frapper  à  la  porte  d'Yviquel  et 
demaDdir  on  prôtre.  C'était  un  des  plus  fougueux  révolutionnaires  du  Croisic, 
qui  savait  M.  Guénel  présent,  et  l'appelait  au  lit  de  mort  de  son  fils.  Craignant, 
an  pi^e,  les  gens  de  la  maison  répondirent  que  le  prêtre  n'était  pas  là.  Mais 
le  inaiheareux  insista,  et  la  charité  sacerdotale  l'emportant  sur  la  prudence 
humaine,  M.  Guénel  se  confia  à  son  persécuteur.    Celui-ci,  jurant   de  le  ra- 
mener fldéiemen  t,  le  guida  sur  sa  bai'que   à   travers  le   Traict,  et,  quand  le 
prêtre  proscrit  eut  rempli  son  sublime  ministère,  le  reconduisit  k  sa  cachette. 
—  Hécit  de  M-    l'abbé   J.  Malenfant,    curé  de    Saint-Jean-de-Corcoué,  né  à 
Qnénjquen, 


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xi  l'enseignement   SECONDAIRE   ECCLÉSIASTIQUE 

premiers  éléments  de  la  science,  que  François  Malenfant, 
grâce  à  la  charité  d'une  pieuse  dame,  qui  se  chargea  des  frais 
de  son  éducation^  fut  envoyé  au  collège  de  Vannes.  Mais  sa 
bienfaitrice  étant  'morte,  le  jeune  homme  désolé  dut  revenir 
au  pays,  sans  autre  perspective  que  d'apprendre  un  métier 
pour  gagner  sa  vie.  Il  frappa  à  la  porte  d'un  de  ses  parents', 
chargé  déjà  d'une  nombreuse  famille,  et  lui  exposa  son  dé- 
nûment  et  sa  douleur.  Celui-ci  était  un  chrétien  de  la  vieille 
roche  :  «  Je  ne  suis  pas  riche,  lui  dit-il,  et  j'ai  des  enfants  ; 
mais  tu  seras  prêtre,  puisque  Dieu  le  veut.  Retourne  au 
séminaire,  je  me  charge  de  toi.  «Le  jeune  homn^e  devint 
prêtre  et  fut  reconnaissant.  Durant  le  cours  de  sa  longue 
carrière,  il  procura  à  l'Eglise  de  Nantes  plus  de  cinquante 
prêtres,  et,  parmi  eux,  le  ^  fils  de  son  bienfaiteur. 

Le  séminaire  de  Nantes  n'était  pas  encore  rétabli,  et  M.  Le 
Gueh,  le  premier  instituteur  de  M.  Malenfant,  venait  d'être 
nommé'  à  la  cure  de  la  Chapelle-des-Marais  ;  le  jeune 
homme  l'y  suivit*  ainsi  que  Joseph  Lemeignen,  son  ancien 
compagnon  de  Trescallan. 

M.  Malenfant  ne  fut  pas  seulement  élève  à  la  Chapelle-des- 
Marais,  il  fut  surtout  professeur.  Son  intelligence  était 
connue  ;  son  savoir-faire  ne  tarda  pas  à  l'être  :  bientôt  les 
élèves  accoururent  de  toutes  parts.  Il  en  vint  de  Guérande  et 
de  la  Roche-Bernard  ;  leur  nombre  s'éleva  promptementà 
vingt  ou  trente.  Leur  genre  de  vie  était  celui  que  nous  avons 


<  Le  père  de  M.  le  curé  de  8aînt-Jean-de-Corcoué,  de  qui  nous  tenons  ces 
détails 

*  Au  commencement  de  l'année  1805. 

'  Nous  savons  certainement  par  la  noticft  de  M.  Fournier  et  le  récit  de  M. 
le  curé  de  Sdinl-Jean  de  Corcoué,  que  M.  Malenfant  étudia  à  Vannes  ;  d^un 
autre  côté  nous  avons  appris  d^une  manière  très  certaine  qu'il  séjourna  h  la 
Chapelle-des-ilarais.  Mais  nous  ne  pouvons  que  conjecturer  Tépoque,  appuyé 
sur  la  date  de  son  ordination  et  celle  de  son  entrée  au  séminaire  ;  et  nous 
tachons  d*tiarmoniser  les  deux  récits  qui,  d'ailleurs,  ne  sont  nullement  con- 
tradictoires. 


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DANS   LE   DIOCÈSE   DE   NANTES   APRÈS  LA   RÉVOLUTION        85 

décrit  déjà  :  eux  aussi  logeaient  dans  le  bourg,  du  z  des  par- 
ticuliers* et  se  servaient  mutuellement  de  maîtres. 

Non  content  de  remplacer  le  bon  recteur  dans  sa  chaire  de 
professeur,  M.  Malenfant  le  suppléait  même  à  léglise,  dans 
quelques-unes  de  ses  fonctions  ;  et  il  préludait  à  son  futur 
mii^istère  pastoral  en  faisant  le  catéchisme  aux  petites  filles^ 
qui  se  préparaient  à  la  première  communion'. 

L'école  presbytérale  de  la  Ghapelle-des-Marais  fut  ainsi 
florissante  pendant  deux  années  et  elle  rendit  au  diocèse  des 
services  assez  éclatants  pour  que  M»'  Duvoisin  la  signalât  au 
nainistre,  et  fit  Téloge  de  celui  qui  l'avait  fondée.  Mais  cet 
éclat  ne  devait  pas  être  de  longue  durée. 

Le  séminaire  de  Nantes  ayant  été  ouvert,  le  17  novembre 
1807,  M.  Malenfant  qui  était  âgé  de  vingt-trois  ans,  et  dont 
les  études  littéraires  étaient  aussi  complètes  qu'il  était  alors 
possible  de  les  faire,  y  entra  pour  suivre  les  cours  de  théolo- 
gie et  se  préparer  à  recevoir  les  saints  ordres. 

Ce  fut  un  coup  terrible  pour  La  Chapelle-des-Marais  :  elle 
était  vTSiimeni  décapitée.  Le  zélé  pasteur  continua  cependant, 
dans  la  mesure  de  ses  forces,  l'œuvre  commencée,  que  l'ou- 
verture du  séminaire  n'avait  point  rendue  inutile,  et  les 
élèves,  quoique  moins  nombreux,  ne  cessèrent  de  suivre  ses 
leçons'.  Toutefois,  M.  Le  Guen,  aussi  modeste  que  dévoué, 
ne  se  croyait  pas  capable  de  les  diriger  dans  tout  le  cours  de 
leurs  études,  et,  après  leur  avoir  enseigné  les  premiers  prin- 
cipes de  la  langue  latine,  il  envoyait  ordinairement  ses  jeunes 
gens  compléter  leurs  humanités  et  faire  leur  philosophie 
chez  son  savant  voisin,  le  recteur  de  Saint-André-des-Eaux. 

•  Tradition  recueillie  par  M.  Tabbé  E.  Lehuio,  vicaire  à  La  Chapelle-des 
Marais. 

*  Notes  manuscrites  de  M.  l'abbé  Bertho. 

»  Nous  en  avons  3a  preuve  dans  la  lettre  de  Uv  Duvoisin  au  ministre,  qui 
e»t  du.  28  février  1809.  A  cette  époque,  il  y  avait  à  La  Chapelle  huit  élèves, 
deux  en  seconde  et  les  autres  en  troisième.  En  1811  et  1812,  on  trouve 
encore  quelques  élèves  ;  îi  paitir  de  1813,  il  n'y  a  plus  rien  aux  reKÏstres  de 
révéc  Jié. 


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86  l'enseignement  segondaikis  ecclésiastique 

Bientôt  môme  il  dut  renoncer  complètement  à  cet  exercice 
de  zèle.  Le  départ  de  M.  Malenfant  ;  les  persécutions  diri- 
gées contre  Pie  VII,  par  Napoléon,  qui  firent  craindre  pour 
les  catholiques  et  surtout  les  prêtres,  le  retour  des  jours 
mauvais;  les  fatigues  endurées  pendant  la  TVrr^wr,  et  dont 
Teffet  se  faisait  sentir  avec  la  vieillesse  ;  toutes  ces  causes 
réunies  avaient  altéré  la  santé  de  M.  Le  Guen,  et  rompu 
l'équilibre  de  ses  facultés.  Il  se  plongea,  avec  une  ardeur 
irréfléchie,  dans  Y éUxde  de  VApoaali/se;i\  voulut  en  scruter 
les  profondeurs  et  crut  en  comprendre  les  mystères. 

Vers  1810  ou  1812,  il  se  mit  à  prophétiser  pour  son  propre 
compte.  Le  pauvre  visionnaire  apercevait  partout,  dans  les 
vêtements  de  ses  paroissiens,  dans  les  objets  de  toilette  les 
plus  ordinaires  et  les  plus  simples,  le  signe  de  la  Bête.  Il  en 
vint  bientôt  jusqu'à  frapper  ceux  qui  les  portaient  et  à  leur 
refuser  les  sacrements*.  . 

Une  telle  manie  cessait  d'être  inofifensive,  et  rendait  tout 
ministère  impossible  :  M.  Le  Guen  dut  quitter  sa  paroisse, 
vers  la  fin  de  1820.  Il  se  retira  à  Guérande  où  il  mourut,  le 
27  janvier  1822. 

Ces  excentricités  qui  amènent  le  sourire  sur  les  lèvres  ne 
doivent  pas  nous  faire  oublier  que  M.  Le  Guen,  en  formant 
plusieurs  bons  prêtres,  a  rendu  de  grands  services  à  l'Eglise. 

Parmi  les  élèves  de  La  Chapelle-des-Marais,  plusieurs, 
séduits  par  les  cris  de  guerre  et  les  éclairs  de  gloire,  qui 
remplissent  l'époque  du  premier  Empire,  abandonnèrent 
l'étude  pour  devenir  soldats  ;  mais  un  certain  nombre  d'autres 
gravirent  les  degrés  du  sanctuaire,  et  nous  devons  les 
nommer. 

Cfest  d'abord  M.  Malenfant,  le  plus  célèbre  d'entre  eux. 
Ordonné  prêtre,  le  16  juin  1810,  il  fut  immédiatement  envoyé 
à  Paimbœuf,  en  qualité  de  vicaire.  Cinq  ans  après*,  il  était 

*•  La  tradition  ra])porte  qu'il  annonçait  que  la  fin  du  monde  ne  viendrait 
pas  ayant  que  les  terrains  vagues  du  pays  eussent  été  partagés,  et  que  Ton 
dût  vu  les  vaisseaux  aller  sans  voiles,  et  les  charrettes  sans  bœufs  ni  chevaux. 

»  Le  7  décembre  1815. 


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DANS  LE  DIOCÈSE  DE  NANTES  APRÈS  LA  RÉVOLUTION        87 

nommé  curé  d'Herbignac,  où  il  resta  vingt  ans.  En  1835,  il 
fut  transféré  à  la  cure  de  Saint-Similien  de  Nantes  ;  et,  après 
vingt  autres  années  employées  au  ministère  le  plus  fécond 
et  le  plus  honoré,  il  entra  au  chapitre  de  la  cathédrale.  Il 
mourut  doyen  et  vicaire  général  le' 19  octobre  1866.  Une  no- 
tice sur  sa  vie  a  été  publiée  dans  la  Semaine  Religieuse,  par 
M.  F.  Fournier,  alors  curé  de  Saint-Nicolas,  depuis  évéque 
de  Nantes;  nous  lui  avons  emprunté  plus  d'un  trait. 

Les  autres  disciples  de  M.  Le  Guen  n'ont  pas  fourni  une  si 
brillante  carrière  ;  mais  eux  aussi  ont  travaillé  dans  le  champ 
du  Seigneur,  et  font  sans  doute  aujourd'hui  une  belle  cou- 
ronne à  celui  qui  les  a  formés. 

Ce  sont  :  MM.  Joseph  Lemeignen,  mort  curé  de  la  Chapelle- 
Heulin  ;  Joseph  Hervy,  mort  vicaire  à  Sainte-Reine  ;  Etienne 
Mahé,  mort  curé  de  la  Rouxière  ;  Marc  Delalande^  mort 
vicaire  de  Saint-Lumine^  de  Clisson  ;  Philippe  Perrigaud, 
mort  curé  du  Temple  ;  Pierre  Hervy,  curé  du  Grand-Auverné  ; 
René  Bodet,  mort  curé  de  Puceul  :  tous  ces  prêtres  nés  dans 
la  paroisse  de  La  Chapelle-des-Marais  ;  MM.  Tholye,  de 
Missillac,  mort  dans  sa  paroisse  natale,  et  Bercegeay,  d'As- 
sérac,  ancien  curé  de  Mouzeil,  mort  à  Nantes. 

Abbé  RiGORDEL. 
^A  suivre.  J 


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L'ÉPISQOÎPATgNANTAlS 

A  TRAVERS  LES  STÈCLES 
f  Suite.*) 


62.  —  GAUTIER  III 

1264 


Gautier  III.  Cet  évoque  n'est  point  entré  jusqu'ici  dans  les 
catalogues,  sauf  dans  Travers,  d'où  nous  extrayons  ce  qui  a 
trait  à  son  court  épiscopat.  Gautier  fut  sacré  en  février  ou 
mars  1264.  Il  eut  quelques  démêlés  avec  Guillaume  de 
Thouaré,  sur  le  droit  de  galoi,  autrement  d'épave  et  l'arrêt 
du  larron.  Cette  affaire  n'eut  pas  de  suite,  les  intéressés  ayant, 
le  jeudi  après  la  fête  de  saint  Barnabe  (12  juin)  1264,  choisit 
Alain  de  la  Forôt  et  Guillaume  Le  Clerc  pour  informer 
par  témoins  touchant  ces  droits  et  vérifier  si  Tévêque  en 
avait  prélevé  sur  les  flefs  de  son  vassaP. 

En  cette  année,  un  concile  tenu  par  Vincent,  archevêque  de 
Tours,  fut  célébré  à  Nantes.  Nous  en  avons  douze  canons.  Ils 
défendent  de  promettre  un  bénéfice  avant  sa  vacance,  de 
diminuer  dans  un  prieuré  le  nombre  ordinaire  des  religieux, 
d'établir  des  vicaires  perpétuels  hors  le  cas  de  droit,  de 
présenter  plus  de  deux  plats  à  l'évoque  dans  ses  visites,  à 
moins  qu'il  ne  permette  de  lui  en  servir  davantage.  Ils 
ordonnent  de  résider  sur  le  bénéfice  dont  on  est  pourvu  et  de 
le  servir  en  personne  et  défendent  de  tenir  en  môme  temps 

•  Voir  la  V»  année,  6^  livraison. 

'  Martêne,  thés,  anecd.,  t.  m.  —Titres  de  TéTÔché. 


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JACQUES  DE  OUÉRANDE  89 

deux  bénéfices,  qui  obligent  à  la  résidence,  sauf  en  toutes 
choses  la  puissance  de  l'évoque,  Salvâ  tamen  in  omnibus 
diœcesani  potestate.  Ces  paroles  du  reste  insinuent  que 
l'évoque  pouvait  permettre  de  tenir  ensemble  deux  bénéfices, 
mais  le  quatrième  canon  du  concile  de  Saumur,  tenu  en  1276, 
c'est-à-dire  douze  ans  après  celui  de  Nantes ,  prouve  que 
le  concile  de  1264  n'a  point  dit  une  chose  semblable  et 
que  les  mots  :  scUva  tamen..,  sont  une  scolie  qui,  de  la 
marge  est  passée  dans  le  texte.  Le  môme  concile  défend, 
sous  peine  d'excommunication,  de  faire  payer  des  droits 
de  trait  ou  de  passage  aux  clercs  pour  ce  qu'ils  trans- 
portent d'un  lieu  à  un  autre,  quand  ces  choses  sont  de  leur 
crû  ou  pour  leur  usage.  Il  défend  enfin  d'assigner  dans  un 
lieu  où  il  n'y  a  point  d'avocats,  ni  garde  qui  ne  puisse  prendre 
conseil,  et  de  tenir  en  saisie  les  biens  des  clercs  quand  ils 
en  demandent  la  délivrance  sous  caution  de  les  représenter. 
Grautier  mourut  sur  la  fin  de  1264,  année  même  de  sa  nomi- 
nation, ou  passa  à  un  autre  siège. 

63.  —  JACQUES  DE  GUÉRANDE 

1265  -  1267 

Jacques  de  Guérande^  né  en  la  petite  ville  de  ce  nom,  au 

diocèse  de  Nantes,  avait  été  chanoine  de  Paris  et  était  doyen 

de  Tours,  comme  son  avant  prédécesseur  lorsqu'il  succéda 

à  Gautier.  Il  fut  sacré  dans  les   derniers  jours  de  janvier 

1284  (c'est-à-dire  126B  N.-S.),  comme  nous  l'apprend  une  lettre 

adressée  à  l'archevêque  de  Tours,  par  laquelle  Tofficial  de 

Saint-Brieuc  excuse  son  évêque  de  ne  pouvoir  assister  au 

sacre  du  nouvel  élu  de  Nantes*.  C'était  sous  le  pontifficat  de 

C/émentIVet  le  règne  de  Jean  I*%  en  Bretagne.  Jacques  de 

Guérande  trouva,  à  son  avènement  la  régale  entre  les  mains 

«  Dom  UoTice.  F'  I,  col.  990. 


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90  L'iPISCOPAT  NANTAIS  A  TRAVERS  LES  SIÈCLES 

du  duc,  disposé  du  reste  à  exercer  tous  les  droits  que 
ses  prédécesseurs  avaient  prétendus  à  la  mort  des  évoques 
antérieurs,  et  que  le  Saint-Siège  avait  prononcé  plus  d'une 
fois  ne  point  leur  appartenir.  L'évoque  Jacques  pria  d*abord 
par  des  monitions  le  duc  de  se  dessaisir.  Il  donna  ensuite,  aa 
mois  de  décembre,  un  mandement  aux  abbés  de  Geneston  et 
de  Pornit  pour  sommer  le  duc,  de  rendre  ce  qu'il  détenait,  sous 
peine  des  censures  ecclésiastiques  et  un  autre  mandement 
le  samedi  avant  la  Saint-Nicolas*,  à  Tabbé  de  Geneston  et  aux 
doyens  des  climats  de  Nantes  et  de  Retz,  pour  avertir  juridi- 
quement Jean  I"  de  restituer  le  vin  des  vendanges  faites  de- 
puis la  mort  de  Gautier,  et  sur  le  refus  qu'en  fit  le  duc,  l'é- 
voque l'excommunia,  lui  et  ses  principaux  officiers'. 

L'évoque  de  Nantes  avait  eu  précédemment  un  différend 
avec  Gilles,  abbé  de  Buzay,  au  sujet  d'une  prairie.  Cette  affaire 
n'eut  pas  de  suite,  les  deux  parties  ayant  transigé  sur  leurs 
droits,  le  samedi  avant  le  dimanche  Lxtare,  quatrième  de  Ca- 
rême 1265'. 

Jacques  de  Guérande,  sur  lequel  nous  n'avons  aucun  détail 
sigillographique^  mourut  le  lundi  avant  la  septuagésime, 
6  février,  de  l'an  1267,  et  fut  inhumé  à  la  cathédrale, 
près  des  saintes  reliques.  Par  délibération  capitulaire  du 
17  juillet  1622,  son  corps  fut  levé,  lorsqu'on  bâtit  le  grand- 
autel,  changé  de  place  lui-même  vers  1750.  Il  fut  porté  dans 
la  chapelle  Saint-Lazare  en  la  même  église\ 

Gaignères*  nous  a  conservé  le  dessin  de  la  tombe,  en  cuivre 
émaillé,  qui  fut  placé  sur  cette  sépulture.  Jacques,  revêtu  de 
ses  ornements  épiscopaux,  repose  la  tête,  coiffée  de  sa  mitre, 

«  12  décembre  1265. 

*  Titres  du  Mont-Célesta  dans  le  Oallia  Christiana  de  Sainte-liarthe.  — 
Maan,  in  Vinc.  de  Pilenis.  —  Titres  du  Chapitre.  —  Histoire  de  Bretagne, 
t.  II,  p.  423.  —  Titres  de  Tévôché. 

s  14  mars. 

^  Archives  du  Chapitre,  Répertoire  de  l'Eglise  cathédrale  de  Nantes* 
1568-1786. 

»  Archevêchés  et  évéchés  de  France,  t.  cxli,  fol.  177.  Bibliothèque  nationale 


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JACQUES  DE   GUÉRANOB 


91 


sur  un  riche  coussin,  orné  de  petits  carrés,  au  centre  de 
chacun  desquels  est  une  rose.  Ses  mains  sont  gantées,  la 
droite  bénit,  la  gauche  soutient  la  crosse,  dont  la  voNte  est 
tournée  en  dehors  et  Textrémité  inférieure  appuyée  sur  un 
dragon  placé  sous  les  pieds  de  Vévôque.  Le  champ,  semé 
d'hermines,  est  encadré  par  deux  colonnes  soutenant  une 
arcature  ogivale  trilobée  ;  au  haut,  deux  anges  tiennent  des 
encensoires*.  La  légende  est  celle-ci  : 

Bis  sexcentenus  annus,  decies  qaoque  senas 

Septimu&est  Ghrigti,  cum  migrât  funere  tristi 

Hic  Jacobus,  sanus  sensu,  Turonisque  decanus, 

Divine  legis  doctor  devotus,  et  segis 

FortiSt  canonicns,  benedignus  Parisiensis, 

Demiim  Nânnetensis  prsesul,  probitatis  amicns. 

Septima  febrilis  mensis  lux  est  requiei. 

Rex  pius  ac  humilis^  Ghristus  opem  det  ei'. 

Son  portrait  se  voyait  autrefois  (1750)  sur  une  des  vitres 
principales  de  la  cathédrale  de  Tours, par  reconnaissance  peut- 
être  de  quelque  legs  considérable  par  lui  fait  pour  la 
construction  de  cette  église,  à  laquelle  on  travaillait  alors, 
ou  parce  qu'il  en  resta  doyen,  quoique  évoque*. 

*  M.  de  la  Nicollière  en  a  donné  le  dessin  dans  un  frontispice  de  son  Arm. 
dbss  érs.  de  Nantes. 

*  La  copie  faite  par  Gaignières  doit  être    fautive,    comme  l*indique  saffi 
samment  le  manque  de  mesure  et  de   rime.  Dans  l'impossibilité'  de  rectifier 
entièrement    cette  épitaphe,    composée  de   sept  hexamètres  et  d*un  penta- 

'jnëire,  M.  de  la  Nicollière  propose  les  corrections  suivantes: 


Annnâ  bis  sexcen tenus 
Septixnus  est  Christi, 
Hic  Jacobus  sanus 
Doctor  divinae  legis, 
Fortis,  canonicus, 
Denum  XannetCDsis 
Septima  febrilis  mensis 
ftex  pi  as  ac  humilis, 

«  3faan,  In  Vinc.  de  Pilenis. 


Decies  quoque  senus 
Cum  migrât  funere  tristi 
Sensu,  Turonisque   decanus 
Devotus.  et  segis 
Bene  dignus  Parisiensis 
Prssul.  probitatis  amicus. 
Lux  est  requiei. 
Ghristus  opem  det  ei. 


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•92  l'épi?copat  nantais  a  travers  les  siècles 

Jacques  de  Guérande  légua  au  chapitre  de  Nantes  soixante 
sols  de  rente,  et  au  bas-chœur  vingt  sols,  pour  sa  mémoiro. 
que  le  Livre  des  Anniversaires  a  marquée  au  16  janvier.  Il 
nomma  pour  son  exécuteur  testamentaire,  VincentdePilènes, 
archevêque  de  Tours,  qui,  étant  venu  à  Nantes  à  ce  sujet,  y 
fut  très  mal  reçu  par  Tagentdu  duc*. 


64.  —  GUILLAUME  DE  VERNE 

1267-1277. 

Guillaume  de  Verne  appartenait  à  une  famille  noble  du 
pays  de  Rays  ;  cependant  aucun  auteur  héraldique  à  notre 
connaissance  ne  Ta  mentionné ,  quoique  plusieurs  actes 
du  quatorzième  siècle,  au  cartulaire  de  Rays  lui  attribuent 
une  bonne  et  ancienne  extraction.  A  la  date  du  13  août  1344, 
ledit  cartulaire  mentionne  un  Guillaume  de  Verne,  chevalier, 
comme  ayant  acquis  de  Louis  de  Machecoul  et  de  Jeanne 
de  Beauçay,  sa  femme,  tout  ce  qu'ils  possédaient  dans  la 
chatellenie  de  Benez,  plus  une  rente  sur  un  hébergement 
situé  près  de  Dompierre,  en  Aunis.  Les  mômes  concluent, 
en  1347,  un  nouvel  arrangement  relatif  h  cette  vente'.  En 
1348,  messire  Guillaume  de  Verne,  chevalier,  parait  encore 
darus  sa  charte  par  laquelle  Jeanne  d*Eu  affranchit  les  habi- 
tants de  Bournezeau  du  droit  de  chasse  et  de  garenne*. 

En  1325,  Henri  de  Verne,  de  Venerio,  représentait  le  cha- 
pitre dans  une  discussion  contre  Tévêque  Daniel  Vigier, 

«  La  similitude  du  nom  nous  a  porté,  ajoute  M.  de  la  Nicol-" 
«  Hère  (p.  49),  d'oii  nous  extrayons  ce  qui  précède,  à  mention- 
«  ner  ici  ces  deux  personnages,  vraisemblablement    de  la 

*  Liv.  des  Ann.  Reg.  du  Chap.  Titres  de  VEgL  de  Nantes  dans  VHist.  de 
Bret.  t.  II,  p.  422. 

>  Cartul.  de  Rays,  par  M.  P.  Marchegay,  Revue  des  Pror  de  VOuesi^  t.  m, 
p.  693. 

»  Ibid.  t.  IV,  p.  748  t^t     uiv. 


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(iUIIJ.AUMR   DK    VKRNK  93 

•f  famille  de  l^évêqae,  mais  si  cette  parenté  paraît  à  peu  près 
«  certaine  pour  Henri,  chanoine  de  Nantes,  nous   ne  pou- 
•  vons  émettre  qu'une   possibilité  pour  Guillaume.    »   Elu 
dans  les  premiers  mois  de  1267,  sous  le  pontificat  du  pape 
ClémentlV  et  le  règne  du  duc  Jean  le  Roux,  Guillaume  commit 
aussitôt  son  officiai   pour   intervenir    contre    ce     dernier, 
C[ui    avait   encore  usurpé    la    régale  pendant    la  vacance 
et  pour  lui   faire  des  monitions  canoniques.  En  l'absence 
du  duc,   ces  monitions  devaient  être  publiées  sur  les  places 
publiques  et  à  la  cathédrale,  afin  qu'elles  pussent  parvenir 
à   sa  connaissance*.  Le  nouveau  différend  ayant  été  encore^ 
une  fois  porté  à  Rome,  Sa  Sainteté,  par  bref  daté  de  Viterbe, 
t25  novembre  1267,  donna  commission  au  doyen,  à  Tofflcial 
et  à  un  chanoine  de  Tours,  Guillaume  Jourdain,  de  vidimer 
les  pièces  du  procès.  La  commission  fut  notifiée  au  duc  le 
jeudi  avant  l'Ascension,  10  mai  1268,  avec  avis  qu'il  serait 
procédé  aux  vidimes  à  Tours,    le  20  juin  suivant,  mercredi 
a.vant  la  Saint-Jean-Baptiste.  L'Evêque  se  rendit  à  Tours  au 
jour  indiqué,  accompagné  de  l'archidiacre  de  la  ville  et  des 
doyens  de  Clisson  et  de  la  Roche-Bernard.  Personne  ne  se 
présenta  pour  le  duc  qui  trouva  plus  expédient  de  venir  à  un 
arbitrage.  Il  fut  convenu,  sous  peine  de  mille  livres  tournois, 
de  s'en  rapporter  au  jugement  de  Robert,  évoque  d'Albano, 
légat  du  Saint-Siège  en  France  et  d'Henri  de  Viziliac,  archi- 
diacre de  Bayeux.  Après  examen  des  pièces,  ces  deux  ar- 
bitres se  rendirent  à  Paris,  le  5  des  Ides  de  décembre  1268, 
le  siège  de  Rome  étant  vacant,  une  sentence  portant  que  le 
duc/ pendant  la  vacance,  n'a  d'autre  droit  que  celui  de  garde, 
et  lui  adjugeant  pour  cet  effet  une  rente  de  10  1.' 

Ensuite  le  légat,  du  consentement  de  l'évoque,  donna  au 
duc  Jean  P'  l'absolution  de  l'excommunication  par  lui  en- 
courue en  1264.  En  conséquence  de  cet  accord,  révoque 
Gu///aume,  qui  s'intitulait'  : 

I  Titres  du  chajp.  dans  THist.  de  Bret.  t.  ii,  p.  42!. 
•  Arcii     départ     Titres  deVév.  série  G.  i. 
ID.  MÔr.  p'i'  ^<>^'  *^^^- 


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04  l'épiscopat  nantais  a  travers  les  siècles 

Guillelmiis,  miseratione  divina  electus  ecclesiœ  nannetensis 
confirmatuSy  prêta  serment  au  duc  le  21  mars  jeudi  saint,  de 
Tan  1269  (N.-S.)  :  »  promettant  et  jurant,  la  main  sur  la  poy- 
»  trine,  estre  bon  et  loyal  subjet  de  mondit  seigneur,  de 
»  son  successeur,  tant  que  je  vivroy  et  lui  estre  obeis- 
»  sant  et  à  sa  justice.  »  A  cet  acte  était  apposé  son  signe  en 
cire  verte,  sur  lequel  on  voyait  la  tête  d'un  évoque  mitre*. 

Guillaume  est  le  premier  évoque  de  Nantes  qui  ait  con- 
senti à  faire  ce  serment.  Jusqu'à  lui,  ses  prédécesseurs 
avaient  soutenu  qu'ils  tenaient  leurs  fiefs  et  domaines  en 
#ranc  aleu,  et  voulaient  partager  les  droits  souverains  de  la 
ville  avec  les  comtes  de  Nantes.  Le  prélat  espérait  par  cette 
concession  et  cette  soumission  clore  Tère  de  difficultés  qui 
avaient  rempli  les  règnes  précédents.  *" 

L'an  1275,  le  samedi  5  octobre,  avant  la  Saint-Clair,  le  duc 
Jean  le  Roux  fit  sa  fameuse  ordonnance  qui  chance  le  bail 
des  nobles  en  rachat,  mais  il  laissa  ^aux  seigneurs  la  liberté 
de  la  suivre  à  regard  de  leurs  vassaux  nobles  ou  de  se  tenir 
à  l'ancien  usage.  Les  principaux  seigneurs  du  diocèse  l'ac- 
ceptèrent en  janvier  1270,  L'évéque  n'en  voulut  point,  et  ses 
successeurs,  pendant  plus  de  trois  cents  ans,  ne  l'ont  pas 
suivie*. 

Suivant  le  nécrologe  de  Geneston,  Guillaume  de  Verne 
mourut  le  2  des  Ides  d'octobre  1277,  léguant  à  son  chapitre 
quatre  livres,  quatre  sols  de  rente  pour  sa  mémoire,  que 
l'ancien  Livre  des  Anniversaires  a  fixée  au  26  octobre. 

t  Ârcii.  départ  ,  Arm.  N.,  case  6,  no  26.  Travers  taxe  cet  acte  de  faux, 
mais  la  présence  dans  le  trésor  des  dues  d*une  copie  authentique,  permet  de 
répéter  cette  erreur.  La  seule  différence  qui  puisse  exister  entre  Toriginal  et 
le  "oidimus,  c'est  que  celui-ci  est  en  français,  tandis  que  le  premier  était  en 
latin.  (Note  de  M.  de  la  NicoUière,  pp.  48  et  49.) 

*  Nosseigneurs  du  Bec  et  Gospéan  en  demandèrent  l'exécution  au  roi,  à  la 
in  du  seizième  et  au  commencement  du  dix-septième  siècle  et  Tobtinrent,  à 
la  condition  d'acceptation  par  le  Chapitre,  c'est-à-dire  si  celui-ci  trouvait  plus 
avantageux  pour  l'évi^que  d'avoir  une  année  du  revenu  du  fief  noble  (en  cela 
consistait  le  rachat),  que  d'avoir  la  garde  du  pupille  noble,  la  jouissaïkce  de 
ses  biens  et  le  soin  de  son  éducation. 


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GUILLAUIOS  DE   Y^RNE 


95 


Lie  grand  sceau  de  ce  prélat,  en  cire  verte,  forme  ogivale, 
ap  pendu  sur  lacs  de  parchemin  au  bas  d'une  pièce  de  1274, 
le  représente  vôtu  des  ornements  épiscopaux,  tenant  la  crosse 
tournée  en  dehors,  de  la  main  gauche  et  bénissant  de  la 
droite.  Légende  :  6\  GûUlelmiy  Dei  grcUia^  nannetensis 
Apiseopi. 


J.   DE   KeESAUSON. 


fLa  suite  prochainement,) 


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CASSARD 

CAPITAINE     DE    VAISSEAU 
1679-1740 

(Suite  et  fin*). 


PIÈCES    JUSTIFICATIVES 


Campagne  aux  îles  d'Amérique.  Dispositions  et  condi- 
tions pour  l'armement  en  course  de  la  frégate  du  Ro7j 
/'Argonaute. 

Cette  frégate,  jointe  à  deux  autres  armées  par  des  parti- 
culiers^  doit  aller  aux  îles  de  V Amérique,  sous  les  ordres 
de  Cassardf  faire  la  course  contre  les  forbans.  —  Arch. 
duMinist.   de   la  Marine.  Campagnes.  N*  37.   1716-1720. 

MÉMOIRE  du  Roy,  pour  servir  d'instruction  au  sieur 
Cassard,  capitaine  de  vaisseau,  dans  le  voyage  qu'il 
va  faire  aux  Iles  de  TAmérique,  pour  faire  la  course 
contre  les  forbans. 

*  Voir  la  livraison  préc<^dente. 


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GASSARD  97 

Sa  Majbsté»  ayant  agréé  les  propositions  qui  lui  ont  été  faites  par 
le  sieur  Gassard,  d'armer  contre  les  forbans  qui  font  la  course  sur 
les  costes  des  lies  de  l'Amérique;  elle  luy  a  accordé  la  fi^gate  l'Ar- 
gonaute,  pour  joindre  à  deux  autres  dont  il  fait  l'armement. 

Elle  s*est  déterminée  à  charger  le  dit  sieur  Cassard  de  cette  entre- 
prise, p&T  la  bonne  opinion  qu'elle  a  de  sa  valeur,  capacité,  expérience 
ei  at^tachement  pour  son  service.  Elle  luy  recommande  de  mettre 
tout  en  usage  pour  détruire  les  pirates  qui  courent  ces  mers,  et  qui 
interrompent  entièrement  la  navigation. 

Par  les  dernières  lettres  qui  sont  arrivées  de  Saint-Domingue,  Sa 
MiÛ^sté  a  été  informée  qu'il  y  avait  quatre  forbans  sur  les  costes  de 
cette  isle,  contre  lesquels  le  sieur  de  Blenac  avait  fait  armer  deux 
b&timents  commandés  par  le  sieur  de  la  Sausaye,  enseigne  de  vaisseau . 

£lle  donne  ordre  aux  sieurs  de  la  Varenne  et  Ricouart,  gouverneur 
et  intendant  des  lies  du  Vent,  aux  sieurs  de  Ghateaumorant  et  ^ 
Mithon,  gouverneur  et  commissaire  ordonnateur  à  Saint-Domingue, 
de  luy  donner  les  avis  et  les  secours  de  troupes  et  de  milices  qu'ils 
croiront  luy  estre  nécessaires,  et  dont  il  estimera  avoir  besoin  pour 
pouvoir  réussir  dans  son  entreprise. 

Sa  Majesté  ne  peut  donner  au  sieur  Cassard,  des  ordres  précis  sur 
la  proposition  qu'il  luy  a  faite  d'aller  enlever  les  nègres  marrons  qui 
sont  à  Tisle  Saint- Vincent,  parce  qu'elle  n'est  point  informée  de  la 
situation  présent-e  de  c^s  nègres  avec  les  sauvages  qui  habitent  cette 
même  isle\-  et,  elle  donne  ordre  aux  sieurs  de  la  Varenne  et  Ricouart 
d'examiner  s'il  convient,  par  rapport  à  l'intérêt  des  Isles  du  Vent, 
de  faire  cette  entreprise;  et,  elle  souhaite  que  le  sieur  Cassard  ne 
l'entreprenne  point  sans  leur  consentement. 

Elle  leur  flaiit  observer  que  quoi  qu'il  fut  avantageux  aux  Isles  |lu 
Vent  de  détruire  ces  nègres,  il  paroi  stroit  nécessaire  auparavant  de 
s'y  déterminer,  d'engager  les  sauvages  à  favoriser  cette  entreprise, 
parce  que  si  elle  se  fait  sans  eux,  il  y  a  tout  lieu  de  craindre  qu'ils  ne 
prennent  le  parti  des  nègres  avec  qui  ils  sont  alliés,  et  que  se  décla- 
rant contre  nous,  nous  ne  tombions  dans  une  guerre  qu'il  faut  éviter^ 
et  qui  seroit  cause  de  la  destruction  des  habitations  des  bords  de  la 
mer  de  ces  isles.  Ainsi,  on  ne  doit  rien  entreprendre  sur  cela  qu'après 
mures  délibérations. 

En  cas  qu'il  soit  jugé  convenable  que  le  sieur  Cassard  aille  contre 
ces  nôgres.  Sa  Majesté  souhaite  qu'il  ne  vende  aux  Isres  du  Vent  que 
les  femmes  et  les  enfants  au  dessous  de  douze  ans,  parce  qu'il  seroit 

T.    VI.    NOTICES.   —  VI«  ANNÉE,   1"   LIV.  7* 


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W  CASSARD 

dangeureuK  de  mettre  dans  cette  isle  ces  nègres*  qui  sont  aguerris, 
et  qui  peurroient  aisément  retourner  de  là  à  Saint-Vincent,  li  en 
pourra  vendre  quelques-uns  à  Saint-Domingue.  Cependant,  il  seroit 
à  souhaiter  qu'il  put  s'en  deffiB^re  ailleurs  que  dans  les  colonies  fran- 
çoises  ;  et  Sa  Majesté  marque  aux  sieurs  de  la  Yarenne,  Ricouart,  de 
Ghateaumorant  et  Mithon  de  hiy  indiquer  les  moyens  d'y  panrenir, 
si  la  chose  est  possible. 

Sa  Majesté  luy  fera  observer  que  l'entreprise  contre  les  nègres  de 
Saint-Vincent  doit  être  secrette,  et  luy  recommande  de  n'en  point 
parler,  soit  qu'il  la  fasse  ou  non. 

Si  le  sieur  Cassard  trouve  des  navires  anglois  ou  holiandois  faisant 
le  commerce  sur  les  costes  des  isles  flrançoises  de  l'Amérique,  Sa 
Majesté  souhaite  qu'il  les  arreste,  et  qu'il  les  remette  au  gouverneur 
et  intendant  de  la  colonie  où  il  arrivera,  auxquels  Elle  mande  d*en 
Mre  Instruire  les  procédures,  et  de  tenir  la  main  k  ce  qu'ils  soient 
confisqués,  s'ils  se  trouvent  dans  le  cas.  Sa  Majesté  luy  recommande 
de  n'arrester  que  les  vaisseaux  contre  lesquels  on  pourra  prouver 
le  commerce  étranger,  afin  de  ne  point  donner  de  justes  sujets  de 
plaintes  aux  nations  étrangères. 

Il  leur  remettra  aussi  les  forbans  qu'il  prendra  ;  et  ils  ont  ordre 
d'en  Oirire  bonne  et  briefve  justice. 

Sa  M«0^té  ne  prescrit  rien  au  sieur  Gassard,  sur  sa  navigation  et 
le  séjour  qu'il  fera  dans  chaque  colonie.  Elle  s'en  rapporte  à  la  ma- 
nière dont  il  croira  devoir  se  conduire  à  cet  égard,  tant  pour  détruire 
les  forbans>  que  pour  l'intérêt  de  ses  armateurs. 

Elle  luy  recommande  d'informer  le  Conseil  de  marine  des  opérations 
de  sa  campagne,  par  toutes  les  occasions  qu'il  trouvera. 

Fait  à  Paris,  le  cinquiesme  janvier  1717 
Signé  :  Louis. 
Approuvé  :  Philippe  d'Orléans. 


Mémoire  polir  le  S'  Cassard,  capi'ame  de  vaisseau  du  fîoy, 
et  les  intéressez  en  son  armement,  —  Arch  du  Minist.  de 
la  Marine    Dossier  Gassard. 

Ils  supplient  très  humblement  Nos  Seigneurs  du  Conseil  de 
marine  qu'il  soit  pourvu  à  leur  remboursement  d'une  somme 

^  Las  nègres  marons   qai    sont  à  Tisle  Saint* Vincent  ;  et  qui  ont  déserté 
prtfqae  tous  des  isles  fran^oises  de  T Amérique. 


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GAS8ARD  99 

de  732.769  liv.  10  sols  2  deniers,  conformément  à   l'arrest  du 
Conseil  d'Elat,  rendu,  Sa  Majesté  y  estant,  le  12  août  1715. 


Fait 


Le  2  dn  mois  de  décembre  171  Me  sieur  Cassard  fit  un  traité  avec 
leKoy  pour  armer  en  course  une  escadre  de  six  vaisseaux  de  S.  M. 
contre  les  ennemis  de  FEtat  ;  afin  de  trouver  les  fonds  nécessaires 
à  rexécuUon  d'un  projet  de  cette  importance,  il  engagea  cinq  négo- 
ciants de  la  ville  de  Marseille  de  se  charger  de  cet  armement. 

Par  l'article  10  de  son  traité^  le  Roy  luy  laisse,  et  aux  directeurs  de 
son  Armement,  l'entière  disposition  des  vaisseaux  et  autres  bâti- 
ments de  l'escadre. 

St  par  le  premier  et  dernier  article  du  même  traité,  il  est  dit  que 
cette  campagne  ne  doit  être  que  de  huit  mois. 

L'objet  de  l'armement  du  Cassard,  était,  suivant  son  traité,  de 
faire  la  course  sur  les  ennemis  de  l'Ëtat,  et  de  ne  la  faire  que  pendant 
hnit  mois  :  ses  fonds  étoient  proportionnés  &  son  objet,  et  ses  vues  ne 
s'étendoient  pas  plus  loin. 

Peu  de  temps  avant  le  départ  de  cette  escadre,  le  S'  Cassard  reçut 
une  lettre  particulière  du  secrétaire  d'Ëtat,  ayant  le  département  de 
la  marine,  en  date  du  10  Février  1712,  par  laquelle  il  luy  marque  que 
cette  lettre  est  pour  luy  seul,  et  que  l'intention  du  Roy  est  qu'il  exerce 
par  représailles  tous  les  actes  d'hostilités  possibles  sur  les  colonies 
ennemies  ;  qu'il  en  fasse  sauter  avec  des  mines  les  travaux  et  forti- 
fications, maisons,  magasins,  et  tous  autres  bâtiments  sans  exception  ; 
qu'il  brûle  les  cannes  de  sucre  et  autres  plantes  en  campagne  ;  qu'il 
fasse  généralement  tous  les  dégâts  praticables  dans  une  terre  que 
Ton  veut  dévaster. 

A  la  lecture  de  cettre  lettre,  le  S' Cassard  connut  tout  l'embarras  de 
sa  situation  ;  comme  capitaine  de  vaisseau  du  Roy,  l'ordre  et  la 
gloire  de  son  prince  sont  préférables  à  toutes  autres  veues  ;  comme 
armateur,  le  bien  de  l'armemeàt  doit  estre  son  premier  objet  :  s'il  suit 
ce  qui  lui  est  prescrit  par  le  ministre,  il  prévoit  bien  qu'il  ne  pourra 
tirer  aucune  utilité  pour  ses  armateurs  dans  les  Colonies  où  il  descen- 
dra, parce  qu'il  les  doit  brûler  et  dévaster,  et  que  ce  n'est  qu'à  titre 
de,  conservation  qu'on  leur  fait  payer  ordinairement  des  rançons  ; 


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100  CASSARD 

s'il  les  ménage  à  prix  d'argent,  il  n'exerce  plus  les  représailles  qui  lui 
sont  ordonnées» 

Il  ne  peut  pas  faire  part  des  ordres  qu'il  a  receuz  aux  intéressés 
dans  son  armement  :  la  lettre  n'est  que  pour  lui  seul.  Et  quoiqu'il 
connaisse  qu'il  va  employer  les  fonds  qu'ils  luy  donnent,  différem- 
ment de  leur  propre  intention,  il  ne  s'occupe  point  des  justes  repro- 
ches qu'ils  auront  à  luy  faire  et  regardant  l'obéissance  qu'il  doit  à 
son  Roy  comme  le  premier  de  tous  ses  devoirs,  il  n'est  plus  rempli 
que  des  moyens  qu'il  pourra  mettre  en  usage  pour  détruire  les  Colo- 
nies ennemyes. 

Il  part  ;  il  arrive  aux  Iles  du  Cap  Vert,  appartenantes  aux  Portugais  ; 
il  les  attaque  et  prend  la  ville  principale  et  le  châiteau  à  discrétion  ; 
et  les  fait  ensuite  sauter  avec  les  autres  fortifications  ;  il  brûle  les 
maisons,  crève  plus  de  150  pièces  de  canon,  et  ruine  entièrement  la 
campagne. 

Il  remet  &  la  voile,  et  va  attaquer  &  mille  lieues  de  là  la  colonie  de 
Surinam,  appartenante  aux  HoUandois.  Les  pluies  continuelles  l'obli- 
gent de  se  retirer,  et  de  remettre  cette  entreprise  à  une  autre  saison. 

Il  fait  route  pour  l'Isle  de  Montsera,  distante  de  500  lieues  ;  il  la 
prend,  la  détruit,  fait  sauter  les  fortifications  et  brûle  entièrement 
la  campagne. 

Cette  exécution  faite,  il  retourne  à  Surinam,  et  après  cinquante-cinq 
jours  de  navigation,  il  y  arrive  et  ruine  cette  Colonie. 

11  attaque  ensuite  celle  de  Barbiche  et  celle  de  Saint-Eustache,tou- 
tes  deux  hollandoises,  qu'il  traite  avec  la  même  rigueur. 

Instruit  que  les  Hollandois  tirent  des  sommes  considérables  du 
commerce  qui  se  fait  de  l'isle  de  Carassol  avec  les  Indes  d'Espagne, 
il  va  l'attaquer,  oblige  la  ville  à  une  contribution,  et  dévaste  toute 
la  campagne  voisine. 

Dans  toutes  ces  différentes  exécutions,  qui  l'ont  tenu  vingt-sept 
mois  à  la  mer,  il  agit  partout  en  officier,  et  nulle  part  en  armateur. 
Aussi  la  perte  qu'il  cause  aux  Colonies  ennemis  a  été  estimée  à  plus 
de  trente  millions,  et  n'en  a  produit  à  l'armement  que  deux  millions, 
deux  cent  quatre-vingt-onze  mille,  six  cent  quatre  vingt  treize  livres, 
dixsols,  onze  deniers. 

Le  sieur  Cassard,  estant  de  retour  en  France,  fut  fort  applaudy  de 
la  Cour,  et  fort  peu  de  ses  armateurs,  qui  ne  s'appaisèrent  qu'après 
avoir  vu  la  lettre  du  10  février  1712  :  en  son  particulier,  il  trouvait 
son  dédommagement  dans  les  blessures  honorables  qu'il  avoit  reça 
en  servant  son  Roy  ;mais  pour  eux,  il  n'y  rencontroient  qu'une  ruine 
assurée,  s'ils  estoient  obligés  de  payer  les  dépenses  excessives  d'une 


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GASSARD  101 

•si  longue  campagne,  si  fort  au  dessus  de  leurs  forces  et  du  fond 
destinée  pour  le  projet  d'un  armement  de  huit  mois  seulement. 

Les  officiers  et  les  équipages  de  cette  escadre  demandèrent  d*estre 
payés  au  désarmement  ;  les  armateurs  inquiétés  par  eux,  et  hors 
d'état  de  les  satisfaire,  représentèrent  très  humblement  au  feu  Roy, 
que  le  sieur  Cassard  ayant  préféré  la  gloire  de  ses  armes  et  Texécu- 
tion  des  projets  essentiels  qui  luy  avoient  esté  confiés  pour  Thonneur 
et  le  bien  de  FEtat,  à  leur  utilité  particulière,  il  étoit  Juste  que  Sa 
Majesté  se  cbarge&t  des  prises,  rançons  et  contributions  faites,  dont 
ils  rendroient  compte  de  clerc  àmaistre,  en  les  remboursant  de  leurs 
avances. 

Sa  Majesté  eut  égard  à  leurs  remontrances,  et  commit,  par  arrêt 
du  Conseil,  du  4  mars  1715,  M.  de  Vanvré  pour  connoistre  l'état  au 
▼ray  des^recettes  et  dépenses  de  l'armement  du  sieur  Cassard,  faire 
du  tout  une  juste  balance,  et  ensuite  donner  son  avis. 

C'est  sur  le  compte  général  arrestépar  M.  de  Vauvré,  et  affirmé 
par  le  receveur  des  droits  de  son  Altesse  Sérénissime,  qu'est  inter- 
venu Tarrest  du  Conseil  du  12aoust  1715. 

Cet  arrest  contient  plusieurs  dispositions. 

Par  la  première,  il  est  justifié  que  les  frais  de  la  campagne  du  sieur 
Cassard,  les  charges  ordinaires  des  prises  et  les  répartitions  faites 
aux  ilbustiers  et  aux  habitants  des  Isles  Arançoises  qui  ont  aidé  à  la 
dévastation  des  Colonies  ennemies,  se  montent  à  la  somme  de 
3,22^7,1^  livres,  19  sols,  7  deniers. 

Par  la  seconde  disposition  de  cet  arrest,  il  est  prouvé  que  les  pri- 
ses et  rançons  n'ont  produit  que  2,291, f393  livres,  10  sols,  11  deniers. 

Par  conséquent  la  perte  effective  faite  par  cet  armement,  se  monte 
à  la  somme  de  935,462  livres,  8  sols,  8  deniers. 

Ce  même  arrest,  par  une  troisième  disposition,  décharge  l'arme- 
ment du  paiement  d'une  somme  de  30,000  livres  prétendue  par  les 
officiers  et  soldats  qui  ont  été  k  l'attaque  de  Carassol. 

11  faut  savoir  que  le  sieur  Cassard,  ayant  été  dangereusement 
blessé  au  commencement  de  l'attaque  de  Carassol,  fut  emporté  sur 
son  bord,  d'où  il  donna  ordre  de  promettre  par  un  ban  à  la  tête  des 
troQpes,la  somme  de  30,000  livres  ;  mais  c'était  k  condition  expresse 
que  l'on  prendrait  cette  place.  Au  lieu  de  s'en  rendre  les  maîtres,  on 
se  contenta  d'en  tirer  une  contribution  de  1 15,000  piastres,  qui  furent 
payées  en  marchandises  et  en  denrées  ;  ainsi  c'est  avec  grande  raison 
que  Sa  Maijesté  en  a  déchargé  l'armement. 

Par  une  quatrième  disposition  cet  arrest  déboute  les  troupes  et 
éqaipages  d'une  demandede  30,000  l.  pour  retranchement  des  vivres  ; 


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102  GA88ARD 

la  raison  de  cette  décision  est  que  pendant  la  plus  grande  partie  du 
temps  de  ce  retranchement,  ils  ont  vécu  &  discrétion  sur  le  pays 
ennemi. 

Cinquièmement.  Sa  Majesté  décharge  ce  môme  armement  d*ane 
somme  de  94,61 1  livres,  1  sol,  8  deniers,  à  laquelle  se  montoit  le 
dixième  des  prises,  contributions  et  rançons  appartenant  à  TEtat- 
miOor  et  aux  équipages,  parce  que  S.  M.  les  a  gratifiés  d'une  somme 
beaucoup  plus  considérable,  ainsi  qu'il  sera  justifié  cy  après. 

Enfin,  il  se  trouve  que  Sa  Majesté  a  fait  remise  à  cet  armement 
d'une  somme  de  237,001  livres  1  sol  8  deniers,  à  laquelle  se  montoit 
le  cinquième  des  prises  et  rançons  qui  revenoit  à  S.  M. 

Les  supplians  ont  l'honneur  d'observer  au  Conseil,  que  par  le  trai- 
té du  2  décembre  1711,  S.  M.  étoit  convenue  que  les  avances  que 
feroient  les  armateurs  pour  agrès,  carennes  et  autres  fournitares 
spécifiées  seroient  prélevées  sur  le  cinquième.  Or  ces  avances  se  sont 
trouvées  monter  à  154,983 1.  9  sols,  11  deniers.  Donc,  ledit  cinquième 
se  trouvoit  réduit  à  la  somme  de  82,017, 1. 1 1  sols,  9  deniers,  de  laquelle 
S.  M.  a  exempté  l'armement,  parce  qu'en  premier  lieu,  ayant  eu  la 
bonté  de  recevoir  les  armateurs  à  compter  de  clerc  à  maistre,  elle 
s'est  chargée  des  profits  et  pertes  de  l'armement  ;  et  en  second  lieu, 
parce  que  suivant  ce  compte  général,  et  comme  il  va  être  expliqué, 
S.  M.  a  obligé  les  armateurs  à  payer  des  sommes  plus  considérables 
aux  lieu  et  place  de  cet  article. 


Total  des  parties  du  payement  desquelles  le  Roy  décharge 
les  armateurs  j  en  se  chargeant  de  F  armement. 

Bon  de  Carassol 30,0001. 

Retranchement  des  vivres 30,000, 

Dixième  des  prises  et  contributions . .  94,61 1 ,      1  s,    6  d. 

Cinquième  du  Roy 82,017,    Ils.    9d. 

236,628.     13  s.    5d. 

Comme  la  bonté  avec  laquelle  le  Roy  est  entré  dans  la  triste  situa- 
tion des  armateurs,  pourroit  donner  lieu  de  croire  que  c'est  aux 
dépens  des  officiers  et  des  équipages,  il  est  à  propos  de  faire  remar- 
quer à  Nosseigneurs  du  Conseil  :  1"*  que  les  exemptions  des  quatre 
articles  ci  dessus  ne  sont  que  desimpies  compensations  à  l'égard  des 
armateurs. 


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GAS8ARD  103 

2*  que  le  Roy  a  pourru  d'ailleurs  au  dédommagement  de  lUtai- 
Mijor  et  des  équipages,  en  leur  faisant  payer  par  les  armateurs  beau-» 
coup  an  delà  de  oe  qu*ils  pouvoient  prétendre. 

Pour  les  Armateurs. 

Pendant  cette  campagne,  qui  fat  de  vingt  sept  mois,  trois  bâti- 
ments, firent  nauflbuge.  Suivant  la  disposition  de  TOrdonnanoe  du  mois 
d'août  1661,  titre  4,  art.  8,  les  mcUelQ»  ne  peuvent  prétendre  auoun 
loyer  :  S.  M.  a  voulu  que  les  armateurs  aient  payés  ces  appointe^ 
ments.  qni  se  sont  trouvés  monter  à  la  somme  de     .âl8,âôl^  16* 

Qu'ils  aient  donné  des  gratifications  à  TEt^Major 
en  compensation,  qui  se  trouvent  monter,  compris 
ce  qui  n'a  pas  encore  esté  payé,  suivant  les  états 
certifiés,  envoyés  au  Conseil  par  M.  de  Bellefontalne, 
qui  les  a  réglés  à  la  somme  de 67,490*  12«  6*» 

Auisoldats 5,000     »    »        77,490M2«    6* 

Aux  veuves 5,000    >    »    

*^95,752»    8-    6*» 
Toutes  les  parties  que  les  armateurs  sont  déchar- 
gés de  payer,  qui  regardent  le  Roy,  TEtalr-Major  et 
les  équipages  ne  montent  qu'&  la  somme  de. .... .     236,628*  13'    5<> 

59,123*  15'    1* 


Ainsi  ceqne  les  armateurs  ont  payé,  excède  les  sommes  qui  leur  ont 
été  remises  par  Tarrest  du  Conseil,  de  cinquante  neuf  mille  cent  vingt 
trois  livres,  quinze  sols,  un  denier. 

Il  s'agit  présentement  de  faire  voir  ce  que  le  Roy  a  fait  payer  à 
rïtat-MajoE  et  aux  équipages,  beaucoup  au  dessus  de  ce  qui  leur 
éftoit  dû. 

Pour  VEtai'MaJor 

On  iuy  paie,  comme  il  est  justifié  cy  devant  par  forme  de  gratifia* 
cation  et  d'équivalant  du  dixième , 67,490*  12"    6^ 

Tout  le  net  produit  du  dixième  des  prises 
rançons  et  contributions  de  la  campagne,  monte 
à  94.61  J*  1*8^,  dotttilluyen  reviendroit  la  moitié 
quiest -     47,305*  10«  lO'* 

Reste 20,185*     !•     8* 


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104  GASSARD 

Ainsi,  TËtat^Majoraura  reçu  audessusde  son  contingent  du  dixième, 
20,185M*  8"^  que  les  armateurs  n*ont  consenti  de  payer  qu'après  que 
M.  le  Bailli  de  Bellefontaine  Ta  réglé  de  même  avec  le  sieur  Casaard . 


Pour  les  Equipages 

Le  Roy  leur  a  fkit  gr&ce  de  leur  faire  payer  par  les  armateurs, 
contre  la  disposition  de  l'ordonnance,  les  loyers  des  dégradés  qui 
se  montent  à  la  somme  de :il8.26P    16« 

Aux  soldats  et  aux  veuves 10,000, 

228,26P  10« 
La  moitié  du  net  produit  du  dixième  qui   leur 

revient  pour  le  contingent  monte  à 47,305»  10*  10*» 

180,956»    5»     ti^ 


Ainsi  les  équipages  ont  reçu  des  armateurs  cent  quatre  mille 
neuf  cent  cinquante  six  livres,  cinq  sols,  deux  deniers  au  dessus  de 
leur  dixième. 

Quoique  les  sommes  que  les  armateurs  ont  payées  à  TEtat-MaJor 
et  aux  équipages,  par  ordre  du  Roy,  au  dessus  de  ce  qui  leur  estoit  deu 
montent  à  deux  cens  un  mille  cent  quarante  une  livres,  six  sols,  dix 
deniers,  il  est  pourtant  vray  que  les  équipages  qui  ont  fait  un  heu- 
reux retour,  n'ont  rien  reçu  en  équivalant  des  47,305»  10«  W  qui  leur 
revient  du  dixième  entre  eux  et  les  dégradés^  si  ce  n'est  les  dix  mille 
livres  qu'on  donne  aux  soldats  et  aux  veuves.  Us  demandent  leur 
paiement  aux  armateurs,  mais  comme  ceux-ci  ont  rendu  compte  de 
derc  à  maistre,  et  que  le  Roy,  par  ses  arrêts  s'est  chargé  des  profits 
et  pertes  de  l'armement,  S.  M.  y  pourvoira,  et  aura  pour  ses  équi- 
pages tels  égards  qu'elle  jugera  à  propos. 

On  a  été  obligé  d'entrer  dans  ce  détail  et  d'interrompre  l'explication 
de  Tarrest  du  12  aoust  1715,  afin  de  faire  connaître  que  les  ofilciers 
et  les  équipages  ont  été  traités  avec  plus  de  faveur  que  s'ils  avoient 
reçu  le  paiement  des  trois  sommes  dont  les  armateurs  ont  été  dé- 
chargés. 

Sa  Majesté  ordonne  en  outre  parce  môme  arrest  que  les  armateurs 
seront  payés  comptant  par  le  trésorier  de  la  marine  de  la  somme  de 
98,917»4  sols,  il  deniers  pour  le  remboursement  des  vivres  par  eux 
fournis  aux  équipages  dégradés  et  ramenés  des  Iles  d'Amérique. 


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CASSARD  105 

Sxeédant  des  dépenses  de  la  campagrne  du  sieur 
Cassard  monte  à 9a5,462*    8«     8«» 

Si  les  sommes  dont  les  armateurs  sont  déchargés 
sont  évaluées  par  l'arrêt  à rî91,612»    3«     4* 

Ainsi  les  armateurs  se  trouvent  encore  en  souf- 
Irancede 543,a50»    5»     4'» 


Sur  rindemnité  de  laquelle  le  Roy  promet  de  pourvoir  incessam* 
ment  par  ledit  arrest. 

Les  choses  en  cet  état,  le  sieur  Cassard  et  ses  armateurs  supplient 
très  humblement  Nos  Seigneurs  du  Conseil  de  Marine  de  faire  ordon- 
ner le  paiement  des  88,919  1.  4  s.  10  d.,  qui  leur  doit  être  fiait  par  le 
Trésorier  de  la  marine,  conformément  à  Tarrest  du  \2  aoust  1715,  et 
de  leur  faire  expédier  une  ordonnance  de  cinq  cent  quarante  trois 
mille  huit  cent  cinquante  livres,  cinq  sols,  quatre  deniers  pour  leur 
indemnité,  et  pour  les  mettre  en  état  de  payer  ce  qui  reste  du  aux 
officiers  et  équipages  pour  le  désarmement. 

Il  est  aisé  de  connaître,  par  ce  que  Ton  a  expliqué  ci-dessus,  que 
Tobéissance  du  Sieur  Cassard  aux  ordres  du  Roy,  que  sa  fidélité  à 
conserver  le  dépôt  de  représailles  qui  luy  étoit  confié,  et  que  remploi 
qu'il  a  fait  des  fonds  des  intéressés  en  son  armement,  sans  leur  par- 
ticipation, et  contre  leur  intention,  a  réduit  ces  négociants  à  la  der- 
nière extrémité. 

One  le  feu  Roy  a  vu  qu'il  étoit  de  sa  justice  de  se  charger  luy 
même  des  fraits  de  Tarmement  du  sieur  Cassard,  puisqu'il  n*avoit 
porté  le  fer  et  le  feu  dans  les  Colonies  ennemies  que  pour  la  gloire  et 
la  vengeance  de  la  Nation,  au  lieu  qu'en  les  ménageant  il  en  auroit 
tiré  des  contributions  qui  auroient  fait  sa  fortune  et  celle  de  ses 
armateurs*. 


Délibération  du  Conseil  de  marine  sur  l'affaire  du  sieur 
Cassard.  —  Arch.  du  minist.  delà  roarine.  Dossier  Cassard. 

Le  conseil  de  marine  ayant  examiné  par  ordre  de  celui  de  Régence 
les  prétentions  du  S' Cassard  et  de  ses  armateurs  sur  les  dédomma- 
gemrats,  qu'ils  prétendent  leur  estre  deus  par  le  Roy,  et  celles  des 
ofliciers  et  équipages  qui  composoient  l'armement,  contre  les  arma- 

*  De  nmpniaevî^  de  C.  L.  Thiboust,  place  de  Cambraj;  4  pp.  in-folio. 


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106  GA88ARD 

leurs,  il  paroist  que  la  demande  de  ces  équipages  d'une  somme  de 
30,000  1.  qu'on  leur  avoit  promis  par  un  bon  en  cas  de  jurise  de 
Carassol,  doit  être  rejetWè,  cette  ville  s'étant  rançonnée,  sans  pour 
ainsi  dire  qu'il  y  ait  eu  d'attaque,  et  d'ailleurs  les  armateurs  en  ayant 
été  déchargés  par  Arrest  du  12  août  1715. 

La  seconde  demande  des  mêmes  équipages,  pour  une  prétendue 
diminution  des  vivres,  ne  paroitpas  mieux  fondée,  attendu  que  pen- 
dant la  plus  grande  partie  du  temps  qu'ils  prétendent  que  cela  leur 
est  deu  ils  ont,  été  nourris  à  discrétion  dans  le  pays  ennemy,  et 
beaucoup  mieux  traittés  qu'ils  n'auroient  estes  dans  le  vaisseau. 

La  troisième  demande  des  équipages  qui  regarde  le  dixième  des 
prises  qui  ont  été  faites,  paroist  juste.  La  somme  totale  x>our  ce  qui 
les  regarde  dans  ce  dixième  monte  à  47,000  1.  dont  10,000  1.  ont  été 
payées  ;  et  le  S' Cassard  doit  être  tenu  coiyointement  avec  les  arma* 
teurs  à  leur  ^payer  le  reste,  argent  comptant.  Quant  aux  officiers 
qui  prétendoient  leur  estre  deu  pareille  somme  de  47,000  1.  pour  le 
môme  dixième,  il  paroist  que  les  armateurs  y  ont  satisfait,  et  môme 
au  delà,  depuis  le  premier  compte  qui  a  été  rendu  de  cette  affaire  au 
Conseil  de  Régence,  Ainsi  il  n'en  feut  plus  parler. 

A  l'égard  de  l'article  le  plus  considérable  qui  est  le  dédommage- 
ment du  par  le  Roy  à  ces  armateurs,  il  paroist  que  dès  le  commence- 
ment de  l'armement  duRôy  a  fait  agir  le  sieur  Cassard  par  ses  ordree, 
et  que  la  campagne  qu'il  lui  a  fait  faire  a  été  de  vingt*sept  mois»  au 
lieu  de  huit  mois,  que  les  armateurs  avoient  réglé  par  leur  traitté, 
fait  avec  le  Roy  lorsque  S.  M.  leur  prêta  ses  vaisseaux.  Il  paroit  par 
les  arrêtés  de  comptes  que  M.  de  Yanvré  a  fait  par  ordre  de  S.  M., 
que  la  dépense  excède  la  recepte  de  la  somme  de  543,850  1.  8  s.  4  d., 
de  quoy  on  doit  ajouter  celle  de  88,919  l.  4  s  10  d.  qui  leur  avoit  été 
donnée  comptant  sur  le  trésorier  de  la  marine,  pour  la  subsistance 
des  équipages  dégradés  qu'ils  ont  ramené  ;  de  laquelle  somme  de 
88,919  1.  4  s.  10  d.  ils  n'ont  point  été  payés.  Et  celle  de 94,6 11  1. 1  s.  8  d. 
pour  le  dixième  qu'ils  ontpayé  ou  doivent  payer  aux  équipages,  dont 
S.  M.  les  avoit  déchargés  par  arrêt  du  12  août  1715,  et  qui  paroissant 
néanmoins  légitimement  deue,  vient  à  la  charge  du  Roy.  Ces  trois 
sommes  ensemble  montant  à  celle  de  727,380  l.  U  s.  10  d.,  qui  paroit 
légitimement  deue,  et  le  Conseil  de  Régence  ayant  témoigné  souhaiter 
qu'on  en  diminuât  une  partie,  à  cause  de  la  difficulté  du  temps,  le 
Conseil  de  marine  estime  qu'on  ne  peut  donner  moins  que  la  somme 
.de  625,000 1.,  laquelle  estant  payée  en  billets  d'Etat,  quoique  mise 
dans  la  classe  la  plus  favorable,  sera  réduite  à  la  somme  de  500,000 1., 


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GA8SARD  107. 

sur  laqaelle  on  doit  observer  que  les  armateurs  seront  obligés  de 
faire  plasieors  paiements  argent  comptant. 

Fait  et    &rresté  par  le  Conseil  de  Marine,  tenu  au  Louvre,  le 
I5juinl716. 

L.  A.  BB  Bourbon. 
Le  Maréchal  d'Estrébb. 
Par  le  Conseil  :  Lachapblle. 


Atrest  qui  réduit  les  prétentions  du  S'  Gassard,  capitaine 

de  tjaisseau,  pour  raison  de  l'armement   fait  d'une 

Escadre  de  six  vaisseaux  en  1712  ^  à  là  somme  de 

625^000  l.  — Àrch.  Nationales  :  minutes  d'Arrest  du  Conseil 

d'Estaldu  Roy,  registre,  avril,  may,  juin  1716.  Coté  E'  1985. 

A  Paris^  le  16*  juin  1716. 

Ym  PAR  LE  Rot,  estant  en  son  Conseil,  la  Requeste  présentée  à 
Sa  Majesté  par  le  S'  Gassard,  capitaine  entretenu  dans  la  marine,  le 
vingt  neuf  octobre  mil  sept  cent  quinze,  contenant  que  par  arrest 
rendu  en  iceluy  le  quatre  mars  précédent,  le  S'  de  Yanvré  conseiller 
en  ses  conseils,  intendant  de  la  marine  du  Levant,  auroit  été  commis 
à  Texamen  du  compte  de  la  recette  et  dépense  de  Tarmement  d'une 
escadre  de  six:  vaisseaux  ou  frégattes,  que  Sa  Majesté  luy  a  confié 
en  mil  sept  cent  douze,  pour  faire  la  course  sur  les  ennemis  de  TEs- 
tat,  par  la  balance  duquel,  arrestée  par  ledit  S'^  de  Yanvré  le  trente 
juin  dudit  an,  les  dépenses  de  l'armement  se  trouvent  excéder  le 
produit  net  des  prises,  contributions  et  rançons,  faites  par  ladite 
Escadre,  de  la  somme  de  neuf  cent  trente  cinq  mille  quatre  cent 
soixante  deux  livres,  huit  sois,  huit  deniers,  et  que  Sa  Majesté  ayant 
reconnu  qu'il  estoit  de  la  justice  de  prendre  ledit  armement  et  les 
événements  d'iceluy  pour  son  compte,  attendu  qu'il  avoit  esté  uni- 
quement employé,  suivant  ses  ordres,  pour  le  service  de  l'Estat,  et 
à  la  destruction  des  colonies  ennemies,seroit  intervenu  autre  arrest, 
du  douze  aoust  audit  an,  par  lequel  Sa  Majesté,  en  att.endant  le 
par/ait  remboursement   de  l'exédant  des  dites   dépenses,   auroit 
déchargé  le  dit  S**  Gassard  et  ses  armateurs  du  payement  de  trois 
eei]tquatrevin£rtonzemillesixcentdouzeliv.troissols,quatredeniers; 


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lOS  GAS8ARD 

sçavoir  :  deux  cent  trente  sept  mille  une  livres,  un  sol,  six  deniers,  à 
quoy  montoit  le  cinquième  qu'elle  auroit  pu  prétendre  sur  les  pri- 
ses faites  par  un  armement  de  course  ordinaire  ;  quatre  vin^ 
quatorze  mille  six  cent  onze  livres,  un  sol,  six  deniers  qui  auroient 
appartenu  pourdixième  aux  officiers  et  équiqages  ;  trente  mille  livres 
&  quoy  les  dits  équipages  faisoient  monter  leurs  prétentions,  sous 
prétexte  de  rations  retranchées  pendant  la  campagne,  et  pareille 
somme  de  trente  mille  livres  que  demanderoient  les  soldats,  pour 
gratiffication  à  eux  promise  par  un  ban  lors  de  la  descente  à  Caras- 
sol,  en  cas  que  la  place  fust  emportée  de  vive  force  ;  et  que  par  le 
mesme  arrest  dudit  jour  douze  aoust  mil  sept  cent  quinze,  Sa  Majes- 
té auroit  encore  ordonné  qu'il  fust  remboursé  audit  sieur  Gassard 
par  le  Trésorier  de  la  marine,  la  somme  de  quatre  vingt  huit  mille 
neuf  cent  dix  neuf  livres,  huit  sols,  six  deniers,  pour  le  montant  des 
vivres  pariuy  fournis  aux  officiers  majors  et  équipages  des  vais- 
seaux nauSragés  en  Amérique  pendant  la  campagne,  jusqu'à  leur 
arrivée  dans  les  ports  de  France.  Pour  la  validation  duquel  arrest. 
Sa  Majesté  vouloit  qu'il  fust  expédié  touttes  lettres  nécessaires  ; 
seconde  requeste  dudit  S'  Cassard,  du  douze  février  mil  sept  cent 
seize,  tendante  à  ce  qu'il  pleust  à  Sa  Majesté  ordonner  son  payement 
des  deux  sommes  adjugées  à  luy  et  à  ses  armateurs  par  ledit  arrest 
du  douze  aoust  dernier,  montant  ensemble  à  six  cent  trente  deux 
mille  sept  cent  soifxante  neuf  livres,  quatorze  sols,deux  deniers  ;  sça- 
voir  :  cinq  cent  quarante  trois  mille  huit  cent  cinquante  livres,  cinq 
sols  quatre  deniers,  pour  l'excédent  des  dépenses  au  delà  du  produit 
net  des  prises  et  rançons  faites  par  ladite  escadre  ;  et  quatre  vingt 
huit  mille  neuf  cent  dix  neuf  livres,  huit  sols,  six  deniers,  pour  la  sub- 
sistance des  officiers  et  matelots  dégradés,  depuis  la  perte  des  Vais- 
seaux, jusqu'à  leur  retour  dans  les  ports  de  France.  —  Veu  aussy 
la  requeste  du  dix  mars  dernier —  au  nom  des  officiers  majors  et  gens 
des  équipages,  tendante  à  estre  rétablis  et  reçus,  nonobstant  le  dit 
arrest  du  douze  aoust,  à  toucher  leur  part  du  dixième  des  prises  et 
rançons  de  la  campagne,  montant  à  quatre  vingt  quatorze  mille  six 
cent  onze  livres,  deux  sols,  six  deniers.  —  Troisiesme  requeste  dudit 
S""  Cassard,  du  deux  avril  dix  sept  cent  seize,  portant  qu'au  lieu  de 
quarante  sept  mille  trois  cent  cinq  livres,  dix  sols,  neuf  deniers,  reve- 
nant aux  officiers  majors  pour  leur  part  au  dixièsme,  il  leur  auroit 
fait  compter  en  gratiffications  ou  autrement,  jusqu'à  la  somme  de 
soixante  douze  mille  quatre  cent  quatre  vingt  neuf  livres,  «iix  huit 
sols  dix  deniers,  suivant  l'Estat  cer*iffié  le  neuf  mars  dernier  pare 
S'*Catelin,  commissaire  préposé  au  bureau  des  armements  à  Toulon, 


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GABSARD  100 

et  que  s'il  luy  estoit  ordonné  de  payer  pareille  somme,  de  quarante 
sept  mille  trois  cent  cinq  livres,  dix  sols  neuf  deniers,  aux  officiers- 
msOors,  matelots  et  soldats,  pour  prétendue  part  au  dixiesme  des 
prises  ;  il  suppliait  Sa  Mijesté  de  considérer  qu'il  seroit  pour  lors 
en  avance  de  la  somme  de  sept  cent  vingt  sept  mille  trois  centquatre 
vingt  livres,  quinze  sois  huit  deniers  ;  au  lieu  de  celle  de  six  cent 
trente  deux  mille  sept  cent  soixante  neuf  livres,  quatorze  sols,  deux 
deniers,  à  quoy  son  dédommagement  auroit  esté  liquidé  par  le  dit 
arrest  du  douze  aoust  mil  sept  cent  quinze,  dont  il  requéroit  qu'il 
pleuste  au  Roy  ordonner  le  remboursement,  et  le  décharger  de  touttes 
prétentions  de  la  part  des  dits  officiers  majors  et  Équipages. 

Yen  les  dits  arrests  des  quatre  mars  et  douze  aoust  mil  sept  cent 
quinze,  la  balance  arrestée  par  le  S.  de  Vanvré  le  trente  Juin  audit 
an,  les  requestes  respectives  cy  dessus  et  autres  pièces,  ouy  le 
rapport,  et  tout  considéré. 

Sa  Majesté  estant  en  son  conseil,  de  Tavis  de  M.  le  duc  d'Orléans, 
Régent,  ayant  esgard  à  la  requeste  du  dix  mars  dernier,  pour  ce  qui 
concerne  les  officiers-mariniers,  matelots  et  soldats,  a  ordonné  et 
ordonne  qu*il  leur  sera  incessamment  payé  par  le  sieur  Cassard,  en 
deniers comptantoiiquittances,  la  somme  de  quarante  sept  mille  trois 
cent  cinq  livres  dix  sols  neuf  deniers,  qui  leur  revient  pour  leur 
part  au  dixiesme  des  prises  et  rançons  faites  par  ladite  escadre  ;  que  le 
Roy  veut  estre  distribuée  entre  eux  en  la  manière  prescrite  par  l'ordon- 
nance de  mil  six  cent  quatre  vingt  douze  ;  et  attendu  qu'il  a  paru  à 
Sa  Majesté  que  le  dit  sieur  Gassard  a  satisfait  au  payement  de  tout 
ce  qui  estoit  deu  aux  aux  o  fflciers  majors»  elle  Ta  déchargé  et  décharge 
de  tonte  recherche  en  cet  esgard.  Veut  au  surplus.  Sa  Majesté,  que 
Tarrestdu  douze  aoust  mU  sept  cent  quinze  soit  exécuté  selon  sa 
forme  en  teneur,  sans  néant  moins  que  le  dit  S**  Cassard  puisse,  en 
faveur  dudit  arrest,  revenir  contre  ie  payement  par  luy  fait,  aus  dits 
officiers  ms^ors.  Ordonne  en  outre  Sa  Majesté  que  pour  parfait  rem- 
boarsement  aud.  S'  Gassard,  des  sommes  dont  ses  armateurs  et  luy 
sont  en  avance,  suivant  le  résultat  cy  dessus,  montant  à  sept  cent 
vingt  sept  mille  trois  centquatre  vingt  livres  quinze  sols  huit  deniers, 
il  lui  sera  expédié  une  ordonnance  sur  le  S»-  Deselle,  trésorier  géné- 
rai de  la  marine,  de  la  somme  de  six  cent  vingt  cinq  mille,  livres,  paya- 
ble les  fonds  faits  ou  à  faire  pour  les  huit  premiers  mois  de  son  exer- 
cice de  mil  sept  cent  quinze,  à  laquelle  Sa  Majesté  a  réduit  et  liquide 
toutes  les  prétentions  du  lit  8' (:..hi:;.rd  au  sujet  du  dit  armement. 
Moyennant  quoy  ledit  S.  Cassard,  ses  armateurs  et  tous  autres  se 


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110  GAS8ÀRD 

tiendront  contents  et  satisfaits.St  pour  l'exécution  du  présentarrest. 
Sa  Majesté  ordonne  que  touttes  les  lettres  nécessaires  soient  ex- 
pédiées. 

VOTSIN.  L.  A.  DE  BOURBON. 

Lb  Maréchal  d*Estbébs. 


Arrêt  qui  renvoie  devant  les  juges  ordinsiires  les 
demandes  et  contestations  restantes  à  juger  entre  le  sieur 
Cassabd,  et  les  direcletirs  et  intéressés  à  ses  armements  en 
course.  —  Ârch.  du  Minist.  de  la  Marine;  Dossier  Gassard. 
Reg.  mat.  387,  /•  171.      ^ 

13  juillet  1726. 

Veu  par  le  Roy,  estant  en  son  Conseil,  la  requeste  présentée  par  le 
sieur  Cassard,  capitaine  entretenu  dans  la  marine,  et  contenant 
qu'ayant  armé  plusieurs  vaisseaux  de  Sa  Majesté,  en  171 1  et  1712, 
pour  fkire  la  course  sur  les  ennemis  de  l'État,  il  se  réserva  les  trois 
quarts  d'intérêts,  et  confia  l'administration  des  dépenses  et  du  pro- 
duit de  ses  prises  et  des  contributions  à  cinq  négociants  de  Marseille, 
lesquels  ne  lui  rendant  point  compte,  il  les  fit  assigner  à  l'Amirauté 
de  cette  ville,  d'où  l'affaire  portée  ensuite  au  Parlement  d'Aix,  dans 
la  crainte  qu'il  eust  d'essuyer  des  longueurs  et  des  frais  en  y  procé- 
dant, il  obtint  un  arrêt  de  Sa  majesté,  du  13  septembre  1717,  qui  ren- 
voya toutes  les  demandes  et  contestations  formées  et  à  former  entre  le 
suppliant  et  ses  associés  pour  raison  desdits  armements,  tant  devant 
les  juges  de  la  dite  Amirauté  qu'audit  Parlement  d'Aix,  et  en  toutes 
autres  juridictions,  circonstances  et  dépendances,  audit  le  Bret, 
Intendant  de  justice,  police  et  finances  en  Provence,  et  premier  Pré- 
sident au  Parlement  d'Aix,  quelle  commit  pour,  conjointement  avec 
le  lieutenant  général  et  le  procureur  du  Roy  au  dit  siège  de  l'Amirauté 
de  Marseille,  et  les  autres  gradués  en  nombre  compétantqu'ilpourroit 
choisir,  entendre  les  parties  et  les  juger  en  dernier  ressort,  avec 
deffenses  &  tous  juges  d'en  plus  connoitre,  et  aux  parties  d'en  con- 
tinuer les  procédures  devant  tous  autres  que  lesdrts  sieur  Le  Bret 
et  ses  adjoints.  Que  depuis  ce  temps,  plusieurs  chefs  de  contestations 
ont  été  instruits  etjugés  ;  mais,  qu'en  restant  encore  à  juger  la  plus 
considérable  partie,  il  ne  peut  en  poursuivre  la  décision  devant  les 


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CA^SAftD  111 

mtoes  Juges  de  la  commission,  non-seulement  par  les  longueurs 
qti*il  4  été  obligé  d'essoyer,  les  fms  et  les  dépenses  qui  en  sont  les 
suites,  mais  encore  parce  que  quelques-uns  de  ces  mêmes  juges  ont 
marqué  tant  de  présentions  contre  lui,   qu'il  a  été  obligé  de  les 
recaser.  Par  ces  raisons,  il  supplioit  Sa  Majesté  de  renvoyer  en  jus- 
tice réglée  tout  ce  qui  reste  à  Juger  des  contestations  d'entre  lui  et 
les  directeurs  et  intéressés  en  ses  armements,  cy-devant  renvoyés 
par  ledit  arrêt  du  conseil  du  13  septembre  1717,  par  devant  le  Bret 
et  autres  commissaires,  pour  y  procéder  suivant  les  derniers  erre- 
ments. Vu  ledit  arrêt,  ravis  dudit  le  Bret  sur  Testât  des  contesta- 
tions dont  il  s'agit,  ouy  le'  rapport  du  sieur  comte  de  Maurepas. 
secrétaire  d'Ëstat,   ayant  le   département  de  la  Marine,  et  tout 
considéré. 

Sa  Majesté  estant  en  son  Conseil,  a  renvoyé  et  renvoyé  devant  les 
jages  ordinaires  les  demandes  et  contestations  restantes  à  juger 
entre  le  sieur  Gassardetles  directeurs  et  intéressés  en  ses  arme- 
ments de  course,  cy-devant  renvoyés  par  Tarrest  du  13  septembre 
1717  par  devant  le  sieur  Le  Bret  et  autres  commissaires,  dont  Texé- 
cution  cessera  du  jour  de  la  signification  du  présent  arrest,  pour  être 
procédé  devant  lesdits  juges  ordinaires  et  lesdites  demandes  et  con- 
testations, suivant  les  derniers  errements.  Fait  deffense  aux  parties 
de  se  pourvoir  ailleurs,^  peine  de  nullité  et  de  tous  dépens,  dommages 
et  intérêts 

États  de  services  de  M.  de  Bandeville   de  Saint-Perrier^ 
capitaine  de  vaisseau.  —  Arch.  du  minist.  de  la  Marine. 

AwNi  Henry  de  Bandeville  Saint-Perrier,    originaire  de   Paris. 

Nommé  Garde  marine  '—  Toulon  —  le  —  24  décembre  1683 

—  Enseigne  de  vaisseau  —     id.      —  le  —    2  avril  1687 

—  Lieutenant  de  vaisseau—      id.      —  le  —  l*' Janvier  1692 

—  Capitaine  de  frégate     —      id.      —  le  —    9  septembre  1706 

—  Capitaine  de  vaisseau  —     id.      —  le  —  17  mars  1727 
Mort  Commandant  le  Solide    —     id.      —  le  —  22  novembre  1740 
Cheyalier  de  Saint  Louis,  le 5  septembre  1706 

Sur  leFleuron,  en  février  1690  ;  —Sur  le  Hardi,en  septembre  1691  ; 
-  Sur  lePrécteuoffj  de  mars  1692  à  août  1602  ;  —  Sur  VÂrrogant,  de 
JMfier  1693  à  juillet  1693  ;  —Sur  le  Neptune,  de  mai,  1697  à  septembre 
1697; -Sur  Je  Trident,  de  mai  1698  à  décembre  1698  -,  —  Sur  leXy«, 
deaTra  llQl  à  octobre  1701  ;—  Sur  le  Fleuron,  de  mars  1702  à  no- 


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112  CASSARD 

wmbrel702  ;r-S\xrïeConquérarU,de  août  1703.àdéd«iibre  1703;  -^Sur 
la  Fortune^  de  janvier  1704  à  avril  1704  ;  —  Sur  lé  Monarç[ue,  de  inai 
1704  à  octobre  1704  ;  —  Sur  le  Nepùtme  d'octobre  1710  à  mars  171 1  ; 
-^  Sur  le  Téméraire^  de  mars  171;:^  à  mars  1714  ;  -^  Sur  le  Toulouse^ 
d'avril  1724  à  octobre  1724  et  de  mai  1727  à  août  1727  ;  —  Sur  le 
Saint-Esprit^  de  juin  1728  &  septembre  1728  ;  —  Commandant  le 
iTép/itr,:  (Croisière  devant  Tripoli  et  mission  à  Tunis),  de  janvier 
1729  à  juillet  1729;  —  Commandant  le  Solide,  de  mai  1734  à  octobre 
1734  ;  —  Commandant  le  Solide  (Escadre  de  M.  de  la  Rochalar),  du  20 
août  1740  au  22  novembre  1740,  jour  de  son  décès. 

Etats  de  ëervices  de  M.  J.  Cassard,  capitaine  de  vaisseau 
Arch.  du  Minist.  de  la  Marine. 

Cassàrd  Jacques,  capitaine  armateur. 

capitaine  de  brûlot, 24  juin  1709. 

capitaine  de  frégate,  20  janvier  1710. 

capitaine  de  vaisseau,  25  novembre  1712. 
Retiré  avec  2,400  livres  1"  décembre  1731. 
Tombé  en  démence  et  renfermé  à  Notre-Dame-des-Vertu3,  le 
7  février  1735. 

Mort  à  Ham,  le  21  janvier  1740. 
Chevalier  de  Saint-Louis,  le  28  juin  1718. 

Une  note  du  môme  dépôt  complète  ainsi  ces  renseignements: 

Sur  le  Parfait  :  février  1710,  (course)  au  l*'  août  1711. 
Sur  le  I^eptune  :  novembre  1712,  au  mai  1711. 
A  a  Cour  :  juin  1714. 
Présent  :  juin  1714 
Absent  à  Toulon  :  mai  1715. 

1717,  absent  du  port. 

1718,  id. 
Présent  à  Toulon,  1719. 

A  Marseille,  septembre  1720. 

A  Toulon,  1721. 

A  Paris,  décembre  1722. 

1723,  1724. 
Absent  1725,  1726,  1727. 

1728,  1727,  1730. 

S.   DE  LA   NiCOLUÈRE-TeIJEIRO. 


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NOTES  HISTORIQUES 

8UK 

PRIGNY  ET  LES  MOUTIERS' 


CHAPITRE  Vn. 


-^\*  cent  se  faire  que  la  plus  ancienne  église  de  Prignyail 
\     élé  celle  dédiée  à  Saint-Pierre.  Prigny  ou,  probablement, 
*-    MiWac,  était  un  fort,  un  oppidum.  Les  premiers  chrétiens 
qa\  ne  se  hasardaient  guère  à  célébrer  leur  culte  dans  l'enceinte 
des  grandes  villes,  ne  pouvaient  pas  môme  en  avoir  la  ten- 
tation dans  les  simples  Vici,  et  encore  moins  dans  les.  forte- 
resseç,  où  tout  était  consacré  aux  exigences  militaires. 

k  Nantes,  le  berceau  du  christianisme  doit  être  recherché 

à  Saint-Similien  et  du  côté  de  Saint-Donatien,  tout  à  fait  en 

dehors  de  l'ancienne  cité  nantaise,  comme  à  Angers,  il  est 

connu  que  les  premiers  fidèles  s'assemblaient  en  dehors  de 

la  cité  des  Andes,  dans  le  cœmeterium  transformé  en  place 

da  Balliemeni,  et  dans  le  lieu  de  la  Doutre,  où  se  trouvait  la 

tb9péile  Notre-Dame,  devenue  leRonceray. 

On  peut  affirmer  qu'à  Prigny  Téglise  Saint-Jean-Baptiste, 
dans  l'enceinte  même  de  la  citadelle,  a  beaucoup  moins  lieu  de 
réclamer  la  primogéniture,  que  celle  de  Saint-Pierre  qui  n'é- 
tait que  dans  le  faubourg.  Cette  dernière  avait  été  rendue 
au  culte  aussitôt  que  les  Normands  permirent  de  recommencer 
i  habiter  ce  pays,  et,  vers  Tan  1050,  elle  était  desservie  par 

Vdr  b  IrnaiiOB  dt  nov«mbre  IM9.  ^ 

t.  VI.  —  nancmu^  —  vi^  année,  !»•  uv.  «    . 


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114  .        PRIGNY  BT  LES   MÔÙTIIfiâé 

Even  qui  y  vivait  avec  ses  enfants.  Son  épouse  était-elle 
morte  ?  était-elle  entrée  dans  un  couvent  f  C'est  ce  que  nous 
ignorons»  mais  aucun  document  venu  à  notre  connaissance 
ne  la  signale  comme  existante. 

Ses  fils  ^e,  nopimaiçnt  :  HélioUjj  Tanneguy  et  Haton.  Il  est 
très  probable  que,  suivant  l'usage,  Even  appartenait  à  quelque 
famille  noble  du  pays  ;  c'est  peut  être  lui  qui  signe  en  1048 
la  donation,  faite  à  Saint-Serge,  du  prieuré  de  Chéméré  avec 
Judicaël  le   Viguier,  mari  d'Adénor.  Il  signe  'avec  Tévêque 
Budic  parce  que,  sans  doute,  il  était  un  des  intéressés.  La 
facilité  avec  laquelle  ce  prêtre  s'entendit  avec  le  môme  Judicaël 
seigneur  de  Prigny,  au  sujet  de  la  chapelle  Notre-Dame,  et 
celle  que  nous  allons  lui  voir  montrer  par  rapport  à  Saint- 
Pierre,  nous  porte  à  croire  qu'il  avait  d'autres  ressources 
pour  vivre,  que  sa  cure.  Il  est  peu  probable  qu'il  ait  dû  à  la 
science  sa  nomination  à  la  cure  de  Saint-Pierre.  Le  bon  Even 
nous  apparaît  avec  toute  la  naïveté  de  son  temps,  peu  cha- 
touilleux au  sujet  de  ses  droits,  encore  moins  pour  les  droits 
de  son  évoque. 

Disons  d'abord  qu'en  1062  les  ipoines  de  Redon  ne  possé- 
daient rien  à  Prigny.  Ce  ne  fut  môme  que  cette  année  qu'ils 
reçurent  leurs  premières  dépendances  dans  le  pays  d'Outre- 
Loire,  à  Prossay,  Marne  etc.  (Voir  cartulaire  de  Redon, 
N  charte  285).  Quiriac  signa  cette  charte  avec  ses  archidiacres 
Auvé  et  Guillaume  et  le  comte  Hoôl.  L'indiction  i&  de  cet 
acte  court  du  !•'  septembre  1061  au  1"  septembre  1062  ;  comme 
il  est  écrit  le  25  octobre  (8«  Kl.  novembre),  il  s'ensuit  que,  pour 
nous,  cette  pièce  est  de  l'an  1061,  ce  qui  confirme  ce  que  nous 
avons  dit  plus  haut  au  sujet  de  l'ordination  de  Quiriac.  Ce  pré- 
lat saisissait  cette  occasion  de  se  rendre  favorable,  les  moines 
de  Redon,  jusqu'à  ce  moment  très  prononcés  contre  lui. 

Malheureusement  le  diplôme  sur  lequel  nous  allons  établir 
la  donation  de  saint  Pierre  à  l'abbaye  de  Redon  est  incomplet. 
Nous  l'avons  extrait  du  petit  cartulaire  de  cet  abbaye  et  M.  de 
Courson  l'a  placé  63*  dans  son  appendice,  Il  commence  par  ces 
mots...  <t  Concessit  quod  inmonasterio  Sancti  Salvatoris^ ipie 


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'     PKIGNY   ET  LE»  M0ÛTISR8  41E> 

et  Hato  âlius  suus,  habitum  -  Sancti  Benedicti  suçcipierin.  » 
n  concéda  (sans  doute  Tabbé  de  Redon)  que  lut  et  son  flls 
Haton,  recevraient  l'habit  de  saint  Benoit.  »  (Lm.est  Even, 
puisque  nous  le  savons  père  d'Haton).  Voici  à  quelles  con- 
ditions cette  gracieuseté  était  faite.  «  Après  qu'il  aurait 
donné  et  concédé,  à  perpétuité,  à  Téglise  et  aux  moines  de 
Saint-Sauveur,  tout  pouvoir  sur  sa  personne,  et  qu'il  se  serait 
fait  leur  sujet,  ainsi  que  ses  flls  Helion,  Tanneguy  et  Haton, 
lequel  par  l'inspiration  divine,  quoique  le  plus  jeune,  précéda 
ses  frères  et  son  père,  et  devint  un  de  nos  moines,  en  rece- 
vant le  saint  habit  religieux.  » 

Ce  fragment  de  charte  ne  permettrait  pas  d'avancer  qu'il 
s'agit  ici  d'une  démarche  d'Even,  curé  de  Saint-Pierre,  s'il 
n'avait  une  suite  que  nous  allons  traduire. 

<«  Le  susdit  Even  et  ses  flls  réitérèrent  leur  donation,  et 
concédèrent  à  perpétuité  à  notre  église  la  possession  d'une 
église  dans  le  territoire  de  Pru«:ny  (in  territorio  pruniacensi), 
fondée  en  l'honneur  de  saint  Pierre,  en  môme  temps  que 
leur  propre  maison,  qui  était  dans  le  cimetière,  et  le  jardin 
attenant  à  cette  maison,  et  en  plus  cent  aires  de  salines  avec 
leurs  bossis.  Ces  ai.es  s'étendent  du  cimetière  à  la  mer\  Les 
susdits  personnages  nous  donnèrent  en  outre  une  chapelle 
dans  la  ville  môme  de   Prugny,  fondée   en  l'honneur  de 
saini  Jean  l'Évangéliste.  Les  témoins  de  cet  acte  furent  entre 
autres  :  Harscuide,  notre  maire  et  Tudual  de  la  Gressière.  » 
Ici  le  maire  (Major),  c'est  le  seigneur,  et  ce  seigneur,  c'est 
celui  de  Sainte-Ooix  ou  de  Machecoul,  pour  prendre  le  terme 
employé  depuis.  C'est  ce  môme  Âscoide  (aliàs  :  Harscoat)  que 
nous  avons  déjà  vii.  li  semble  qu'il  faut  en  conclure  que 
Saint-Pierre  ne  relevait  pas  du  seigneur  de  Prigny,  mais  di- 
reclement  de  celui  de  Retz.  La  famille  de  Judicaël  et  de 
Gueffier  ne  parait  aucunement  dans  cette  transaction,  à  la- 
quelle se  trouve  plutôt. môle  le  seigneur  de  la  Gressière  ;  ce 

*  €  QntB  ùre»  incipiunt  à  cimiterio  et  persévérant  usque  ad  mare.  »  Ce 
texte  nous  prouva  qa*&u  onzième  siècle  la  mer  n'était  pas  éloignée  de  Téglise, 
rar  tnt  tares  de  salines,  même  aree  lenrs  bossis,  ne  Tont  pas  loin. 


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!!•  PRIONY  ST  LS8.1iOÛ99Bll8 

qui  semble  indiquer  l'intention  bien  arrdtée  de  laisser  en 
dehors  la  famille  de  Prigny,  qui,  peut-être,  eut  facilement 
élevé  quelques  prétentions  sur  Saint-Pierre,  comme  nous 
verrons  en  effet  les  abbesses  de  Ronceray  qui  succédèrent  & 
ces  ch&telains,  en  mettre  en  avant. 

Un  habitant  du  bourg  des  Moutiers  qui  lirait  ce  diplôme  le 
croirait  volontiers  de  date  récente,  avec  ces  noms  d'aires,  de 
salines  et  de  bossis. 

Les  salines  sont  connues  de  tout  le  monde,  avec  leurs 
compartiments  qui  sont  ici  nommés  des  aires,  et  souvent, 
depuis  quelque  temps,  des  œillets,  mais  les  bossis  le  sont 
moins .  Il  faut  en  avoir  vu  pour  s'en  rendre  compte.  Que  l'on 
se  figure  des  marais  coupés  très  irrégulièrement  par  de 
larges  fossés.  Les  bossis  en  sont  les  talus,  mais  avec  des 
proportions  qui  s'étendent  &  huit  ou  dix  mètres  et  plus, 
formant  des  carrés  ou  des  ellipses  plus  ou  moins  corrects. 
Chaque  année  le  curage  des  fossés  rejeté  sur  le  bossis  le 
hausse  et  l'élargit.  On  sème  sur  ce  monticule;  du  blé,  des 
fèves  et  autres  récoltes  qui  peuvent  supporter  les  brises  de 
rOcéan  et  les  rayons  d'un  soleil  sans  écran,  et  le  sol  imprégné 
d'eau  de  mer,  récoltes  moins  exigeantes  que  les  arbres,  car 
ce  pays  n'en  admet  pas.  Pour  obtenir  un  peu  de  verdure,  on 
la  demande,  de  nos  jours,  au  tamarin  et  autres  arbustes  à 
feuilles  persistantes . 

Puisque  nous  avons  parlé  de  salines,  et  que  le  texte  .repro- 
duit par  nous  fait  voir  que  l'industrie  et  le  commerce  An  sel 
était  un  des  principaux  moyen  de  vivre  du  pays  des  Moutiers, 
nous  allons  dire  ce  que  nous  savons  sur  sa  fabrication.  L'eau 
de  la  mer,  avant  d'être  reçue  dans  les  œillets,  a  besoin  de 
chauffer;  on  IdiTeçoii  donc  dans  un  premier  espace  nommé 
méiière,  et  on  l'y  relient  au  moyen  de  digues,  pour  qu'elle  ne 
suive  pas  la  marée  basse,  et  aussi  que  la  marée  haute  ne 
vienne  pas  rafraîchir  Teau  de  la  métière,  par  xm  nouveau 
contingent  prématuré.  Cette  eau  de  la  métière,  lorsqu'elle  est 
dans  les  conditions  voulue,  est  introduite  dans  un  bassin 
nommé  préxinte,  qui  entoure  le  marais  salant.  C'est  delà 


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naoNT  «T  LtS  MOfiniAS  117 

préxinte  qu'elle  entre  dans  les  œillets,  où  en  s*éyaporant,  elle 
dépose  des  cmianx  de  sel.  Le  droit  d'alimentation  des 
métières  auxétiers,  par  des  canaux,  se  nomme  vivre$.  Le  sel 
est  entassé  dans  un  espace  spécial  dit  :  le  iesselier  ou  Uuselier. 

Les  moines  de  Redon  ne  s'en  tinrent  pas  à  l'accord  que  . 
nous  venons  de  rapporter.  «  Il  arriva,  nous  apprennent-ils, 
que  les  fils  du  prêtre  Even;  Héïîon  et  Tanneguy,  pris  d'un 
zèle  divin,  vinrent  trouver  le  susdit  abbé  dans  la  ville  de 
Nantes^  au  logis  de  Main,  fils  d'Almol,  et,  comme  l'avait  fait 
leur  p&re,  de  leur  propre  gré,  ils  se  donnèrent,  avec 
leurs  biens,  à  l'abbé  Almode  de  Saint-Sauveur.  >  Cet  abbé 
gouverna  l'abbaye  de  Redon  de  1062  à  1074,  et  nous  voyons 
que  c'est  au  môme  Almode  qu'Even  avait  fait  sa  donation. 

Le  curé  des  Mouti^^rs  avait  déjà  suivi  son  jeune  flis  Haton, 
au  monastère  de  Saint-Sauveur,  et  l'aîné,  Hélion,  lui  avait 
succédé  comme  curé  de  St-Pierre.  Ce  nouveau  titulaire  était, 
comme  son  père,  pourvu  d'une  progfoiture.  Il  destinait  le 
plus  jeune  de  ses  fils,  Simon,  à  la  vie  monastique  et  le 
présenta  à  l'abbé  Almode.  II  eut  pour  témoin  de  cette 
démarche  :  le  vicomte  Judicaôl,  fils  de  DroalloI  ;  le  moine 
Gamier  ;  Justin ,  alors  laïc,  mais  plus  tard  élu  abbé  de  Redon 
«  et  notre  maire  Hàrcuid,  »  dit  le  moine  rédacteur. 

Ce  DroalloI,  dont  il  est  ici  fait  mention,  était  fils  de  Frédor, 
vicomte  du  Migron.  Le  moine  Qarnier  est  probablement  le 
premier  prieur  des  Moutiers.  Justin  qui  devint  abbé  de  Redon 
était  peut-être  de  la  famille  de  Retz,  où  son  nom,  qui  est  le 
méoie  que  Gestio,  était  très  fréquent. 

Le  curé  Hélion  eut,  à  son  tour,  le  goût  de  se  faire 
moine,  Jes  religieux  de  Redon  ne  pouvaient  voir  ce  des** 
sein  d'un  mauvais  œil.  Voici  comment  ils  nous  racontent 
ce  fait  :  «  Quelque  temps  après,  Hélion  reçut  l'habit  de  moine 
dans  notre  abbaye,  et  remplit  ainsi  sa  promesse,  tandis  que 
Tanneguy  persévéra  encore  quelque  temps  dans  sa  malice. 
Bufln,  après  des  avances  de  fonds,  à  lui  faites  par  les  moines 
de  Saint-Sauveur  il  se  livra  lui-même,  son  épouse  et  son  fils,  à 
Qoas.  Cela  ne  l'empêcha  pas,  dans  la  suite,  malgré  nos  récla- 


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mations,  d'apostasier  furtiTement.  Il  fut  alors  tonsuré  par 
les  moines  de  Vertou.  »  On  voit  que  Tapostasie  n'était  que 
relative;  les  moines  de  Vertou  trouvaient  au  contraire 
qu'il  était  dans  le  giron  de  leur  religion;  mais  le  rédacteur 
ne  ménage  pas  les  termes,  il  fallait,  d'après  lui  être  bien 
pervers  pour  préférer  le  couvent  de  Vertou  à  celui  de  Saint- 
Sauveur.  «  Cependant,  ajoute  le  narrateur,  plus  tard,  Tan- 
neguy  se  rappela  qu'il  avait  foulé  aux  pieds  sa  première 
profession  à  Saint-Sauveur,  et,  touché  de  repentir,  il  revint 
à  notre  église  et  s'y  donna  de  nouveau,  avec  tous  ses  biens, 
à  l'abbé  Justin  et  à  nous,  près  desquels,  il  finit  ses  jours  et 
reposa  dans  le  Christ....  témoins,  entre  beaucoup  d'autres; 
Bernard  fils  d'Harcuîd  et  Roger  fils  de  Dermonne.  » 
.  Cette  notice  curieuse  se  termine  par  un  passage  dont  il 
ne  nous  reste  ^^ue  quelques  mots  sans  suite.  «  Après  qu'il  se 
fut  écoulé  bien  du  temps. . .  pendant  que  Simon  filsd'Hélion, 
son  frère  Harvoide  et  Judicaël.fils  de  Tanneguy. .  •  Les  sus- 
dittes choses...  >  Malheureusement,  le  reste  manque  et  ces 
quelques  mots  n'ont  guère  que  l'avantage  de  nous  révéler  le 
nom  du  frère  de  Simon,  Harvoide  fut  peuûôtre  curé  deSaintr 
Pierre  après  son  père  Hélion. 

Nous  venons  de  voir  un  exemple  de  ce-  qup  nous  avons 
avancé,  comme  explication,  de  ces  successions  de  curés,  de 
père-en  fils.  Lorsque  Tanneguy  voulut  entrer  en  religion,  il 
mit  sa  femme  au  couvent.  Quant  au  jeune  Judicaël,  élevé  à 
'Redon,  sans  doute,  on  le  dirigea  vers  la  vie  religieuse;  mais, 
quoiqu'en  aient  dit  les  moines  de  cette  époque,  il  était  bien 
libre  d'embrasser  cette  voie  ou  d'en  prendre  une  autre,  H 
avait  sur  ce  point  des  modèles  très  nombreux. 

Ce  qui  appuie  notre  opinion  qu'Harvoide  fut  curé  de  Saint- 
Pierre,  c'est  que,  lors  du  passage  de  révoque  Benoit  (de 
i079àlll4j  au  monastère  de  Notre-Dame  de  Prigny,  il  se 
trouvait  parmi  les  assistants  un  prêtre  de  ce  nom. 

Harvoide  profitait  du  passage  àe  Tévêque  de  Nantes  pour 
irestituer  à  l'abbaye  de  Redon  des  biens  situés  à  Frossay, 
Châùvé  et' Arthon.- Le  prélat  était  entouré  d'un  nombreux 


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PRIGNY   ET   LES  MOÛTIEïlS  110 

cortège  d'ecclésiastiques  et  de  laïcs.  Parmi  les  premiers  : 
Varchidiacre  Rivallon  ;  les  doyens  Mainfride  et  Thibaud  ; 
Justin,  abbé  de  Redon  (1092-1104).  Parmi  les  seconds:  Guef- 
fier  de  Prigny  et  ses  chevaliers,  Bocell  et  Karbonell  le  Vi- 
guier;  en  outre,  les  religieuses  Adénor,  Amabile  et  Ameline. 
La  date  est  du  17  juillet  1104.  —  Lune  10%  férié  5%  épacte  11% 
indiction  3^,  sous  le  pape  Pascal,  leroi  Philippe,  les  comtes 
de  Bretagne  Alain  et  Mathias.  —  Or,  Tindiction  3*  va  du  1" 
septembre  1094  au  1^' septembre  1096.  L'an.  1104  correspond 
àî'indiction  12«.  Est-ce  le  quantième  de  Tannée  qui  est  faux, 

est-ce  rindiction? ; 

Comme  le  pape  Pascal  II,  ici  nomméPascase,  ne  fut  nommé 
qu'en  1099,  qu^  nous  savons  d*un  autre  côté  que  Tabbé  Jus- 
tin et  le  comte  Mathias  moururent  en  1104  ;  il  faut  chercher 
la  vraie  date  entre  1099  et  1104,  probablement  il  faut  môme 
retenir  l'année  1104,  un  copiste  a  pu  changer  XII  en  III. 

Il  résulte  de  tout  ce  qui  précède  que  le  curé  de  Saint-Pierre 
du  ftitubourg  de  Prigny,  aujourd'hui  connu  sous  le  nom  de 
Bourg  des  Moutiers,  en  se  donnant  &  l'abbaye  de  Redon, 
crut  aussi  pouvoir  donner  à  ce  monastère  l'église  de  Saint- 
Pierre  qu'il  desservait.  Comme  cet  ecclésiastique  était  riche 
et  possédait  dans  les  environs  d'assez  vastes  dépendances, 
il  les  donna  toutes  à  Saint-Sauveur.,  Sies  OU  on  firent  autant, 
et  ce  sont  les  biens  de  cette  famille,  qui  ont.  formé  le  gros  du 
temporel  du  Prieuré  des  moines  de  Redoq,  aux  Moutiers. 
Nous  sommes  convaincu  que  le  bon  Even  o'avait  pas  hésité 
à  confondre  la  cure  et  ses  biens,  avec  son  propre  patrimoine, 
et  que  révoque  Quiriac,  eut  au  sujet  de  Saint-Pierre  des  ré- 
damations  à  faire  dans  le  genre  de  celles  qu'il  fit^pour  le 
prieuré  de  Notre-Dame.  Mais  il  dut  être  beaucoup  plus  em- 
barrassé alors,  grâce  aux  égards  qu*il  jugeait  à  propos  d'avoir 
pour  les  moines  de  Saint-Sauveur  de  Redon.  Nous  essaierons 
plus  tard  de  démêler  ce  q\ii  dut  se  passer  pour  cette  affaire, 
Vouten  établissant  qu'il  y  eut,  dès  ce  moment,  une  cure  Saint- 
Pierre  et  un  prieuréde  Saint-Pierre,  les  deux  desservis  dans  la 
môffle•^Jisa,^  peut-être  môme,  dans  las  premiers  temps,  les 


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120  PRIONY  ET  LES   MOÛTUSRS 

moines  du  prieuré  furent-ils  les  desservants  de  la  cure?  En 
tout  cas,  ce  partage  ne  dut  pas  plaire  aux  moines  de  Redon, 
qui  n*entretinrent  pas  longtemps  des  religieux  au  bourg  des 
Mouliers.  Cependant,  il  y  en  eut  pendant  un  certain  temps, 
et  ce  fut  ce  rapprochement  des  deux  prieurés,  de  Notre-Dame 
et  de  Saint-Pierre  qui  fit  donner  au  faubourg  de  Prigny  le 
nom  de  Bourg  des  Moutiers,  sous  lequel  il  fut  connu  depuis. 
Resterait  bien  une  question,  celle  que  nous  avons  laissé  en- 
trevoir! Le  domaine  affecté  aux  moines  de  Redon  ne  relevait 
pas  des  seigneurs  de  Prigny,  il  pourrait  s'ensuivre  que  le 
fief  de  Prigny,  et  par  conséquent  le  faubourg  de  ce  nom,  se 
terminait  à  Tenceinte  du  prieuré  de  Notre-Dame,  autrement 
dit  h  la  rue  principale  actuelle,  celle  qui  passe  devant  la 
grande  porte  de  Saint-Pierre.  Alors,  il  faudrait  prendre  le 
prieuré,  et  surtout  ses  dépendances,  dans  la  direction  de 
la  Sennetière.  Les  Prés  des  Bosses,  ainsi  que  la  Traite  des 
Bosses^  noms  qui  se  sont  conservés  jusqu'ici,  et  rappelleraient 
les  bossis  données  par  le  curé  Even  aux  moines  de  Redon. 
Gela  ne  nous  étonnerait  pas  ;  l'antiquité  se  respire  à  pleins 
poumons  à  Prigny  et  aux  Moutiers^  pour  quiconque  en  a  le 
flair.  Cela  nous  rappelle  que,  la  première  fois  que  nous  al- 
lâmes aux  Moutiers,  mort  de  faim,  après  une  excursion  qui 
avait  été  notre  but  principal,  il  fallut  bien  songer  aux  condi- 
tions ordinaires  de  l'humanité,  et  chercher  une   réfection 
chez  les  indigènes.  Un  peu  au-dessus  de  l'église,  pendait  une 
enseigne  ;  nous  entrons.  Que  fut  le  dîner?  Dieu  le  sait,  mais 
le  maître  d'hôtel  fut  surtout  de  notre  goût.  Il  est  mort  depuis, 
mais  quel  plaisir  il  nous  fit.  Enthousiaste  de  son  pays^  il  ne 
parlait  de  Prigny  qu'avec  la  conviction  la  plus  entière,  on 
sentait  qu'il  résumait  toutes  ses  antiques  grandeurs  dans  ces 
mots  :  «  Prigny  était  autrefois  une  grande  ville.  »  Toutes  les 
veillées  des  chaumières  depuis  le  dixième  siècle  étaient  là. 
Que  n'a-t-on  laissé  ces  braves  gens  à  leurs  légendes,  au- 
jourd'hui la  vérité  s'en  échapperait  beaucoup  plus  facilement 
que  des  fables  de  l'Egypte  et  de  la  Orèce. 

(Là  iuUe  prôùhmnêmeni.J  Abb^  ÀLi«Àmo. 


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LES    VITREENS 


ET 


LE  COMMERCE  INTERNATIONAL 
(SuiUJ 


APRÈS  force  labeurs  virilement  entrepris  et  prudemment 
conduits  à  bonne  fin,  toujours  confiants  en  leur  étoile, 
Stella  duce,  nos  Vitréens  reprenaient  le  chemin  de  Bre- 
tagne. Avec  quelle  joie  ils  étaient  accueillis  !  Sitôt  que  les  na- 
vires bretons  entraient  en  rade  de  Sainl-Malo,  un  exprès 
courait  àVitré  porter  l'heureuse  nouvelle.  Pour  récompenser  sa 
promptitude,  le  prévost  de  TAnnonciation  tirait  de  son  coiTre 
quelque  bonne  monnaie  et  notait  sur  son  registre  un  retour  si 
intéressant  pour  la  cité  et  le  pays  environnant*;  car  enfin,  avec 
les  ducats  de  Flandre,  on  achèterait  de  nouvelles  toiles,  les  la- 
boureurs écouleraient  leurs  chanvres  et  le  tisserand  sûr  de  ne 
pas  chômer,  lancerait  joyeusement  sa  navette.  De  leur  côté, 
nos  marchands,  accommodés  de  beaux   profits,  vont  faire 
construire  de  solides  et  curieuses  demeures,  si  solides  qu'au 
bout  de  quatre  siècles  elles  auront  encore  la  vie  dure  :  cu- 
rieuses, par  leur  variété,  leur  relief  et,  comme  telles,  destinées 
à  faire  les  délices  des  archéologues  et  des  artistes  de  tous  les 
pays. 

Ces  gens  du  quinzième  et  du  seizième  siècle  savent  s'unir. 
Nous  l'avons  prouvé  ;  mais  comme  ils  sont,  en  même  temps, 

*  Extrait  du  compte  d'André  Le  ttoyer,  prévost  pour  rannée  1476-77. 
T.    VX.    NOTICBS.   —    VI*   ANNÉE,    1"   UV.  9 


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122  LES   VITRÊENS 

libres  d'allures  et  jaloux  d'accuser  fortement  leur  individua- 
lité. Regardez  leurs  logis.  Ici,  vous  trouverez  les  porches,    les 
auvents,    les    encorbellements  à  moulures   profondes,     les 
pignons  aigus  ;  là,  les  tourelles  rondes  ou  carrées,  ou    poly- 
gonales, coiffées  en  pyramides  ou  en  poivrières.  Voici  ailleurs 
les  épais  montants  de  bois  et  autres  pièces  d'assemblagre  tout 
couverts  d'imbrications  et  terminées  par  des  figures  humaines 
pleines  de  mouvement  et  d'expression*.  Celui-ci  a  fait  sculpter 
sur  les  poutres  d'une  façade  ce  souhait  de  bonheur  :  «  Pcuc 
huic  domui  et  habitantibus  in  eê?  ;  »  celui-là  a  voulu,  sur    le 
linteau  de  sa  porte,  sa  marque  de  marchand  d'outre-mer  ;  cet 
autre  placera  dans  un  gracieux  abri  la  statue  de  sa  dame  et 
constante  protectrice,  la  douce  Vierge  Marie*. 

Donc,  quand  fleurit  le  commerce  international^  tout  prospère 
à  Vitré.  Si  c'est  chose  avérée,  demandez-le  aux  plombiers  qui 
martèlent  et  soudent  ces  élégants  épis  pour  couronner  lucarnes 
et  tourelles,  ces  fantastiques  gargouilles  pour  terminer  les 
larges  cheneaux*.  Interrogez  encore  ces  ymaigiers*  évidant 


*  Maison  située  rue  Baudrairie,  portant  le  n®  23. 

>  Maison  sise  dans  la  me  de  la  Porte-d*en-bas. 

s  Voir  dans  la  rue  Saint^Louis,  autrefois,  rue  du  Vieil-Bourg,  Phdtel  portant 
le  n*  29.  Il  était,  en  1850,  la  propriété  de  Charles  Hardy  de  Beauvais,  ancien 
maire  de  la  ville  de  Vitré. 

*  Ces  gargouilles  sont  citées  et  dessinées  dans  le  Dictionnaire  d'architecture 
de  VioUet-le-Duc.  L*hôtel  qu'elles  décorent  se  volt  rue  Notre-Dame,  n»  13.  U 
était  également,  la  propriété  des  Hardy  et  fut  vendu  par  eux  à.  leur  parente 
M^is  du  Velaer,  qui  le  donna  aux  sœurs  de  Charité. 

'  Plusieurs  de  ces  artistes  sont  nommés  dans  les  registres  p.  ^.ssiaux. 
Entre  tous,  nous  distinguerons  les  Bonnecamp,  vraie  dynastie  de  sculpteurs 
et  de  peintres.  André  Bonnecamp,  ymagier,  décédé  à  Vitré  en  1615.  H  eut 
de  Jacquine  Coullon  :  André  —  Mathurin  —  Nicolas  —  Gillette  —  Anne  — 
Jeanne  —  Jacquinne— Jean—  Perrine—  Guyonne  —  Thiennette  Hs  ont,  pour 
parrains  et  marraines,  les  Guillaudeu,  Becheu,le  Moyne.de  Gennes,Chevallerie. 
L*un  deux,  Mathurin,  né  le  22  juin  1590,  fut  employé  à  la  décoration  du 
grand  autel  de  Notre-Dame  dont  la  première  pierre  fut  placée  Tan  1625,  par 
noble  Isaac  Hay,  seigneur  de  la  Goderie.  Le  même  Mathurin  fut  mandé  à 
Nantes  pour  faire  le  portrait  d'André  Dubot,  maire  de  cette  ville.  (Livre  doré 
de  la  ville  de  Nantes.)  Bonnecamp  quitta  Vitré  pour  Le  Mans,  où  il  peignit 


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ET  LE   COMMERCE   INTERNATIONAL  123 

avec  tant  d'art  portes,  bahuts,  dressoirs,  et  ceux  qui  décou- 
pent, fleuronnent  et  cisèlent  le  fer.  Ils  y  mettent  le  temps, 
mais  en  revanche,  quels  travaux  soldés  !  Jugez-en  par  cette 
description  ;  Elle  n'est  pas  de  nous  et  n'en  vaut  que  mieux  : 
«  Dans  la  rue  Poterie,  celle  de  tout  Vitré  où  la  physionomie 
dumuyen-âge  s'accuse  davantage,   la  maison  n°  30  recelait 
naguère  un  vrai  trésor  :  une  admirable  cheminée  en  pierre 
finement  sculptée.  Au  centre  du  vaste  manteau,  un  écusson 
entouré  d'une   guirlande  de  feuillages  soutenue  par  deux 
femmes  ou  plutôt  par  deux  génies  ailés.  De  chaque  côté,  deux 
bustes  en  haut  relief  représentant  le  maître  du  logis,  Lucas 
Royeret  sa  femme,  Françoise  Gouverneur  dont  les  noms  sont 
écrits  au-dessous  de  chaque  médaillon  ;  au-dessus,  une  cor- 
niche puis  une  frise  portée  par  des  cariatides.  Au  milieu  de 
la  corniche,  cette  inscription  :  «  Pax  huic  domui.  » 

Cette  cheminée  ornait  une  grande  salle  très  haute  d'étage 
et  éclairée  au  levant  par  deux  larges  fenêtres  garnies  de  pan- 
neaux en  verre  blanc,  au  milieu  desquels  se  détachaient  de 
petits  compartiments  coloriés,  véritables  miniatures  repré- 
sentant de  fraîches  perspectives. 

Lucas  Royer,  et  Françoise  Gouverneur  appartenaient  à  de 
vieilles  et  notables  familles  vitréennes  qui,  durant  les  quin- 
zième et  seizième  siècles,  avaient  fourni  plusieurs  prévosts  à 


°^nts  tableaux.  (Rev,  Arch,  du  Maine,  t.  xviii,  p.  70),  art. signé  :  Trioir) 

«  Le  sieur  Bonnecamps  s'auctorise 
Dédire  que  Dieu    faTorîse 
Notre  humanité  fragile, 
Et  qu'il  veut   en  Part   de   peinture 
Et  le  sieur  Oyau   par  sculpture 
Crayonner  son    humanité.  » 

.    3onnecamp,  médecin  à  Vannes,  publia  à  Vannes,  chez  OuiUaume  Le 

imprimeur  des  RR.  PP.  Jésuites,  un  livre  de  sonnets  sur  les  princi- 

mvstères  de  la  naissance,   de  la  vie,  de  la  mort  et  de  la  résurrection 

r  Fils  de  Dieu*   (Voir  Rev,  de  Bret,  aifnée   1885,  art.    signé  :   A.  db  la 


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124  LES   VITRÉKNS 

la  confrérie  des  marchands  d'outre-mer*.  A  voir  cette  façon 
d'orner  leur  intérieur,  on  peut  présumer  qu'eux  aussi  avaient 
dans  leurs  bahuts  historiés,  joyaux,  fourrures,  robes  de 
velours,  pourpoincts  de  toiles  d'or  et  d'argent,  et  Ton  songe 
tout  naturellement  au  plaisant  propos  prêté  au  bon  Henri 
entrant  à  Notre-Dame  le  16  may  1598,  escorté  d'une  foule  de 
ces  Vitréens  superbement  accoustrés  et  de  mine  quelque  peu 
glorieuse  :  «  Ventre-saint-Gris^  si  je  n'étais  Roi  de  France,  je 
voudrais  être  bourgeois  de  Vitré.  » 

Mais  ce  sont  là  choses  et  gens  du  seizième  siècle,  entrons 
chez  un  marchand  du  quinzième.  11  a,  près  notre-Dame', 
pignon  sur  rue  Le  rez-de-chaussée  de  sa  demeure  comprend 
uniquement  l'appartement  où  il  trafique  et  une  porte  ouverte 
sur  un  sombre  corridor  que  nous  enfilerons,  s'il  vous  plaît.  A 
son  extrémité,  nous  passons  sous  un  escalier  de  bois  déve- 
loppé en  spirale  et  nous  voici  en  pleine  lumière,  dans  une 
sorte  d'atrium  où  s'entassent,  d'une  part,  les  toiles  destinées 
à  l'exportation  ;  d'autre  part,  les  retours  de  Flandre  ou 
d'Espagne  :  c'est  l'entrepôt.  Il  est  compris  entre  les  apparte- 
ments donnant  au  nord  sur  la  rue  et  un  corps  de  logis  dont 
vous  admirerez  les  grès  soigneusement  échantillonnés  ;  la 
porte  aux  montants  garnis  de  nervures,  à  l'arc  Tudor,  orné  de 
feuillages  habilement  découpés  et  contournés'.  Avant  d'en 
franchir  le  seuil,  faites  volte-face  :  l'escalier  sous  lequel  nous 
passions  tout-à-l'heure  vous   apparaîtra  avec  ses  courbes 

«  Cinq  Le  Royer  furent  prévosts  de  la  confrérie  des  marchands  d*outre-mer 
savoir  :  André  dont  nous  avons  cité  le  compte  ,  Jehan,  autre  André, 
Jehan  lesOurmeaulx,  autre  Jean  ;  ce  dernier  avait  succédé  à  Gilles  Besnardai 
BiUonnière  (1635)  et  eut  pour  successeur  Alphonse  Le  Corvaisier  des  Echelles, 
^ehan  Le  Gouverneur  pour  Tannée  1523,  Pierre  Le  Gouverneur  pour  1543. 
Richard  Le  Gouverneur  pour  1553,  furent  également  prévosts  de  ladite  con- 
frérie. La  belle  cheminée  des  Le  Royer  et  Gouverneur  ne  se  voit  plus  à  Vitré, 
elle  est  la  propriété  d*un  amateur  de  Laval.  M.  de  la  Broise,  croyons-nous. 

3  EUe  porte  le  n*  7.  La  façade  de  cette  maison  a  été  reconstruite  et  n*offre 
plus  d*intérét. 

t  On  peut  encore  admirer  cette  beUe  porte.  Son  archivolte,  dit  M.  Tabbé 
Paris-Jallobert,  offre  la  tentation  d'Adam  et  d'Eve.  (Excursion  archéologique 
du  Congrès  dans  le  ville  de  Vitré,  1876. 


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ET  LE  COMMERCE  INTERNATIONAL  125 

élégantes,  sa  rampe  à  pans  coupés,  ses  sveltes  supports,  son 
emmarchement  dissimulé  par  des  panneaux  fouillés  où  les 
ceps  de  vignes  chargés  de  leurs  grappes^  les  feuilles  de 
chardon  s*enrouIent,  s^étalent  et  accompagnent  Técusson  qui 
porte  la  marque  du  maître*.  Montant  ou  descendant  cet 
escalier,  celui-ci  pouvait,  d'un  coup  d'œil,  embrasser  tout  ce 
qui  se  passait  dans  l'entrepôt  et  donner  des  ordres  en  consé- 
quence. Il  pouvait  encore  mieux  exercer  sa  surveillance  du 
haut  des  paliers  établis  le  long  des  parois  est  et  ouest,  véri- 
tables galeries  dont  les  appuis-main  portaient  soit  sur  des 
balustres,  soit  sur  des  panneaux  couverts  par  le  sculpteur 
d'étoffes  gracieusement  pliées  et  repliées*.  N'est-ce  pas  le  lieu 
ou  jamais  de  répondre  à  ces  deux  questions  :  Aux  époques  de 
prospérité  quelles  quantités  de  toiles  pouvaient,  chaque  année, 
sortir  d'un  pareil  entrepôt  ?  A  quel  chiffre  s'élevait  annuelle- 
ment le  total  de  l'exportation  vitréenne?Il  doit  vous  souvenir, 
lecteur,  que  les  prévostsde  la  confrérie  des  marchands 
d'outre-mer  percevaient,  sur  chaque  fardeau  de  toile  expédié 
en  pays  étranger,  certaine  somme  de  deniers.  Partant,  pour 
opérer  leur  recette,  ils  se  trouvaient  obligés  de  noter  exacte- 
ment les  charges  exportées  par  chacun  des  confrères.  Ouvrons 
donc  leur  livre  de  comptes,  assurés  que  nous  sommes  d'y 
puiser  les  renseignements  qui  nous  intéressent.  Pour  un 
motif  personnel  parfaitement  avouable,  nous  choisirons  le 
compte  d'un  marchand  entré  dans  la  confrérie  l'an  1573.  Ils 
étaient  nombreux  les  aggrégés  de  cette  année  ;  voici  leurs 
noms.  C'est  une  longue  nomenclature  qu'il  faut  subir  pour  se 
figurer  l'empressement  des  Vitréens  à  devenir  membres  delà 
dévote  association.  Vous  mettrez  à  l'écouter,  lecteur,  votre 
coutumière  bonne  grâce. 


f  Les  débris  de  cet  escalier  se  Toient  au  musée  archéologique  de  la  ville  de 

Vitré.  Il  a  été  dessiné  à  diverses  reprises  et  reproduit  dans  plusieurs  Revues. 

>  Ces  panneaux  sont  en  partie  conservés  au  musée  archéologique  de  Vitré. 

L'entrepôt  dont  nous  parlons  a  disparu.  l\  est  remplacé  par  une  cour  inté- 

îienre. 


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126  LES  VITRÉENS 

Jean  Nouail,  étant  prévost,  furent  reçus  et  enregistrés  au 
dit  an  1573  :  Guy  Geffrard*  —  René  Morel  —  Pierre  Guillandeu 

—  Michel  Nouail  —  René  Marays  —  Guillaume  de  Gennes* 

—  Jean  Le  Moyne  Breardière  —  Michel  Le  Moyne  —  Ploridas 
Le  Moyne  —  Jean  Geffrard  —  Jacques  Guy  —  Marceau  Ron- 
ceray  —  Pierre  Clyneau*  —  Jean  Le  Royer  —  Pierre  Prain  et 
femme*  — Etienne  Lambaré  et  femme*  —  Joachim  Le  Gocq  et 
femme  — ■  Jeati  Herauldière  et  femme  —  Georges  Seré*  et 
femme  --  François  Billon  et  femme'  —  Guion  Le  Couvreulx 
et  femme  —  Jiilian  de  Gennes  et  femme  —  Mathurin  Ronce- 
ray  et  femme  —  Julian  Le  Gocq  et  femme  — Pierre  Ribretière  - 
et  femme  —  Jacques  Jolais  et  femme. 

*  Guy  Geffrard  de  LentiUere,  Tun  des  principaux  ligueurs  de  Vitré  ran- 
çonnés par  Montmartin  en  1574  (voir  dans  le  Jowmal  historique  de  VUré^ 
p.  35.  Prise  de  Vitré  par  les  huguenots). 

*  Guillaume  de  Gennes  de  la  Cordionnais,  fils  de  Guillaume  et  de  Gilette 
Le  Gouverneur.  Il  avait  épousé  Jeanne  Nouail.  U  est  actuellement  repré- 
senté par  M.  Félix  de  Gennes,  maire  de  la  Chapelle-Erbrée,  près  Vitré. 

«  Pierre  Clyneau,  sieur  de  Droigné.fut  Prévost  de  la  confrérie  pour  Tannée 
1598  et  député  aux  Etats  de  Bretagne  tenus  à  Rennes  en  1595.  Sa  fille  Mathu- 
rine  Clyneau,  épousa  Estienne  Frain  de  la  Poultière. 

*  Pierre  Frain  de  la  Poultière,  mari  de  Julienne  Lambaré  etpèred*Etienne« 
fut  chassé  de  Vitré  par  les  huguenots  en  1589,  s'en  fut  à  Rennes  demander  du 
secours,  et  obtint  une  sauvegarde  du  duc  de  Mercœur  en  1597.  Il  est  de  nos 
jours  représenté  h  Vitré  par  M.  Edouard-Paul-Joseph  Frain  de  la  Gaulayrie. 

*  Etienne  Lambaré,  beau-frère  de  Pierre  Frain,  fit  société  de  commerce  avec 
son  gendre  Michel  Le  Bigot  de  Montlevrier.  Il  compte,  parmi  ses  petites* 
filles,  Jeanne-Marie  Guillaudeu  de  laLouvelais,  mariée  au  Président  de  Langle 
représenté  de  nos  jours  par  le  comte  Augustin  et  le  vicomte  Alphonse  de 
Langle.  (Voir  Mémoire  généalogique,  p.  40  et  dans  nos  tableaux  généalogi- 
ques en  cours  de  publication,  le  tableau  VI.) 

*  Marié  à  Jeanne  Le  Clavier;  de  lui  descendent  les  Seré  de  Lorviniere,  du 
Mesnil  et  de  la  Fleuryais,  de  la  Pasquerie,  de  la  Villemartere  et  de  Rieux. 
La  branche  de  Lorviniere  s'est  fondue  dans  de  Robien,  de  Guehenneuc  de 
Boishue,  Le  Noir  de  Garlan.  La  branche  de  la  Fleuryais,  du  Mesnil  et  du  Teil 
8*est  alliée  aux  Charil,  Frain,  de  Gennes,  Malherbe,  Langle  de  la  Gail- 
lardière,  de  la  Porte,  etc.  Elle  est  représentée  dans  le  Finistère  par  M.  Vin- 
cent Seré,  arrière  petit-fils  de  Gilles-Joseph  Seré,  marié  èi  d»«  de  Crec'herault. 
Les  Pasquerie  de  la  Villemarterre  et  de  Rieux  se  fixèrent  à  St-Malo  et  ont 
produit  J.  Seré,  maître  aux  Comptes,  des  secrétaires  du  Roi,  un  Conseiller  au 
Parlement  de  Paris,  un  lieutenant  aux  gardes  françaises,  un  mestre  de  camp 
de  cavalerie,  un  chevalier  de  St-Louis,  etc. 

'  François  Billon  avait  épousé  Etiennette  Séré,  sœur  de  Georges. 


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150  fardeaux 

45.000 

id. 

62      id. 

18.600 

id. 

50      id. 

15.000 

id. 

90      id. 

27.000 

id. 

120      id. 

Ses 

36.000 
156.400  a 

id. 

innei 

KT  LE  COMMERCE  INTERNATIONAL  127 

Eh  bien,ran  de  ces  dévots  et  entreprenants  expédie,  en  1575, 
quarante-six  fardeaux,  à  trois  cents  aunes  le  fardeau, 
soit 13.800  aunes. 

En  1577 

En  1578 

En  1579 

En  1580 

En  1586 


Soit  une  moyenne  annuelle  de  vingt-cinq  mille  neuf  cents 
aunes. 

Du  particulier,  passons  au  général,  et  cédons  la  parole  à  qui 
de  droit.  De  1570  à  1575,  écrit  M.  de  la  Borderie,  la  moyenne 
annuelle  de  l'exportation  vilréenne  est  de  sept  cent  vingt-trois 
xnillesix  cent  soixante-deux  aunes;  de  1575  à  1580,  elle  monte 
A  un  million  cent  cinquante-deux  mille  huit  cent  quatre-vingt- 
dix  aunes.  Pour  l'année  1586  seulement,  elle  atteint  un  million 
cinq  cent  quarante-cinq  mille  quatre  cents  aunes* . 

Il  s^agirait  maintenant  de  savoir  le  prix  de  Taune  à  Vitré. 
Là-dessus,  faute  de  documents,  nous  serons  muet  ;  mais  à 
l'aide  d'un  compte  rédigé  en  langue  espagnole  vers  la  fin  du 
XVI'  siècle,  nous  essaierons  de  déterminer  le  prix  de  vente 
en  pays  étranger. 

«  Diesy  seis  varasde  Vitré,  a  60  maravedis  la  vara  monta 
28  reaies.  » 

Cinq  pieds  cinq  pouces,  six  lignes  faisaient  la  vare.  L'aune 
de  Bretagne  étant  de  50  pouces  ;  16  vares  représentaient  vingt 
aunes  et  quelques  lignes.  Les  vingt-huit  réaux  comptés  pour 
prix  des  16  vares  de  Vitré  sont  réaux  de  vellon*. 

*  Le  Calritu'sme  à  Vitré,  chapitre  X.  Influence  du  mouvement  calviniste 
sur  la  prospérité  de  ]a  ville  de  Vitré. 

*  Reale  de  vellon.  Ce  n'est  en  Espagne  qu'une  monnaie  de  compte  comme 
en  France  ia  livre  ou  le  franc.  Il  faut  quinze  réaies  de  vellon  pour  faire  la 
piutre  de  Plata  ou  d'argent,  en  sorte  que  la  piastre  étant  à  soixante  sols  de 
France  ia  rëaJe  de  vellon  ne  vaut  que  quatre  sols  de  la  môme  monnaie. 
(dietiûnnaire  universel  de  commerce,  par  Jacques  Savary). 


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128  LES   VITRÉENS 

Il  en  faut  quinze  pour  faire  la  piastre;  laquelle  vaut  soixante 
sols  de  monnaie  française;  nos  vingl-huit  réaux  représentent 
donc  cinq  livres  12  sols.  Cette  somme  divisée  par  vingt  donne 
le  prix  de  l'aune  savoir:  cinq  sous,  cinq  deniers*.  Admettez  que 
le  total  de  l'exportation,  en  1586,  se  soit  vendu  sur  ce  pied, 
vous  obtenez  pour  1,445,400  aunes,  quatre  cent  vingt-quatre 
mille  neuf  cent  quatre-vingt-cinq  livres;  or,  la  livre  en  1586, 
valait  trois  francs  quatre  vingt-trois  centimes',  ce  qui  donne, 
comme  valeur  inirinsèque  de  l'exportation,  wn  million  six  cent 
vingt-sept  mille  six  cent  quatre-vingt-douze  francs.  Désirez- 
vous  connaître  la  valeur  comparative?  —  Quadruplez,  c'est  le 
moins  que  vous  devrez  faire. 

Ces  beaux  calculs  sont  probants  pour  cannevas  de  Vitré. 
Remarquez  toutefois  que  l'entrepôt  d'unVitréen  contient  bien 
d'autres  toiles:  ballots  de  Laval,  de  Rouen,  de  Navalles. 
«  Iten  ciento  y  noventa  varas  de  naval  non  batido  a  dos 
reaies  y  très  quartillos  vara,  monta  523  reaies'  »  qui  font  trente 
quatre  piastres  ou,  en  monnaie  de  France  :  cent  quatre  livres 
douze  sous.  190  vares  représentant  247  aunes  de  Bretagne, 
Taune  de  navales  se  vendait  en  Espagne  de  huit  à  neuf  sous, 
le  double  à  peu  près  des  toiles  de  Vitré 

Assez  de  chiffres  pour  l'heure  ;  et  gagnons,  s'il  vous  plaît, 
cette  belle  porte  que  nous  avons  remarquée  dès  l'abord. 
Mystérieusement  et  à  la  reculée,  comme  disaient  nos  pères, 
elle  ouvre  en  un  magnifique  appartement  digne  d'une  demeure 
seigneuriale.  Dans  l'entrepôt,  nous  étions  au  centre  de 
l'activité  du  marchand  vitréen.  Ici,  nous  sommes  dans  le  lieu 
de  son  repos.  Aussi  s'est-il  appliqué  à  l'orner  au  gré  de  son 
humeur.  La  cheminée  est  solide,  de  proportions  heureuses, 
mais  sans  luxe  d'ornementation.  C'est  au-dessus  de  vos  têtes 


*  A  saToir  si  ces  16  vares  de  Vitré  se  sont  vendues  à  une  époque  de  hausse 
ou  de  baisse  7  ^  En  1636,  40  ans  environ  après  Tarrôté  de  compte  ci-dessus, 
Taune  de  canevas  était  estimée  dix  sols.  (Inventaire  de  Jean   le  Fort). 
»  Voir  Cheruel  Dictionnaire  des  Institutions  de  France, 
»  Extrait  d*un  compte  de  la  fin  du  XVI*  siècle,  signé  :  Estbvan  Frain, 


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ET  LE  COMIffKHCE  INTEBNATIONAL  1?9 

cfu'îl  faut  admirer  :  chaque  poutre,  chaque  soliveau  du  plafond 
est  de  main  d'ouvrier.  Sous  des  moulures  profondes  et  va- 
riées, Taspect    massif  et  anguleux  de  ces  pièces  de  bois 
dispai^tt.  Ainsi  parées  et  allégées  comme  carènes  de  navire, 
elles  témoignent  et  de  l'habileté  du  constructeur  et  de  Texcel- 
lence  des  matériaux  employésV  Au  lieu  du  badigeon  qui  les 
recouvre,  supposez-les  polychromées  avec  art  ;  imaginez  les 
liantes  lisses  appendues  aux  murailles  ;  autour  de  Tàpparte- 
xnetit,  les  meubles  à  grand  effet  :  lits  à  colonnes,  dressoirs, 
cofli'es garnis  à  profusion  de  clous  en  cuivre  formant  entrelacs, 
45ou.roûnes,  corbeilles  et  fleurs  de  lys*.  Jetez  et  embrasez  dans 
Vâtre  un  faix  de  bois  de  hôtre  et,  avec  nous,  vous  jugerez  que 
là,  entre  amis,  femmes  et  enfants,aprL'S  avoir  besogné  tout  le 
jour,  il  faitbon  deviser  touchant  les  diverses  fortunes  courues 
sur  terre  et  sur  mer. 

Prain. 
(La  suite  prochainement.) 


s  Cette  salle  a  conserTé  son  YÎeil  aspect. 

*  L'inreotaire  de  Jean  Li  Port  des  Longrais  marié  en  premières  noces  à 
Julienne  de  Montalembert,  en  secondes  noces  à  Gilette  Le  Faucheur,  men- 
tionne plusieurs  de  ces  coffres  dits  :  «  garde-robes  de  Flandres  couvertes  de 
cuir  doré  arec  leurs  soubassements  de  noyer  à  godrons.  »  Le  même  inven- 
taire nous  montre  entassés  dans  ces  coffres,  pourpoincts  de  satin,  noir,  de 
satin  blanc,  haut  de  chausses  de  velours  à  fleurs  noires  :  manteaux  de  drap 
d'Espagne,  etc.,  puis  pour  garnir  les  lits  :  ciels  brodés  avec  les  rideaux 
d'ëtamine  verte  à  grands  luissans   et  crespine  de  soie  verte. 

Ce  Jean  Le  Fort  fut  le  père  du  Jésuite  Pierre  Le  Fort  recteur  du  collège 
Heari  IV  à  La  Flèche  de  1079  à  1683.  mort  à  Paris  en  1718  âgé  de  90  ans. 
(Ze  Collège  Henri  IV ^  par  de  Rochemonteix  t.  i,  p.  212.) 


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*J    ^  ëjfjPMWfr^^^  ^Jm^^HLei''f ^^^«ï^^^SâKw'*  «t^ 


UN  ABBÉ  DE  SAINT-AUBK  -  D'ANGERS 

(LE   CARDINAL  DE  DENONVILLE) 
(1493-1 540') 


Nous  touchons  à  Theure  où  Charles  de  Hémart  parvient 
au  point  culminant  de  sa  destinée. 
Le  roi  François  I",  dont  Testime  et  Taffection  pour 
son  ambassadeur,  n'avait  fait  que  s'accroître  en  raison  des 
services  qu'il  rendait  à  sa  politique  en  Italie,  avait  déjà 
récompensé  Charles  par  une  pension  payée  sur  la  cassette 
royale  :  nous  ignorons  à  combien  se  montait  cette  pension, 
mais  les  gratifications  de  cette  nature  étaient  ordinaire- 
ment de  2  ou  3,000  livres  par  an. 

De  plus,  le  Roi  avait  autorisé  l'évôqiie de  Mâcon  à  vendre  sa 
charge  de  conseiller  au  Grand-Conseil,  devenue  inutiledepuis 
que  le  prélat,  séjournant  à  Rome,  ne  siégeait  plus  dans  ce 
tribunal  de  haute  magistrature.  Elle  fut  acquise  en  décembre 
1536  par  Messire  Charles  de  la  Rue',  au  prix  de  7,000  Iv. 

*  Voir  la  liTraison  de  décembre  1889. 

*  Prieur  de  MondouviUe. 


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TJN  ABBÉ   DE   SAINT- AUBIN  d' ANGERS  131 

I^'évfique  de  Mâcon  se  plairgnart  souvent  que  les  émolu- 
ments de  sa  charge  d'ambassadeur,  —  montant  à  7,300  livres 
par  an  —  lui  suffisaient  à  peine  à  représenter  dignement  la 
France  à  Rome^  oh  la  dépense  était  grande  alors,  car  Rome 
était  à  cette  époque  le  centre  de   la  civilisation  européenne^ 
le  milieu  où  convergeait  tout  ce  qu'il  y  avait  de  riche  et  de 
g-ran*'  ians  le  vieux  monde.  Dans  une  de  ses' lettres  à  Mont- 
morency, il  lui  démontrait  qu'il  jouissait  à  peine  de  10,000 
livres  de  revenu  et  qu'il,  avait  des  dettes.  Il  avouait  quelque- 
fois confidentiellemeLt/  au    Gcrand-Maitre  qu'on  le  laissait 
mourir  de  faim,  —  les  annuités  de  son  traitement  étant  tou- 
jours six  mois  en  retard,  —  et  qu'il  ne  trouvait  plus  de  crédit 
chez  les  marchands  d'^  Rome.  Il  le  suppliait,  en  conséquence, 
de  ne  rien  négliger  à  .  on  proJ9t  auprès  du  Roi  pour  obtenir 
quelques  nouveaux  bénéfices.  C'est  alors  que,  sur  la  propo- 
sition du  gouvernement  français,  Tévêque  fut  nommé  dans 
Tété  de  1535,  comme  nous  l'avons  dit,  abbé  de  Saint* Aubin 
d'Angers,  maison  dont  la  manse  abbatiale  pouvait  bien  valoir 
de  S  à  10,000  francs  de  rente.  Peu  après,  une  autre  abbaye  de 
moindre  valeur,  celle  de  Blanche-Couronne,  près  Savenay, 
au  diocèse  de  Nantes,  lui  avait  été  donnée.  Enfin  des  lettres 
de  collation  du  pape  Paul  III,  en  date  du  24  octobre  1537,  con- 
féreront h,  Charles  de  Hémart.  l'abbaye  de  Notre-Dame  de 
Caumont,  au  diocèse  de  Mirepoix,  laissée  vacante  par  le  décès 
de  Philibert  de  Lanjeu,  évoque  de  Mirepoix,  dernier  titulaire 
de  ce  monastère*.  Les  revenus  de  ces  divers  bénéfices  étaient 
évidemment  destinés  à  un  entretien  plus  large  de  l'ambassa- 
deur du  roi  de  France  à  Rome. 

Mais  le  Roi  désirait  voir  parvenir  son  ambassadeur  à  la  di- 
gnité cardinalice.  C'était  surtout  le  chapeau,  que  ce  prince  en- 
visageait comme  la  plus  juste  'et  la  plus  digne  récompense 
qu'eût  méritée  M.  de  Denon ville,  par  lo  dévoûment,  les  vertus 
et  les  capacités  dont  il  avait  fait  maintes  fois  la  preuve,  pen- 

*  Prieur  de  MondouviUe. 


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132  UN   ABBÉ   DK   SAINT-AUBIN   d' ANGERS 

dant  la  durée  de  sa  mission  auprès  du   Pape.  Il  écrivait   au 
Souverain  Pontife  à  ce  sujet  : 

<*  Très-Saint-Père,  Votre  Sainteté  a  pu  clairement  juger 
jusqu'ici  tant  par  lettres  que  je  lui  ai  écrites,  que  par  les  pa- 
roles que  je  lui  ai  fait  porter,  combien  je  désire  que  l'évoque 
de  Maçon,  mon  ambassadeur  devers  Elle,  parvienne  à  la  di- 
gnité cardinalle,  et  ne  fais  nul  doute  qu'Elle  n*aie  très  bonne 
souvenance  de  Tespérance  qu'Blle  m'en  a  continuellement 
baillée.  Et  combien  que  ce  soit  chose  que  j'ai  toujours  tenue 
et  tiens  pourasseurée,  néantmoins,  Très-Saint-Père,  j'ai  bien 
voulu  de  rechef  écrire  ce  mot  de  lettre  à  Votre  Sainteté  pour 
la  supplier  et  requérir  tant  qu'il  mest  possible,  qu'Elle  veuille 
bien  avoir  telle  et  si  bonne  souvenance  dudit  évoque  de  Ma- 
çon^ à  la  première  création  de  cardinaux  qu'Elle  fera,  que  la 
chose  puisse  sortir  son  effet,  ainsi  que  singulièrement  je  dé- 
sire. En  quoi  faisant  outre  l'obligation  qu'en  aura  perpétuel- 
lement ledit  évoque  de  Mâcon  envers  vous,  vous  ferez  chose 
que  tiendra  et  réputera  en  très  grande  grâce. 

Votre  humble  et  dévot  fils, 
François'.  » 

Antérieurement  déjà,  au  dire  de  Ribier,  le  prince  dans  une 
lettre  au  cardinal  du  Bellay  s'était  «  exprimé  en  paroles  ex- 
presses du  désir  qu'il  avait  de  la  promotion  dudit  évoque  au 
cardinalat  plus  que  nulle  autre*.  »  L'exaltation  de  Charles 
Hémart,déjà  décidée  par  le  Saint-Père,  in  petto,  devait  passer 
à  l'état  de  fait  accompli  et  promulgué  avant  la  fin  de  cette 
même  année. 

Par  son  courrier  du  22  décembre  1536,  envoyé  en  France 
sous  la  protection  du  duc  de  Faenza  —  parce  que  Tarabas- 
sadeurdela  cour  de  Vienne,  n'avait  voulu  lui  délivrer  un 

ft  Bibl.  NMuss.  Fonds  franc,  n*  5145.  p.  105. 

*  Mém,  d'Etat  de  Ribier,  tome  I.  Ces  mémoires  ont  été  composés  d*après 
les  papiers  du  connétable  Anne   de  Montmorencj. 


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UN  ABBÉ   DE   SAINT-AUBIN    d'aNGERS  133 

sauf-conduit  pour  passer  en  Lombardie  —  M.  de  Denon- 
ville  faisait  parvenir  au  Roi  la  liste  des  onze  cardinaux  nom- 
més par  Paul  in  dans  le  consistoire  des  Quatre-Temps,  tenu 
le  jour  môme  à  Rome,  et  parmi  les  noms  de  ces  nouveaux 
cardinaux  se  trouvait  celui  de  M.  l'évoque  de  Mâcon. 

«  La  présente  sera  seulement  pour  vous  dire,  informait-il 

le  grand  maître  Anne  de  Montmorency,  que  ce  jour  d'huy 

Notre-Sainct  Père  a  faict  et  créé  onze  cardinaulx  du  nombre 

desquels,  à  Tinstance  du  Roy,  il  m'a  faict  cet  honneur  me 

compter,  dont  je  vous  ay  bien  voulu  advertir,  comme  mon 

ancien  seigneur  et  patron,  me  tenant  pour  asseuré  qu'en 

serez  très  aise,  comimede  l'exaltation  de  celui  qui  sera  tant 

qu'il  vivra  desdyé  à  vous  faire  service.  » 

Les  bulles  de  nomination  de  M.  de  Denonville  à  la  su- 
prême dignité    ecclésiastique   se    trouvent  annexées  à  la 
correspondance  du  prélat.    Elles   sont  rédigées  en  termes 
flatteurs.  Le  Saint  Père  y  parle  de  la  façon  très  louable  dont 
le  titulaire  a  géré  jusqu'alors  le  diocèse  de  Mâcon  ;  mais  il 
s'étend  surtout  sur  la  doctrine  éclairée,  l'intelligence  supé- 
rieure, l'intégrité  parfaite,  la   prudence,   la  diligence  et  la 
circonspection,  non  moins  que  sur  la  grandeur  et  la  dignité 
avec  lesquelles  ramba,ssadeur  a  conduit  les  affaires  souvent 
ardues  de  la  France,  vis-à-vis  le  Saint-Siège,  depuis  que  le 
Roi  l'a  accrédité  auprès  de  la  Cour  de  Rome.  Il  fait  allusion 
aussi  à  la  fidélité  inébranlable  du  prélat,  dans  ce  temps  de 
persécution  contre  la  foi  orthodoxe   où  le  Pape  n'avait  pas 
de  plus  grand  désir,  affirmait-il,  que  d'offrir  aux  dissidents 
de  justes  moyens  de  rentrer  dans    le  devoir,  comptant  sur 
les  lumières  de  ses  cardinaux  pour  l'aider  à  y  parvenir. 
De  plus  ces  bulles  autorisent  le  titulaire  à  conserver  tous 
ses  titres  et  privilèges  antérieurs,  Tévéché  de  Mâcon^  Tabbaye 
de  Saint-Aubin  d'Angers,  l'archidioconat  de  Coutances,  le 
prieuré  de  Montdésir,  au  diocèse  d'Amiens,  et  toutes  les  places, 
fous  Jes  bénéfices^  toutes  les  prébendes,  toutes  les  dignités 
à  revenus  lucratifs  qu'il  possédait  au  jour  de  son  élévation  à 
Ja  pourpre  romaine. 


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134  UN   ABBÉ   DE  SAINT-AUBIN   d'aNGEHS 

Vingt  prélats  signèrent  ces  bulles  sur  lesquelles  le  chan- 
celier^ cardinal  Farnèse,  apposa  le  sceau  pontifical  avec  la 
formule  aussi  humble  que  grandiose  : 

Paulus  Episcopus  servus  servorum  Deù 

Revenons  à  notre  résumé  des  lettres  de  l'ambassadeur.  Il 
annonce  ainsi  au  chancelier  du  Bourg  sa  promotion  au  car- 
dinalat 

XL— Rome, 22  décembre  1530.  —  «Est  survenu  une  nouvelle 
dont  je  ne  veux  faillir  vous  avertir,  estimant  qu'en  serez  très 
aise  comme  mon  bon  seigneur.  C'est  qu'il  a  plu  à  notre  Saint 
Père,  contrôle  vouloir  et  empêchement  des  Impériaux,  créer 
cardinaux  Messeigneurs    l'archevêque    Cispontin,   l'archc- 
vôque  Théatyne,  les  évêques  de  Payence,  de  Carpentras,  le 
fils  du  duc  de  Candie  et  deux  qu'il  a  réservés  in  pectore^  Tun 
desquels  on  dit  devoir  être  à  la  dévotion  de  l'Empereur,  et 
Tautre  de  Sa    Sainteté,  du  nombre  desquels  Elle  m'a  fait 
l'honneur  Je  me  mettre.  —  Dieu  me  fera,  s'il  lui  plait,  la  grâce 
et  me  donnera  le  moyen  de  vous  pouvoir,  en  ce  degré,  faire 
service  selon  la  volonté  que  je  vous  ai  portée  et  porterai 
toute  ma  vie. 

Chahles,  cardinal,  évoque  de  Mâcon.  » 

La  dignité  dont  venait  d'être  revêtu  le  cardinal  de  Denon- 
ville  paraissait  rendre  difficile  son  maintien  à  l'Ambassade 
de  Rome.  Une  fonction,  qui  le  maintenait  sous  la  dépendance 
du  souverain,  semblait  incompatible  avec  la  haute  mission 
pouvant  incomber  au  membre  d'un  Conclave,  dont  la  réunion 
devait  avoir  lieu  d'un  moment  à  l'autre.  Il  était  inadmissible 
qu'un  agent  officiel  du  roi  de  France  pût,  le  cas  échéant, 
exprimer  un  vote  indépendant  sur  le  choix  extrêmement 
grave  d'un  nouveau  Pape,  alors  que  la  question  romaine 
prenait  une  prépondérance  si  grande  sur  les  intérêts  du  roi 
et  de  l'empereur  rivaux.  La  Cour  dç  Paris,  qui  comprit  de 


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UN   ABBÉ  DE   SAINT-AUBIN   d'ANGERS  135 

suite  cette  situation,  proposa  donc,  par  déférence  pour  le 
cardinal,  d'envoyer  un  nouvel  ambassadeur  à  Rome.  Mais 
révoque  de  Mâcon  témoigna  d'un  si  grand  chagrin  à  quitter 
son  poste,  qu'il  fut  différé  pendant  quelques  mois  à  lui 
nommer  un  successeur.  On  se  contenta  d'adjoindre  à  l'am- 
bassadeur un  coadjuteur  avec  pleins  pouvoirs  de  le  remplacer, 
en  cas  d'urgence,  et  promesse  deJui  succéder  ultérieurement 
lorsque  le  Roi  en  déciderait  à  son  gré. 

XII.  —  Rome,  16  février  1537.  —  Le  prélat  proteste  de  son 
entier  dévoûmentauRoi  et  aux  affaires  de  son  pays,  qu'il  veut 
continuer  à  servir,  nonobstant  sa  promotion  au  cardinalat. 
€  Quant  à  mon  retour  à  la  Cour,  ajoute-t-il,  ce  sera  quand  il 
plaira  au  Roy  me  rappeler.  »  Mais  il  demande  une  augmenta- 
tion de  son  traitement  d'ambassadeur,  et  le  maintien  de  sa 
pension  sur  la  cassette  royale,  «  car  cette  nouvelle  dignité  où 
il  a  pieu  à  Dieu  m'appeler,  assure-t-il,  m'a  faict  endepter  de 
quatre  à  cinq  mil  escuz  ;  »  et  s'il  n'est  pas  secouru  de  fonds, 
s'il  ne  reçoit  pas  le  remboursement  des  avances  qu'il  a  faites, 
et  de  son  année  de  traitement  non  encore  parvenue>  il  lui  sera 
difficile  de  faire  honneur  k  son  maître  dans  la  nouvelle  posi- 
tion qui  lui  est  créée. 

Xin.  —  Rome  18  février  1537.  —  Le  Pape  a  créé  cardinal  le 
légat  Paul,  anglais  de  naissance,  et  l'envoie  à  Cambrai,  puis 
en  Angleterre  pour  tâcher  de  catéchiser  le  roi  Henri,  et  le  ra- 
mener, si  possible,  à  l'obéissance  papale.  lUui  adjoint  l'évoque 
de  Vivonne,  Jean  Matheo.  Le  cardinal  de  Garpi  et  le  sénateur 
romain  Charles  de  Nable  ont  été  désignés  pour  être  envoyés 
comme  Légats  auprès  du  roi  François. 

Il  résulte  jusqu'ici  de  la  correspondance  du  cardinal,  que 
Paul  m  ne  s'était  pas  éloigné  de  la  voie  que  lui  traçait  ses 
hons  sentiments  pour  la  France  ;  mais  la  Cour  de  Rome  allait 
se  voir  dans  la  nécessité  d'inaugurer  une  politique  nouvelle 
dès  le  commencement  de  l'année  1537.  La  rivalité  aiguë  des 
deux  maisons  de  France  et  d'Autriche  permettait  aux  Turcs 


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136  UN   ABBE  DE   SÂINT-ÂUBIN  d'aNGERS 

d'accroître  leur  puissance  en  Europe,  d'une  manière  inquié- 
tante, car  les  armées  chrétiennes,  occupées  à  s*entre-déchirer, 
n'opposaient  pas  une  efficace  résistance  aux  plus  audacieuses 
entreprises  des  Barbares  :  au  contraire,  ceux-ci  se  croyaient 
soutenus  par  la  bienveillance  tacite  du  plus  occidental,  c'est- 
à-dire  du  moins  exposé  des  deux  souverains.  Aussi,  leur 
flotte  ravageait-elle  de  plus  en  plus  les  côtes  du  bassin  mé- 
diterranéen. En  1536,  elle  avait  déjà  abordé  en  Calabre,  et  dès 
le  mois  de  janvier  de  15:37,  elle  menaçait  directement  Rome 
et  Venise,  ce  qui  jetait  toute  lltalie  dans  une  terrible  anxiété. 
Paul  III  prenait  donc  des  mesures  pour  mettre  les  Etats-Pon- 
tiflcaux  sur  le  pied  de  la  défense,  et  pour  protéger  Rome.  Il 
songeait  surtout  à  former,  sous  sa  direction  suprême,  une 
ligue  dans  laquelle  entreraient  avec  Venise  les  deux  grands 
Etats  en  lutte,  la  France  et  TEmpire.  Préalablement,  il  s'effor- 
çait de  réconcilier  François  et  Charles,  quitte,  s'il  n'y  pouvait 
réussir,. à  se  jetter  dans  les  bras  du  plus  puissant  et  surtout 
du  plus  intéressés  des  deux  à  rabaissement  de  la  puissance 
ottomane. 

XIV.  —  Rome  il  janvier  1537.  —  Le  cardinal  disait  :  «  Je  ne 
laisseray  à  vous  advertir  par  la  présente  de  ce  que  je  puis 
vous  escripre  sans  chiffre,  et  premièrement  que  Nostre-Sainct 
Pèrç  et  toute  sa  court  est  en  grande  peur  du  Turcq,  voire 
telle  qu'ilz  pensent  qu'ilz  seront  contrainctz  d'habandonner 
cette  ville,  et  pour  y  obvyer,  sa  dicte  Saincteté  a  arresté 
d'envoyer  deux  prélatz,  l'ung  au  Roy,  et  l'autre  à  l'Empereur 
pour  les  exhorter  encores  plus  estroitement  qu'il  n'a  point 
faict  de  faire  paix  ensemble,  et  davantaige  a  conclud  mettre 
sur  le  clergé  de  toute  l'Italie  deux  décimes,  et  sur  chascun 
feu  du  temporel  du  siège  apostolique  ung  escu,  faisant 
compte  que  le  tout  reviendra  à  quatre  ou  cinq  cens  mil  escuz  ; 
délibéré  aussi  d'envoyer  par  tous  les  royaulmes  chrestiens 
indulgences  et  plénières  rémissions  pour  faire  prier  Dieu 
pour  ladicte  paix. 
»  Les  dernières  nouvelles  que  Messieurs  les  Vénitiens  ont 


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UN   ABBÉ  DE   SAINT-AUBIN   d'aNGBRS  137 

icy  publiées  dudictTurcq  sont  d'Adrianopoli,  du  vingt-huic- 
tiesmo  de  novembre,  disans  que  Barberousse  estoit  allé  à 
Constantinople pour advancer larmée,  laquelle  nesepourroit 
monter  plas  de  cent  cinquante  gallëres,  et  deux  cens  navires» 
dont  les  ceux  ne  serviront  que  porter  les  chevaulx  ;  et  que 
ledict  Turcq  estoit  en  délibération  de  faire  la  plus  cruelle 
guerre  qu'il  flst  oncques  par  mer  et  par  terre  à  l'Empereur, 
et  ne  cesser  qu'il  ne  l'eust  chassé  d'Italie.  Aussi  qu'il  debvoit 
envoyer  un  sien  interprète  nommé  Jannet-Bey  vers  lesdictz 
Vénitiens  à  ce  qu'ils  eussent  à  eulx  déclarer  amys  de  ses 
amys  et  ennemys  de  ses  ennemys,  et  que  autrement  il  leur 
feroit  la  guerre  de  toute  sa  puissance.  Geulx  de  Naples  sont 
en  une  merveilleuse  peur,  et  faict  le  Viroy  fortiffler  la  ville 
et  forteresses  maritimes.  » 

XV.  —  Rome,  24  janvier  1537.  —La  terreur  du  Pape  est  à  l'ex- 
trême, il  fait  préparer  ses  logements  à  Bologne  pour  aller  y 
passer  le  carême,  dans  la  crainte  de  n'être  pas  en  sûreté  à 
Rome,  du  fait  de  l'invasion  des  Turcs.  Le  Saint-Père  se  fait 
vieux,  «  le  bonhomme  se  porte-  bien,  mais  il  est  septuagé- 
naire et  plus,  et  ne  faultespérer  avec  luy  davantage  que  d'ung 
homme  vieil  et  caduc;  »  il  est  donc  très  prudent  de  se  faire 
des  amis  en  Italie  en  prévision  d'un  conclave.  L'Empereur  ne 
néglige  rien  pour  se  faire  des  partisans  en  Cour  de  Rome,  il 
va  jusqu'à  donner  des  pensions  aux  domestiques  du  Pape. 
Le  roi  de  France  ne  fait  rien,  ne  distribue  aucune  largesse, 
ne  rend  aucun  service,  et  le  goût  du  lucre  rejette  beaucoup 
de  ces  gens-ci  dans  le  parti  opposé.  Il  y  a  même  des  mécon- 
tents :  le  cardinal  Prani  se  plaint  de  n'avoir  rien  touché  en- 
core de  l'abbaye  que  le  Roi  lui  a  donnée.  C'est  un  homme 
puissant,  il  faut  le  ménager  et,  conséquemment,  lui  servir  ses 
revenus.  Dans  le  Piémont,  les  troupes  françaises  se  livrent 
au  désordre  et  au  pillage  ;  cela  est  du  plus  déplorable  effet. 
L'évoque  de  Porli,  partisan  déclaré  de  l'Empereur,  est  passé 
en  Espagne  pour  négocier  le  mariage  de  la  fille  naturelle  de 

T.   VI.    —   NOTICES.    —  VI*  ANNEE,   1'*  LIV.  10 


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138  I?N   ÂBBÉ  DE  SAINT-AUBIN   d' ANGERS 

Gharles-Quirit  avec  Corne  de  Médicis.  Enfin,  à  Taurore  de  la 
nouvelle  année,  Tastre  de  la  faveur  semble  se  tourner  en 
Italie  vers  l'Empereur,  sans  garder  un  rayon  pour  la  France. 

XVI.  —  Rome,  9  février  1537.  —  Le  bruit  court  que  les  Turcs 
en  grande  force  remontent  le  Danube,  et  vont  mettre  le  siège 
devant  Vienne.  Les  Vénitiens  arment  une  grande  flotte  pour 
les  combattre  sur  mer.  Le  Pape,  dont  la  terreur  ne  s'apaise, 
compte  aller  séjourner  après  Pâques  à  Mantoue  dans  l'espoir 
d'y  réunir  le  Concile.  Le  Souverain-Pontife  a  toujours  à  cœur 
les  intérêts  de  la  France  en  Italie.  Son  amitié  pour  le  Roi  lui 
a  suggéré  la  pensée  d'un  mariage  entre  une  princesse  fran- 
çaise et  le  duc  Gôme  de  Médicis.  Si  ce  projet,  aboutissait,  ce 
serait  un  grand  succès  pour  le  Roi  et  une  arme  puissante 
contre  l'Empereur  ;  le  duché  de  Florence  serait  acquis  à  la 
cause  française.  Le  Pape  est  d'avis  que  le  Roi  envoie  des 
troupes  en  Lombardie  afin  que  Florence  se  déclare  pour  lui, 
ce  qu'elle  est  prête  à  faire.  Il  en  serait  de  môme  des  Suisses 
dont  les  cantons  catholiques  sont  nos  amis  et  qu'il  faut  savoir 
entretenir  par  quelques  largesses.  Quant  aux  cantons  luthé- 
is,  il  n'y  a  rien  à  en  attendre. 

XVII. —Rome,  6  avril  1537.—  L'Empereur  intrigue  beaucoup 
pour  gagner  l'amitié  du  Souverain-Pontife,  non  pas  à  cause 
de  l'estime  qu'il  lui  porte,  mais  bien  pour  obtenir  de  lui  l'au- 
torisation de  prélever  des  impôts  sur  les  biens  du  clergé  dans 
ses  Etats.  Aussi  vient-il  d'offrir  Novarre  à  Pierre-Louis  Far- 
nèse  (fils  du  Pape,  né  avant  l'entrée  de  son  père  dans  les 
ordres  et  créé  par  le  S. -P.  duc  de  Parme),  et  celui-ci  désire- 
rait l'accepter  à  moins  que  le  Roi  ne  lui  offrît  une  plus  belle 
position  en  France.  Le  Pape^  indécis,  ne  sait  quel  conseil  don- 
ner à  son  fils.  Il  a  cependant  déclaré  à  l'ambassadeur  que 
Pierre  n'accepterait  rien  des  Impériaux  sans  l'autorisation  du 
Roi.  €  Bien  me  semblerait,  appuie  le  cardinal,  cousidérant 
le  désir  qu'a  S.  S.  de  l'élévation  de  sa  maison  et  prospérUé, 
qu'il  n'y  aurait  pas  grand  mal  lui  offrir  quelque  bon  état  en 


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UN   ABBÉ  DE    SALNT-AUBIN   d' ANGERS  139 

France,  car  après  sa  mort  on  trouverait  bien  occasion  d'en 
échapper»  et  cependant  qu'il  vivra,  on  pourrait  par  ce  moyen 
divertir  S.  S.  de  ne  se  précipiter  aux  offres  que  lui  fait  l'Em- 
pereur. » 

On  voit  par  ce  conseil  que  l'excellent  prélat,  à  force  de  vivre 
dans  le  pays  de  Machiavel,  commençait  à  en  épouser  la  doc- 
trine. Mais  il  redevient  tout  à  fait  Français,  lorsqu'il  se  félicite 
de  la  mort  du  marquis  de  Saluées,  traître  à  la  France^  tué  par 
un  coup  d'arquebuse  à  l'assaut  de  Garmignol. 

Et  il  ne  dissimule  pas  son  indifférence  pour  tes  mœurs 
italiennes  lorsqu'en  quatre  lignes  et  sans  commentaire  et  il 
raconte  que  «  en  ung  festin  qui  fust  faict  à  Florence  fut  tué 
le  duc  Alexandre  par  ung  sien  parent  nommé  Laurens  de  Mé- 
dicis,  qui  estoit  le  plus  favorit  qu'il  eust.  » 

XVII. — Rome  i4avril  1537.  —L'influence  de  l'Empereur  se 
faisait  sentir  de  plus  en  plus  dans  l'entourage  du  Pape,  et  la 
versatilité  de  la  Cour  de  Rome  commençait  à  inquiéter  le 
cardinal  ;  il  disait  môme  que  le  Pape  se  serait  déjà  ouver- 
tement prononcé  pour  l'Empereur,  s'il  ne  craignait  de  voir  la 
France  secouer  l'obéissance  papale,  et  son  prince  l'entraîrit  ^ 
comme  l'avait  fait  le  roi  Henri  VIII  en  Angleterre,  dans  le 
gouffre  de  l'hérésie.  Son  Eminence  Révérendissime  avait- 
elle  eût  vent  de  quelque  parole  imprudente,  quelque  menace 
ambiguë  à  son  égard  ?  On  le  pourrait  supposer,  lorsqu'Elle  se 
dit  prête  à  se  mettre  en  route,  recommandant  à  la  Cour  de 
Paris  de  ne  point  laisser  partir  le  légat,  cardinal  Carpi,  avant 
qu'il  n'ait  lui-même  regagné  la  France,  rappelant  le  procédé 
un  peu  trop  italien,  employé  envers  un  de  ses  prédécesseurs, 
qui  fut  enfermé  pendant  un  an  au  cliâteau  Saint-Ange,  sous 
le  pontificat  de  Jules  II,  cet  adversaire  du  roi  Louis  XII. 
Pq^  le  Pape  a  consenti  à  contribuer  pour  20,000  écus   par 
js,  pendant  4  mois,  pour  les  besoins  de  l'Empereur,  et  main- 
^/^nt  il  paraît  favorable  au  projet  d'union  de  la  fllle  de 
^*i*les  avec  Côme,  le  nouveau  duc  de  Florence. 


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140  UN   ABBÉ  DE  SAINT-AUBIN  d'aNGERS 

Cette  légère  panique  de  Tambassadeur  non  moins  qu'une 
assez  longue  et  grave  maladie  dont  il  venait  d'être  atteint,  et 
qui  l'avait  tenu  au  lit  depuis  rentrée  du  carême  jusqu'à 
Pâques,  décidèrent  François  I"à  nommer  le  coadjuteur  pro- 
jeté, lequel  eut  Tordre  d*agir  conjointement,  pour  la  gestion 
de  TAmbassade,  avec  son  Eminence,  et  de  prendre  conseil 
d'Elle  en  toutes  choses.  Le  choix  du  monarque  était  tombé 
sur  messire  Georges  de  Selve,  évêque  de  Lavaur  et  son  am- 
bassadeur déjà,  depuis  quelques  années,  auprès  de  la  Répu- 
blique de  Venise,  où  il  fut  alors  remplacé  par  Tévêque  de 
Rodez,  Georges  d'Armagnac. 

Marquis  de  Brisay. 
("A  suivre.) 


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L'ENSEIGNEMENT 

SECONDAIRE  ECCLÉSIASTIQUE 

DANS  LE  DIOCÈSE  DE  NANTES 

APRÈS  LA  RÉVOLUTION 
f1800'1815'J 

DEUXIÈME   PARTIE 


Les   Écoles   presbytérales 


m 

SAINT-ANDRÉ-DES-EAUX 

L'humble  bourgade  dont  nous  inscrivons  le  nom  en  tôte 
de  ce  chapitre  devra  à  l'un  de  ses  pasteurs  l'honneur 
d*iine  page  glorieuse  dans  les  fastes  du  diocèse  de 
Nantes.  On  comprendra  donc  facilement  que  nous  commen- 
cions cette  courte  notice  consacrée  à  l'école  de  Saint-André, 
par  quelques  détails  biographiques  sur  Thomme  qui  la  créa. 

A  Voir  la  livraison  précédente. 


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142        l'enseignement  secondaire  ecclésiastique 

M.  Joseph  Moyon  naquit  dans  la  paroisse  de  Montoir 
au  village  du  Pin,  le  11  mars  1739*.  Il  entra  dans  Tétai 
ecclésiastiQue,  et  fut  pourvu  d*un  bénéfice  simple,  le  légat 
Jean  Martin^  situé  dans  sa  paroisse  natale'.  Ordonné  prêtre 
en  1763,  il  devint  vicaire  de  Saint-Nazaire. 

La  cure  de  Saint-André-des-Eaux,  voisine  de  St-Nazaire,  et 
peu  éloignée  de  Montoir,  étant  devenue  vacante,  M.  Moyon 
se  présenta  au  concours.  D'après  Tabbé  Tresvaux^  Tabbé 
Moyon  choisit  cette  paroisse  «  de  préférence  à  plusieurs 
autres  qui  vaquaient  également  et  qu'il  pouvait  avoir.  »  Il  fut 
installé  dans  son  bénéfice  le  13  juin  1774*,  «  en  présence  de 

'  «  L'onzième  jour  de  mars  mil  sept  cent  trente-neuf,  a  été  baptisé  pa. 
nous,  Recteur  soussigné,  Joseph,  né  de  ce  jour,  fils  de  Luc  Moyon  et  de 
Perrine  Ollivaud.  Sont  parrain,  Joseph  Ollivaud  et  marraine,  Marie  Jonaud 
sous  le   seing  de  la  dite  marraine,  le  parrain  a  déclaré  ne  sçavoir  signer. 

Signé  :  Moreau,  recteur. 

(Extrait  des  registres  paroissianx  de  Montoir.) 

Trois  ans  auparavant,  était  né,  dans  le  même  village  Etienne,  Chaillou 
qui  devait  être,  comme  Joseph  Moyon,  député  à  la  Constitiiante, 

>  Le  revenu  de  ce  bénéfice  était  de  70  liv.  ;  il  était  chargé  d'une  messe  par 
semaine,  ce  qui,  d'après  une  note  de  M.  Moyon,  réduisait  son  produit  à  31  liv. 
'^Arch.  dép.  District  de  Guérande,  fonds  de  Saint-André-des-BIaux. 

'  Hist.  de  la  persécution  en  Bretagne,  II,  493. 

^  «  L'an  1774,  le  13«  jour  de  juin,  environ  les  onze  heures  du  matin,  en 
présence  de  nous  Alexis-Augustin  Gorgette,  notaire  royal  et  apostolique  de 
la  cour  et  diocèse  de  Nantes,  soussigné,  et  des  témoins  cy-après  nommés, 
Missire  Joseph  Moyon,  prêtre,  cy-devant  vicaire  de  la  paroisse  de  Saint-Nazaire, 
de  présent  à  la  cure  de  Saint-André-des-Eaux,  près  Guerrande,  lequel,  en 
vertu  des  provisions  lui  accordées  par  notre  saint  Père  le  Pape,  en  datte  du 
six  des  ides  de  mai  dernier,  et  du  visa  lui  donné  par  Illustrissime  et  Rêvé- 
rendissime  Pierre  Mauclerc  de  la  Muzanchère,  seigneur  évêque  de  Nantes,  le 
six  présent  mois  de  juin,  signé  Brunet,  chanoine  secrétaire,  dans  lequel  visa 
il  est  fait  mention  que  ledit  sieur  Moyon  a  signé  le  formulaire  d'Alexandre 
VII,  suivant  l'intention  du  Roy,  a  pris  et  appréhendé  en  personne  la  .réelle, 
actuelle  et  corporelle  possession  de  ladite  cure  de  Saint-André-des-Eaux, 
près  Guerrande,  de  ses  dépendances  avec  tous  ses  droits,  profits,  rentes,  re- 
venus etémolumens  y  attribués,  pour  nous  être  de  sa  compagnie  et  sur  son 
réquisitoire  transportés  dans  l'église  dudit  lieu  de  Saint-André-des-Eaux.  où 
étant  et  y  entrant,  ledit  sieur  Moyon,  revêtu  d'un  surpely  et  d'une  étoile,  a 
pris  eau-bénite,  sonné  une  des  cloches,  s'est  rendu  au  grand  et  principal 
autel  de  ladite  église,  s'est  mis  à  genoux,  y  a  fait  prières  et  oraison,  chanté 
le  Ve ni  Creator,  icelui  autel  baisé,  ouvert  le  tabernacle,  donné  la  bénédiction 


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DANS  LE   DIOCÈSE   DE  NANTES  APRÈS   LA   RÉVOLUTION      143 

Missire  Sébastien  Bureau  du  Fiefheulin,  prêtre,  recteur  de  la 
paroisse  de  Saint-Nazaire,  et  Pierre  Terrien,  prêtre,  recteur 
de  la  paroisse  de  Montoir,  témoins  à  ce  requis  et  appelés.  » 

L'assistance  était  nombreuse  et  installation  tçès  solen- 
nelle, à  en  juger  par  les  signatures  du  procès-verbal.  On  y 
trouve,  avec  les  deux  témoins  cités  plus  haut,  MM.  «  Lom- 
meau,  ancien  recteur  d'Escoublac  ;  Audrain,  recteur  de  Batz; 
Leborgne,  procureur-fiscal  de  Saint-André  ;  Etienne  Godard, 
prêtre  vicaire  ;  J.  Masson,  J.  Claverie,  Aoustin,  vicaire  de 
Montoir;  J.  Halgan,  prêtre;  C.  Thuaud,  prêtre;  P.  Ollivaud, 
diacre  ;  Lorieux,  Hardouin  de  la  Bernardière  ;  P.  Monfort, 
prêtre,  vicaire  de  Batz  ;  J.  Rouaud,  vicaire  de  Céans  ;  Luc 
Moyon  et  Gorgette  conseillé.  » 

M.  Moyon  s'occupait  de  gouverner  sa  paroisse,  méritant 
par  son  zèle  et  son  intelligence,  l'estime  de  ses  confrères, 
quand  furent  convoqués  les  Etats  généraux.  Il  fut  Tun  des 
lô  commissaires,  élus  le  2  avril  1789,  pour  la  rédaction  des 
cahiers  ;  le  20  du  même  mois,  les  quarante  électeurs,  choisis 
par  le  clergé,  l'envoyaient  à  l'assemblée  de  Versailles,  avec 
M.  Chevalier,  recteur  de  Saint-Lumine-de-Coutais,  et  M.  Mai- 
sonneuve,  recteur  de  Saint-Etienne-de-Montluc*. 

avec  le  saint  ciboire,  fait  aspersion  d^eau  bénite,  visité  les  fonts  baptismaux* 
entré  dans  an  des  confessionnaux,  monté  en  chaire  et  pris  place  au  chœur, 
ensnittê  transporté  à  la  maison  presbitérale  dudit  Saint- André-dep-Eaux 
dans  laquelle  ledit  sieur  Moyon  est  librement  entré,  ouvert  et  fermé  porte 
et  fenêtres,  bu  et  mangé,  fait  feu  et  fumée,  entré  dans  le  jardin  et  y  a  mar- 
ché, arraché  herbes,  coupé  branches  d'arbres,  fait  émotion  déterre,  ainsi 
qae  sur  les  antres  domaines  de  ladite  cure,  et  générallement  fait  tous  actes 
reqnis  et  nécessaires  pour  acquérir  bonne  et  vallable  possession  de  tout,  tant 
an  spirituel,  qu'au  temporel,  dans  laquelle  nous  l'avons  mis  et  induit,  sans 
aucuns  troubles  ni  oppositions  de  personne,  venues  à  notre  connaissance,  de 
toQtqnoy  avons  donné  lecture  à  haute  et  intelligible  voix,  au  peuple  assem- 
blé, avis  la  principale  porte  et  entrée  de  ladite  église,  le  tout  fait  en  pré- 
sence de  Missire  Sébastien  Bureau  du  Fiefheulin,  prêtre,  recteur  de  la  paroisse 
de  Saint-Nazaire,  et  Pierre  Terrien,  prêtre,  recteur  de  la  paroisse  dé  Mon- 
toir, témoins  à  ce  requis  et  appelles...  »  —  Arch,  de  ?Vr.  Registres  des 
Insintiations. 

'  A  Versailles,  il  logeait  avec  M.  Chevalier,  et  le  député  suppléant  Lebreton 
de  Ganbert.  recteur  de  Sain t-Si milieu  de  Nantes.  —M.  Kerviler,  Notice  sur 
M.  C^aWer,  dans  la  Revue  historique  de  VOuestj  mars  I8864- 


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144     .      l'enseignement  secondaire  EGGLÉSIâSTIQUE 

On  connaît  les  débuts  de  cette  assemblée,  et  les  malheu- 
reuses divisions  qui  éclatèrent  entre  les  trois  ordres. 
M.  Moyon,  d'accord  avec  la  plupart  de  ses  collègues  bretons', 
crut  devoir  se  réunir  au  tiers-état.  Mais  bientôt  son  âme 
droite  et  sacerdotale  fut  effrayée  par  la  tournure  que  prenaient 
les  événements.  Le  pillage  de  la  communauté  de  Saint-Lazare 
(nuit  du  12  au  13  juillet)  ;  la  sanglante  révolte  qui  eut  pour 
dénouement  la  destruction  de  la  Bastille;  la  révolution  opérée 
dans  la  nuit  du  4  août  ;  les  nouvelles  des  provinces  annonçant 
chaque  jour  des  émeutes  et  des  incendies  ;  la  crise  religieuse 
que  faisaient  prévoir  les  cris  séditieux  de  la  rue,  les  déclama- 
tions des  philosophes  et  les  motions  de  l'assemblée  :  tous  ces 
signes  avant^coureurs  d'un  bouleversement  social  dégoûtè- 
rent nos  députés,  et,  vers  la  fin  du  mois  d'août,  MM.  Moyen, 
Chevalier  et  Maisonneuve  donnaient  leur  démission,  ainsi 
que  leurs  collègues  de  Rennes,  MM.  Hunault  et  Guillou*. 

M.  Moyon  rentra  dans  sa  paroisse  et  y  reprit  son  humble 
ministère*.  Mais  la  Révolution  marchait  vite. 

Les  défenseurs  de  la  Religion,  n'ayant  pu  se  faire  entendre 
dans  l'assemblée,  publient  la  déclaration  du  19  avril  1790. 
Les  catholiques  des  provinces  s'en  émeuvent,  et  plusieurs 
envoient  leur  adhésion  à  la  Déclaration.  Une  adresse  à  l'As- 
semblée nationale  fut  signée  par  une  partie  du  clergé  rennais, 

*  S«ize,  sur  yingt-deux  curés  de  Bretagne,  votèrent,  le  24  juin,  pour  la 
Térification  des  pouvoirs  en  commun. 

'  R.  Kerviler.  Notice  sur  M,  Chev  alier, d&ns  la  Revue  historiqtie  de  V Ouest, 
n«  de  mars  1886. 

«  Le  4  janvier  1790,  M.  Moyon  présidait  la  dernière  assemblée  du  général 
de  la  paroisse,  où  Ton  arrêta  : 

10  Que  rassemblée  générale  des  citoyens  actifs  de  Tendroit  se  tiendrait  le  3 
février  suivant,  à  8  heures  du  matin,  dans  la  chapelle  qui  est  à  rextrémité 
du  bourg  ; 

2*  Que  la  valeur  locale  des  journaliers  étant  de  dix  sous,  ceux  qui  en 
paient  30  d*imposition  sont,  dans  la  paroisse,  citoyens  actifs,  s'ils  réunissent 
les  autres  conditions  ; 

30  Que  le  nombre  des  paroissiens  étant  de  1213,  les  officiers  municipaux 
seront  au  nombre  de  6,  y  compris  le  maire.  —  Notes  de  M,  Vabbé  Gallard. 


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DàNS  LE   DIOCÈSE  DE  NANTES   APRÈS   LA   HÉVOLUTION      145 

une  àatre  par  cent  cinq  ecclésiastiques  du  diocèse  de  Nantes\ 
Parmi  les  signataires,  nous  trouvons  M.  Moyon,  recteur  de 
Saint-André-des-Eauy,  ancien  député  de  l'assemblée  natio- 
nale, et  Tun  de  ses  voisins,  M.  Lévesque,  recteur  d'Assérac. 

La  Constitution  civile  est  votée,  et  Louis  XVI,  égaré  par  ses 
conseils,  sanctionne  le  décret.  Le  25  janvier  1791,  les  muriici- 
palitës  sont  chargées,  dans  chaque  commune,  de  veiller  à  son 
exécution.  Aussitôt,les  révolutionnaires  mettent  les  ecclésias- 
tiques en  demeure  d'obéir  à  la  loi,  convoquent  les  électeurs 
pour  donner  des  successeurs  aux  prêtres  fidèles,  et  installent 
des  iTitrus  partout  où  il  leur  est  possible  d'en  établir.  Ces  dif- 
férentes mesures  prirent  toute  la  première  moitié  de  cette 
année  1791,  et  il  est  facile  de  comprendre  k  quel  point  elles 
troublèrent  le  pays. 

M.  Moyon  refusa  le  serment.  Il  n'en  fallait  pas  davantage 
pour  attirer  sur  sa'tôte  la  persécution,  d'autant  que  sa  valeur 
personnelle  et  son  influence  donnaient  beaucoup  d'éclat  k  ce 
refus. 

Comme  il  est  facile  de  le  concevoir,  il  n'était  bruit  alors, 
dans  le  clergé,  que  du  serment  exigé  et  de  la  conduite  à  tenir 
en  d'aussi  graves  circonstances.  Dans  toutes  les  réunions^  la 
question  était  soulevée,  et  les  raisons  pour  ou  contre  savam- 
ment discutées.  Ceux  mêmes  qui  s'abordaient  pour  la  première 
fois  plaçaient  tout  naturellement  la  conversation  sur  ce  ter- 
rain ;  et  quand  arrivait  un  ecclésiastique  en  voyage,  on  s'em- 
pressaitautour  de  lui  pour  connaître  l'opinion  des  confrères'. 

Le  recteur  do  Saint-André  ne  manqua  pas  d'être  consulté. 
Sa  piété,  ses  lumières,  Texpérience  que  lui  avaient  donné 
vingt-huit  années  de  ministère  ;  le  choix  honorable  que  ses 
collègues  avaient  fait  de  lui  pour  l'envoyer  à  Versailles  ;  son 
séjour  dans  cette  ville,  au  milieu  de  tout  ce  que  le  clergé  de 

*  «  Oa  remarque  avec  surprise  qu*aucun  prêtre  de  la  viUe  de  Nantes  n'y 
figure,  si  ce  n^est  le  vénérable  M.  Alno,  supérieur  de  la  communauté  de  Saint- 
Clénient,  et  M.  Monnier,  aumônier  de  rHôtel-Dieu.»(Tresvaux,op  cit.  tomei7l. 

'  Voir,  à  ce  propos,  les  Mémoires  déjà  cités  de  M.  Aguefsse. 


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146        l'enseignement  secondaire  ecglésiàstiqtte 

France  comptait  de  plus  distingué  par  la  naissance,  la  science 
et  les  dignités;  sa  connaissance  des  projets  et  des  arrière- 
pensées^des  meneurs  de  la  Constituante  :  tous  ces  motifs 
avaient  augmenté  son  influence  dans  le  district  de  Gqérande, 
et  Ton  venait  de  toutes  parts  solliciter  ses  conseils,  M.  Moyen, 
qui  n'avait  pas  prêté  le  serment,  n^  pouvait  le  conseiller  aux 
autres.  Il  mit  toute  l'ardeur  de  son  âme  sacerdotale  à  en 
détourner  ses  confrères. 

Les  révolutionnaires  s'en  émurent.  La  lutte  dut  être  d'au- 
tant plus  vive,  sur  ce  point  du  diocèse,  que  l'un  des  curés 
voisins,  et  non  des  moindres,  M.  Charles  Le  Masle,  recteur 
d'Herbignac,  était  l'un  des  tenants  du  schisme.  Après  avoir 
lui-môme  prêté  le  serment,  il  y  détermina  ses  vicaires,  et  ce 
n'est  pas  le  calomnier  que  de  croire  qu'il  voulut  y  porter  les 
prêtres  du  voisinage  :  on  sait  en  effet  que,  malgré  son  âge 
avancé,  il  eut  l'ambition  de  devenir  évêque  et  accepta  le 
siège  constitutionnel  du  Morbihan.  Il  est  certain  que  dans  le 
district  de  Guérande  plusieurs  se  laissèrent  d'abord  sé.duire; 
et  qui  s'en  étonnera,  s'il  réfléchit  à  l'hésitation  de  plusieurs 
prêtres  éclairés  et  à  la  pression  exercée?  A  Guérande,  on  alla 
jusqu'à  offrir  de  l'argent  à  certains  ecclésiastiques  peu  fortu- 
nés, et  nous  savons  d'une  source  qui  paraît  sérieuse*,  que 
l'un  d'eux  reçut  75^  pour  prix  d'un  serment,  qu'il  rétracta 
d'ailleurs  en  rendant  le  denier  de  Judas. 

M.  Moyon  s'efforça  de  ramener  dans  le  droit  chemin  ceux 
•qui  s'en  étaient  écartés.  Ses  efforts  ne  furent  pas  sans  effet. 
Les  deux  vicaires  d*Herbignac,en  particulier,  rétractèrent  leur 
serment  :  l'un,  M.  Gabriel-Armand  Boulo,  passa  en  Espagne, 
et  nous  le  trouvons  sur  la  liste  de  M.  Guénichon  ;  l'autre, 
M.  Durand,  resta  dans  le  pays  et  répara  son  erreur  d'un  moment 
par  le  courage  qu'il  déploya  dans  l'exercice  du  saint  ministère. 

*  Pierre  Guihéneuf,  maire  de  Crossac,  mort  en  1844,  et  qui,  &  Tépoqae  da 
serment,  était  âgé  de  21  ans  et  venait  de  terminer  ses  études  au  coUège  de 
Vannes.  U  entendit  cet  aveu  de  la  bouche  d^un  ecclésiastique,  dans  le  pres- 
bytère de  Crossac,  en  présence  du  recteur,  M.  Perraud  (Notes  de  M.  Bertho). 


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DÀM&  US   DI0G2:SE   de   hantes  APRiS  LA  RÉVOLUTION    ^i47 

Cette  influence,  désastreuse  pour  le  parti  schismatique,  dé- 
solait Vadministraiion  Guérandaise,.  qui  résolut  d'y  mettre  un 
terme. 

Déjà,  sous  prétexte  que .  leurs  démarches,  ou  leur  «  pré- 
sence »  occasionnait  des  troubles, .  le  Département  avait  dé- 
crété l'arrestation  de  plusieurs  ecclésiastiques  et  un  certain 
nombre  de  prêtres  fldèles  avaient  franchi  les  portes  du  châ- 
teau de  Nantes.  Le  Directoire  de  Guérande  crut  qu'il  pouvait 
oser  rincarcératioa  du  recteur  de  Saint-André. 

Le2i  août  1791,  it  se  réunit,  à  cet  effet,  en  séance  extraor> 
dinaire*.  Nous  citons  le  procès-verbal  : 

a  Sur  les  représentations  multipliées'  qui  ont  été  faites,  que 
le  sieur  Moyen,  recteur  de  Saint- André,  s'occupait  journelle- 
ment de  susciter  des  ennemis  à  la  Constitution  décrétée  par 
l'Assemblée  nationale,  et  sur  la  nécessité  prouvée  d'écarter 
cet  homme  dangereux  de  sa  paroisse  et  de  plusieurs  autres 
ou  il  a  de  riûfluence.  ^ 

«  Le  Directoire,  ouï  le  procureur-syndic,  arrête  qu'à  l'ins- 
tant il  serafaii  une  réquisition  au  commandant  de  la  Garde 
nationale  de  cette  ville  de  commander  vingt-cinq  hommes  de 
sa  troupe  pour  partir,  ce  soir,  à  neuf  heures,  et  se  rendre  à 
Saint-André-des-Eaux  pour  se  saisir  de  la  personne  du  sieur 
Moyen,  rectetfr  audit  lieu,  et  le  conduire  ès-prisons  de  Guer- 
rande,  pour  enstritte  le  faire  transférer  au  Château  de  Nantes 
ou  telle  autre  maison  d'arrêt  qu'il  plaira  au  Département  de 
la  Loire-Inférieure  lui  assigner*.  » 

L'audace  du  Directoire  de  Guérande  n'allait  pas  jusqu'à  opé- 
rer au  grand  jour  :  on  craignait  sans  doutje  l'influence  du  rec- 
teur, et  l'on  préférait  ne  pas  risquer  bataille. 

*  M.  Cailîo  présidait,  assisté  de  Af ^.  Janet  Retél,  Le  procureur-syndic 
était  If.  Chottard. 

s  Parmi  les  dénonciateurs  de  M.  Moyon,  il  faut  citer  le  vicaire  d'Escoublac, 
PhelippeS'Beauregard^  qui  avait  porté  ses  accusations  contre  le  plus  ter- 
riUe  de  ses  adoer5atre;,jusqu*à  T Assemblée  nationale  (Notes  de  M.  Gallard^. 

*  Areh.  dép.  —  Dist.  de  Guerrande,  fonds  de  Saint-André-des-Eaux,  dos- 
sier de  M.  Moyon. 


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.! 


148        l'enseignement  secondaire  ecclésiastique 

A  neuf  heures  donc,  la  troupe  se  mit  en  marche  vers  Saint- 
André.  Elle  arriva  au  milieu  de  la  nuit  dans  cette  paisible 
bourgade,  et  se  saisissant  du  pasteur  qui,  sans  songera 
conspirer,  prenait  tranquillement  son  repos,  elle  l'entraîna 
«  ès-prisons  de  Guerrande.  » 

)-*a  joie  fut  vive  au  sein  de  la  coterie  révclutionnaire  de 
Tendroit  ;  elle  perce  à  chaque  ligne  de  la  lettre  adressée  par 
le  Directoire  au  Département.  La  pièce  est  trop  curieuse  et 
montre  trop  l'arbitraire  qui  dirigeait  déjà  les  actes  de  Tadmi- 
nistration,  pour  que  nous  ne  la  citions  pas  textuellement. 

«.Messieurs, 

.  «  Nous  vous  envoyons  un  ci-devant  inviolable,  la  perle  des 
curés  de  notre  district,  M.  Moyon,  recteur  de  Saint-André- 
des-Eaux. 

«  Il  y  a  très  longtemps  que  nous  eussions  désiré  vous  faire 
ce  présent  ;  mais  la  crainte  que  son  absence  n'eût  excité  dans 
sa  paroisse  des  mouvements  désastreux,  nous  a  fait  tempo- 
riser jusqu'à  rinstant  où  il  ne  nous  a  plus  été  possible  de  to- 
lérer le  désordre  qu'il  occasionnait  dans  toutes  les  paroisses 
voisines,  et  qui  font  craindre  une  insurrection  totale.  Nous 
avons  cru  qu'en  éloignant  le  flambeau  nous  pouvions  plus 
facilejient  apaiser  l'incendie.  Nous  avons  reçu  maintes  fois, 
au  sujet  de  ces  désordres,  des  avis  qui  tous  nous  faisaient 
connaître  que  ce  lâche  déserteur  du  poste  où  l'avait  élevé  la 
confiance  de  ses  confrères,  ne  cherchait  qu'à  contrarier  dans 
nos  contrées  les  sages  vues  de  nos  législateurs.  Il  a  môme 
porté  la  mauvaise  volonté  au  point  qu'il  a  essayé  de  détour- 
ner plusieurs  électeurs*  de  se  transporter  à  Nantes,  et  dont 
l'un,  (Gliarles  Blanchot),  nous  a  fait  sa  déclaration  à  ce  sujet. 
Il  a  aussi  constamment  refusé  de  publier  les  lois. 

a  Si  la  séduction  dont  il  fait  depuis  si  longtemps  usage, 
n'avait  pas  réussi  au  gré  de  ses  désirs,    nous  aurions  sans 

*  Les  électeurs  du   département  devaient  se  réunir  à  Nantes    le  25    août, 
,  \  pour  l'élection  des  députés  à  rassemblée  législative. 


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DANS  LE  DIOCÈSE   DE   NANTES   APRES   LA    RÉVOLUTION      149 

doute  les  preuves  les  plus  completles  du  danger  de  la  pré- 
sence de  cet  hypocrite.  Mais  il  a  subjugué  les  esprits  et  a  dis- 
simulé ses  démarches  à  un  tel  point,  qu  il  ne  nous  a  pas  été 
possiblede  rien  savoir^de  constaté.  Au  surplus,  la  voie  publique 
raccuse  constaDtiment,  et  les  plaintes  que  nous  avons  reçues 
de  tous  côtés  nous  ont  paru  suffisantes  pour  le  faire  arrêter. 

«  Plusieurs  membres  du  Directoire  qui  vont  à  Nantes  en 
qualité  d'électeurs  vous  donneront  un  état  plus  détaillé  des 
motifs  qui  nous  ont  fait  agir*.  » 

M.  Moyon  fut  dirigé  sur  Nantes  et  y  arriva  probablement  le 
23.  Il  fut  immédiatement  écroué  au  château.  Son  arrestation 
èlaitabsolument  illégale.  Le  refus  de  serment  avec  sédition 
ou  coalition,  l'immixtion  dans  des  fonctions  supprimées,  la 
continuation  d'un  service  ayant  pris  fin  étaient  bien  dos  dé- 
lits prévus  par  la  loi  et  punissables  ;  mais,  outre  que  M.  Moyon 
n'avait  rien  de  tout  cela  à  se  reprocher,  les  tribunaux  seuls 
a\aient  le  droit  d'instruire  et  l'administration  ne  pouvait 
prendre  sur  elle  d'opérer  une  arrestation*.  Mais  qu'importait 
la  légalité? 

Arrivé  au  château.  M.  Moyon  s'attendait  à  comparaître  de- 
vant des  juges  et  à  subir  un  interrogatoire  ;  n'entendant 
parler  de  rien,  il  écrivit  le  26  août  aux  administrateurs  du  dé- 
partement : 

I  Je  suis  détenu  au  château  par  vos  ordres,  depuis  plus  de 
quarante  heures.  Je  demande,  Messieurs,  que  conformément 
à  la  loi,  vous  ordonniez  qu'on  procède  à  mon  inten'ogatoire. 
Sijeréclamecette  justice,  ce  n'est  pas  tant  parce  que  la  loi 
m'yaulorisey  que  parce  qu'il  me  tarde  de  me  justifier,  en  vous 
prouvant  la  légalité  de  ma  conduite. 
»  Signé  :  J,  Moyon,  recteur  de  Saint- André-des-Eaux.  » 
Un  ne  donna  pas  de  juges  à  M.  Moyon;  car  il  eût  fallu 


*  Arth.  dép.  —  Même  fonds.  Lettre  du  22  août  1790. 
'A.U]lié  :  JHstrici  de  Mathecoul^  pag.  168. 


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150  l'enseignement  SÉGONDAIHE  ECCLESIASTIQUE 

l'absoudre.  On  lui  envoya  une  condamnation*  Il  reçut  Tordre 
ou  de  ne  pas  quitter  Nantes,  ou  de  sortir  du  département.  Ce 
dernier  parti  lui  sembla  préférable,  et  il  écrivit  aussitôt  ce 
billet  :  «  Je  soussigné,  recteur  de  8aint-André-des-Eaux^ 
déclare  aux  administrateurs  du  département  de  la  Loire- 
Inférieure  qu'en  conséquence  de  Foption  qui  m'a  été  donnée, 
je  me  retirerai  dans  le  district  de  la  Roche-Bernard  ;  je  les 
supplie  de  me  donner  un  sauf-conduit  pour  m'y  rendre. 

»  A  Nantes,  ce  !•'  septembre  1791. 

»  Signé  :  J.  Moyon,  recteur  de  Saint-André-des-Eaux.  » 

En  faisant  ce  choix,  M.  Moyon  n'avait  pas  d'autre  but  que 
de  se  rapprocher  de  son  troupeau.  Le  district  de  la  Roche- 
Bernard,  en  dépit  des  décrets  de  l'assemblée,  faisait  toujours 
partie  du  diocèse  de  Nantes,  et  M.  Moyon  était  assuré  d'y 
trouver  des  amis  ;  de  plus,  quelques  paroisses,  comme  Férel, 
n'étaient  qu'à  une  petite  distance  de  Saint-André. 

Ce  premier  exil  d'ailleurs  ne  dura  pas  longtemps,  car  nous 
retrouvons  M.  Moyon  dans  sa  paroisse,  le  19  novembre 
suivant». 

Comme  desservant  non  remplacé,  M.  Moyon  avait  droit  à 
un  traitement.  A  la  date  du  25  juillet,  le  Directoire  de  Nantes, 
toujours  empressé  de  vexer  les  prêtres  insermentés^  lui  adres- 
sait un  compte  notablement  réduit.  A  peine  de  retour  parmi 


«  Le  Directoire,  ouï  le  procureur-syndic,  arrête  que  les  portes  du  château 
de  cette  yiUe  seront  oavertes  au  sieur  Moyon,  auquel  il  est  ordonné,  pour  les 
considérants  résultant  des  pièces  susdatées,  émanant  du  district  de  Guerrande, 
de  rester  dans  cette  ville  de  Nantes  où  de  sortir  du  département,  à  son  choix. 

s  Dans  sa  notice  sur  M.  Moyon,  Tabbé  Tresr>aux  a  écrit  :  «  IL..'  6*attir& 
ainsi  la  haine  des  autorités  constituées,  qui  le  firent  arrêter  et  le  gardèrent 
assez  longtemps  en  prison  à  Nantes.  La  municipalité  dé  sa  paroisse  le  récla^ 
ma  plusieurs  fois  sans  pouvoir  <)btenirsa  liberté  On  le  relâcha  eafin....»  On 
voit  qu'il  y  a  du  vrai  dans  ces  lignes  ;  mais  il  y  a  du  faux.  M.  Moyon  ne 
fut  que  onze  jours  en  prison  ;  mais  il  fut  peut-être  deux  mois  exilé.  Si  les 
démarches  de  sa  paroisse  sont  réelles,  elles  ont  eu  pour  résultat  d'abréger  cet 
exil,  mais  non  sa  détention.  11  est  certain  que  le  19  novembre  1791,  la  pr^ 
gence  de  M.  Moyon  était  tolérée  dans  sa  paroisse,  puisqu'il  ^rit  aux  Autori- 
tés et  date  sa  lettre  de  Saint-André.      , 


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DÂNS.IiB  DIOCÈSE   DE  NANTES  APRÈS  LA  REVOLUTION       151 

ses  paroissiens,  M.  Moyon,  qui  trouvait  déjà  suffisante  la 
réduction  opérée  sur  son  traitement  par  la  contribution 
paifiQt%que\  ftt  parvenir  ses  réclamations  aux  Directoires 
de  Guerrande  et  de  Nantes. 

A  cette  réclamation  qui  nous  intéresserait  médiocrement, 
s'en  joignait  une  seconde  d'un  tout  autre  intérêt.  M.  Moyon 
écrivait: 

a  k  cesdemandes  j'en  joins  d'autres,  Messieurs,  que  vous 
ne  trouverez  pas  moins  justes  et  sur  lesquelles  je  vous  prie 
aussi  de  faire  droit. 

«  Au  milieu  de  la  nuit  du  vingt-deux  août,  je  fus  saisi 
dans  mon  lit,  et  conduit  le  lendemain  au  château  de  Nantes  ; 
le  Directoire  du  district  de  Guerrande  me  demande  88  livres 
>our  avances  faites  pour  ma  saisie  et  mon  transport  à  Nan- 
tes*. Ce  serait  une  injustice,  Messieurs,  dont  vous  n'êtes  pas 
eapables  de  me  faire  supporter  les  frais. 

^  Dailg^nez  jeiter  les  yeux.  Messieurs,  sur  les  plaintes  de 
quelques  électeurs  de  Guerrande  et  sur  les*  dépositions  de 
cinq  ou  six  de  mes  paroissiens,  faites  devant  vous  le  vingt- 
six  août  dernier,  et  vous  verrez  que  loin  d'avoir  été  convaincu 
d'aucun  délit,  mes  accusateurs  furent  confondus.  lisse  virent 
réduits  à  une  accusation  vague,  à  dire  que  j'étais  dangereux 
poiff  la  chose  publique  dans  mon  canton.  De  ma  prison,  je 

*  Son  traitement  annuel  montait  k  1^70  br.  et  le  25  juillet,  en  Tautorisant  à 
toncher  ce  q^ui  lui  était  dû  pour  le  commencement  de  Tannée^  on  le  prévenait 
qa*il  faudrait  déduire  «  les  deux  premiers  termes  de  la  contribution  patriotique, 
aatroir  :  71  1t.  50  pour  le  premier,  et  95  Iv.  pour  le  second,  sauf  la  déduc- 
tion de  ce  qu'il  justifiera  avoir  pajfc  ii  y  valoir,  et  sans  préjudice  de  ce  qu'il 
peut  devoir  pour  cause  de  ses  retenus  patrimoniaux.»  — ^Irc^.  dép,  —  C'était 
bien  la  peine  de  suppnmer  la  dlme  et  les  corvées. 

9  Arrêté  du  directoire  du  dép.  du  Cher,  du  3  aoftt  1792. 

Art.  8.  —  <  Le»  frais  d  arrestation  et  de  noarriture  des  ecclésiastiques  qui 
contreviendraient  au  présent  arrêté  en  ce  qui  les  concerne  seront  acquittés 
sur  leur  pension,  8*iLs  en  ont  une,  ou  à.  défaut  sur  les  fonds  affectés  aux 
dépendes  du  culte.  »  Cité  par  M.  Louis  Au(fiat  :  JJn  déporté  éûéguede  Saint* 
Brieue.  Revue  Aist,  de  l'Ouest,  janvier  1887.  On  le  voit,  à  Bourges  comme  à 
Guérande,  on  s'entendait  k  faire  des  économies.  La  Nation  n'avait-elle  pas 
doaoé  Vexemple  en  «poliant  le  clergé! 


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152        l'enseignement  secondaire  ecclésiastique 

vous  demandai  inutilement  à  être  interrogé,  pour  connaître 
ensuitte  etmes  dénonciateurs  etles  plaintes  portées  contremoi. 
Ma  justification  eût  bientôt  été  complette  si  on  avait  daigné 
m'entendre  et  observer  les  formes.  Après  onze  jours  de  déten- 
tion un  officier  de  la  garde  nationale,  en  m^ouvrant  les  portes  de 
la  prison,  me  dit  que  j'étais  condamné  à  demeurer  dans  la 
ville  de  Nantes  ou  à  sortir  du  département.  Tout  illégal, 
injuste  et  nul  en  lui-môme  que  me  parût  un  tel  jugement,  je 
m'y  soumis  :  je  crus,  à  cause  de  la  fermentation -du  moment, 
devoir  respecter  jusqu'à  la  défiance  des  chefs  de  l'adminis- 
tration, quelque  rigoureuses  que  fussent  les  mesures  que 
semblait  leur  dicter  contre  moi  l'intérest  delà  chose  publique.  » 

«  Je  n'ai  été  convaincu  d'aucun  délict  et  je  ne  pouvais  l'être, 
puisque  je  n'ai  rien  fait  contre  la  loi.  Etant  innocent  à  ses 
yeux,  je  ne  dois  pas  être  puni. 

€  Je  demande  4**,  Messieurs,  que  conformément  à  la  loi, mon 
traitement  me  soit  payé  jusqu'à  mon  remplacement,  sans 
aucune  retenue,  ni  pour  les  frais  de  ma  saisie  et  de  mon 
transport  à  Nantes,  ni  pour  le  temps  de  mon  absence  de  ma 
paroisse*.  » 

Nous  devons  penser  que  le  directoire  de  Guérande»  qui 
avait  mis  tant  d'acharnement  à  poursuivre  M.  Moyon,  ne  vit 
pas  d'un  très  bon  œil  son  retour  à  Saint- André,  et  qu'il  le  sur- 
veilla de  près.  Il  n'y  manqua  point,  et  les  moindres  incidents 
lui  furent  un  prétexte  à  de  nouvelles  poursuites.  L'occasion 
désirée  ne  se  fit  pas  attendre  longtemps,  et  le  9  janvier  1792, 
le  directoire  de  Guérande  se  réunissait  encore  à  propos  du 
recteurde  Saint-André.  M.  Gh.  Jan  présidait  la  séance  et  parmi 
les  membres  présents,  nous  trouvons  un  M.  Leborgne.  Nous 
aimons  à  croire  que  ce  n'est  pas  le  même  qui  signait,  en  qua- 
lité de  procureur  fiscal,  la  prise  de  possession  de  la  cure  de 
Saint-André  par  M.  Moyon.  Mais  qui  sait?  Le  temps  avait 
marché  depuis  lors,  et  1774  était  si  loin  I 

*  Arch,  dép. 


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DANS  LE  DIOCÈSE   DE   NANTES   APRÈS  LA   RÉVOLUTION      153 

Quoi  qu'il  en  soit,  le  procureur  syndic,  Chottard,  fait  son  ré- 
qursitoire.Le  bruit  public  lui  a  fait  coundlire quePierre Griffé, 
fi\Sj  capitaine  de  navire,  au  Croisic,  et  Marie-Madeleine 
Raphaël,  lieBatz,  ont  été  mariés  le  21  novembre  dernier,  par 
M.  Jean  (Joseph)  Moyoq,  recteur  de  Saint-André-des-Eaux. 
Ému  de  cette  irrégularité,  il  a  fait  consulter  le  registre  de 
cette  paroisse  où  l'acte  de  mariage  parle  de  formalités  remplies, 
mais  non  spécifiées.  De  plus,  la  permission  de  bénir  le 
mariage  a  été  donnée  par  François  Monfort,  prêtre  sans  qua- 
lité pour  la  donner,  puisque  c'est  Jacques  Thébaud  qui  est 
curé  de  Batz.  Enfin  on  donne,  dans  l'acte,  la  qualité  de  noble 
homme  «  à  des  hommes  à  qui  Tancien  régime  lui-môme  Tau- 
rait  refusée*.»  L'ordre  public  a  été  troublé,  la  loi  transgressée, 
le  procureur  syndic  demande  que  Ton  surveille  le  recteur 
incriminé,  que  l'on  délibère  à  ce  sujet,  et  dépose  un  extrait 
du  registre  de  Saint- André,  signé  Lescard,  vicaire. 

Cette  fois,  le  directoire  avait  beau  jeu,  car,  sauf  la  compé- 
tence', la  loi  était  pour  lui,  M.  Monfort  en  effet,  le  curé  légi- 
time de  Batz,  avait  été  remplacé  par  V'mirwsThébautyÇii  il  exis- 
tait des  peines  contre  la  co/4/mwâ://on  d un  service  ayant  pris 
^rt;en  outre,  tous  les /«VreA-  étaient  supprimés.  L'assemblée 
doime  acte  au  procureur-Syndic  et  promet  de  faire  toutes  les 
démarches  nécessaires,  demandant  à  qui  de  droit  «  de  faire 
un  exemple  en  faisant  annuller  ce  mariage  avec  ^clat,  et  en 
faisant  punir  les  sieuçs  Moyon  et  Monfort  suivant  les  ri- 
gueurs de  la  loi.  Ce  dernier  pour  avoir  continué  ses  fonctions 
quoique  remplacé,  et  le  premier  pour  avoir  eu  égard  à  la  per- 
mission dudit  Monfort  et  donné  des  qualités  aux  parties*. 

^  <  L'expression  noble  homme,  inscrite  dans  un  acte  de  Tétat  civil,  est 
tout  justement  un  certificat  authentique  de  roture.  Avant  1789,  dans  les  con- 
trats et  les  actes  de  l'état  civil,  les  gentilshommes  prenaient  les  titres  dVcwj/er 
ou  de  »)emre.  Noble  fiomme  était  le  titre  que  prenaient  les  bourgeois  de 
quelque  importance  ;  honorable  homme  celui  que  prenaient  les  petits  bour 
geoia,  les  marchands,  les  artisans.  »  Ed.  Biré.  Correspondant  y  livraison  du 
10  août,  188  7,  pag.  562. 

'Les  tribunaux  seuls  étaient  chargés  de  poursuivre. 

^  Ar(h.dép, —  Dossier  Mojon.  Lettre  du  directoire  de  Guérande,  du  15 
janTicr  1792 .  -^ 

T.  VI.    —   NOTICES,   —    VI*   ANNÉE,    1"   LIV.  H 


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154        ju'ensàignement  secondaire  ecclésiastique 

Los  délibérations  du  directoire  de  Guérande  n'étaient  pas 
seules  à  menacer  la  libertci  de  M.  Moyon.  L'assemblée  légis- 
lative avait  porté,  le  29  novembre  1791,  un  décret  ordonnant 
la  surveillance  des  prêtres  vtsermentésy  et  le  Département 
avait  encore  renchéri  sur  cette  sévérité.  Le  9  décembre  sui- 
vant, U  publiait  un  arrêté  dont  le  troisième  article  était  ainsi 
conçu  ;  «  Que  tous  les  ecclésiastiques  non  sermentés,  quels 
qu'ils  soient,  qui,  par  leur  conduite,  leurs  discours  ou  leur 
présence,  inspireraient  la  désobéissance  aux  lois,  Téloigne- 
ment  du  culte  salarié  par  la  nation,  et  l'esprit  de  sédition  et 
de  révolte^  et  qui  abuseraient  des  choses  les  plus  sacrées  pour 
égarer  les  esprits,  seront  conduits  au  chef-lieu  du  déparle- 
ment, pour  y  résider  et  constater  leur  présence  comme  ci- 
dessus  (tous  les  jours  àmidi)V 

M,  Moyon,  adversaire  résolu  et  inlluent  de  la  Constitution 
civile,  était  dans  ce  cas  ;  il  dut  se  cacher.  Nous  ne  le  suivrons 
pas  dans  ces  nouvelles  traverses  d'une  vie  qui  semblait  devoir 
être  si  paisible  ;  car  la  tradition  ne  nous  en  apprend  que  fort 
peu  de  chose.  Nous  pensons  toutefois  que,  dès  l'abord,  les 
poursuites  furent  assez  vives,  et  nous  en  trouvons  une  preuve 
dans  ce  fait  que  M.  Moyon  et  son  vicaire,  M.  Lescard,  se  ca- 
chèrent pendu.nt  quelques  temps,  à  une  assez  grande  distance 
de  Saint- And  ré.  Le  recteur  trouvait  alors  un  refuge  soit  au 
château  dii  la  Bt'etesche,  en  Missillac,  soit  à  celui  de  la  Baronie 
en  Saint-Dolay,  mais  à  un  kilomètre  seulement  du  bourg  de 
Missillac.  Il  y  employa  ses  loisirs  forcés  à  composer  un  Cfl- 
téchmne  pour  prémunir  les  fidèles  contre  les  dangers  du 
schisme» 

M.  Moyon  demeura  une  année  dans  cette  situation  ;  mais 
les  poursuites  devenant  de  plus  en  plus  ardentes,  et  sa  noto- 

*  Cité  par  M.  A»  LaUié,  op.  cit.  page  202. 

1  Not«s  de  M.  Qaîlard  et  de  M.  Bertho,  Cet  ouvrage  fut  imprimé  et  répandu. 
Ne  aérai t-ce  point  ce  Catéchisme  à  Vusage  des  fidèles  de  la  campagiie^  dont 
parla  M.  Lalli^  dans  le  District  deMacftecoul  (pag.204),  et  que  Tadministra- 
tîûii  signalai  t  ii  toutes  les  municipalités  comme  un  écrit  séditieux  f  Mais  dans 
ce  cafi,  M.  Moyoû  l^aurait  composé  durant  les  d^ux  mois  de  son  premier  exil» 


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DANS   LE   DIOCÈSE   DE   NANTES   APRÈS  LA   RÉVOLUTION      155 

riélé  lui  rendant  sans  cloute  \  incognito  très  difficile,  ii  résolut 
de  passer  en  Espagne,  où  la  plupart  des  prCtres  du  voi- 
sinage avaient  été  déportés. 

Vivement  traqué  partout,  il  se  dirigea  vers  le  Croisic,  pour 
s'y  embarquer.  On  l'attendait  pour  lui  faire  un  mauvais  parti. 
Grâce  à  uq  déguisp^ment,  il  monta,  sans  être  reconnu,  sur  le 
bâtiment  qui  devait  le  transporter  en  Espagne.  Une  fois  au 
large,  il  entonna  le  Venicreator,  auquel  s'unirent  les  gens  du 
bord,  au  grand  ébahissement  des  patriotes^  spectateurs  déçus  \ 

de  l'embarquement*.  '  ! 

Le  vie  de  M.  Moyon  en  Espagne  fut  celle  de  tous  ses  con- 
frères, vie  de  privations,  de  tristesse  et  d'espérance.  Dès  que 
le  calme  fut  rétabli  et  la  persécution  apaisée,  il  rentra  en 
France  et  revint  à  Saint-André'.  Le  27  janvier  1803,  il  prêtait 
serment  dans  la  cathédrale,  au  gouvernement  établi . 

Comme  toutes  les  autres  paroisses,  Saint-André-des-Eaux 
avait  beaucoup;  souffert  pendant  son  absence.  L'église  avait 
été  complètement  «  dégradée  »  par  les  troupes,  et  le  pres- 
bytère, abandonné  pendant  de  longues  années,  était  inha- 
bitable. Au  point  de  vue  spirituel,  la  paroisse  avait  aussi 
souffert  ;  moins  que  d'autres  cependant  :  trois  prêtres*  en 
effet  y  avaient  passé  à  peu  près  tout  le  temps  de  la  Révolution, 
y  exerçant  le  saint  ministère.  Depuis  1795,  les  cérémonies  du 
culte  avaient  même  été  accomplies  publiquement,  dans  des 
maisons  particulières,  ou   dans  de  vastes  prairies. 

M.  Moyon,  malgré  son  âge  et  les  fatigues  endurées,  se  mit 
avec  ardeur  à  la  réparation  de  toutes  ces  ruines.  Il  voulut  en 
même  temps  réparer  les  ruines  du  sacerdoce. 

*  Notes  de  M.  Gallard,  On  lit  dans  TresTauz,  op.  cit.  :  <  U  était  .déjà 
embarqué  lorsque  des  gendarmes  vinrent  pour  Tarrôter  à  bord  du  navire  sur 
lequel  il  était  monté  Prévenu  à  temps,  M.  Moyon  se  sauva  dans  un  canot  et 
échappa  ainsi  à  leurs  poursuites.  Il  put  ensuite  se  rembarquer,  et  se  mettre 
en  sûreté,  en  partant  pour  TEspagne.  » 

'  A  la  fin  de  1800,  d'après  Tresvaux, 

'  Mellmet,  op.  cit.  XI,  156. 

^  ^*  Lescard,  vicaire,  de  Saint- André  ;  M.  Rouaud,  originaire  de  cette 
"^tte  paroisse,  et  M.  Lévêque.  —  Arch.  dép. 


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156        l'enseignement  secondaire  ecclésiastique 

Au  chevet  de  Téglise  paroissiale,  s'élevait  un  vaste  bâti- 
ment. C'était  Tancien  auditoire*.  En  attendant  que  le  pres- 
bytère fût  restauré ,  ce  local  fût  cédé  au  desservant,  et 
M.  Moyon  s'y  installa  avec  plusieurs  élèves  qu'il  groupa 
autour  de  lui. 

Nous  ne  répéterons  pas  ici  ce  que  nous  avons  dit  ailleurs. 
Ajoutons  seulement  quelques  traits  particuliers  à  cette  école. 
L'objet  de  l'enseignement  était  plus  étendu  que  dans  les 
autrtes  petits  collèges  (sauf  Maisdon).  Aux  études  classiques 
s'ajoutèrent  des  éléments  de  philosophie  et  des  notions  théo- 
logiques préparatoires  aux  cours  du  grand  séminaire*.  Nous 
pouvons  môme  ajouter  que  si  M.  Moyon  comptait,  parmi  ses 
écoliers,  plusieurs  commentants,  il  donnait  surtout  ses  soins 
à  des  jeunes  gens  plus  avancés.  Ce  que  nous  avons  dit  de 
M.  Le  Guen,  ce  que  nous  dirons  plus  bas  d'un  autre  curé 
voisin  montre  que  la  plupart  des  jeunes  gens,  étrangers  à  la 
paroisse  de  Saint-André,  qui  allaient  suivre  les  leçons  de  son 
pasteur,  avaient  déjà  fait  quelques  études  sous  la  conduite  de 
celui  de  leur  propre  paroisse.  D'ailleurs,  en  parcourant  les 
listes  des  séminaristes  conservées  aux  archives  de  Tévêché  de 
Nantes,  seuls  documents  officiels,  et  encore  incomplets,  qui 
puissent  nous  guider,  nous  constatons  que  le  plus  grand 
nombre  des  élèves  de  M.  Moyon  étaient  étudipnts  en 
philosophie.  ^ 

Le  règlement  était  celui  que  nous  avons  exposé,  et  laissait 
aux  élèves  beaucoup  de  liberté.  Le  lever  avait  lieu  à  cinq 
heures.  Les  élèves  de  M.  Moyon  étant  tous  destinés  à  la  clé- 
ricature,  et,  pour  la  plupart,  des  jeunes  gens,  leur  journée 
commençait,  comme  dans  les  grands  séminaires,  par  une 
demi-heure  d'oraison.  Cet  exercice  se  faisait  en    commun 


*  On  appelait  auditoire  le  lieu  où  le  seigneur  de  la  paroisse  rendait  ou  faisait 
rendre  la  justice.  L^ancienne  église  de  Saint-André  a  été  démolie  vers  1880, 
et  il  ne  reste  plus  de  Tauditoire  que  quelques  pans  de  murs,  dont  on  s^est 
servi  pour  établir  une  remise  et  une  écurie,  joignant  la  mairie  et  Técole 
communale  des  garçons.  Note  de  M.  Gallard, 

>  Notes  de  M,  Gallard. 


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DANS  LE   DIOCÈSE   DE   NANTES   APRÈS   LA  RÉVOLUTION      157 

dans  une  des  chambres  du  presbytère  ;  Monsieur  le  curé  le 
présidait;  et  les  sœurs  tertiaires  de  la  paroisse  y  étaient 
admises  :  toutefois  ces  dernières  se  tenaient  un  peu  à  Técart, 
en  dehors  de  la  chambre.  Quelle  pieuse  simplicité  !  Et  pour- 
tant ces  souvenirs  ne  manquent  pas  de  poésie.  Ne  semble-Mi 
pas  que  Brizeux,  une  des  gloires  de  ces  humbles  écoles  près- 
bytérales,  ait  pénétré  jadis  dans  la  demeure  du  curé  de  Saint- 
André  et  qu*il  ait  peint  au  naturel  le  simple  tableau  que  nous 
venons  de  décrire  ? 

Cependant  la  nuit  tombe.  Enfants  et  domestiques. 
Quelques  voisins,  amis  des  pieuses  pratiques, 
S'assemblent  dans  la  salle,  et  leur  humble  oraison. 
Encens  du  cœur,  s*élève  et  remplit  la  maison  ; 
Et  la  journée  ainsi,  pieuse  et  régulière, 
Comme  elle  a  commencé  finit  dans  la  prière*. 

Comme  partout,  la  classe  du  matin  se  faisait  au  presbytère^ 
à  dix  heures  ;  et  celle  du  soir,  souvent  par  les  chemins.  * 

«  On  a  peine  à  comprendre,  remarque  celui  qui  nous  a 
transmis  ces  détails,  comment  le  vénérable  curé  pouvait  faire 
face  à  tant  d'obligations  qui  lui  incombaient  dans  son  pres- 
bytère, à  Téglise,  dans  l'étendue  d'une  paroisse  marécageuse/ 
et  môme  dans  les  paroisses  voisines  avec  lesquelles,  la  répu- 
tation de  ses  lumières  et  de  ses  vertus  lui  créait  de  nom- 
breuses relations*.  »  Mais  de  quoi  n'e*st  pas  capable  le  zèle 
d'un  saint  prôtre,stimulé  par  les  besoins  pressants  des  âmes  ? 

Il  est  difficile  de  connaître  exactement  le  nombre  des  éco- 
liers qui  suivirent  les  leçons  de  M.  Moyon.  Une  note,  que 
nous  avons  sous  les  yeux',  prétend  qu'il  n'en  eut  que  sept. 
Mais  c'est  une  erreur  manifeste.  On  s'expliquerait   difflcile- 

<  Mariât  édition  Lemerre,  p.  84. 

»  Notes  de  M.  Gallard* 

9  Ceti3  note  nous  a  été  fournie  par  M  Gallard,  d*ordinaire  pourtant  très 
exact  ;  mais  il  avait  été  lui-même  induit  en  erreur  par  des  élèves  qui  n'avaient 
eonnn  que  les  darnières  anné3s  de  Técole,  ot  dont  les  souvenirs  sur  ce  point 
étaisnt  nécessairement  incomplets. 


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i58        l'enseignement  secondaire  ecclésiastique 

ment  la  célébrité  relative  dont  a  joui  Técole  de  Saint-André 
et  !e  cas  qu'en  faisait  M«'  Duvoisin,  si  elle  n'avait  eu  qu'une, 
action  aussilimitée.  Dans  les  registres  de  révôehé,  dont  nous 
avons  déjà  parlé,  on  trouve,  à  Saint-André,  quatorze  élèves 
pour  l'année  1806,  et  pour  Tannée  1811,  un  chiffre  à  peu  près 
égal  :  ce  qui  nous  donne  à  penser  que  tel  était,  en  moyenne, 
le  nombre  des  élèves  de  M.  Moyon.  Si  nous  ajoutons  que  ce 
respectable  pasteur  remplit  les  fonctions  de  professeur  de- 
puis son  retour  d'Espagne  jusqu'en  1813,  on  aura  une  idée  des 
services  qu'il  rendit  au  diocèse  de  Nantes. 

Voici,  parmi  les  élèves  de  Saint- André-des-Eaux,  qui  furent 
prêtres,  ceux  dont  les  noms  sont  parvenus  h  notre  connais- 
sance : 

MM*  François  Delalande,  mort  curé  de  Marsac,  et  son 
frère  Marc,  mort  vicaire  de  Saint-Lumine-de-Clîsson  ;  Pierre 
Fourré,  curéde  Jans;  Etienne  Mahé,  mort  curé  de  la  Rouxière; 
Gilles  Moyen,  mort  curé  de  Cordemais  ;  Philippe  Perrigaud, 
ancien  curé  de  Saint- Joachim,  puis,  pour  cause  de  santé,  curé 
du  Temple  ;  François  Pelaud,  mort  curé  de  Donges  ;  Joseph 
Hervy,mortà  Sainte-Reine;  rabbéGouray,curédePontchâteau 
et  restaurateur  vénéré  du  calvaire  élevé  par  le  bienheureux 
P.  Montfort,  mort  dans  sa  paroisse,  en  1857  ;tous  ces  prêtres 
avaient  déjà  commencé  leurs  études,  soit  à  la  Chapelle-des- 
Marais,  soit  à  Saint-Joachim,  soit  à  Sainte-Reine,  lorsqu'ils 
allèrent  à  Saint-André.  La  plupart  d'entre  eux  firent,  dans 
cette  dernière  paroisse,  leur  rhétorique  et  leur  philosophie, 
et  de  là  entrèrent  directement  au  grand  séminaire, 

Nous  devons  ajouter  d'autres  noms  encore  :  MM.  Julien 
Mahé,  mort  curé  de  Couôron  ;  Jean-Marie  Mouchet  ;  Christien , 
curé  de  Missillac,  mort  à  Nantes  ;  Jean-Marie  Bertho,  mort 
curé  de  Plessé  ;  Deniaud,  curé  de  Mouzeil  ;  Faugaret,  curé  de 
Dûulon  ;  Geoffroy,  curé  de  Saint-Lyphard,  ces  trois  derniers 
nés  à  Saint-André,  et  morts  dans  leur  paroisse  natale  ;  Peltieo 
mort  curé  de  Savenay  ;  Henri  Orillard,  chanoine  honoraire 


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DANS   LS   DIOCÈSE   DE   NANTES  APRÈS  LA   RÉVOLUTION      159 

directeur  du  petit  collège  de  Ctiauvé,  mort  dans  cejte  maison  ; 

Bigaré,  également  chanoine  honoraire,  mort  curé  du  Croisic. 
Il  y  aurait  sans  doute  beaucoup  d'autres  noms  à  citer, 

surtout  si  nous  ajoutions  les  noms  de  ceux  qui  n'embrassèrent 

pas  Tétat  ecclésiastique*  nous  croyons  toutefois  cette  liste 
suffisante  pour  faire  apprécier  le  bien  qu'opéra  M.  Moyen, 
et  pour  justifier  cette  notice,  un  peu  longue  peut-ôtre,  mais 
qui  nous  paraît  méritée. 

En  1811,  M.  Lebastard,  dont  nous  parlerons  plus  bas, 
ayant  pris  la  direction  du  collège  de  Guérande,  le  recteur  de 
Saint-André  songea  h  fermer  son  école.  Cependant  il  attendit 
encore  un  an  avant  de  prendre  une  résolution  définitive. 
Lorsqu'il  vitTabbé  Macé  succéder  à  M.  Lebastard,  il  n'hésita 
plus^  Le  maître  ne  devait  pas  survivre  longtemps  à  son 
école. 

Très  actif,  malgré  son  grand  &ge,  il  donnait,  pendant  les 
vacances  de  ses  élèves,  des  retraites  ou  missions  dans  les 
paroisses  voisines.  Il  revenait  du  Croisic,  après  avoir  accompli 
cette  œuvre  de  zèle,  quand  son  cheval  s'abattit  sur  la  butte 
•de  Saint'Servais*  ;  sa  santé  en  fut  gravement  ébranlée.  Il 
mourut  à  Saint-André,  le  31  octobre  1813,  et  fut  inhumé,  deux 
jours  après,  dans  Thumble  cimetière  où  si  souvent  il  avait 
prié*. 

Il  nous  reste  peu  de  choses  à  dire,  pour  compléter  ce  por- 
trait. Aussi  sincèrement  modeste  qu'il  était  profondément  ins- 

*  L*aii  d'eax,  nommé  Deniaud,  deYint  soldat  et  eut  une  jambe  emportée  par 
le  premier  boulet  lancé  par  Tennemi  k  la  bataiUe  de  Wagram.  Il  mourut  à 
Saint- André. 

'  Notes  de  M.GaUard.  —Nous  devons  toutefois  ajouter  que  les  registres  de 
l'évèché,  pour  Tannée  1813,  font  encore  mention  de  quelques  écoliers  résidant 
à  Saint-André. 

*  Entre  Escoublac  et  Guérande. 

*  «  I4  2  novembre  1813,  tu  le  certificat  de  décès,  a  été  inhumé  le  corps  de 
M.  Joseph  Moyen,  curé-dessenrant  de  cette  paroisse,  fils  de  Luc  Moyon  et  de 
Perrine  OUÎTaud,  son  épouse,  en  présence  de  MM.  Crossais,  de  Saint-Nazaire, 
Ouénel,  desservant  d'Escoublac,  Orseau,  de  Saint-Sébastien,  Durand,  curé 
d'Herbignac,  et  Christien,  vicaire  de  Guérande.  >—  Extrait  des  registres 
^  la  paroisse  de  Saint- André-des-Eaux . 


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160 


L  ENSEIGNEMENT    SECONDAIRE   ECCLESIASTIQUE 


ruit,  M.  Moyoa  refusa,  dit-oa,  plusieurs  fois,  d'échanger 
pjurdes  p53itioa3  plus  brillantes  sa  chère  petite  paroisse  de 
Sairtt-Anlréi  et.  après  Tavoir  évangélisée  avec  amour,  il  vou- 
lut y  mourir. 

Sachante  n'était  pas  moins  remarquable  :  on  le  vit,  durant 
des  années  de  disette,  mendier  de  porte  en  porte,  pour  les 
pauvres,  des  secours  qu'il  faisait  ensuite  distribuer  avec  ordre 
et  discernement  à  son  presûytère.  Aussi,  était-il  devenu  Tar- 
bître  et  le  conseiller  de  ses  paroissiens  dans  la  plupart  des 
difficultés  qui  s'élevaient  entre  eux  ;  et,  plus  d'une  fois,  ses 
décisions,  toujours  marquées  au  coin  de  la  justice  et  du  bon 
sens^  furent  confirmées  par  les  hommes  de  la  loi  ou  les  tri- 
bunaux. 

Ce  que  nous  avons  dit  du  recteur  de  Saint-André  montre, 
avec  ses  lumières,  la  grandeur  de  son  zèle  et  de  sa  charité 
Un  trait  le  peindra  mieux  encore. 

Dans  la  paroisse  natale  de  M.  Moyon,  un  malheureux 
prêtre  avait  donné,  durant  les  jours  mauvais,  les  plus  afifreux 
scandales.  Après  avoir  prêté  le  serment  schismatique,  accepté 
sans  institution  canonique,  la  cure  de  Crossae,  attristé  les 
âmes  fidèles  par  le  spectacle  de  ses  orgies,  et  pris  part  à 
toutes  les  violences,  exercées  dans  ce  pays,  par  une  bour- 
geoisie profondément  révolutionnaire,  Guillaume  Sambron 
avait  mis  le  comble  à  ses  crimes  et  à  son  déshonneur 
en  contractant  une  union  sacrilège.  La  mort  de  la  mal- 
heureuse* qui  n'avait  pas  rougi  d'accepter  sa  main  et  le  réta- 
blissement du  culte  catholique  semblèrent  ouvrir  les  yeux  à 
ce  misérable. 

M.  Moyon,  qui  était  trop  éclairé,  trop  charitable  et  qui  avait 
trop  souffert  pour  ne  pas  être  indulgent,  Taccueillit  avec  bonté 
et  s'cfTorf^a  de  le  faire  rentrer  dans  la  voie  du  devoir.  Il  eut 
avec  lui  de  nombreux  entretiens',  lui  fît  faire  une  retraite,  au 

*  Saoubron  rengagea,  au  lit  de  mort,  à  se  repentir  de  sa  faute, 
s  C'ét[iit  le  jeudi,  jour   où  M.  Moyon  donnait  congé  à  ses  étudiantsi,  que 
Sanihroh  venait   à   Saint-André.    Les  entretiens   avaient    lieu  souvent  à  la 


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DANS   LE    DIOCÈSE   DE  NANTES   APRÈS   LA   RÉVOLUTION      161 

presbytère  de  Guérande,  sous  la  direction  de  M.  de  Bruc,  de- 
puis évoque  de  Vannes,  et  le  conduisit  lui-même  à  Montoir, 
faire  amende  honorable  devant  les  témoins  de  ses  scandales. 
Tel  était  M.  Joseph  Moyen,  recteur  de  Saint-André- 
des-Eaux.  Une  si  belle  figure  ne  devrait  pas  être  vouée  à 
l'oubli;  et  pourtant  dans  ce  diocèse  de  Nantes,  est-il  beau- 
coup de  fidèles,  estril  beaucoup  de  prêtres  qui:  savent  même 
son  nom  ?  Il  est  dédommagé,  nous  n'en  doutons  pas,  dans  le 
sein  de  Dieu,  qui  récompense  les  humbles.  Mais  de  plus  la 
modeste  paroisse,  dont  il  a  été  le  curé  pendant  près  de  qua- 
rante ans,  est  rtstée  fidèle  à  son  souvenir.  «  Les  gens  du  pays 
ont  tant  de  respect  pour  sa  mémoire,  qu'ils  vont  prier  sur  sa 
tombe  et  l'invoquent  comme  un  bienheureux* .  • 

Avant  de  terminer  le  chapitre  de  Saint-André-des-Eaux, 
nous  devons  ajouter  un  mot. 

Dans  beaucoup  de  paroisses,  les  membies  du  clergé,  se  fai- 
sant tout  à  tous,  se  transformèrent  en  simples  maures  (T école, 
enseignant  à  lire  aux  petits  paysans.  C'est  ce  qui  arriva  à 
Saint-André.  M.  Lescard*,  vicaire  de  M.  Moyen,  vaillant  con- 

lacristie,  et  retardaient  parfois  le  catéchisme.  Un  jour  que  la  séance  avait  été 
plas  longue  et  Vimpatience  des  enfants  plus  vive,  M.  Moyon  dit  à  Cis  derniers 
que  c'était  un  malheureux  prêtre  égaré  pendant  la  Héfolution  ;  mais  qu*il 
fallait  bénir  Dieu  parce  que  sa  grâce  Tavait  touché  et  le  ramenait  dans  le  bon . 
chemin.  Il  leur  fit  easuite  une  grande  et  belle  instruction  qui  resta  profon- 
dément gravée  dans  Fesprit  de  ces  enfants.  »  U  parait  que  ce  prêtre,  un  jour, 
se  présenta  à  la  cure  demandant  M.  Moyon.  Celui-ci  était  à  dîner,  en  compa- 
gnie de  plusieurs  confrères.'  On  lui  annonce  Sambron  :  «  Prépare  un  couvert,! 
dit-il  à  son  domestique.  L'assemblée  fut  surprise  et  le  manifesta.  Biais  le 
recteur  imposa  silence,  et  tous  se  turent,  pendant  qu'il  priait  avec  instance  le 
nouTeau  venu  de  prendre  part  au  dîner.  —  Notes  de  M.  Vabbé  Geoffroy, 

»  Tresvaux,  op,  ciL  p.  494.  —  M.  Moyon  a  laissé  deux  ouvrages.  Nous  avons 
cité  le  premier;  le  second  n'est  qu*un  recueil  de  traits  édifiants  compilés 
pendant  l'émigration.  Ces  deux  opuscules  ont  été  déposés  èi  l'évéché  par 
M.  rabbé  Deniaud.  —  Notes  de  M   Gallard, 

^  M.  Lescard,  né  au  village  de  Sav>ines^  dans  la  paroisse  de  Montêir 
(aujourd'hui  de  celle  de  Méans,  bien  que  toujours  de  la  commune  de  Montolr), 
fot  d'abord  marin  et  commença  ses  études  à  18  ou  *20  ans.  Nommé  vicaire  à 
^Qt-Ândré,  il  y  resta  jusqu'à  sa  mort  qui  arriva  le  12  mars  1820.  A  la  mort 
de  M.  Moyon,  il  avait  refusé  d'être  son  successeur.  U  n'exerça  jamais  le  saint 
ministère  ailleurs  qu'à  Saint- André  ;  lorsqu'il  mourut,  il  y  était  vicaire  depuis 
«0  ans.  Ce  fut  seulementcinq  ans  avant  sa  mort  qu'il  cessa  défaire  la  classe. 


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162        l'enseignement  secone^aire. ecclésiastiquk 

fesseiir  de  la  foi  et  prêtre  aussi  dévoué  que  modeste,    se  fit 
instituteur,  et  notre  Université^ 

Si  parva  licet  componere  magnis, 


donna  bientôt  Tinstruction  secondaire  et  l'instruction    pri- 
maire. 

M.  Moyon,  à  défaut  de  presbytère,  s'était  logé  dans  Taudi- 
toirô  ;  M,  Lescard,  lui  aussi,  chercha  un  gîte  où  il  put.  Les 
misères  de  la  Révolution,  pendant  laquelle  il  avait  souvent 
dormi  à  la  é/^//^^/oî7^,  l'avaient  habitué  à  ne  pas  se  montrer 
difficile.  Il  fit  réparer  une  chaumière  à  ses  frais  et  s*y   logea. 

Tous  les  ans,  depuis  la  Toussaint  jusqu'au  mois  dô  juillet 
(époque  des  première^  communions),  il  faisait  la  classe  à  une 
quarantaine  de  garçons.  L'exercice  commençait  entre  huit  et 
neuf  heures,  et  durait  deux  heures. 

Ceux  qui  tenaient  à  une  instruction  un  peu  plus  complète 
revenaient  dans  l'après-midi.  M.  Lescard  leur  consacrait 
encore  deux  heures,  puis  faisait  avec  eux  une  promenade 
dans  la  campagne,  récitant  son  bréviaire  ou  faisant  une  lec- 
ture, pendant  qu'ils  étudiaient  leurs  leçons. 

L'instruction  qu'il  distribuait  était  surtout  religieuse.  On 
savait  l'apprécier  :  aussi,  avait-il  des  élèves  de  Guérande 
[même  de  la  ville)^  de  Montoir,  de  Saint-Nazaire  et  de  Saint- 
Lyphard, 

L'école  de  M.  Moyon  s'alimentait  surtout  de  celle  de  son 
vicaire,  et  c'est  ainsi  que  tous  deux  concouraient  à  la  même 
œuvre  de  eMg  et  de  réparation  . 

Abbé  Rigordel. 

(A  suivre.) 


(S/S4^ê/S 


^  Tout  ce  qui  concerne  M.  Lescard  est  dû  aux  soufenirs  de  M.  Oeoffrof- 


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L'ABBAYE 


DE 


BOIS-GROLLAND 


EN  POITOU 
(Suite  et  fin'). 


PIÈCES    JUSTIFICATIVES 

I 

Reçus  qui  témoignent  des  sacrifices  que  s'imposaient  les 
Religieux  pour  Ventretien  de  leur  chapelle. 

Par  devant  les  Gon*"  du  Roy,  Notaires  de  Sa  Majesté  au  Cbâtelêt  de 
Paris  soubsignez  furent  preseus  les  sieurs  Pierre  Labbé,  marcbani 
tapissier  de  cuir  doré,  demeurant  rue  Saint  Ânthoine  paroisse  Saint- 
Panl.  Et  sieur  Laurent  Hurlot,  m^  peintre  à  Paris  demeurant  sur  le 
quay  Pelletier  parroisse  Saint-Geryais.  Lesquels  ont  reconnu  et  con- 
fessé airoir  reçu  cbacun  d'eux  en  leur  particulier  du  Révérend  père 
prienr  de  l'abbaye  de  nostre  Dame  de  Bois  Grosland  par  les  mains  de 
noble  homme  M.  Pierre  Ollivcau,  advocat  en  Parlement  Senescbal  de 
la  Tille  et  principauté  deTalmond,à  ce  présent  logé  rue  Serpente,  à 
la  Boze  Blarche,  parr"'  Saint-Seyerin.  C'est  à  fçavoir  ledit  Hurlot  la 
somme  flf*  quarante  sis  li\res  pour  la  vente   de  doux  tableaux  l'un  de 

i  Voir  la  lirraison  de  janvier  1890. 


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.   I 


164  l'abbaye  de  bois-grolland 

saint  Fiacre,  et  Vautre  de  saiate  Luce  de   sa  façon,  pour  Tusage  de 
l'Eglise  de  ladite  abbaye  de  Bois  Grosland,  ordre  de  Gisteaux  et  Gler- 
Taux  en  bas  Poistou^  qu*il  luy  a  aujourd'huy  livré  ensemble  la  somme 
de  quarante  sols  pour  les  frais  qu'il  a  convenu  faire  pour  rouler  lesdits 
tableaux  affin  de  les  envoyer  en  ladite  saint  Enetz,  et  ledit  sieur  Pierre 
Labbé,  marchand  tapissier  en  cuir  doré,  cçlle  de  douze  livres  dix  sols 
pour  la  vente  dellivrance  de  deux  devans  d'hostel  de  cuir  doré  drappé 
façon  de  Brocatel  pour  ladite   Eglise  dont  ils  ont  quitté  et  quittent 
ledit  sieur  Prieur  et  promettent  garantir  envers  et  contre  tous.  Et  a 
ledit  sieur  Senesçhal  déclaré  que  ledit  sieur  Prieur  a  fait    achepter 
lesdits  tableaux  et  devans  d'bostel  pour  d*autant  satisfaire  à  Tarest  de 
Nosseigneurs  du  grand  conseil.   Et  transaction    faite  en  conséquence 
entre  ses  autheurs  Prieur  et   Relligieux   de  ladite   abbaye.  Et  feu 
Monsieur  l'abbé  Gravel,  abbé  de  ladite  abbaye   ayant  succédé  à  feu 
Monsieur  Tabbé  de  Lingendes  aussy  abbé  de  ladite  abbaye.   Et  pour 
ladite  garantie  lesdits  Hurlot  et  Labbé  esUsent  leurs  domicilies  en  leurs 
demeures,  promettant  obligeant  renonçant.  Fait  et  passé  à  Paris  ea  l'es- 
tudedudit  notaire  soubsigné.  L'an  mil  six  cent  quatre-vingt-sept  le  dou- 
zième jour  dudit  mois  de  mars  et  ont  signé  fors  ledit  Labbé,  qui  a  dé- 
claré de  sçavoir  escrire  ny  signer  de  ce  enquis  en  la  minute  des 

demeurée  à  Taboue  Vun  desdits  notaires  soubsignez.  Pour  coppie. 

4  nov,  iê86.  —  Par  devant  les  notaires  gard'"  du  Roy  au  châtelôt 
de  Paris  sous®*  furent  présents  les  sieurs  Jean-Bap»*  Loir  m*  orfèvre  à 
Paris,  dem*  sur  le  Pont  au  Change  à  l'Image  S'-André,  parroisse  S<- 
Jacques  de  la  Boucherie  ;  Jacques  Brou,  m^  brodeur,  et  m^  chazublier 
à  Paris,  dem*  à  Paris  rue  de  la  Barillerie,  parroisse  susdite  8»-Jacques 
de  la  Boucherie  ;  Pierre  Greneau,  m^  fondeur  en  cuivre  et  laton,  dem' 
rue  de  la  Ferronnerie  à  l'enseigne  du  Grand  Cornet,  parroisse  des  S"- 
Innocents,  Louis-Charles  Duhin  pegaeur  tabletier  à  Paris,  dem'  rue  des 
Ârcis  parroisse  S'-Médard,  Mathieu  Le  Blond,  m^  en  taille  douce  dem, 
rue  S'- Jacques  en  la  maison  de  Teaseigne  de  la  Cloche  d'argent  par- 
roisse S'-Benoist.  Lesquels  ont  reconnu  et  confessé  avoir  chacun  eu 
leur  particulier  du  R.  P.  Dom  Pierre  Jan,  prieur  de  l'abbaye  de 
Nostre-Dame  de  Boisgrolaml,  ordre  de  Citeaux,  filiation  de  ClermoDt 
les  sommes  cy  après  pour  les  marchandises  cy  après  spécifûées  que 
ledit  sieur  prieur  pour  ce  présent  dem'  ordinairement  à  ladite  abbaye 
estant  de  présent  à  Paris,  logé  rue  du  B>ut  de  Brie,  parroisse  S*-8erDin 


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l'abbaye  de  bois-grolland  165 

a  déclaré  avoir  achepté  des  sieurs  susnommez  pour  servir  à  l'ornement 
de  réglise  de  lad.  en  exécution  de  Tarrest  de  nosseigneurs  du  grand 
Conseil  de  sa  Majesté,  rendu  le  vingt  septième  février  16'  quatre-vingt-un 
entre  les  prieurs  et  religieux  de  ladite  abbaye  et  les  héritiers  de  feu 
H**  Jacques  Gravel,  abbé  commandataire  de  ladite  abbaye;  c'est  assavoir 
ledit  sieur  Loir  la  somme  de  deux  cens  quatre-vingt-huit  livres  pour 
Tentes  délivrances  par  luy  £aite  audit  prieur  d'un  calice^  un  bassin  et 
canettes  le  tout  d'argent  blanc  cizelé  ;  ledit  sieur  Braud  celles  de  quatre 
cens  quatorze  livres  cinq  sols  six  deniers  pour  vente  et  délivrance  par 
luy  faite  d'une  chasuble  devant  d'austel  et  chappe  à  fonds  blanc 
semée  de  ilenrs  de  diverses  couleurs  le  tout  de  soye.  Plus  une  autre 
chazoble  avec  son  devant  d'austel  à  chappe  de  satin  noir  dont  les 
Offrais  sont  de  satin  blanc,  plus  une  chazuble  et  devant  d'autel  de  mo- 
hère  verte.  Plus  une  autre  chazuble  avec  son  devant  d'autel  et  chappe 
violette  de  soye  façon  de  damas.  Plus  une  autre  chazuble  à  devant 
d'autel  de  brocard  rouge,  à  fleurs  blanche^  le  tout  garny  à  l'exception 
de  reniement  noir  de  galon  et  parrement  d'argent  faux.  Plus  un  devant 
d'autel  d'oripeau  vulgairement  appelé  cuir  doré  le  tout  généralement  et 
rendu  fait  etfoumy  comme  dit  est  audit  sieur  prieur  avec  un  estuy  de 
cuir  pour  mettre  lesdits  calice  bassin  et  canettes  d'argent.  Ledit  sieur 
Greneau  la  somme  de  quatre-vingt-douze  livres  pour  une  grande  croix 

avec  six  grands  chandeliers  et le  tout  de  cuivre  généralement  a 

anssy  fourny  vendu  et  livré  audit  sieur  Prieur.  Ledit  Dubin,  ébéniste,  la 
somme  de  quatorze  livres  quinze  sols  pour  deux  crucifix  d'y  voire  dont  les 
croix  sont  d'ébène  avec  six  chandeliers  de  bois  vernys  de  rouge  avec 
anBsyuQ  crucifix  d*yvoire  sur  une  croix  de  bois  verny  de  rouge  aussi  par 
luy  fonmy  vendu  et  livré  audit  sieur  Prieur.  Et  ledit  Le  Blond  la  somme 
de  six  livres  dix  sols  pour  vente  et  délivrance  par  luy  faite  audit  sieur 
Prieur  a  trois  canons,  trois  évangiles  et  trois  lavabos,  le  tout  par  lesdits 
siears  sus-nommez,  fourny  et  livré  comme  dit  est  audit  sieur  prieur  à 
plasienrs  et  diverses  fois,  depuis  un  mois  en  ça.  Desquelles  sommes  par 
eux  reçues  ils  acquittent  et  descharges  chacun  en  leur  particulier  ledit 
sieur  Prieur  et  tout  autorisent  et  promettent  l'en  faire  tenir  quitte 
«nvers  et  contre  tous. 

Reçu  fait  et  passé  à  Paris  en  l'estude. 

L'an  46*  quatre-vingt-dix,  le  quatrième  jour  de  novembre  avant 
iiiidy  et  ont  signé  la  minute  du  présent  demeurée  à  Baglan,  notaire. 


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L 


166  l'abbaye  de  bois-grolland 


II 


Résumé  des  Papiers  Cerisier  et  Rentier  en  argent  et  en 
grains  deûs  à  Vabaye  Royale  de  Boisgrolland  commen  • 
çant  en  Vannée  i729,  complété  parles  renseignements 
trouvés  dans  le  Papier  Terrier,  des  seigneuries  de  la 
même  abbaye. 

Paroisse   de  Poyroux. 

Mon^""  le  curé  de  Poiroux  doit  sur  ses  dix  jouraaux  de  vigaes  franches 
dans  notre  fief  de  Rémartia  ea  S^-Hilaire  de  Talmoad,  par  chaque 
année  deux  sols  de  rente.  —  2  s. 

Les  Coudres. 
M.  de  U  Salle,  doit  sur  une  noué  de  son  village  dea  Goudres.  —  2  s. 

La  Proutière. 

Le  dit  S%  doit  sur  sa  maison  de  la  Proutière  (rente  quéritive.) — 
12  boisseaux  de  seigle. 

Le    Village    du  Bois. 

Doit  le  terragedont  toutes  les  terres  sont  sujettes,  au  sixte  des  fruits 
y  croissant  par  labour.  —  12  sols  àNoël^  13  b,  1/2  avoine,  4  livres 
cire,  i  chapon. 

TensLucien  :  M.  Buor  de  laGoupperie,  tenancier  en  1748^  confirmé 
par  plusieurs  déclarations  ;  —  en  mai  4620,  Josué  Bodin,  S'  du  Pontet 
Louis  Gaudin  et  autres  coteneurs  ;  — juillet  1698,  Claude  Caudin  ;  — 
S  juilkt  1658,  Bodin,  chevalier,  sieur  des  Gousteaux  ; —  le  19  avril 
16'ï8  ;  —  JacqueBeleau,  écuyer  ;  en  1667,  arrentement  à  Pierre  Jons- 
set,  ^^  en  1680,  transaction  du  15  septembre  passée  pardevant  Robin 


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l'abbaye  de  bois-grolland  167 

et  Gaadin,  n***  de  Poiroux,  eatre  Oliveaa  et  la  commaaauté  aux  coq- 
dîtions  d-dessns  éaoacées,  parce  que  les  teaeurs,  n'emblavaient  plus 
que  lesgîtes  des  Goudres,  autrefois  déchaînés  du   terrage. 


Brétomeliève. 

Ce  Tillage  est  sujet  à  la  sixte  partie  des  fruits.  Les  propriétaires  sont 
teaas  de  fournir  à  l'abbaye  deux  hommes  de  Bien  par  semaine  et  sujets 
au  gaet  et  reguet.  —  i2  s.  6  d.,  iO  8.,  25  s.,  4  b.\de  froment. 

Bq  août  1753,  le  s'  Angibaudière  rendaveu  de  sa  maison  audityillage. 

Jain  1755,  Pierre  de  Bien,  s' de  la  Conr  rend  aveu  à  sa  maison  audit 
TiUage. 

Mai  1738,  Charles  Gheyris,  s^de  la  Cour,  rend  aveu  de  sa  maison 
andit  village.  —  22  sacs  avoine,  2  chapons, 

G«cy  est  soutenu  par  une  déclaration  du  13  avril  1550,  de  J.  B. 
Garcireau,  et  Nicolas  et  J.  F.  Martin  et  leurs  parsoniers  en  fief  des  Reli- 
^eax  et  abbé  de  Breïl-GroUand.  Ledit  village  est  sujet  au  pascrel  des 
GoroTisei  Bestesbelines  à  raison  de  1  denier  depacrage  par  chacune  et  doit 
par  chacune  deux,  toutes  les  semennes,  un  homme  de  bian  à  la  soumission 
des  religieux  et  abbé.  Tiennent  toutes  les  dites  terres  dudit  village  et 
landes  de  M'^des  Gregs,  et  autres  terres  du  S*'  de  Garnauld  et  d'autres 
es- terres  de  la  Jarrière*. 

Village  de  la  Perochère. 

Il  doit  outre  le  terrage  des  terres  qui  sont  dans  le  fief  de  Tabbaye,  qui 
est  de  iiix  gerbes  une,  la  rente  de.  —  9  b.  de  seigle. 

Le  17  may  1749  M""  Lidie  de  Kerveno,  rend  aveu  de  ses  terres  de  la 
Perochère,  et  reconnaît  ôtre  sujette  audit  devoir.  —  3  chapons,  i  poule^ 
5  sols. 

Déclaration  de  Pierre  Serin  (26  avril  1750).  _ 

9  Louis  Gantet  (21  may,  1748)  qui  exploite  le  moulin  et 

reconnaît  devoir  —  4  6.  de  seigle, 

«  Ce  fief  a    été  concédé  par  la   dame   Péronnelle  vicomtesse    de  Thoars, 
comtesse  de  Beaon^  dame  de  Talmond. 


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168 


L  ABBAYE   DE  BOIS-GROLLAND 


La  Maison  neuve. 

Ce  TÎllage  exempt  du  terrage,  doit  une  rente  annuelle  et  rendable 
par  transaction  du  i  9  juin  1688.  — 3  b,  de  seigle,  i  b,  avoine. 

M.  Vincent,  chirurgien  deTalmond.  —  6  deniers, 

M"'*  Bignonneau,  veuve  G uinoizeau,  rend  aveu  par  une  déclaration 
ûu  5  mars  1760  la  lande  appelée  Prise  des  Bignonnoaux,  aujourd'hui 
Maisonneuve,  —  3  sols,  i/2  livre  cirCy   8  sols^  2  deniers, 

Luc  Brbac  (décl*»"  duH  juillet  1760).  —  2  chapons,  8  sols,  4  den. 

Pierre  Bigaonneau  rend  le  Rondet(7^may  4755).  —  8  sols,  4  den. 

Le  Pay. 

Ce  village,  outre  le  teriage  de  plusieurs  jardins  et  pièces  de  terre, 
doit  en  argent  par  an.  (Les  héritiers  de  M.  de  Bou rehaussée).  —  ^  s. 
6  den.,  b  den,,  i  chapon,  , 

24  juillft  1754.  M'^  Claude  Paris  possède  des  terres  dans  les 
MalteSf  le  marais  de  la  Gerbaudière,  à  Jousse,  à  Bourtroussé  [6ef  de 
de  Rémartin- Vignes)  à  la  Mullenîère.  —  îd,  par  journal,  3  b,  seigle. 

Déclarations  de  1620,  1645  et  1658  par  Jean  Boursequin,  N^' qui 
avait  acheté  le  6  mars  1633,  d'Isaac,  marchand,  tous  les  droits,  parts 
%t  portions,  noms,  raisons,  actions,  domaines  et  héritages  et  hiens 
mcublea  du  dit  village  du  Pay,  sujet  à  plusieurs  cens  et  devoirs  qu'Isaac 
n'a  pu  déclarer. 

La  Noûheries. 

Ce  \illage  ne  doit  pas  le  terrage^  mais  seulement  sur  un  certain 
canton  de  terre  appelé  le  Rondet  de  Bois-Grolland  ;  il  doit  en  argent. 
—  2  s.  0  den.,  2  chapons,  24  b,  seigle,  24  b,  avoine, 

BîHaud  etparsoniers^  Pierre  Giraudeau  et  parsoniers  4751 ,  Pierre 
GiraudeaUj  du  Gué-Châtenay,  Magdelaine  Brianceau,  possédaient  une 
partie  du  village.  En  1749,  Marie  Le  Geay,  figure  pour  une  pièce  de 
terre.  —  Déclaration  de  1602,  rendue  par  Renée  Ghartier,  tutrice  de 
Pierre  Giraud,  S'  delà  Clerye,  et  par  Nicolas  Gouchaud,  Thomas 
Joacbim  Crié,  René  Maussion,  Jacques  et  Vincent  Mathé,  Laurence 
Etienne  Âviars. —  Déclarât^'"  de  1658,  par  Jean  et  Catherine  Maussion, 


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l'abbaye  de  BOIS-GROLLAND  169 

et  lears  cotenears  qui  sont  le  S*'  de  Lézardière,  André  Miogaet,,8'  de 
la  Gariière,  Pierre  Giraud,  8'  de  la  Glerye^  les  héritiers  de  feu  N. 
Crié.  —  En  1751 ,  le  S' Jaunastre  de  la  Bataillière  rend  sa  déclar*"  pour 
le  Rondet. 

Jousse. 

Dans  ce  village,  une  pièce  de  terre  (rOnche  du  Châtaignier)  doit 
une  rente  annuelle  de  —  i  sol,  8  den.,  i  chapon. 
Les  héritiers  de  M.  de  Bourchaussée.  —  3  deniers. 
Déclarations,  en  1620,  parN.  et  Denis  Bignonnean; 

»  en  1 633,  par  Fçou  Sorin  et  Michel  Berton  ; 

»  en  1658,  par  P'*  Bernard,  8'  de  la  Maison-Neuve,  et 

»  par  Nicolas  et  Catherine  Bignonneau  ; 

»  en  1754^  par  le  S'  Paris. 

Les  Mattes. 

Sont  plusieurs  prés  joignant  la  rivière  de  Poiroux  sur  quoy  est  dû 
par  an.  Modo  Brizard,  charpentier  à  Poiroux,  Raphaël  Pothier,  Bignon- 
neanx  et  autres  {rOye  blanche  apprétiée  à  dix  sois).  — ^  3  ch&ponSf 

1  oye  blanchSf  2  sols. 

Déclarations  :  par  Marie  Le  Geay  (1749),  Jacque  Guillet  (môme  date), 
M**  de  Ktrveno  (môme  date),  M'^^  Claude  Paris  (1754),  Luc  Brizac 
(1750).  Dans  ia  déclaration  de  M*  Le  Geay  figurent  le  8^'  de  Poiroux 
et  René  Bignonneau. 

La  Mauvaisinière» 

Ce  village,  outre  le  terrage,  doit  par  an.  —  12  b.  avoine,  3  sois, 

2  chapons. 

Modo  M»'  La  Vergne  Grefifau,  M"'  Berton,  V  de  M.  Berton,  p'  de 
Taimont.  Modo,  Mademoiselle  Perenne,  V*  Pépin. 

Item  le  Paquier  des  Ouailles  qui  est  de  1 3  brebis  avec  uno  ou  un 
mouton,  mais  nous  ne  les  prenons  que  de  deux  ans  en  deux  ans,  M.  le 
Baron  de  Poyroux,  prenant  le  reste.  La  pièce  de  terre  dite  La  Longeay 
esi  terragée  avec  le  baron.  Déclaration  :  Louise  Perrayne  (19  may  1738). 

T.    VI.    NOTICES.   —    Vl«   ANNÉE,    1"   LIV.  12 


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170  l'abbaye  de  bois-grolland 


La  Brethomellière. 

Ce  village  doit,  outre  le  terrage,  —  3  Z.  7  sols. 

On  prétead  aassi  le  paquier  de  toutes  bettes  bellines  à  1  dealer  par 
chacune.  Modo  faimichaud  de  Talmont,  Martin  greffier  deTaimont, 
Ruchau  (de  Grosbreûil).  -^  2  chapons,  22  bodj  avoine,  4  d,  from>, 
2  hommes  de  bien  par  semaine,  guet  et  regnet. 

Ce  yiUage,  sujet  au  terrage  de  la  sixte  partie  des  fruits,  doit  ^^Î3  8.6  d. 

Pour  une  charretée  de  bûches,  —  ÎO  s.  6  d. 

Plus,  —  25  s.,  6  d.,  kb.from^,  22  r.  avoine,  2  chappons^  2 
hommes  de  bien. 

1753,  le  S'  Angibaudière.  —  1755,  Pierre  de  Bien,  8'  de  la  Cour  ; 
en  1738,  Charles  Ghevris. 

Le  village  du  Bois. 

Possédé  par  les  héritiers  de  M.  Dhilleret^  lequel  avec  ses  parsoniers, 
doit  par  transaction  de  septembre  1680,  le  terrage,  plus.  —  Î3  b.  î/2 
avoine,  i2  sote,  4  livres  cire,  i  chapon. 

M.  de  la  Boucherie  doit  par  an,  -^  3  b.  avoine. 

Les  héritiers  de  M.  Dbilleret,  ^6b.  î/2. 

Les  Goudres  (Jacques  Soret),  —  2  6. 

La  Rouillière,  —  i  b.  i\2. 

Jousse  (Pierre  Genteau),  —  i  b.  1/2  d. 

Rentes  en  argent. 

M.  de  la  Boucherie.  —  6  sols. 
Les  Goudres.  •»  4  sols. 
La  Rouillière.  i  sol,  6  den. 
Jousse.  —  i  sol,  6  den.,  i  chapon. 

Cire. 

M.  de  la  Boucherie  et  les  héritiers  Dhilleret,  chacun  —  2  Ztures. 
Les  héritiers  Dhilleret,  —  f  chapon. 


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l'abbaye  de  bois-grolland  171 


Les  Coudres. 

Outre  les  3'  de  rente  noble  et  partie  de  la  rente  da  village  du  Bois, 
comme  possédants  partie  des  terres,  doit  de  pins,  le  terrage  sur  une 
pièce  des  Gendres  ;  il  y  a  longtemps  qn*elle  n'a  été  ensemencée,  aussi 
le  terrage  se  perd. 

Nota  :  La  Rouillière  possède  partie  des  terres  du  village  du  Bois  et 
ainsi  et  doit  partie  des  terrages  et  des  renttes,  de  plus  une  pièce  de 
terre  nommée  le  Rondet  sur  quoy  on  doit  le  terrage. 

La  Menullièi^e. 

Cette  métairie  doit  par  an,  mesure  de  Poyronz,  queritif.  Déclaration  : 
héritiers  de  M.  Bou rehaussée, modo,  M.  Brice;  modo,  M.  Paris  (4854. 

La  Bataillière. 

Gettemétairiedoitpar  an,  queritif  mes.  de  Poyroux  modo.  Le  sieur 
Jonatrepar  ses  enfants.  —-3  6.  seigle. 

M.  de  la  Bataillère,  a  donné,  le  1*'  septembre  476i,  un  nouveau 
titre  de  cette  rente  par  devant  M*  Paistre,  notaire. 

LaGodelliàre. 

Métairie  qui  doit  par  an.  —  7  sols. 

Modo  la  veuve  Bitaudde  Talmond.  —  i/2  liv.  cire 

Modo  Jean  Grelaud  et  Pierre  Guilbaud. 

La  Mercerie. 

Ce  petit  téoement  situé  près  La  Nouherie,  est  sujet  à  3  den,  par  an. 
Déclaration  du  8'  Paris,  24  juillet  4754. 

Paroisse  de  Grosbreûil. 
Le  seig^  d^  '^  Boucherie,  outre  ses  parts  et  portions  de  rentes  du 


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172  L  ABBAYE  DE  BOIS-GROLLAND 

TillageduBois,  derEmerière.  de  la Gaborinière,  de  la  Pavriniêre,  etc, 
doit  âO  sous  de  realte  sur  le  jardin  appelle  de  la  Géoffralière  et  le 
lerrage  d'une  pièce  de  terre  appelée  l'Écu-de-Cor,  vis  àTis  le  chemin 
entre  deux,  — *  1  L 

La  Caillière. 

Ce  village, outre  le  terrage  de  touttes  ses  terres,  la  dîirae  des  agneaux 
et  des  pourceaux  plus  de  deux  botes  bélines,  ua  denier  ;  d'un  vaù,  un 
denier  ;  d  une  veîle,  demi  denier,  doit  en  argent  quinze  sous  deux 
deniers.  —  i>^  sols  2  b. 

Déclaration  de  ûomique  Guilbaud  (4  juin  1764). 
>  Nicolas  Le  Roy  (14  juillet  1748). 

iÊ  Les  teneurs,  de  la  Gailletière  (16  juin  4620). 

En  1631,  Jean-Armand  de  la  Gailletière  donne  aux  religieux  la  loge 
au  Roy  contenant  16  boisselées  ;  en  échange  il  reçoit  17  boisselées  si- 
tuées  daiiR  la  gaîgnerie  de  labour  de  la  mélairie  de  la  Geoiïralière  et 
et  sujettes  au  sixte  du  terrage  et  à  12  den.  de  cens. 

En  169Q,  le  16  mars,  fut  fait  le  gaulement  et  arpentage  de  la  Caille* 
tière  qui  contenait  90  boisselées  à  la  mesure  de  Poîroux  la  boisselée 
étant  de  124  gaulées  et  la  gaulée  de  12  pieds  de  longueur,  les  Religieux 
avaient,  au  tiers,  la  gite  des  Palain'de  196  gaulées,  le  jardin  du  grand 
pré(fiO  g^}  et  b  giste  du  grand  pré,  (68  g*')  en  tout  4  B^"  Tenanciers  : 
P.  Guilbaud,  P,  Godet^  Guillanteau,  Etienne  Poiroui,  Maussion, 
Arnault,  etc. , , 

Echange  fait  par  acte  du  15  octobre  1643,  avec  le  S'  MeygneUj 
S^  de  Garnaud,  et  les  Religieux  au  sujet  des  droits  respectifs. 

René  Auberl,  3^  de  Garnaud,  a  rente  à  Ch.  Bodiu,  S^  de  la  Bou- 
cherie, ea  maison  et  deppendances  sise  à  la  Géoffralière ,  tout  ainsi  que 
Tavait  le  S'  Gobard,  maréchal  à  titre,  le  tout  sis  dans  le  fief  de  Fi.  G.  at 
de  la  Boucherie  à  certains  cens  et  devoirs. 

IS  août  1658.  Déclaration  non  signée  par  laquelle  Charles  Bodin 
advoûe  tenir  le  ténement  du  cul  de  l'or  et  le  jardin  joigoant  le  jardin  de 
la  Geofl'ralière  que  possédait  le  S^  de  Garnaud,  dans  notre  fief  avec  un 
ténement  de  landes  situé  d'un  côté  es  landes  de  la  Favrelière  et  d^^ua 
côté  et  d'un  bout  un  chemin  qui  conduit  de  la  GoufTralière  aux  Gara- 
duères  lerrageabte  au  sixte. 


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l'abbaye   DK   dOlS-GROLLAND  173 


Les  Jarries  Noires. 

Oatre  le  terrage,  les  tenears  doivent  par  aas.  —  iO  sous. 

Modo  René  Massé  Maréchal. 

Item  une  livre  de  cire  dont  on  ne  paie  qne  les  2/3. 

Item.    12  n  chapon  dont  on  ne  paie  que  les  3/3. 

Partie  c^ne  le  ténement  a  été  réduit  au  domaine  de  la  maison.  L'arren- 
temeat  <io  ce  domaine,  qui  est  de  7  septrées,  a  été  fait,  le  7  juin  i561, 
parGoillaumeabbéde  Bois-Grolland,  en  l'absence  des  Religieux  qui 
ne  ToQ^  I>oint  ratifié. 

Le  ^d  juillet  1760,  René  Massé,  maréchal,  et  Louis  Massé  se 
plaigaeTZfct;  au  sénéchal  de  Fontenay  de  ce  que  Catherine  Izembart,  V*  de 
Dominicivie  Guilbaud,  marchand,  et  Louis  Reuchaud,  demeurant  à  la 
Gaille^i^r^,  ont  clos  une  portion  de  laudes  dont  depuis  plus  de  30  ans 
les  plu^ixants  avaient  la  jouissance  en  commun. 

L'Émérière. 

^  "^îll^e  doit  par  an  deux  rentes  :  une  quéritive  de  douze  boisseaux 
seigle  XEtoins  un  quart,  combles,  et  de  6  boisseaux  ràz,  mesure  de  Poy- 

ronx. j[2  5    seigle,  6  b,  seigle,  15  6.  i/4  auoine,  2  chapons,  2 

bécasses   vives,  il,  8  s.,  8  den, 
Teixariciers  :  M.  de  la  Boucherie,  la  veuve  Leveque  de  Talmond, 

Bnancea.\xj[,  Mercier,  Ruchaux  et  les  Arnauds  du  môme  village.    Le 

8'  JoUy  ^^g  Sables,  le  S' de  S'-Bry  (un  Bodin). 

La  Foresterie. 

^'^niage  doit  par  an.  —  î  b.  seigle,  i  b,  avoine,  4  sols. 
^^^aiste  en  maisons,  airaux,  vergers,  bois,  prés,   avec  un  autre 
^•ûiine     étant  en  bois,  landes,   auquel  il  y  a  un  autre  appelé  la 
onctie- Oorin.  —  i  chapon. 
^^'^^'Uts  :  M.  des  PreteiièrejB,  Michel  Martin,  Jean  Prouteau. 
*^  ^"^65,  Thomas,  abbé  de  B.  G.  arrenta  ce  ténement  à  Etienne 
^^    ^^ec  un  autre  domaine  consistant  en  bois  et  landes  où  il  y  a 
^^Uche  appelée  la  Nouche^Dorin,  tenant  d'une  pirt  à  la  Brosse 


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174 


L  ABBAYE    DE    BOIS-GROLLAKD 


Gourioti,  de  l'autre  à  la  Forest  de  rEmérièrR,  d^autre  au  Pief-Chalott^ 
d'autre  au  Fief-Philypon-Beraud,  du  prieure  de  N.-D*  de  S*  Cire, 

La  Primaiidzère* 


Ce  village  doit,  de  cens,  5  sole,  et  de  rente,  5  sols.  —  f  (3  sois,  Î2  fa. 
awine. 

Teneurs  :  Bucbaud  et  la  V*  Ruchaud  (de  p'  h''*  la  Forent). 

La  Proiitellière . 

11  est  dû  dix  sous  de  devoir  noble  sur  une  pièce  de  terre«  le  ClâUSis^ 
dêpeudantde  cette  métairie  —  JM^*'  de  la  Prautellière  qui  doît  le  terrag^ 
de  lapièce  des  Cotîsteaux,  et  de  celle  des  Moines ,  modo.  M"*  niémenceaTi. 

Coppie  d'un  aveu  fourny  par  le  sieur  de  la  Beuatonnière  eu  1473,  à 
Philippe  de  Co  mines  »  prince  et  seigneur  de  TaliuOEid  : 

a  Itom,  tienneiit  de  moy  sous  le  dit  hommage  oeui  qui  ^'ensuivent  : 

({  i""  L*abbé  de  Breil  f^rolland  a  foy  et  hommage  plain  et  trois  sols 
«  de  service  par  chacun  an,  en  chaque  feste  de  S^  Jean-Baptiste  et  à 
a  Rachat,  quand  le  cas  y  advient  à  eause  des  cens,  droits,  devoir  et 
c  terrages  qu'il  a  et  prend  par  chacun  an  sur  le»  teneurs  de  la  Boutière 
m  et  Proutelière,  à  cause  de  la  Roussel ière  pour  raison  des  teneurs 
>  dyceui.  > 

Aireu  rendu,  en  1481,  par  Pierre,  abbé  de  B.  G,-  1  Alain  Bastard, 
ieîg^  de  la  Benastonière. 

Eo  janrier  1 587*011  les Prouteau  vend  la  Rousselière  à  Pierre  Prou teau* 

NùÎB  :  Selon  toute  apparence,  la  Proutelière,  quoique  membre  delà 
Bousseiière,  doit  son  nom  aux  Prou  team  qui  en  étaient  possesseurs. 

24  avril  4602,  —  Déclaration  de  M^*  Perrayne,  S'  de  la  Housselière. 

12  may  16?Û.  —  Aveu  de  André  Raviron,  pour  la  pièce  des  Clouais, 

13  juillet  165 S.  —  Jacques  Clemenceau,  B'  delà  Clémencière,  avoue 
tenir  dans  la  dite  Rousselière  tout  ce  que  Raviron  y  possédait. 

La  Dorinière. 


Ce  village  doit,  à  No?l  —  2  chapons. 
Modo  Jacques  Guitlebnud,  la  \*  Brossa rd,  Cla^jde  Brossa rd,  Jo5«» 
Plom-Modo  Rocher. 


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^T^r-'- 


L'ABBAYE  DE  BOIS-GROLLANO  175 

La  Favrelière. 

Qe  yillage,  outre  le  terrage,  dont  nous  en  avons  de  deux  sortes,  l'un 
airec  M.  de  Salle,  qui  de  12  gerbes  terragées  en  prend  7  et  nous 
en  lusse  5  ;  l'antre  que  nous  levons  seuls.  Doit  de  rentte  en  argent  par 
année.  —  i4  sols  4  den. 

Item.  —  2  chapons  2/3. 

Item.  —  ib.  2/3  seigle. 

6  juillet  4750.  Déclarat^B  de  M.  Gh.  Bodin  deSaint-Brîs  pour  une 
métairie  et  plusieurs  pièces  de  terre.  Môme  année,  décl**  de  René 
Godet,  —  Charles  Masson,  —  André  Gabanne,  Jacques  Vrenou,  Jacques 
Rocard.  Déclar<»«  du  23  juin  4645,  et  du  22  juillet  4658,  de  Jacque  et 
de  Gharles  Bodin,  écuyers.  S"  des  Couteaux,  et  de  la  Boucherie  rela- 
tÎTement  à  20  septrées  de  terre  du  ténem^  de  la  Favrelière  —  1552 
et  1602.  4  S  contrats  sur  parchemin  constatant  que  les  rivières  sont  au 
fief  de.Boîfr-Grolland. 

Aveu,  rendu  par  André  Aadoyer,  S'  de  la  Benatonière  au  baron  de 
Poyroux  dans  lequel  est  cet  article  :  et  tient  sous  mon  dit  hommage, 
D^*  Jeanne  Âmaury  de  la  Boucherie  la  3*  partie  des  terrages  des  bleds^ 
chanvras,  lins  et  potager  des  villages  de  la  Gaborinière,  et  Favrelière, 
partant  le  8*'  de  la  Maronière,  modo  fief  Chalon^  lequel  prend  le  résidu^ 
lem  deux  parts  déduit  et  réserve  un  huitaîn  que  prend  Tabbé  de  Bois- 
Grolland. 

La  Gaborinière. 

Doit  outre  le  terrage  qui  est  de  deux  sortes^  comme  à  la  Favrelière, 
15  sols  de  devoir  noble,  un  chapon,  et  partie  de  la  rente  du  village  du 
Bois,  paroisse  de  Poiroux.  —  Le  seig'  de  la  Boucherie,  Jean  Roquart 
et  consorts.  —  15  sols,  i  chapon. 

Aveu  de  1750  par  Gh.  Bodin  de  Saint-Bris.  —  Déclar*^  de  1620- 
4645-1658  par  le  seig' de  la  Boucherie,  de  4602,  par  les  Rocards  et 
antres  parsoniers. 

Paroisse  de  Sainie-Flaive. 

Le  seigneur  baron  du  Gué  de  Bainte-Flaive,  doit  par  an  12  livres  six 
sons  en  argent,  y  compris  le«  dix  livres  seize  sous  p'  notre  portion  du 


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176 


l'abbaye   de    B0I8-GR0LLAND 


terrage  de^  lias  et  pour  le  paquier  des  bétes  bellines  sur  le  fief  commun 
pour  s'exempter  de  nous  les  mettre  ea  maias^  compris  8  sous  d'une 
parti  3  poules,  trois  pains  et  5  deniers  chacun.  La  baronie  est  sujette  à 
rachat  par  mutation  de  Seig'  abonné  à  10  fr.  sans  préjudice  des  autres 
renttes. 

Dans  le  papier  censier  de  1729,  les  religieux  réclamaient  des  articles 
autrefois  payés,  savoir.  —  68  b.  seigle,  160  b.  avoine,  12  s,  6  dL  3  d, 

3  i.  de  rente  pour  la  Brosse-Jamon-Maltière  ; 

33  3.  pour  Vmanyer  Yairant,  à  cause  de  L^Aumondière,  qui  payait  8  s. 
M^^'  Laurence  Richard,  femme  René  Thomasset,  écuyer,  s'  de  la  Con- 
tenière  ;  la  Parrîe  Ghevaudière,  8  sous  (R*  et  P.  Pérusseau,  Jacques 
Gâteau  s'  du  Verger,  le  sieur  des  Essards  La  Rebourgère,  8  s. 
(Vincente  et  Claude  Potiers  et  autres)  La  Gbauyière-Guibert  (8  s.) 
Jacques  Brochard,  et  ses  enfants. 

Déclaratiou  du  21  août  4563,  par  Joachim  B'ouchier  ;  s' du  Gué, 
signée  par  M.  Tyradeau.  —  Antre  de  1602,  par  Jean  Fouchier,  écuyer 
s'  de  Loges  ;  —  de  i633,  par  Jacques  Fouchier,  de  1658,  par  dame  Ma- 
rie Dorin,  comme  tutrice  de  Monsieur  Galixte  Fouchier.  —M.  et  M"«  de 
laRarotière  transigent  avec  l'abbé  de  B.  G.  qui  s'opposait  à  la  vente  de 
la  Baronnie  du  Gué  faite  après  saisie  par  le  duc  de  la  Vieuville. 
.», 

Bourdigale. 

Ce  téuBment  doit  ensemble  avec  le  seig^  B^°  du  Gué  —  6(ib  seigle. 

Teneurs  ;  M.  Ranfray,  n'«  et  procureur  de  Luçon,  M.  Laliére,  M.  de 
Lecure,  Biguonneau,  mercier,  Becherol  François  Segnon,  écuyer,  s'  de 
la  Gautonnerie  pour  le  domaine  de  Bouchereaux.  —  58,  b.  seigle, 

Guillaume  Cathus,  abbé  de  Bois-Grolland,  transigea,  le  13  avril  1 561  ; 
&i  un  accord  avec  les  teneurs  de  Bourdigalle  ;  mais  cet  accord  ne  fut 
.  pas  Boumisaaz  Religieux,  et  fut  cassé  par  sentence  du  %\  mars  1611. 

La  Gourdière. 

Cs  village  doit  par  an..  —  8  b,  seigle. 

Teneurs  :  Laurent  et  Nicolas  Bessy,  Louis  Guibert  et  leurs  parson- 
niers  plus  tard  :  D*^*  Catherine  Payneau,  V  J"  Maigneau,  Pierre 
Jolain  -  Paquereau . 

En  1710/ sentence  rendue  au  siège  delà  Principauté-Pairie  delà 


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l'abbaye  de  bois-gholland  177 

Roclie««ur-Yon,  en  faveur  des  Religienz  contre  M'*  Ménard,  chevalier, 
S»'  Baron  du  Gué  de  8**-Plaive. 

Paroisse  de  Giroûard. 

II  est  dû  sur  U  maison  noble  du  Vieux-Ghaon  —  20  b.  seigle. 
£n  1625,  Claude  Robert,  écayer,  S'  de  Gaon,  refusa  de  payer  cette 
rente^  mais  il  y  fut  condamné  par  la  cour  de  Paris,  le  5  septembre  1625. 

Paroisse  de  la  Chapelle- Achar t. 

L«' abbaye  y  possédait  le  fief  de  la  Pouêssière  qui  payait  la  rente  de 
30  sous.  —  30  sous. 

Déclaration  de  Girandeau,  Giraudin,  Marchand,  Penisson. 

f  633,  M'*  Jacques  Foucher,  Biron  du  Gué  de  9<*  Plaive. 

1753,  M**  Louis,  îhevalier  de  f^escare,  tuteur  de  M»*  Louis-Marie- 
Joseph,  marquis  de  Lescure,  rend  foy  et  hommage  en  la  personne  de 
Pierre  Mercier,  sénéchal  de  la  B"''  de  S^  Ftaive,  par  procuration  spéciale. 

Paroisse  de  Beaulieu. 

Le  fief  Brebion  est  à  foy  et  hommage  plain  et  à  5  den.  de  service. 
A  40  sons  d'abonny  pour  rachapt. 

Charles  Gay  Demianne  rend  aveu  ce  fief,  le  9  mars  1750.  Avmi  du  7 
juin  1503  par  Joachim  Girard,  sieur  de  la  Gues>8ière. 
Ba  4658,  par  dame  Marie  de  Saligné. 

Paroisse  d'Avrillers. 

La  métairie  desGhamps»  dépendant  de  la  maison  noble  de  Boisseau, 
doit  sa  rente  noble  de.  —  8  b.  seigle. 

Pour  le  grand  et  le  petit  Auzinière,  qui  sont  deux  pièces  de  terre, 
contenant  ensemble  20  boisselées,  (P.  Marin  de  la  Guîgnardière)  M.  du 
Chaffanlt. 

Déclaration  de  Nicolas  Garendeau,  Antoine  Ramband.  J.  Villen- 
caa,  Etienne  Pineau,  M^^*  de  Boisseau,  les  Morats. 

Le  téoement  des  Terres  Blanches,  (près  la  Levraudière)  contenant 
22  boisselées  (René  Joly,  8»  de  Levraudière).  —  16  b.  froment. 

En  avril  1748,  Charles  Dardeten  fait  Taveu. 

Louis  Guérin.  M.  de  la  Martinière. 


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'  178  L'ABBAYE  DE  BOIS-GROLLAND 


Fief  de  Bois-Grolland  (paroisse  de  Givre,  et  autres  adjacentes). 

Eq  avrîH 2 81,  Guillaume  d'Apremont,  pour  terminer  des,  contes- 
tations pendantes  entre  lui  et  les  Religieux  de  Bois-Grolland,  'donne  à 
ceux-ci  dans  le  fief  du  Bois-Guichet,  iout  droit,  toute  justice  petite  et 
grande  jusqu'à  60  sols  seulement,  sauve  la  haute  justice  et  le  pur 
empire  et  le  pouvoir  du  glaive  qu'il  s'est  réservé. 

En  mars  1300,  Raoul  d'Apremont  confirme  cette  donation. 

4  7  may  4  478.  Acte  en  parchemin^  constatant  que  le  sénéchal  de 
Poirout,  tenant  ses  assisses  dans  un  airaud  situé  au  bourg  de  Saint- 
Benoît,  le  prieur  de  Bois-Grolland,  Nicolas  Couchaudj  s'y  opposa 
parceque  le  lieu  dépendait  de  la  seigneurie  di^  Bois-Guichet,  ce  que  le 
sénéchal  reconnut  et  il  n'acheva  les  assises  que  par  emprunt  et  avec  }c 
consentement  du  prieur. 

Fief  du  Pont-Vien. 

En  1620,  Georges  Goiiin,  Nicolas  Caradu,  Pierre  Hillairet,  Jean  du 
Parcq  (1737-4748)^  François  Romillé,  François  Commailtaud  (I65B). 
18  sols,  i  l.  cire,  1/îO  agneaux,  2  sols  1  den. 

Paroisse  dOlonne. 

L*abbaye  a  plusieurs  droits  de  cens,  -rente  et  diïme  ^ur  diËTérêat^ 
marais^  bossis,  terres  labourables  dans,  la  paroisse  d'Oloane  et  h^^ 
d*Olonne. 

Les  marais  Coquaz  (42  aires)  dixme  entière.  —  5,  d.  cêns. 

Teneurs  :  Jean  Petiot,  S'  de  la  Poitevinière  (17  may  ilÂO)  1609  et 
1658.  —  Perrine  de  la  Chaume  et  de  la  Vigne. 

Possèdent  des  terres  dépendantes  des  marais  Coquas  : 
^'  Les   S"   Louis    Thilandeau,    Louis     Guignardeau,    V"  Breigneau, 

*:  Meunier. 

>     i 

J 

^*«  Tempes  sujettes  au  terrage. 

S] 

Le  Grand-Bossie  ;  —  un  au»re  Bossie. 


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l'abbaye  de  bois-qrolland  179 


Marais  de  Laurière  (80  aires  de  marais  salants). 

1633.  François  Veillon,  —  D'^*  de  Brettée  de  l'Erière,  Dame  Lorteau 
des  Sables,  —  Jeanne  Henriot,  —  M.  de  la  Bourdelière,  prôtre,  — 
Gabriel  Bandry  d'Asson  (1751)  Louis  Thilandeau.  «^  i/2  dixième, 
7  den.  de  cens. 

Pour  Ias  terres  labourables  (Garât,  Pruhôme,  Tilandière  et  autres) 
1  bois  l/â  from'  sur  le  pré  des  Noues  (8'  Jeannet  de  la  Jarie  des 
Sablos)  i  livre  cire. 

Le  Petit'Ronsin  (100  aires  de  marais  salants) . 

L,a  Touche-Boivin,  Les  terres  sujettes  au  terrage  à  la  sixte  partie 
qui  se  partage  avec  la  chapelleniede  8^*-Gatherine  deBeaulien. 

Terteurs  :  Pierre  Guigaard  ;  la  fille  de  défunt  Ghamproux  des 
Sables,  héritière  de  Dame  Habillé,  en  t750;  Pierre  Bouhier 
Bourlabé. 

Le  Grand'Ronsin  (200  aires  de  marais). 

Dame  Morisseau  —  M.  de  la  Gaudinière  —  M"""  Joulin,  V*  de 
Breîgaeau. 

Marais  Moizan  (96  aires  de  marais). 

André  Boubieu  de  Bergerie.    '■—  Les  Sœurs  de  l'hôpital  des  Sables. 
—  2  s.    6,  d.  i/4  de  livre  de  cire. 

Marais  Parèro. 

Marais  de  la  Chère foisière  (S'  h' de  Talmond). 
Il  doit  S  bois  fèves  rendables  à  Bois-Grolland.  M.  Jacques  Gaudin 
'     (des  Sablée)  Jean   Grudé,  M.  delà  Tigerie^   procureur  de  Talmond, 
^    M*  Marchais, 
\ 
I  Paroisse  de  St-Hilaire  de  Talmond. 

Le  ûef  de  Bois-Grolland  (vigne),  aliks  :  la  Gitière,  complantable  au 


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l'abbaye  de  bois-grolland 


:-J 


1 


I 


trois  et  tous  les  teneurs  sont  sujets  à  un  denier  par  jour   et  ga^nerie 
Le  village  des  Courpes,    près  la  Gistière  [dixme  des    agneaux  -: 
gorons).  —  31.,  8  sols  rente. 
Le  marais  de  la  Gherfroisière.  ^  8  b.  de  fèves. 
Le  ténem^  des  Grands  violiers.  —  2  6.  de  from^, 

»        de  la  Grenonne  ou  Lausac.  —  2  &.  ^  sols  de  /'romV 
»        de  Gatebonrse;  —  i/2  b  from}. 
Le  fief  de  S**  Hermine.  —  2  den. 
Le  fief  de  Vigne  des  Bardonnes.  —  2  den, . 

»  de  Rémartin.  —  i/4  de  fruits 

Le  Trail  de  la  Sornière   —  /2  «.,  6  den, 
Mairais  de  la  Gerbaudière.  —  2  den. 
L'aumônerie,  (de  voir  noble)  etc.  —  i  t  sols. 
Le  pré  Simon.  «-  îî  sols,  5  den. 

»      de  la  Rivière  des  Gervois.  —  2  soZs,  i  den. 
»      Bruneau.  ->  2  sols,  6  den. 
»      des  Grillières.  —  2  soU^  5  den. 
»       la  Maslonne.  —  20  sols. 
Teneurs:  Jacques  Ferré,  4747.—  Nicolas  Bonet,   Pierre  Donc, 
Jean  Garât,  Jacques  Herbert,  Georges  Nourrisson,  Mathurîn  Ârsaul, 
Jean    Magneau,   Nicolas    Bignonneau,  Thomas    MaroiHeau,   Pierrt 
Boizard,  Jacques  Mousnier,  Marguerite  Mornei,  Jean  MouilleroQ,  Jeac 
Mouilleron,  Jean  Benatier,  Pierre  Martineau,    Renéo  Jarry,  Marie 
Gharriau,  Louise  Guilbaud,   François  Joily,  Yalentin  Boizard.  Msrif 
Guiet,  André  Gueneau,  Pierre  Davy,  Ructiaud,  Frappier,  Marctiay, 
Louis  Gandin,  Pierre  Massé,  Joseph  du  Bois,  M^  Joi^eph  Bodin,  Sou- 
lard  Louis  (1749). 
La  Sornière,  La  Noue-Aymon.  —  17  s.  6  den. 
M.  le  curé  de  Poiroux,  p'  la  vigne  de  Bémartia,  Cens.  —  2  &• 
Les  pépins  de  Talmond  (pré  de  la  Sornièrfi),   modo  M,    des  Beft«- 
lières,  12  sols^  6  den. 

Le  s'  de  la  Roblinière  (terres  de  Maslonne).  —  20. 

Les  héritiers  de  Bourchaussée  (M'*  des  Sources,  Gaudin  et  aulf«^  1 

M"«  de  la  Collotière  de  Talmond,  modo  M.  Massé.  —  2  s.  6  den. 

Ville  de  Talinond. 
Dans  la  ville  de  Talmond,  les  religieux  possèdent  un  fief  qaî  consU^ 


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i 


1 


L* ABBAYE  DE  BOIS-GROLLAND  181 


sn  plusieurs  maisons  sajettes  à  des  devoirs  en   argent  dont  plusieurs 
«ont  en  bonne  possession  et  d'autres  dont  on  n'a  pas  fait  la  recherche. 

Champ-Bouchard . 

Le  f  S  maylGIS^  Magdelaine  Peletier,    déclare  aux  religieux  tenir 
plosiexirs  boisselées  de  terre  dans  un  fief  appelé  le  Champ-Bouchard  où 
'  les  dits  religieux,  ont  le  droit  de  prendre  la  quarte  partie  dans  le  ter- 
rage,  les  3  autres  parties  revenant  au  Prieur  des  Eaux  qui  est  seigneur 
da  fief. 

4  737.    Déclaration  de  Jean  du    Parc,  relativement  à  TErahbaye 
I   d'Hillairet  1752  art.  du  Pont-Vien. 

Paroisse  des  Clouzeaux. 

Ténement  des  Yergnes  tenu  à  la  rente  de.  —  40  sols. 
M.  des  Salines,  p'  la  métairie  de  l'Embertière  et  M.    Beauregard- 
Motirin,  pour  le  village  des  Laveaux  —  2  chapons. 

Longeville . 

Par  sentence  rendue  aux  requêtes  du  palais  de  Paris,  26  avril  1623, 
et  transaction  du  14*  de  juillet,  môme  année,  François  Gourdeau,  s'  de 
la  Fleirière,  s'engage  à  payer  aux  religieux  pour  la  maison  nohle  de  la 
Baugerie,  une  rente  annuelle  de  —  5  Iv. 

En  I753,J"*-M^*  Marchand,  dame  du  Brandeau,M"«  de  laGarrellière, 
M'  du  Brandean. 

Pont  Méthayer. 

lies  teneurs  du  champ  Guillard  doivent  par  an  —  13  b,  froment. 

Les  tenenrs  du  Glavelot,  (avec  maison)  par  an   —  2  ^   2   chapons. 

*  Plus  le  foin  pour  nourrir  les  bœufs  et  chevaux  qui  vont  chercher  la 

rente  en  froment.  —  M.  de  la  Moricière.  -*  M.  de  la   Gorbinière.   — 

^        M.  de  la  drernière.  —  Jug*du   14  juillet  1729  contre  Anne  Leroux, 

ép^deM'  Charles  Reignon. 
<         Pirmiles  taaeurs  du  champ  Guillard,  figure  André  B.  S'  de  Lan- 
>    iirëèr0(23ocl^'*  1738). 


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182 


L  AH  BAYE   DE   BOÎS-G  ROLLAND 


La  Caroiière. 

Sise  dans  le  fief  du  Doyen  du  Bernard,  doit  —  2'b.  frome 
La  seigneur  de  la  Roehette,  Jacques  Jamon.  et  Tonâsaînt 

Bont  assignés  par  ïes  religieux^  p^  payer  La  rente  noble*    et  i 

foncière,  du©  sur  la  dite  terre, 

Teneurs  de  ta.  C3.rouère  :  hL  Jacques  Briuaceauda  Bemurd 

Garnier«  —  M.  Buor  à  Angles. 

Le  FrancAei,  (10  journaux  de  vig^ne)* 

Veuve  Buchetde  Lonj^evittê.  —  Vincent  Garnier.  —   3  I. 
M»  Jean  Elie  Buor,  pour   la  moitié  du  Franch*ït»  —  5  L  Cil 


Fief  du  Sable, 


I 


Donné  à  l'abbaye,  en  i382,  9  nov"  par  Pierre  Bouchet^    éc 
Davaud  par  un  tire  sur  parchemin. 

Le  fîef  du  Sable  fut  arrenté  au  3r  de  la  Baugerie   —  5  Iv, 

Autres  revenus  - —  13  au. 

Le  8'  de  la  Plorencière  a  partie  en  commun  d'un  comptant.  - 

LsL  ChûpeUe'Achstrd* 

Le  fief  de  la  Fouessière,  Rliàg;  de   la   Fokerie,  [maisons» 
terres),  —  î  t.  fù  s. 

Claude  Jacquert,  Jean  Cbevratix  (des  Sables) . 

Ce  ténement  confronte  aux  landes  de  la  Noue  (Fief  de  la  Mottt 
aux  terres  de  la  commanderie  de  Bourgneuf,  et  au:c  terres  di 
dîèr«. 

Teneurs  de  1750  :  pier  ^  Giraudin,  Gh,  Pénisson,  M.    Mi 
auparavanl    :    Giles  Cha""^s>  Pierre  Bnrcîer,  Gilles  VrignoQp 
Martin^  Jacques  Ghanvea  i,  Michel  Ghsbot. 

Chaillé, 

La  Ravonnière,  teneur  de  M'  de   la  Lardîère,  Jamet»   Gi 
Jean  Baron,  et  autres  parsonniera*  —  30  smiê, 
Jean  Bouron.  —  René  Henaudin,  M' Bemitr,  —  ^  6,  BBigU, 


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^    -     - -^  * 


L  ABBAYE  DE  B0I8-GR0LLAND  183 

En  juia  1750,  Nicolas  Gatteroa^  Philippe  Ghausoa,  et  leurs  co-hé- 
ritiers,  propriétaires  en  partie  du  village  et  tellement  de  la  Rayonnière^ 
reconnaissent  devoir  ladite  rente. 

Saint'  Vincent-sur- Jard. 

La  Minée  (4boi88elée8).  —  i  b,  froment. 

Déclaration  de  Magdeleine  Leveque.  —  Les  héritiers  Pépias  de 
Talmont. 

La  même  Mag'  Leveque,  déclare  une  boisselée  au  fief  de  la  Gre- 
nonne.  —  5  sols. 

Le  fief  de  Brenusson,  sujet  à  rachapt,  doit  par  ans —  ÎO  sous» 
Mon'  de  laGarcellière  (des  Sables)  Louise  Perroteau,  (1751). 
En  1516,  François  Gosen,  écuyer,  8'  de  Brelesayre. 
En  1602»  Tabbé  Pidoux,  poursuit  Jacob  Pierre,  et  Jean  des  Forges, 
écuyers,  sieurs  de  la  Gabinière  et  St-Vincent-de-Jard,  pour  en  obtenir 
le  paiement  de  leur  cens  et  devoir  noble  sur  la  Minée  près  le  village  de 
laTigerie. 

Le  20  octobre  1535,  Àmbroise  des  Herbiers,  abbé  de  Bois-Grolland, 
baille  des  terres  auprès  de  la  seigneurie  de  la  Brunière. 

Saint'Hil&ire  de  la  Forest.  , 

L'abbaye  possédait  dans  cette  paroisse,  outre  la  ferme  de  Biard,  le 
fief  et  seigneurie  de  TErablaye  qui  est  de  son  annexe  et  divisée  en 
plusieurs  ténements  nommé  les  Elays,  le  champ  d'Àvans,  les  Encloses, 
le  Ghauzeau,  le  Ghamp-Ghamp,  etc.  —  6  d.,  i  patn  blanct  plus  le 
terrage.  Teneurs  :  1749,  M*  Hidien  André  Joussemet.  -^  6  chapons, 
W  saz  d'avoine. 

Anne  Butaud,  Buet,  de  Gaumont  (1750),  Michel  JoUy,  Robert  de 
Gré,  Louis  Biailleet  Louis  Gaudin  (1750)  Catherine  Birotheau,  René 
Baritaud  etc. 

La  maison  presbytérale  doit  —  20   s. 

La  maison  de  Tlsleau,  près  l'aumônerie  ou  les  religieux  recevaient 
leurs  rentes,  héritiers  des  Pépins,  M.  des  Bertelières.  —  î  l.  6  d. 

Maison  Foulard.  —  18  s. 

Maison  Benatier.  —  3  s. 

Maison  Mathaiin   Martin,  située  en  la  basse  ville,  au  canton  des 


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1S4  l'ABBAYË    Dïi   BOIS-G ROLLAND 

Forgêg,   tenaat  da  côté  à  la  grande  rue  qu^  coudait   du   caoton  des 
Forges  au  Vignaud  en  4620,    Pierre  Perraioe,  chiruiTgien.  —  3  s.  ôd. 

Jardin  Tailliard  (héritiers  Guyet),  —*  2  s.  3  d. 

Les  héritiers  Nicolas  Girard,  p'  la  maison  Toaroois  [Tavermerj.  — 
3B-9d, 

MaieoQ  occupée  par  Michel  G^iiet.  —  2  s.  6  den, 

7  décembre  4  J51,  Jean  Drceau,  read  2  chambres  basses  avec  un ^ 
autre  chambre  servant  de  boutique  avec  jardia  et  deppendances, — 
20  solSj  pLuB  le  marais  Gerbaudière.  —  2  sols. 

MaiiOD  Diuot^  tenant  an  chemin  par  lequel  on  va  et  vient  de  Gadoret 
à  k  halle    (Uinot,  Biaise  Morilleau,  M"'*'  Boizard.  —  8  s. 

Maison  Cherberotte  et  Le  Qnay  Gherberotte  (R.  Dinot)  6  a. 

Maison  de  Grudé  (Benjamin)  S' de  la  Doubletière.  —  5  «. 

V* B^rton,  Raclet,  fille  du  S**  Martin  pour  une  maison.  —  Sa.  3  d. 

Racletdcla  Sauvagëre,  le  S''  de  Puimicb au,  propriétaire  près  du 
fief  de  S'*  Hermine, 

Le  B'  des  Roullin  (maison  du  Gué  de  Gherberotte).  —  6  a. 

L'abbaye  de  Bois-Grolland  possède  un  fief  près  le  village  Briliouet 
dans  les  paroisses  de  8*- Aubin  et  de  S*-Etienne,  consistant  en  terrage, 

cbampars,  droit  de  ventes,  honneurs  et  autres  émoluments  de  fief. 

■ 

Prèz  des  Nouches,  près  (VOlonne.  —  1  liv.  cire. 

Teneurs  :  OUveau,  François  Le  Pelletier,  Bignoaneau,  Boivin,  les 
darnes  du  Lis  Babarin,  le  S'  de  la  Gharmerie,  de  la  Jarrie,  Jeannet, 
M*°'  Langevinière. 

Champ-Chardon,  près  Olonne.  Teneurs  :  Jean  Bourjard  et  Bouli' 
neau  de  la  Ch;iume;  Proteau  et  du  Puy  des  Sables. 

Terres  des  Glorif  ttes.  —  Ténement  du  four  aban.  du  village  de  la 
Roulière  —  les  cheminez  de  la  Rouslière.  Teneurs  :  Garats,  Pru- 
dome  Tibaudière,  Jean  Gourcier  de  la  Banduère,  Bonhier  de  la 
Berge  ire* 

Titres  prouvant  que  les  religieux  sont  propriétaires  des  marais  de 
Laurière.  —  Déclaration  de  Jean  Buchet  et  de  Jacques  Richard  (1620) 
—  Martin,  abbé  de  B.-G.  en  1485,  arrente  à  Marc  Gourcier  6  boissa- 
lées  de  terre  en  Olonne. 

Nous    sommes  propriétaires    d'un  marais    salant  situé    en  l'Isle 


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L*ABBAYe   DE   BOIS-GROLLAND  1S5 

d'Olonne,  appelé  le  marais  de  Bois-Grollaad  coalenant  94  aires. 
Bq  oatre,  12  aires  ea  marais  Macé,  proche  et  daas  le  fief  et  seigneurie 
de  Bresauire,  aliitê  :  Tlsle  d'Olonae,  desquels  marais  René  PidoTix,abbé 
de  Bois-GroUand,  rendit  aveu,  à  d*^*  Marie  Maîstre,  mère  et  tutrice  de 
Loaie  Roussay,  S**  de  la  Fretière,  et  du  fief  de  Bressnire,  en  date  du 
94  juin  4604,  et  signé  R.  Pidoux,  J.  Gharlin  et  J.  Serin,  ik  la  requête 
dadii  abbé  et  couvani  par  lequel  il  déclare  que  ledit  marais,  est  sujet 
au  fief  de  Bressuire  à  sixte  partie  des  fruits  croissants  sur  les  bossis  et 
la  dixme  du  sel  au  prieur  de  Vendôme. 

Nota,  :  qae  nous  avons  42  aires  de  marais  salants  dans  le  mirais  de 
la  Jallotière  proche  le  village  de  Laurière  dont  nous  sommes  propriétaires . 

Paroisse  de  L&iroux. 

L'abbaye  possède  dans  cette  paroisse  la  Maison  ^no5Ze  du  Poiré 
dans  la  haute  justice  de  Poiroux,  d'où  dépendent  plusieurs  ténements 
ou  fief  qui  sont  le  ténement  de  Bnchenois,  sujet  à  la  sixte  partie  des 
fruits  y  croissant  comme  bleds,  chanvres  de  potage  plus  la  dixme  des 
aigneauz  et  gorets  et  des  laines,  savoir  :  de  13  toisons,  une  par  an,  et 
de  8  deniers  de  cens  à  Noêl.^ 

Oéclaration  :  En  1651,Gharle  de  la  Boucherie^  3r  du  Guy  ;  —  1637, 
Gabriel  de  la  Gantinière,  tuteur  du  8*'  du  Guy;  1676, —  Jeanne 
Ricbmrd,  y*  de  Jacques  Coutochoau,  sieur  de  la  Milletière  ;  —  1737, 
Maihurin  Baradeau  et  Jean  GuilUon* 

Ténement  de  Villeneuve  (sixte  partie  de  fruits  et  à  2  1.  de  cens). 

Tellement  de  Juchegrolle  (sixte  partie  des  fruits,  dixme  des  porcs  et 
agneaux,  4  chapons  et  5  sols  de  cens)  1750.  Décl<^  de  Marie-Jacqueline 
Mesnard,  V*  de  M'*  François  Duchesne,  Qi'  du  Mesnil. 

Le  prieur  de  Lairoux,  doit  un  chapon  à  cause  d*un  pré. 

Le  8<''  de  la  Touché  an  blanc.  —  ^  chapons. 

Le  8'  François  Gitoys  {k  749)  Gharle  Rouillé  des  Sables  —  /  chapon. 

Marais  de  Champagne. 

Matbarm  David ,  Marie  Amaudet. 

Marie  et  Suzanne  Clavier,  femme  de  Jacques  Bernard,  8'  de  la  Mé- 
r.  vr.  —  NOTICES.  —  vi»  année,  2*  liv.  13 


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18(5  l'abbaye   de   BOIS-G  ROLLAND 

raadière  (1678).  uq  boisseau  de  froineai  :  Jean  Perron,  M'   de  Gousize  a 
été  condamoé  à  payer  la  rente. 

Dit  des  Assis.  —  dépendant  du  Poiré,  près  le  Marais  Sauvage,  entre 
le  chenal  de  la  maison  de  la  Nonnerie  tenant  à  TEtrier  du  bois,  et  au 
marais  des  paroissiens  —  Â.ndré  Bretin  doit  par  an  9 1 . 

^En  1469,  les  religieux,  appelés  aux  grandes  assises  de  Champagne, 
prouvent  que  leur  marais  est  franc  et  non  sujet  au  rachat. 

En  1536^  Ambroise  des  Herbiers,  abbé  de  B.  6.  arrenta  ce  marais  à 
Thomas  Gallois. 

Les  religieux  ont  le  droit  de  faire  faucher  dans  un  pré  qui  relève  de 
la  métairie  du  Poiré  une  journée  de  trois  faucheurs. 

Titre  en  parchemin  de  1316,  d'un  don  fait  à  frère  Symon  du  Poiré.  — 
Donat"*"  à  l'abbaye  de  B.  G.  de  la  moitié  d.'une  te«*re  contenant  7  b^>, 
proche  la  maison  du  Poiré  —  et  le  frère  a  acheté  l'autre  moitié. 

En  1405,  Jean  Gueffard,  vallet,  8<' de  la  Joussenière,  donne  aux 
religieux.  4  journtftix  de  pré. 

En  1445,  Jean  de  Ghateaubriant  au  lieu  d'un  septrée  de  froment, 
donne  plusieurs  morceaux  de  terre  avec  des  droits  seigneuriaux  pour 
affranchir  sa  rente. 

En  16 79,  le  roi  de  France  ayant  imposé  la  commune  de  Gurzon  à 
une  imposition  de  1500  fr.  Les  habitants  de  Gurzon  voulurent  imposer 
les  religieux  et  prétendirent  qu'ils  avaient  usurpé  un  marais. 

Les  religieux  ne  refusèrent  pas  de  contribuer  à  l'imposition,  mais 
ils  réclamèrent  contre  l'accusation  mal  fondée  et  dirigée  contre  eux 
d'avoir  usurpé  des  terres,  et  ii  ce  sujet  ils  firent  preuve  de  leur  légitime 
possession  en  produisant  les  titres  de  donation  faite  par  Aimery  de 
Béni I,  par  son  serviteur  Renodus,  par  Gilbert  de  Mauvergne,  Guy  de 
la  Poçonnerie  et  sa  femme  Alix  —  par  la  femme  de  Jean  de  Jard, 
Elizabeth,  etc.. . 

Guillaume  de  Mauléon  a  donné  le  5*  du  marais  de  Gurzon  aux  Reli- 
gieux, qui  en  ont  toujours  joui  et  la  preuve  qu'il  leur  a  toujours  appar- 
tenu, c'est  que  lorsque  les  habitants  de  Gurzon  firent  une  tranchée 
pour  l'écoulement  des  eaux,  ils  demandèrent  l'autorisation  de  travailler 
à  l'abbé  de  Gravelle  qui  la  leur  accorda. 

Les  droits  de  l'abbaye  furent  reconnus  dans  l'accord  fait  entre  les 
habitants  manants  de  la  paroisse  de  Gurzon,  et  ceux  de  Lairoux,  au 
sujet  de  contestations  qu'ils  avaient  pour  le  marais  commun  de  Gurzon, 


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L*ABBAYE   DE   BOIS-GROLLAND  187 

coQtestalioQ  OÙ  pararent  les  Religieux  (4  &  septembre  1693).   L*iinpo- 

sitioQ  fat  répartie  de  la  façon  suivante  : 

Les  habitants  de  Lairouz  payèrent.  —  5)0  U 

Ceux  de  Garzon.  —  206  1-^5  sols. 

Et  les  religieux.  ^  120  L  ^  Total  :  H6G  L,  5  sols, 

9 

Ryé. 

Le  fief  que  possède  Tabbaye  dans  cette  paroisse  leur  est  devenu  par 
le  décès  de  dame  Liesse,  femme  de  Pierre  Morand,  cheval'. 

Dans  Taveu  fait  au  Roy,  Tabbé  de  fi.  G.  déclare  que  l'abbaye  pos- 
sède dans  la  paroisse  de  Notre-Dame  de  Ryé,  une  petite  maison  Bou- 
rine  appelée  la  Ligence  des  Ri'  do  B.  G.  avec  4  sols  de  rente  et  5 
boisseaux  tant  oignons  qu'ails. 

Titres  en  parchemin  de  1244,  1245,  4246,  ~  donation  de  Guillaume 
d'Âpremont  (voir  au  cartulaire). 

Bn  1535,  Âmbroisedes  Herbiers,  abbé  de  B.  G.,  dQnne  à  ferme  per- 
pétuelle à  Goutony,  paroissien  de  8'  h»'  de  Ryé  4  journaux  de  pré 
étant  landes,  sis  en  la  paroisse  de  Ryé  pour  en  payer  par  an  la  somme 
de  5  sols  rendable  à  la  maison  appelée  ligence  des  religieux  et  pour 
payer  la  sixte  partie  des  fruits  y  croissant. 

La  Rouillière. 

Faisant  partie  des  terres  du  village  du  Boi?,  est  sujette  au  devoir  et 
terrage. 

Fief  de  la  F redonnière . 

Dans  l'aveu  rendu  aux  commissaires  du  Roy,  l'an  1521,  l'abbé  de 
B.  G.  avoue  tenir  l'hostel  qaétairie  et  Borderie  de  la  Frédonnière  et  des 
appartenances  de  jardins  et  garennes  situés  dans  la  p-  de  Saint-Martin 
de  la  Jonchère,  qui  peuvent  valoir  par  an  90  septiers  de  bled,  28  s.  en 
deniers,  4  chapons  par  pré  et  pâturage  contenant  25  arpents  sajets  à 
être  inondés  des  eaux  douces  et  salées  5  ;  par  terrage  de  bled,  un 
septier  ;  par  comptant  de  vigne,  5  pipes  de  vin. 

1385  Louis,  abbé  de  B.  G.  donne  à  Jean  Gaillard,  une  maison  située 
en  la  ville  de  la  Jonchère  p'  la  somme  de  40  s.  de  rente  annuelle. 


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-ri'.^,. 


188  l'abbaye  de  bois-grollawd  * 

En  1397,  Jean  Grignon,  valet,  8f'  de  la  SigoïgQe,  doane  à  l'abbaye 
une  pièce  de  terre  sise  dans  son  fief  proche  de  la  Fredonnière. 

4320,  René  Chabot,  donne  une  pièce  de  terre  moyennant  2  s.  de 
service  par  an  et  rachapt  selon  la  coutume  du  pays. 

1402,  Pierre,  abbé  de  B.  G.  donne  à  noble  homme  Pierre  Bochet, 
président  en  la  cour  de  Parlement,  le  bois  des  Pommeries^  tenant  au 
bois*de  la  Boucbetière  et  au  bois  de  LaHer,  pour  25  s.  de  rente 
seulement,  et  de  terrage  lorsque  ledit  bien  sera  mis  en  terre  labourable. 
Par  contre  échange,  le  dit  Bochet,  donne  au  dit  abbé  et  religieux  toutes 
les  terres  biens  et  meubles  qu'il  possédait  à  la  Maugardière,  à  la  Voisi- 
nière  et  à  la  Buotière. 

1448,  Maurice  Bricot,  donne  à  Laurent  Bruet,  une  pièce  de  terre 
près  du  Port  de  l'abbaye  et  de  la  terre  à  la  confrérie  de  sainte  Catherine 
de  la  Jonchère  Le  même  abbé  donne  à  Brethomé  Landais,  une  pièce 
de  vigne  sise  dans  le  fief  à  la  Dame^  6  boisselées  dans  le  fief  arrondea, 
la  vigne  sujette  à  5*  partie  des  fruits  par  droit  de  terrage  et  dizme 
seulement.  En  retour  :  Landois  donne  au  couvent  tout  ce  qui  lui 
appartenait  dans  la  paroisse  de  Poiroux,  maisons^  vergers,  terres^  préz 
bois,  landes,  rentes  en  deniers  et  autres  choses  quelconques. 

1470,  4471,  1481,  4466  et  4453,  Pierre  etOlivier  Poictevins, 
advouent  tenir  à'  foy  et  hommage,  plus  à  5  sols  de  rachapt  abandonné 
deux  petits  fiefs,  dépendant  de  la  Prédonnière,  les  grandes  et  les  petites 
chafifaudères,  sises  près  la  Jonchère.  Il  constepar  Tadveu  que  le  fief 
dépend  de  la  seigneurie  de  la  Sigoigne. 

En  4491,  Martin,  abbé  de  B.  G.,  donne  à  Thomas  Barrinel,  le 
ténement  des  rois  moyennant  2  raz  d'avoine  et  la  17"^*  partie  des  fruits. 

En  1513,  Jean  est  abbé  de  B.  G.,  en  1550,  Louis  Begaud  (sans 
titre]  donne  des  terres  sujettes  à  la  dizme  et  au  terrage. 

En  4579,  Nicollas  Fruncheteau,  vend  à  Claude  Hillaret,  seigneur 
de  la  Bailliere,  13  journaux  de  vigne,  dans  le  fief  de  Bariteau,  près  le 
village  de  Fontaine  sujet  à  la  4  partie  des  fruits  y  croissant. 

1^14.  Accord,  diaprés  lequel  le  prieur  de  Bois-Golland,  près  Pouzauges, 
s'engage  à  payer  annuellement  au  couvent  deB.-G.  3  mines  de  froment 
pour  le  ténement  de  Marchieil, 

Fief  du  Boisguichet  (paroisse  du  Giver.) 

Transaction  de  1281,  par  laquelle  Guillaume  d'Apremont,  chevalier, 
5g'  de  Poîroux,  donne  à  Tabbé  et  aux  RI*  de  B.  G.  tout  droit,  justice 


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l'abbaye  de  bois-grolland  189 

petit»  et  grande  jusqu'à  60  sols,  seulemeat,  dans  le  fief  du  Bois  Guichet, 

sauve  la  haute  justice  et  le  pur  empire   et  pouvoir  du  glaive  qu'il  se 

réserTB. 

iSOO^GoufirmatioQ  de  ce  qui  précède  par  Raoul  d'Apremont.         / 
Le  sénéchal  de  Poiroux,  reconnaît  en  1475  qu'il  ne  peut  tenir   ses 

assises  sur  la  terre  de  la  juridiction  des  religieux  de  B.  G. 

1438,  Maurice,  abbé  de  B.  G.,  arrente  à  Nicolas  Martineau  la  maison 

de  la  Dutière  et  ses  appartenances. 

1511,  Jean  Barbarin,  abbé  de  B.  G.,  donne  à  M*  Etienne  Robet, 
une  maison  au  bourg  de  8*  Martin  de  la  Jonchère. 

1391,  Contrat  par  lequell?  journaux  devigne  sis  à  la  Bouchardière, 
près  le  fief  du  S^'^jde  Dissay,  sont  sujettis  à  ladime. 

1463,  Thomas,  abbé  de  B.  G.  donne  une  pièce  de  terre  à  Thomas 
Vrignaudy  par'* de  Saint-Syre,  et  dans  le  fief  du  Hois-Guichet,  mo- 
yennant 1  b.  froment,  une  poule  et  le  terrage  au  huit. 

1592,  Michel  Boursegu in,  fait  aveu  pour  12  boisselées  de  terre. 

Aveu  de  Jean  Ghanay  en  1 524^  pour  une  sabline,  etc. 

Aveu  de  Jean  Bourreau  en  1538,  maisons  à  la  Mainbourgère ,  par* 
de  8*-Martin  du  Gyvre. 

Aveux  de  Mathurin  Roy,  Jean  Yerry,  Pierre  Gouïlleaud,  Guillaume 
Remans,  Lotis  Rousseau^  Clément  Piccorit,  Guillaume  Yrignaud, 
Jean  Boursequin,  André  Porcher,  Clément  Sarrasin,  Nicolas  Bre- 
iinean  Jean  Hervé,  Pierre  Jarry,  Menoteau,  Nicollas  Folliot,  Vincent 
Roy,  Pierre  Chanelou,  etc. 

En  1438,  l'abbé  Maurice  donne  à  ferme  la  terre  de  la  Dorin,  et 
antres  parcelles  à  Jean  Hillaret  et  Morisset. 

1512,  Jean  Barbarin,  abbé  de  B.  G.  arrente  des  terres  à  M*  Etienne 
Robet. 


Fief  de  laSigoigne. 

Titre  en  parchemin  datte  de  Tan  1360  contenant  le  don  du  fief  de  la 
Sigoîgne  fait  par  noble  dame  Jeanne  de  Broussay,  dame  du  Mauberon, 
aux  RI'  de  B.  G, 

Advenx  dudit  fief  vendu  au  Seigneur  de  S'  Sornin  duquel  il  relève 
depuis  l'an  1441,  jusqu'en  l'an   1594, 

Les  Reli*  déclarent  lui  devoir  :  primo  :  le  dit  fief  à  foy  et  hommage 


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190  l'abbaye  de  bois-grolland 

plaÎQ  et  à  rachapt  quand  le  cas  y  advient  ;  une  paire  d'éperons    blancs, 
et  2  sols  de  service. 

Dans  ce  fief  (p**  de  la  Jonchère],  le  dit  abbé  a  droit  de  terrage  à 
raison  de  la  moitié  de  la  dix  et  septième  des  fruits  y  croissants  par 
labour,  terrage  qui  peut  valoir  par  an  dix  septiers  de  blés,  plus  le 
droit  de  complanter  les  fruits  de  certains  fiefs  de  vigne. 

Le  dit  abbé  possède  à  domaine  dans  le  fief  des  morettes  une  pièce 
de  vignes  les  deux  pars  blanches  et  Tautre  chauchée. 

Les  teneurs  du  village  de  la  Sigoigne  doivent  29  s.  et  25  b.  de 
froment,  plus  doivent  les  Roupelins  2  sept,  bled  moitié  froment  moitié 
meture^  plus  4  3  chapons  trois  quarts  et  une  poule  —  plus  une  mine 
de  meture  et  6  deniers  de  service  que  doivent  par  chacun  an,  les 
RI*,  abbé,  et  couvent,  d'Angles  à  cause  du  fief  Loubet  —  plus  le  tiers 
des  profits  de  la  foire  de  S^  Gyre  qui  peuvent  valoir  par  an  2  sols  — 
plus  il  a  le  droit  dans  ladite  seigneurie  de  bailler  jnstage  et  mesure 
à  ceux  qui  vendent  vin  audit  lieu  de  S'  Gyre  ledit  jour  de  la  foire  et 
droit  en  la  3*  partie  dudit  justage. 

Olivier  Poictevin,  S«^  de  la  Florentière  tient  à  foy  et  hommage 
plain,  un  fief  sous  ledit  abbé,  les  Grandes  et  Petites  Chaffaudières, 
sujettes  à  une  paire  d'éperons  blancs  de  service  et  à  rachat  aboné 
qu^r-i  le  cas  y  advient  à  25  sols. 

Sur  toutes  lesquelles  choses  ledit  abbé  a  droit  d'assises  et  juridiction 
basse  pour  tous  les  droits  qui  en  dépendent. 

1455.  Maurice,  abbé  de  B.  G.  donne  à  jamais  à  Maurice  et  à 
Laurent  Buxchris  et  à  Etienne  Ferré,  certaines  maisons  et  terres 
siluées  dans  le  village  de  la  Sigoigne  moyennant  par  an,  la  rente  de 
4  septier  de  froment,  4  septier  meture,  4  raz  avoine  et  une  poule. 
Goncession  à  Guillaume  Normant,  par  l'abbé  Pierre,  en  1409. 
Déclaration  de  Jean  Frontenet,  Guillaume  Gabouin,  Pierre  Bouchage^ 
Jacque  Bréchet,  Pierre  Ghaillé,  André  Booiin,  Joachim  Garache,  Louis 
Fèvre,  Pierre  Ferron,  etc... 

Le  Seigneur  de  S*-Sornin  devait  sur  la  terre  des  Fossés  un  chapon. 
--  Sur  d'autres  terres,  uu  autre  chapon  —  8  raz  avoine,  un  quart 
froment  et  la  poche  —  4  bois*  froment  et  sur  des  prez  étant  de  la 
Chenellie,  6  deniers,  etc. . . 

Fèves. 

8  boisseaux  de  fèves  étaient  dus  par  les  teneurs  des  marais  de^  la 
Cherfoisière  paroisse  de  S^-Hilaiie  de  Talmond. 


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•  l'abbaye  de  bois-grolland  191 

Teneurs:  Jacques  Gaudia  des  Sables,  M*  Jean  Grpdé,  M.  de  la 
Tigerie,  proca/ear  de  Talmond,  Modo,  ses  héritiers.  Modo,  maître 
Marchais. 

Pré  Simon  (par,  de  St-Hilaire  de  Talmond). 

Rente  noble^  féodale  et  solidaire,  à  Noël.  —  5  soUf 
Modo,  Jeanae  Magaeau,  V*  Bigaonneau,  Mathurin  Arnou. 

Fief  Sainte-Hermine. 

Vigae  sur  laquelle  est  dû  par  an,  devoir  ooble  à  Noël.  —  2  sols. 
Modo  Pierre  Boisard,  laboureur,  Jacque  (ruyet. 

Pré  des  Grillères. 
Jean  Maroilleau.  —  5  sols, 

La  pièce  des  Closaux  et  Drossails. 
Veuve  Guigaaiseau  et  Luc  Brisard,  solidaires.  -*  8  sols,  'à  den. 

La  Vricjnolle. 
V  Guimoizeau.  —  8  solSy  8  den. 

Pré  de  la  Fontaine. 

Il  est  dû  la  rente  solidaire  de  —  2  sols^  2  d. 
Luc  Brisard  et  veuve  Guimoizeau.  —  i  chapon. 

La  Vigne. 
Luc  Brisard,  cens.  —  8  den. 

Le  CloS'Robert. 
M.  Gueffier,  dem*  à  Paris.  —  60  l. 


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192  l'abbaye  de  bois-grolland 

M.  l'abbé  Mandret,  paie  cette  reate.  — -  M.  Donat,  de  la  Rochelle,  a 
acheté  ce  bien  de  M.  Gaeffier. 

Le  Clos  à  l'abbé. 

M^^*  Lamotte-Corju,  M.  da  Gherpreau,  mari  de  la  susdite,  24  8.,  d., 
plas  une  livre  de  cire. 

Le  Fief  Gàhan . 

Rente  féodale  de  —  221. 

M.  de  Bergerion   M"*  de  la    Dive,  solidaires,    àlaGrassière  et  i 
Sainte- Foy. 

Champagne. 

M.  de  Selinès.  —  9  1. 

Ck)NSTANT  Verger. 


PIN. 


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L'EPISCOPAT    NANTAIS 

A  TRAVERS  LES  SIÈCLES 
(  Suiie'J 


65.  —  DURANDUS 


1278-la9a 


♦  ♦♦ 


DuranduSfDurannus,  Durand,— dit  de  Rennes,  du  lieu  de  sa 
naissance,  était  trésorier,  c'est-à-dire  sacriste  de  l'église  de 
Nantes  et  celui  môme  que  Guillaume  de  Verne  commit  en  1269 
pour  faire  des  monitions  au  duc,  lorsqu'il  fut  élu  évoque 
de  Nantes  en  1278.  Il  n'eut  pas,  comme  ses  prédécesseurs,  le 
chagrin  de  se  voir  brouillé  avec  le  duc  à  son  avènement  au 
siège  ;  il  eut  au  contraire,  la  consolation  de  recevoir  à  abso- 

«  Voir  la  VI*  année,  l'»  livraison. 


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194        l']épiscopat  nantais  a  travebs  les  siècles 

lution  le  jeudi  saint  (30  mars)  de  Tan  1279,  Olivier  de  Clissou,  . 
Gérard  de  Ciiabot  et  Guillaume  de  Rochefort,  vicomte 
de  Donges,  excommuniés  par  son  prédécesseur.  La  cérémo- 
nie se  fit  suivant  la  coutume  alors  observée  à  Nantes  pour 
les  pécheurs  publics*.  En  mars  1285,  Durand  baptisa  à  Saint- 
Plorent-le-Vieil%  Jean  fils  d'Arthur  de  Bretagne  et  de  la 
vicomtesse  Marie  de  Limoges^  Le  jeune  prince  qui  fut  plus 
tard  le  duc  Jean  III,  né  à  Chasteauceaux  le  jeudi  de  la  pre- 
mière semaine  de  carême,  8  février,  ou  le  lendemain,  d'après 
la  Chronique  de  Meillerai,  fut  tenu  sur  les  fonts  de  baptôme 
en  qualité  de  parrain,  par  Jean  de  Bocat,  ou  Boxât,  abbé  de 
Paimpont. 

Quatre  ans  après,  l'évoque  de  Nantes  autorisa  avec  plusieurs 
autres  prélats  de  la  province,  Charles  II,  roi  de  Jérusalem 
et  de  Sicile,  à  chasser  entièrement  les  Juifs,  les  Lombards, 
les  Caourcins  et  les  autres  usuriers  des  provinces  de  l'Anjou 
et  du  Maine,  et,  en  raison  des  pertes  que  lui  causait  cette 
expulsion,  ils  lui  cédèrent,  pour  un  an  seulement,  la  levée  de 
six  deniers  sur  tous  les  gens  des  deux  provinces  servant  à 
gage,  et  trois  deniers  sur  chaque  marché*. 

Durand  s'excusa  en  1291,  on  ne  sait  pourquoi,  d'assister 
à  la  consécration  de  Guillaume  Le  Maire,  évoque  d'Angers. 
L'année  suivante,  en  janvier,  il  assistaau  concile  de  cette  ville, 
qui  ne  flgiire  pas  entré  dans  la  collection  des  conciles  et  où, 
sur  l'ordre  du  Pape,  il  fut  délibéré  du  recouvrement 
de  la  Terre   sainte.  Il    mourut,  d'après  l'obituaire  de   la 

*  Cet  usage  a  continué  jusqu^à  Antoine  de  Créqui,  premier  du  nom,  Tan 
1562,  époque  à  laquelle  cette  coutume  cessa,  le  chapitre  voulant  faire  la 
cérémonie  en  l'absence  de  l'évêque,  au  préjudice  de  Gilles  de  Qand,  évêque 
de  Roufînne.  son  grand  vicaire.  (Titres  du  chap.  dans  VHist.  de  Bret.  t.  xi, 
p.  424,  —  OrdUu  Nannet.,  1263.)  Extrait  de  Traven». 

s  Saint-Florent-le- Vieil  n'était  alors  d'aucun  diocèse,  après  avoir  appar- 
tenu longtemps  à  celui  de  Poitiers,  et  ensuite  à  celui  d'Angers. 

s  n  était  arrière-petit-fllt  de  Jean  Le  Roux,  dont  son  père,  Arthur,  était  le 
petit-fils. 

«  Chambre  des  comptes  de  Paris.  —  Hist,  de  Sablé,  p.  411. 


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DURANDUS  195 

cathédrale.leinardi6mai  1292.  Le  nécrologe  de  Géneston,  place 
samort  en  1288  ;  Du  Paz  et  les  Frères  Sainte-Marthe  la  reculent 
jusqu'en  1294.  Dom  Morice  et  l'abbé  Travers  s'en  réfèrent  à 
Tobitoaire  de  Nantes.  Selon  Albert  de  Morlaix,  Durand  mourut 
à  Fougeray  (alors  du  diocèse  de  Nantes  et  aujourd'hui  de 
Rennes),  oii  Ton  a  conservé,  écrit  le  chanoine  Guillotin 
de  Corson,  une  vague  tradition  de  sa  mort;  son  corps  rap- 
porté à  Nantes,  reçut  la  sépulture  près  du  grand  autel.  Ses 
ossements,  découverts  en  1618,  furent  déposés  derrière  le 
grand  autel^  vis-à-vis    du  lieu    où  ils  étaient  auparavant. 

Cet  évoque  n'eut  aucun  démêlé  avec  les  ducs.  Les  grosses 
sommes  qui  lui  furent  payées  pour  dédommagements  stipulés 
à  ses  prédécesseurs  lui  permirent  d'augmenter  les  revenus 
de  TEvêché.  Il  acquit  le  jeudi  avant  la  Toussaint  1281 
(30  octobre),  pour  la  somme  de  soixante-dix  livres,  les 
dîmes  de  blé,  vin^  lin,  agneaux,  chanvre,  etc.,  que  Jean 
Gaffln  possédait  à  Valiez  dans  le  canton  d'Escoublac. 
Il  réunit  à  son  domaine,  en  1283,  quelques  dîmes  de  la  pa- 
roisse de  Treillières  et  à  l'évêché^  au  mois  de  septembre 
1291,  quelques  petits  fonds  qu'il  acquit  de  Guillaume  de 
Perrière,  variété  et  de  sa  femme,  du  consentement  de  leur  fils 
aîné,  dans  la  paroisse  de  Cbefsail,  (Ste-Luce)*  ;  il  augmenta 
les  domaines  de  l'ancienne  maison  de  plaisance  des  évéques 
de  Nantes'  de  petits  fonds  d'une  valeur  de  trente-sept  livres, 
soit  quatorze  à  quinze  marcs  d'argent.  Le  même  évêque,  et 
ce  fut  son  plus  riche  acquêt,  acheta  pour  lui  et  ses  suces- 
seurs,  de  Jehan,  seigneur  de  Machecoul,  trente  livres  de 
rente  sur  les  dîmes  de  Saint-Cyr. 

Durand  de  Rennes  fit  usage  d'un  sceau  sur  lequel  était  re- 
présenté un  évêque  bénissant,  tenant  la  crosse  tournée  en 
dehors.  Légende  :  t  S,  Durand i,  Dei  gracia  Episcopi  nanne- 
tensis.  Le  contre-sceau  représente  dans  le  champ  une  mitre 

*  Titres  de  TEvêché. 

s  Chefsail,  ou  platdt,  Le  Chassais,  était  situé  en  la  paroisse  de  Sainte- 
Lttce,  autrefois  appelée  elle-même  Chefsail. 


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196        l'épiscopat  nantais  a  travers  lks  siècles 

de  profil,  cantonné  de  quatre  roses.  Légende  :  contra  5.  Du- 
randi  Epi  nannet.  Ce  sceau  est  en  cire  verte  et  est  apposé  sur 
queue  de  parchemin  à  un  acte  de  1283*. 

Chez  les  anciens,  la  rose  était  (c'pst  M.  de  la  NicoUière  qui 
parle)  le  symbole  du  secret  ;  de  là  Torigine  du  proverbe  :  Sub 
rosây  par  aljuaion  à  une  chose  devant  être  tenue  secrète*.  Il 
faut  donc  voir  dans  les  quatre  roses  de  ce  contre-sceau,  la 
consécration  de  cette  particularité,  plutôt  qu^un  ornement  de 
fantaisie. 

Une  famille  Durand,  maintenue  d'ancienne  extraction  en 
1668,  et  assez  richement  possessionnée  dans  les  paroisses 
d'Ercéen  la  Mée  etThourie  (évêché  de  Rennes),  de  Rougé  (évô- 
ché  de  Nantes),  qui  donna  à  Villeneuve  un  abbé  mort  en  1407, 
pourrait  bien  être  celle  de  notre  évoque.  Suivant  M.  deCourcy, 
elle  portait:  d  argent  à  neuf  losanges  de  sable,  3.  3.  5.  Le 
procès-verbal  des  églises  rurales  de  la  baronnie  de  Château- 
briant  en  1663,  donne  à  un  sieur  Durand,  seigneur  de  la 
Minière  et  du  Rouvre,  un  écusson  losange  (Tor  et  de  gueules, 
comme  il  a  été  reproduit  sur  les  vitraux  de  l'église  de  Rougé'. 

66.  —  HENRI  II  DE  CALESTRIE 

1-293-1297 

Henri  II  de  Calestrie,  —  originaire  de  Tréguier,  fut  élu  en 
1292  et  sacré  Tannée  suivante  à  Tours,  par  l'archevêque 
Regnaud  de  Montbason.  C'était  pendant  la  vacance  du  siège 
à  Rome.  Tous  les  évoques  suffragants  de  la  métropole  hono- 
rèrent de  leur  présence  cette  cérémonie*,  Thibaud  de  Pouancé, 
révoque  de  Dol  excepté. 

«  Archevêchés  et  Evéchés  de  France.  Collection  Qaignières,  t.  cxxi.  Biblio- 
thèque nationale. 

*  La  recherche  du  blason  par  Ménestrier,  Paris,  1673,  p.  2&7. 

s  Bulletin  de  la  Société  archéologique  de  Nantes^  pp.  77-78  et  suivantes. 

^  Ces  évéques  étaient,  pour  la  Bretagne  :  Guillaume  de  la  Roche-Tangui, 
de  Rennes,  —  Quillaume  de  Kersauson,  de  Léon,  —  Robert  du  Pont^  de 
Saint-Malo,  —  Geoffroy  de  Tournemine,  de  Tréguier,  —  Alain  Morel,  de 
Gomouaille,  —  Guillaume  Guéguin,  de  Saint-Brieuc,  —  et  Henri  Tors,  de 
Vannes. 


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HfiNRi  ni  197 

Les  renseignements  généalogiques  et  sigillographiques 
font  complètement  défaut  sur  ce  prélat.  Il  fut,  en  i295,  témoin 
de  la  fondation  faite  le  lundi  15  août,  à  Morlaix,  de  la  collé- 
giale de  Notre-Dame-du-Mûr^  par  le  duc  Jean  II,  en  présence 
de  Geoffroy  de  Tournemine,  évoque  de  Tréguier  (et  dans  le 
diocèse  duquel  se  trouvait  le  nouveau  chapitre),  de  Guillaume 
de  la  Roche-Tangui,  évoque  de  Rennes,  Thibaud  de  Pouancé, 
évèque  de  Dol  et  Guillaume  de  Kersauson,  évoque  de  Léon. 

Henri  de  Calestrie  mourut  à  la  fin  de  1297.  Le  duc  Jean  II 
tenait  cette  année-là,  les  revenus  de  Tévôché  en  son  pouvoir, 
par  droit  de  régale,  ce  siège  étantvacant.  Henri  a  donné 
quatre  livres  de  rente  au  chapitre  pour  faire  sa  mémoire,  qui 
fut  fixée  au  15  mai,  d'après  le  Livre  des  Anniversaires. 

Nous  ne  pouvons  ici  adopter  la  thèse  de  M.  de  la  NicoUière, 
qui. refuse  de  placer  un  autre  Henri,  après  celui  dont  nous 
parlons;  rejetant  Travers  et  tous  les  auteurs  qui  ont  admis 
Henri  III,  il  trouve  que  la  similitude  de  date,  sinon  de  nom 
pour  la  mémoire  des  deux  prélats,  dans  le  Livre  des  Anni- 
versaires, prouve  une  identité  de  personnage.  S'il  n'y  avait, 
en  effet,  que  cette  raison,  nous  serions,  nous  aussi, disposé  à 
ne  pas  admettre  Henri  III,  mais  ce  n'est  pas  sur  cet  argu- 
ment que  s'appuie  Travers,mais  bien  sur  la  tenue  en  régie  des 
revenus  de  Tévôché  par  le  duc  Jean  II  en  1298,  ce  siège  étant 
vacant.  Or,  de  fait  est  cité  aux  archives  du  château  de  Nantes, 
arm.  5,  B,  n."  17,  Hist.  de  Bret.,  t.  u,  p.  1225.  C'est  aussi  la  rai- 
son qui  nous  décide  à  insérer  le  suivant  dans  le  catalogue. 

67.  —  HENRI  m 

1298-1304 

Henri  111  —  fut  élu  en  1238  sous  le  pontificat  de  Boniface  VIII 
et  le  règne  en  Bretagne  du  duc  Jean  IL  Sacré  en  janvier  1299, 
il  assista  aussitôt  après  au  concile  tenu  à  Ghâteaugontier  par 
Tare hevôque  deRouen  en  présence  des  évôquesde  la  province. 
Il  eut  une  contestation  à  ce  concile,  avec  Tévêque  de  Saint- 


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198        l'épiscopat  nantais  a  travers  les  siècles 

Malo  pour  la  troisième  place  à  la  droite  de  l'archevêque  :  elle 
fut  occupée  par  Robert  dePont-fAbbé,  qui  en  était  alors  titu- 
laire, Henri  se  contenta  de  protester  pour  ne  pas  troubler  l'as- 
semblée et  aussi  pour  réserver  ses  droits.  L'évêque  de  Nantes 
se  trouvait  à  Paris  en  1301,  et  y  souscrivit  avec  les  suffragants 
de  Tours,  le  dimanche  de  la  Passion  (19  mars),  la  réponse  que 
le  clergé  donna  au  roi  Philippe  le  Bel,  qui  l'avait  consulté 
sur  la  conduite  à  tenir  envers  Boniface  VIII  et  de  la  ma- 
nière dont  il  pouvait  défendre  les  droites  du  royaume  contre 
les  entreprises  de  ce  pape\ 

Henri  approuva  la  bulle  Unam  Sanctam^  en  1302  et  mourut 
deux  ans  après,  le  15  octobre,  d'ieiprès  Tobituaire  de  Gènes- 
ton.  Sa  mémoire  était  fondée  à  ce  jour  au  livre  des  anniver- 
saires. En  1304,  on  trouve  un  décret  de  Tévôque  Henri  rappelant 
qu'il  a  élevé  un  autel  dans  la  cathédrale,  en  l'honneur  de 
sainte  Anne  et  assignant  une  rente  de  20  livres  au  titulaire  de  ce 
bénéfice,  à  la  condition  qu'il  sera  prAtre  et  sera  résidant  {Arch, 
départ,  série  G.  I.) 

Nous  avons  de  cet  évoque  plusieurs  statuts  synodaux  :  11  y 
accorde  entre  autres  10  jours  d'indulgence  à  ceux  qui,  véri- 
tablement contrits  et  confessés  (il  n'ajoute  pas  absous  et 
communies),  assistent  les  dimanches  et  fêtes,  à  la  cathédrale 
ou  aux  paroisses,  à  la  messe  depuis  le  commencement 
jusqu'à  la  fin,  et  se  tiennent  dévotement  à  genoux,  depuis  l'élé- 
vation de  l'hostie  jusqu'à  celle  du  calice':  Le  successeur 
d'Henri  renouvela  ses  statuts. 

*  Gest.  Guill.  Le  Maire,  spicil.  areher>,,  t.  x. 

*  Dapaa,  Hist.  du  différend  de  Philippe^le-Bel  avec  Boniface  VIII,  p.  86. 

s  Cette  élévation  ne  «^entend  point  de  ceUe  qui  se  fait  aujourd'hui  après 
consécration,  mais  de  celle  qui  se  fait  avant  le  Pater,  à  ces  paroles  :  Omnis 
honor  et  gUnia,  élévation  autrefois  plus  sensible  et  la  seule  élévation  du 
calice  qu*on  fit  alors. 


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68.  —  DANIEL  VIGIER 


1305-1337 


Daniel  Vigier.  —  Ce  prélat,  qui  appartenait  au  chapitre  de 
Nantes,  lorsqu'il  fut  élu  évoque,  était  né  en  la  paroisse  de 
Guémené-Penfao,  dans  le  diocèse,  d'où  le  nom  de  Guémené  a 
souvent  été  ajouté  à  son  propre  nom  patronymique  le 
Vayer,  Veyer  ou  Vigier. 

Tout  porte  à  croire  qu'il  appartenait  à  la  famille  Le  Vayer, 
possessionnée  dans  les  évôchés  de  Rennes,  Vannes  et  Saint- 
Brieuc  et  d'ancienne  extraction,  qui  portait  :  de  gueules,  à  la 
bande  accostée  en  chef  de  2  étoiles  et  en  pointe  dun  croissant, 
le  tout  dot, 

La  branche  aînée  de  cette  maison  s'est  fondue  dans  Budes 
en  1507*.  La  généalogie  de  Bruc  nous  apprend  que  Philippe 
Le  Vayer,  sœur  de  révoque  de  Nantes,  ayant  épousé  Pierre 
de  Callac,  maria  sa  flUe  Adelice  à  Guillaume  de  Bruc'.  En 
1261,  Pierre  Vigier,  chevalier,  avec  Théophanie,  sa  femme  et 
Guillaume,  son  fils,  fit  un  accord  avec  Tabbaye  de  Melleray, 
au  sujet  de  certains  droits'.  Ces  trois  personnes  devaient  être 

*  Arm.  de  Bret.,  par  P.  de  Courcy,  t.  ii,  p.  475. 

*  GénéaL  de  Bruc,  Nov,  unw.  de  France,  par  Saint- Allais,  t.  x,  p.  335. 
«  Biblioth.  nsftion.  Blancs^Manteaux,  vol.  xxz^i. 


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200  L*KPISCOPAT   NANTAIS   A   TRAVERS   LES   SIÈCLES 

I 

de  la  famille  de  Tévèque,  Daniel,  Tun  des  évêques  les  plus 
remarquables  qui  gouvernèrent  ce  diocèse,  fut  élu  et  sacré  en 
1304,  sous  le  pontificat  de  Benoit  XI  et  le  règne  de  Jean  II  en 
Bretagne.   Il  dut  nécessairement  faire  travailler  à  sa  cathé- 
drale pendant  son  long  épiscopat.  Aussi,  M.  de  la  Nicollière 
pense-t-il  pouvoir,  sans  cependant  rien  décider,  lui  attribuer 
un  des^écussons  de  la  tour  absidale  de  la  cathédrale,  élevée, 
on  se  le  rappelle,  en  1208,  par  Geoffroi  Pantin.  Cet  écusson, 
dont  les  émaux  sont  frustes,  porte   sur  fond  de  —  une  fasce 
de,.,  accompagnée  en  chef  de  2  étoiles  ou  molettes  dC éperons, 
et  en  pointe  d!un  croissant  surmontant  une  étoile  ou  une  mo- 
lette de,..,  pièces  héraldiques  qui  se  rapprochent  beaucoup, 
on  le  voit,  de  celles  de  la  famille  Le  Vayer,  citée  par  Courcy. 
Le  mercredi  après  la  quadragésime,  23  février  1306,  Daniel 
érigea  le  canonicat  de  Pierre  d'Esvignéi,  en  dignité  de  doyen 
du  chapitre,  érection  qui  rendit  le  doyen,  curé  du  bas  chœur 
pour  tous  sacrements. 

La  çrande  affaire  agitée  depuis  près  d'un  siècle  entre  le 
clergé  et  les  ducs  Pierre  Mauclerc,  Jean  I,  Jean  II  et  Arthur  II,  - 
au  sujet  du  past  nviptial,  ou  tierçage,  que  Ton  appelait  le 
jugement  des  morts,  qui  donnait  au  clergé  le  tiers  des 
meubles  d*un  homme  et  d'une  femme  à  leur  mort,  ainsi  qu'à 
l'occasion  de  quelques  autres  droits  ecclésiastiques  et  de 
dîmes  inféodées,  se  poursuivait  vivement  alors,  et  prit  fin 
vers  l'an  1308.  Le  clergé  de  Bretagne  députa  à  cet  effet 
l'évéque  Daniel  et  Nicolas  de  Guémené,  curé  de  Saint-Mars- 
de-Coutais,  dans  le  diocèse,  vers  le  pape  Clément  V,  qui,  du 
au  consentement  des  députés  du  clergé  et  de  ceux  du  duc 
Arthur  II,  de  la  noblesse  et  du  peuple,  fixa  le  past  nuptial  à 
trois  sols  pour  les  personnes  aisées  et  à  deux  sols  pour  les 
autres.  11  réduisit  le  tierçage  au  neuvième  des  meubles  ;  c'est 
le  droit  curial  appelé  neume,  réduit  lui-môme  par  les  arrêts 
du  Parlement,  de  1562,  1602,  etc.,  au  neuvième  d'un  tiers,  ou 
à  la  vingt-septième  partie  des  biens  meubles  des  seuls  rotu- 
riers pour  les  lieux  où  les  curés  n'ont  point  de  dîmes,  e^ 


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DANIEL  VIGIER  201 

lorsque  le  tiers  des  meubles  restants,  les  frais  funéraires  et 
les  dettes  mobilières  payés,  se  monte  à  quarante  sols  monnaie 
ou  quarante-huit  sols  tournois,  selon  qu'il  fut  arrêté  entre  les 
parties. 

Après  son  retour  d'Avignon,  Vévôque  de  Nantes  unit  en 
1311  les  deux  doyennés  de  Nantes  et  de  la  Chrétienté  q  ui  com- 
prenaient toutes  les  paroisses  du  diocèse  entre  FErdre  et  la 
Loire,  et  allaient  de  la  ville  jusqu'à  TErdre.Il  obtint  également 
du  pape  Clément  V,  un  rescrit  qui  partageait  les  21  pré- 
bendes du  chapitre  en  sept  sacerdotales,  sept  diaconales  et 
sept  subdiaconales.  Peu  après  ce  règlement,  il  se  rendit  au 
concile  de  Vienne,  en  Dauphiné,  où  il  fut  traité  de  Tabolition 
des  Templiers. 

Après  la  conclusion  du  concile,  Daniel  revint  à  Nantes  eh 
1312,  muni  de  quatre  brefs  du  Souverain-Pontife.  Le  !•%  du 
23  juin,  donnait  à  l'évêque  de  Nantes  le  pouvoir  de  commettre, 
durant  trois  années,  quelque  ecclésiastique  pour  récon- 
cilier les  églises  polluées*.  Les  trois  autres,  du  29  juin 
suivant,  lui  accordaient  les  droits  :  1*  d'avoir  près  de  lui,  pen- 
dant 3  ans,  trois  chapelains  dispensés  de  résider  à  leurs  béné- 
fices, prébendes,  cures,  etc.,  tout  en  en  percevant  les  fruits  ; 
V  de  choisir,  à  partir  du  jour  de  la  date  du  but,  un  confesseur 
séculier  ou  régulier,  jusqu'à  Noël  inclusivement;  3*  de  créer 
deux  notaires  apostoliques  dans  le  diocèse'. 

De  deux  autres  bulles  du  3  et  du  13  juillet  1312,  et  datées  de 
Vaison,  la  première  unissait  les  revenus  de  la  paroisse  de 
Saint-Cyr-en-Rays  à  la  mense  épiscopale,  qui,  selon  l'assu- 
rance de  révoque,  ne  passait  pas  la  somme  de  millq  quarante 
livres  petits  tournois  de  revenu  annuel'  ;  la  seconde  confir- 
mait le  partage  des  prébendes. 

Il  existe  aux  archives  départementales,  titres  de  Tévêché, 

«  Labbé  Concil,  t.  x,  part.  2,  p.  1544.  ^ 

3  Titres  de  TETÔché. 
T.   VI.   —  NOTICES.  —  VI»  ANNÉE,  2«  LIV.  13  * 


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202       l'épiscopat  nantais  a  travers  les  siècles 

série  G I,  une  sentence  du  commissaire  apostolique  Bertrand 
deSentio  et  datée  d'Avignon,  le  6  juillet  1320,  annulant  une 
citation  irrégulière  du  prieur  de  Saint-Géréon,  Pierre  de 
Girouard,  qui  disputait  à  Daniel  certains  droits  de  juridiction^ 
déclarant  que  révoque  de  Nantes  ne  peut  être  cité  que  devant 
le  métropolitain  ou  le  pape^  et  que  Téglise  de  Nantes  ne 
relève  que  d'eux. 

Le  !•'  août  1321,  le  pape  Jean  XXII  renouvela  et  confirma 
la  bulle  de  Clément  Y\  Deux  ans  auparavant,  les  Carmes 
s'étaient  établis  à  Nantes.  En  1325,  révoque  Daniel  forma  la, 
collégiale  de  Nantes  par  l'érection  de  plusieurs  chapellenies 
de  réglise  Notre-Dame  en  canonicats.  L'évoque  et  les  officiers 
du  duc  eurent,  dans  les  mêmes  temps,  plusieurs  altercations 
pour  les  droits  et  prééminences  de  fief. 

«  Du  lendemain  de  la  Saint-Michel  1336,  on  trouve  la  cession 
»  d'une  maison  sur  la  chaussée  de  Barbin,  faite  au  sieur  évoque 
»  de  Nantes,  pour  300  Iv.  à  lui  deues  pour  la  ferme  des  moulins 
»  de  Barbin.  »  (Archives  départementales, iiiTes  de  l'évôché,  série 
G I.)  Daniel  Vigier  fit  avec  le  duc  Jean  III  un  arrêté  de  police, 
pour  chacun  ses  hommes  et  vassaux,  le  samedi  après  la  Puri- 
flcation  (3  février)  de  l'an  1336  ;  on  en  a  un  collationné 
authentique  du  30  septembre  1438,  parmi  les  papiers  de  la 
ville>  sac  A,  bis. 

L'évêque  Daniel  mourut  le  12  février  1337,  après  avoir  gou- 
vwné  l'église  de  Nantes  pendant  trente-deux  ans.  Il  fut 
inhumé  dans  sa  cathédrale  contre  le  second  pilier  de  la  nef, 
à  gauche  en  entrant,  près  de  la  chapelle  paroissiale  de  Saint- 
Jean-Baptiste.  Son  tombeau,  construit  en  pierre,  était  recou- 
vert d'une  table  de  marbre  noir,  sur  laquelle  «  autour  de 
sa  représentation,  gravée  au  trait,  »  se  lisait  Tépitaphe 
suivante  : 


1  Le  pape  Clément  V,  mort  le  20  avril  1314  fonda  dans  l'église  de  Nantat^ 
son  anniversaire,  pour  l'entretien  duquel  il  donna  40  sols  de  rente  au  cha- 
pitre et  40  sols  idem  au  bas-chœur.  Le  livre  des  anniversaires  Taûzé  au  28  mai. 


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^ïr 


DANIEL  YIOIEA  203 

Anno  Domini  MCCCXXXVII,  die  veneris  XII  mensis  fe- 
bruarii,  obiit  reverendus  pater  et  dominus  Daniel  Vigerii  de 
Guimeneio,  Nannetensis  diocesis  orundus,  qui  pet  trigenta  et 
duos  cum  dimidio,  rexit  laudabiliter  ecclesiam  Nannetensem  ; 
cujus  anima  in  pace  cum  sanctis  angelis  requiescat.  Amen*. 

Il  a  fondé  à  la  cathédrale  un  anniversaire  avec  vigile  des 
morts,  tous  les  lundis  du  mois,  à  six  cierges  aux  vigiles  et  à 
huit  cierges  à  la  messe,  un  mémoire  pour  ses  parents  le  7 
août  et  un  anniversaire  solennel  à  douze  cierges  devant 
Tautel  et  deux  dans  les  chandeliers.  Il  a  donné  pour  ce  ser<- 
vice  dix  livrés  monnaie  de  rente  annuelle  et  trente-neuf 
livres  aussi  monnaie  pour  les  trois  autres  anniversaires'. 

D*après  le  registre  du  chapitre  de  Saint-Pierre,  ces  anni- 
versaires étaient  flxés  aux  premiers  lundis  de  février,  mars, 
avril,  mai  et  juin. 

Nous  avons  de  Vévêque  Daniel  des  statuts  donnés  par  dom 
Martène,  dans  son  Trésor  des  Anecdotes,  t.  m,  publiés  depuis 
par  dom  Morice,  1. 1,  p.  1382.  Ils  sont  du  commencement  de 
Tépiscopat  de  Daniel,  avant  le  concile  général  de  Vienne,  en 
1311. 

fLa  suite  prochainement.  J  J.  de  Kersauson. 


•  Archevêchés  et  Évéchés  de  France,  coUect    Gaignières,  p.  180,  Bibî.  nat. 
?  Livre  xnannscrit  des  anniyersaires. 


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LE  MARIAGE  DU  PÈRE  DE  LE  SAGE 

20  Septembre  1665 


.  .  A  l'heure  où  sur  l'initiative  du  zélé  directeur  de  la  Revue 
illustrée  de  Bretagne  et  d'Anjou,  l'on  s'apprête  à  élever  sur 
Tune  des  places  publiques  de  la  ville  de  Vannes,  une  statue 
il  Alain-René  Le  Sage,  Tune  des  gloires  littéraires  de  la  Bre- 
tagne au  XVIP  siècle ,  nous  croyons  être  agréables  aux 
lecteurs  de  la  Revue  historique  de  r Ouest  en  rapportant  idi 
Tacte  de  mariage  du  père  de  l'illustre  écrivain,  que  npup 
avons  eu  la  bonne  fortune  de  rencontrer  dernièrement  dans 
les  anciens  registres  paroissiaux  de  Notre-Dame  de  Redon.et 
que  nous  avons  tout  lieu  de  croire  complètement  inédit. 

«  Je,  Gilles  Mancel,  prêtre,  curé  de  la  paroisse  Notre-Dame  de 
Kedon,  certifie,  que  ce  vingtième  septembre  mil  six  cent  soixante- 
cinq,  Noble  homme  Claude  Le  Sage,  s'  ^e  Kerbistoul,  avocat  en  la 
court;,  greffier  de  la  juridiction  royale  de  Rhuis  et  damoiselle  Jeanne 
Brenugat,  de  cette  paroisse,  après  les  fiances  et  la  première  publi- 
cation de  leur  futur  mariage  canoniquement  faite  sans  opposition  et 
empêchement,  et  au  moyen  de  la  dispense  de  deux  autres  bans  de 
leur  dit  mariage,  de  Monsieur  le  vicaire  général  de  Vannes,  du  16 
dudit  mois,  signé  :  Le  Gallois,  et  plus  bas  :  Par  mondit  sieur  vicaire 
Général  :  iVicoto^ro,  secr.;  —  et  qu'Honorable  homme  yanL'OWmtff, 
marchant  et  damoiselle  Françoise  Brenugat,  sœur  germaine  de  la 
dite  Jeanne,  tous  deux  de  cette  paroisse,  après  les  fiances  et  la  pu- 
bUcation  des  trois  bans  de  leur  futur  mariage,  canoniquement  faite 
sans  opposition  ni  empêchement,  ont  été  les  uns  et  les  autres,  à 
même  jour  et  heure  espousez  en  Téglise  parochiale  Notre-Dame  de 
Redon,  par  moi  susdit  curé,  présent,  qui  les  ai  conjoints  en  mariage, 
ayant  au  préalable  reçu  leurs  mutuels  consentements  auxdits  ma- 
riages par  parole  et  de  présent.  Témoins  les  soussignés  ;  Et  ai  donné 
aux  mariés  susdits  la  Bénédiction  nuptiale  devant  le  saint  sacrifice  de 
la  Messe,  suivant  Tordre  prescrit  paiynotre  Mère  la  sainte  église.  En 
foy  de  tout  quoi,  j'ai  signé  lesdits  jours  et  an  que  devant.  Mancel; 

—  Claude  Le  Sage  ;  —  Jeanne  Brenugat;  —  /.  Ollivier;  —  ^rançoise 
Brenugal;  ^  Renée  Brenugat  ;  --  Suzanne  Le  Sage;  -^  Bouscailhou  ; 

—  Brenugat;  —  Fouscher;  —  Authueil;  —  Boue  Graincou;  Legoff^.  » 

C'est  de  ce  mariage  que  devait  naître  à  Sarzeau,  trois  ans 
après,  le  8  mai  1668,  Alain-René  Le  Sage,  ondoyé  dans  cette 
paroisse  le  lendemain  9  mai,  y  baptisé  le  13  décembre  de 
ladite  année  et  mort  à  Boulogne-sur-Mer  le  1"'  novembre  1747. 

C**  Régis  de  l'Estourbeillon. 
»  Ane.  reg.  par.  de  Notre-Dame  de  Redon, 


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CHARTES  INÉDITES 

TIRÉES  DES  ARCHIVES  DE  PAMPELUNE  ET  DE  SOjMA 

Relatives  à  Du  Guesclin  et  à  ses  compagnons  d'armes 
(texte  et  commentaire) 


LES  États  de  Navarre  chargèrent,  au  siècle  dernier, 
Liciniano  Saez,  moine  bénédictin  de  ]*abbaye  de  Saiiit^ 
Dominique  de  Silos,  de  dresser  un  inventaire  des 
documents  conservés  dans  les  archives  de  Pampelune. 
Ce  religieux,  qui  remplissait  dans  son  monastère  la 
charge  d'archiviste,  ne  fut  pas  effrayé  par  la  grandeur  de 
l'entreprise,  et  sut  la  mener  à  bonne  fin  dans  l'espace  de 
quelques  années.  Tout  en  inventoriant  les  chartes  de  l'an- 
cien royaume  de  Navarre,  réduit  depuis  1512  à  l'état  de 
simple  province  espagnole,  il  faisait  transcrire,  par  des 
copistes  placés  sous  ses  ordres ,  les  documents  qui  lui 
paraissaient  le  rIus  intéressants,  et  propres  à  servir  à  l'his- 
toire du  pays.  Il  composa  ainsi  une  dizaine  de  volumes 
grand  in-4'',  de  pièces  de  toute  sorte,  depuis  les  traités 
d'alliance,  lettres,  mandats,  diplômes  royaux,  ordonnances, 

T.    VI.    —  NOTICES.   —  Vl**  ANN4b,  3«  UY.  14 


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2  GBAHTS8  tNÉOITFS 

jusqu'aux  simples  montres  d'hommes  d'armes,  comptes  «de 
recettes  ou  de  dépenses,  etc.,  et  il  en  enrichit  la  bibliothèque 
de  son  monastère*. 

En  i835|  les  bénédictins  de  Silos  durent  se  disperser,  au 
moment  de  la  supprQssion  de  tous  les  ordres  religieux  en 
Espagne,  ^et  devant  la  menace  d'une  expulsion  à  main 
armée.  Les  précieux  manuscrits,  dont  nous  venons  de 
faire  mention,  restèrent  sous  la  garde  du  dernier  abbé, 
dom  Rodrigue  Echavarria  y  Briones,  qui  fut  alors  pourvu 
de  la  cure  de  Silos.  Il  remplit  ces  modestes  fonctions, 
qui  lui  permettaient  de  veiller  sur  sa  chère  abbaye, 
jusqu'en  1854,  époque  à  laquelle  il  fut  nommé  évêque  de 
Ségovie.  Ce  digne  prélat,  voulant  mettre  à  l'abri  une  partie 
des  richesses  amassées  par  ses  prédécesseurs,  emporta  avec 
lui  les  volumes  relatifs  à  Thistoire  de  la  Navarre  ;  il  les  fit 
renfermer  dans  un  certain  nombre  de  caisses  cadenassées, 
qui  depuis  lors  furent  gardées  en  dépôt  dans  le  palais  épis- 
copal  dh  Ségovie. 

Nous  n'avons  pas  à  raconter  ici  comment,  en  1880,  une 
expulsion  vint  repeupler  l'antique  abbaye  qu'une  expulsion 
avait  rendue  déserte  un  demi-siècle  auparavant,  ni  comment 
les  fils  de  Saint-Benoit,  chassés  de  France>  reprirent  posses- 
sion ^'i  monastère  de  Silos.  Il  nous  suffira  de  dire  qu'aucun 
effort  n' •  été  épargné  pour  reconstituer  l'ancien  patrimoine 
de  la  famille  monastique.  Il  y  a  des  pertes  qui  n'ont  pu  se 
réparer,  il  est  vrai,  comme  celle  de  cotte  Bible  incunable, 
vendue  peu  avant  l'arrivée  des  expulsés  français,  et  ra- 
chetée tout  récemment  par  un  bibliophile  anglais  au  prix  de 
93.000  fr.  Le  précieux  dépôt  gardé  à  Ségovie  aurait  pu  subir 
le  même  sort,  ou  du  moins  ne  pas  faire  retour  à  Silos,  surtout 
depuis  la  mort  de  M»'  Echavarria,    survenue  en  1876.  Mais 


'  On  doit  à  ce  religieax  différents  ouvrages  ;  1^  Tratado  de  las  Monedas  del 
Hey  Enrique  III,  —  Madrid,  17^6^  in-fol.—  2«  Tratado  de  las  M(ynedas  del 
Hey  Knriqtie  IVjun  correspoadeoQÎa  con  las  del  Rej  Carlos  V.— Madrid,  180&, 
in-fol.  •»  3«  Apendice  à  U  Cronica  del  Hej  Juan  II, 


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A 


RELATIVSÔ  A  DU  QUB9GUN  3 

les  intealions  du  pieux  Prélat,  bien  connues  de  son  entou- 
rage, furent  respectées  ;  et,  à  la  suite  de  négociations,  dans  le 
détail  desquelles  nous  ne  croyons  pas  utile  d'entrer,  les 
volumes  copiés  il  y  a  plus  d'un  siècle,  par  les  soins  de  dom 
Liciniano  Saez,  à  Pampelune,  furent  réintégrés  au  monastère 
de  Saint-Dominique  de  Silos.  Le  R.  P.  Dom  Marins  Férotin, 
qui  a  succédé  à  dom  Saez  dans  la  charge  d'archiviste,  a  bien 
voulu  nous  signaler  daps  cette  importante  collection  cinq 
chartes  concernant  le  séjour  de  Du  Guesclin  et  de  ses  com- 
pagnons d'armes  en  Espagne.  Les  trois  premières  sont  rédi- 
gées, en  espagnol  et  les  deux  autres  en  français.  Nous  avons 
pensé  que  tout  ce  qui  touche  au  vaillant  Godnétable  doit  avoir 
de  Tintérôt  pour  les  lecteurs  de  la  Revue  historique  de  tOuest^ 
que  la  scène  se  passe  d'un  côté  ou  de  l'autre  des  Pyrénées*. 

Nous  donnerons  les  chartes  qui  nous  occupent  dans  l'ordro 
chronologique,  en  les  accompagnant  d'un  sommaire  étendu, 
et  de  commentaires  destinés  à  les  rattacher  à  l'histoire  gêné- 
raie  de  cette  époque.  Il  nous  a  semblé  que  le  sommaire  offre 
cet  avantage  sur  une  traduction  littérale,  d'éviter  au  lecteur 
l'ennui  résultant  des  longueurs,  des  répétitions  etde  la  rédac- 
tion parfois  incorrecte  et  monotcjtie  de  certaines  de  ces  pièces. 

Nous  y  joindrons  une  ordonnance  royale  de  beaucoup  pos- 
térieure (20  juil.  1384),  extraite  des  archives  de  Soria,  ^^^  il  est 
fait  mention  de  Du  Guesclin.  y> 


*  Nous  profitons  de  cette  occasion  pour  leur  apprendre  que  M.  Siméon 
Luce,  que  nous  avions  choisi  comme  arbitre  entre  Froissart  et  Pedro  de 
Ayala,  dans  notre  dissertation  sur  du  Guesclin  et  le  drame  du  château  de 
Montie],a  eu  Tamabilité  de  nous  écrire  pour  nous  faire  savoir  qu'il  approuve 
nos  conclusions  tendant  à  justifier  Bertrand  du  Guesclin  de  tout  reproche 
de  trahison.  Nous  sommes  heureux  d*avoir  reçu  cette  approbation  de 
la  part  du  juge  le  plus  compétent  que  nous  pussions  choisir.  C'est  un  peu- 
&  son  instigation  que  nous  publions  les  documents  suivants,  que  nous  croyons 
pouvoir  donner  comme  inédits.  Cette  fois  encore,  nous  soumettons  à  sa  bien- 
veillante appréciation  les  conjectures  que  nous  aurons  lieu  d'émettre  au 
cours  de  notre  étude,  son  titre  incontesté  d'historien  du  connétable  et  ses 
travaux  antérieurs  lui  donnant  toute  autorité  pour  rendre  un  arrêt  définitif 
en  celle  matière,  « 


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CHARTES  INÉDITES 


!••  CHARTE 


Le  premier  document  que  nous  reproduisons  est  une  lettre 
datée  du  8  mars,  et  que  nous  croyons  devoir  rapporter  à 
Tannée  1366.  Dom  Saez  ajoute  une  note  constatant  que  la 
copie  est  faite  d'après  Toriginal.  L'auteur  ne  signe  pas  ;  il 
écrit  de  Tudela,  ville  du  royaume  de  Navarre,  sur  l'Èbre, 
et  s'adresse  à  un  ami  dont  nous  ne  connaissons  pas  davan- 
tage le  nom. 

Sommaire  :  L'auteur  de  la  lettre  annonce  que  les  Anglais 
viennent  de  passer  (par  la  Navarre),  pour  entrer  en  Caslille, 
non  sans  beaucoup  d'honneur  et  de  profit  pour  le  Roi  (de 
Navarre).  Le  jour  même  où  il  écrit,  dimanche ^  8  mars, 
Bertrand  du  Guesclin  s'est  présenté  aux  portes  de  Tudela,  et, 
dès  qu'il  sut  que  le  Roi  n'y  était  pas,  il  s'éloigna  dans  la 
direction  de  Gascante,  pour  y  camper.  Ses  partisans  se  sont 
déjà  emparés  de  vive  force  de  celte  place,  d'Ablitas,  de  Mar- 
chante, de  Monfeagudo;  ils  les  ont  ruinées  à  tout  jamais  ainsi 
que  les  localités  des  environ?,  à  l'exception  de  Corella.  G  est 
pourquoi  il  (l'auteur  de  la  lettre)  se  propose  de  partir  le  len- 
demain matin ,  avec  Messire  Euslache-Jean  Testador  et 
d'autres  compagnons,  pour  joindre  Bertrand  du  Guesçlin  et 
le  comte  de  la  Marche  à  Gascante,  dans  le  but  de  les  y  rete- 
nir, si  possible,  jusqu'à  la  venue  du  Roi.  Il  charge  le  destina- 
taire, de  faire  parvenir  en  toute  hâte  au  Roi  la  lettre  incluse  ;  il 
confie  le  tout  à  un  jeune  homme  au  service  de  Pierre  Ezquerra, 
Il  lui  recommande  encore  de  trouver  un  bon  nlessager,  qui 
marche  jour  et  nuit,  pour  rejoindre  D.  Garlos,  car  il  convient 
que  celui-ci  soit  à  Tudela  le  jeudi  suivant  (11  mars).  Enfin  il 
le  prie  de  demander  à  Barthélémy  Darre  qu'il  veuille  bien 
donner  à  Pierre  .Ezquerra  l'argent  qui  lui  revient,  de  peur 
d*6tre  puni  par  le  Roi\ 

*  C%\U  dernière  phrase  ne  laiiae  pal  d*étre  un  peu  obicitre* 


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to 


UELATIVKS  A  DU  OUESOLIN  5 

€  Caro  et  buen  amigo.  Sabet  que  abemos  dellTrado  coq  Iob  An« 
gleses  à  grant  hpnrra  et  proveoho  del  Seyanor  Rey  et  se  pasan  todos 
ÇQta  (en  la)  Gastieylla  assi  sabes  que  oy  dia  domingo  maynana  Tinp 
mosen  bertran  claquih  a  las  puertas  de  Tudela  de  que  toda  gent  abia 
k  saz  que  flBLzer  et  luego  que  sopo  que  el  Seynnor  Rey  no  era  en 
tudela  fue  aloiarse  à  Gascante,  maguera  antes  abfan  tomado  otroB 
por  fuerza  Cascante  ablitas  murcbant  montagut  et  todos  los  otros 
logares  de  la  alyala  salvando  coreylla  los  quoales  son  gastailos  et 
èstruitos  à  perpetuo  et  por  esto  cras  dia  lunes  maynana  3rmos  al 
dicto  monsen  bertran  et  al  comte  de  la  marcha  et  à  otros  por  faaser 
los  retener  ata  (hasta)  la  venida  del  Seynnor  Rey  si  podemos 
Mosen  Eustaces  Johan  Testador  et  yo  con  mas  compaynàs. 
Et  por  esto  le  ymviamos  esta  letra  al  Seynnor  Rey  la  coal  traye  el 
mozo  de  peru  Ezquerra  que  es  muyt  apresurada.  Por  que  vos 
ruego  si  nunca  abedes  à  fazer  por  mi  que  ayades  un  buen  man- 
dadero  que  vaya  a  mas  andar  dia  et  noche  al  dicto  Seynnor  Rey  con 
la  dicta  letra  car  conviene  que  eill  sea  en  tudela  en  este  Jueyea 
primero  veniente.  Otro  si  vos  ruego  que  de  mis  partes  le  man* 
dedes  à  bartholomeo  darre  que  à  peru  Ezquerra  li  quera  pagar  de 
su  asser  que  eill  à  en  eill  car  si  el  Rey  lo  7aylla  en  Pomplona  por 
mengoa  de  la  dicta  asser  podria  ser  malament  represo  dios  sea 
goarda  de  vos.  Scripta  en  tudela  domingo  VIII  dia  de  Marzo.  > 

Commentaire  :  Nous  croyons  devoir  faire  remonter  cette 
lettre  à  Tannée  1366^  où  le  8  mars  coïncide  en  effet  avec  un 
dimanche.  De  plus,  nous  savons  que  le  comte  delà  Marche 
(Jean  de  Bourbon)  accompagna  du  Guesclin  dans  sa  pre- 
mière expédition  au-delà  des  Pyrénées,  qu'il  retourna  en 
France  dès  le  mois  d'avril,  et  qu'il  ne  repassa  plus  les  monts. 
Quant  à  la.  mention  qui  est  faite  au  début  de  la  charte  des 
troupes  anglaises,  nous  pensons  qu'il  faut  entendre  cette  ex- 
pression des  compagnies  anglo-gasconnes ,  qui  formaient 
environ  les  deux  cinquièmes  des  contingents,  auxquels  com- 
mandait Bertrand. 

Mais  ici,  nous  nous  heurtons  à  quelques  difficultés,  qui 
peuvent  se  formuler  ainsi  :  Comment  du  Guesclin  fut-il 
obligé  de  traverser,  dans  cette  circonstance,  le  territoire  de 


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6  CHARTES  INÉDITES 

la  Navarre?  et  comment,  d'autre  part,admettpe  qu'une  partie 
de  son  armée  ait  effectué  ce  passage  sans  être  entravée,  alors 
que  nous  le  trouvons  lui-môme  obligé  de  se  frayer  un  chemin 
les  armes  à  la  main  7  Quels  furent  en  un  mot  les  motifs  d'une 
pareille  agression  dirigée  contre  les  États  d'un  prince,  allié 
du  roi  d'Aragon  ? 

La  lettre  qui  nous  occupe  fait  allusion  à  un  épisode,  dont 
on  ne  retrouve  pas  la  trace,  croyons-nous,  dans  les  chro- 
niques contemporaines.  Mais  avec  ce  que  nous  apprend 
l'histoire,  et  ce  que  nous  savons  du  caractère  et  des  habitudes 
de  Charles  le  Mauvais,  il  nous  semble  facile  de  tenter  une 
explication  du  message  en  question  et  des  circonstances  qui 
s'y  rapportent. 

Les  grandes  compagnies,  pour  se  rendre  d'Aragon  en 
Castille,  devaient  remonter  le  cours  de  l'Èbre,  qui  leur  offrait 
un  débouché  tout  naturel.  Mais  en  suivant  cette  route,  la  plus 
directe  et  la  plus  facile,  il  leur  fallait  traverser  la  ville  de  Tu- 
dela  et  une  enclave  de  la  Navarre.  Arrivé  près  de  la  frontière, 
du  Guesclin  dût  obtenir  de  Charles  le  Mauvais  le  droit  de 
passage  par  ses  États,  moyennant  une  forte  indemnité,  que 
semblent  viser  ces  mots  du  début  de  la  lettre  «  à  grant 
hourra  et  provecho  del  Seynnor  Rey.  »  Obligé  de  s'arrêter 
sans  doute  pour  prendre  possession  du  château  de  Borja, 
que  le  roi  d'Aragon  Pierre  IV  venait  de  lui  donner,  il 
laissa  les  bandes  anglo-gasconnes  prendre  les  devants,  et 
celles-ci  s'écoulèrent  en  Castille,  sans  rencontrer  la  moindre 
résistance.  Mais  quand  il  se  présenta  à  son  tour  devant 
Tudela,  les  choses  avaient  changé  d'aspect  :  la  ville  lui  ferma 
ses  portes  et  les  Navarrais  le  traitèrent  en  ennemi.*  Alors  le 
vaillant  capitaine  voulut  leur  apprendre  qu'on  ne  se  jouait 
pas  impunément  de  lui,  et  il  s'ouvrit  un  passage  à  main 
armée  en  ravageant  tout  le  pays  environnant.  N'oublions  pas 
que  nous  avons  affaire,  dans  la  personne  de  Charles  le  Mau- 
vais, à  un  prince,  qui  appliquait  un  siècle  à  l'avance  les  prin- 
cipes de  Machiavel  ;  qui  faisait  traité  sur  traité,  ne  se  croyant 


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;• 


RELATIVES  A   DU   GUCAGLIN  7 

jamais  lié  et  cherchant  avant  tout  son  intérêt;  nch  trompant 
d'ailleurs  personne^  malgré  toutes  ses  habiletés  ;  incorrigible' 
cependant,  et  exposant  jusqu'au  dernier  jour  ses  États  et  sa 
personne  môme  à  de  terribles  représailles.  Si  le  lecteur  ac- 
ceple  jusqu'à  présent  nos  conjectures,  il  est  probable  que  le 
roi  de  Navarre,  après  avoir  trouvé  son  profit  dans  Tindemnité 
payée  par  les  grandes  Compagnies,  aura  craint  de  se  com* 
promettre  davantage  aux  yeux  de  Pierre  le  Cruel,  pour  le  cas 
où  la  cause  de  celui-ci  viendrait  à  triompher.  Afin  de  donner 
à  ce  prince  une  preuve  de  sa  bonne  volonté,  il  aura  voulu 
tenter  tout  au  moins  d'arrêter  la  marche  de  Tarrière-garde 
de  Tarmée  de  du  Guesclin.  Une  pareille  tactique  est  tout  à 
fait  conforme  à  celle  qu'il  employa  Tannée  suivante,  à  la  veille 
de  la  bataille  de  Navarrette,  lorsqu'il  vendit  au  prince  de 
Galles  le  passage  au  travers  de  ses  Élats,  et  se  fit  enlever  en- 
suite par  Olivier  deMauny,  pour  n'être  pas  obligé  de  prendre 
part  à  la  lutte  entre  les  deux  frères*. 

Le  ton  de  la  lettre  qu*on  vient  de  lire  est  tout-à^fait  conforme 
à  l'interprétation  que  nous  donnons,  en  l'absence  d'autres 
documents  sur  ce  curieux  épisode.  L'auteur,  qui  semble  être 
le  gouverneur  de  Tudela,  n'accuse  point  du  Guesclin  de 
a'ôlre  livré  à  une  agression  injuste,ou  d'avoir  manqué  à  la  pa- 
role donnée  ;  il  constate  seulement  que  celui-ci  vient  de  ruiner 
plusieurs  places  des  environs.  La  lettre  est  d'ailleurs  rédigée 
avec  circonspection,  de  manière  à  ne  compromettre  personne, 
si  elle  venait  à  être  interceptée  par  l'ennemi.  On  peut  croire 
que  Charles  le  Mauvais  avait  primitivement  donné  rendez- 


>  Peut-être  aussi  Charles  le  Mauvais  Toulut-il,  dans  cette  circonstance,  tirer 
▼engeance  des  déprédations  commises  par  les  compagnies  bretonnes,  lors  de 
leur  passage  par  Montpellier.  Il  ne  faut  pas  oublier  en  effet  que,  en  vertu  du 
traité  conclu  le  6  mars  1365,  le  roi  de  Navarre  cédait  à  Charles  V,  Mantes, 
Meulan  et  le  comté  de  Longueville,  en  échange  de  la  seigneurie  de  Mont- 
pellier. Or,  le  nouveau  comte  de  Longueville  n*était  autre  que  Bertrand  du 
Guesclin,  à  qui  le  Roi  de  France  était  redevable  de  la  victoire  de  Cocherel, 
et  de  la  prise  de  Mantes  et  de  Meulan.  On  s*explique  facileipent  les  griefs 
que  le  roi  de  Navarre  pouvait  avoir  contre  le  chef  des  Compagnies,  d*après 
ce  qui  précède.  , 


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8  CHAKTES  INEDITES 

VOUS  le  8  mars  à  Bertrand,  à  Tudela  môme,  puisque  celui- 
ci  se  présente  à  cette  date  devant  les  portes  de  la  ville,  dans 
l'espoir  d'y  rencontrer  le  roi  de  Navarre,  et  qu'il  se  dirige 
vers  Gascante,  aussitôt  qu'il  apprend  l'absence  du  prince. 
D'autre  part,  nous  voyons  que  le  rédacteur  du  message 
projette  d'aller  trouver  le  lendemain  Bertrand,  et  qu'il  veut 
ménager  une  entrevue,  le  jeudi  suivant,  entre  son  maître  et 
le  chef  des  compagnies  blanches  à  Tudela,  dans  la  crainte 
sans  doute  de  voir  les  hostilités  se  prolonger.  Il  est  plus 
probable  que  cette  conférence  n'eut  pas  lieu  :  Charles  le 
Mauvais  ne  devait  point  ôtre  pressé  de  se  trouver  en  présence 
de  du  Guesclin.  De  son  côté,  Bertrand,  après  avoir  donné  une 
verte  leçon  aux  Navarrois  et  à  leur  Roi,  se  préoccupa  sans 
doute  de  rejoindre  au  plus  tôt  son  avant-garde.  Quelques 
jours  après,  c'est-à-dire  le  samedi  14  mars,  nous  le  retrou- 
vons en  Castille  à  Calahorra,  auprès  d'Henri  de'Transtamare*. 

Barthélémy  Darre,  dont  il  fait  mention  ici,  est  cité  dans  une 
autre  charte  du  17  septembre  1366,  avec  le  titre  de  receveur 
delà  sénéchaussée  et  bailliage  de  Pampelune  :  «Recebidor 
de  la  merindat  et  bayllia  de  Pomplona.  » 

Complétons  ces  détails  par  quelques  notions  sur  les  lieux 
dictés  dans  la  carte  :  Tudela  est  à  une  distance  de  26  lieues 
au  sud  de  Pampelune  ;  c'est  de  beaucoup  la  plus  importante 
hes  places  mentionnées'.  Nous  voyons  que  du  Guesclin  ne 
s'attarda  pas  à  la  prendre  de  vive  force. 

Cascante  est  un  bourg  de  la  Navarre,  qui  comptait  au 
quatorzième  siècle  environ  4C0  habitants.  Il  faisait  partie  du 
domaine  royal,  depuis  la  vente  faite  en  1271  par  don  Pedro 

*  MariaDa  lui  fait  prononcer  dans  cette  circonstance  un  lon^r  discour», 
pour  engager  don  Enrique  h  prendre  le  titre  de  roi,  contre  Tavis  de 
plusieurs  de  ses  conseillers.  La  harangue  est  reproduite  in  extenso  et  a 
une  vraie  forme  oratoire.  Nous  craindrions  d'allonger  indéfiniment  ce 
commentaire,  en  donnant  la  traduction  du  discours  en  question ,  qui 
rappelle  ceux  de  Tite-Live. 

>  Le  roi  Sançhe  Vil,  qui  y  mourut  en  123*.  IVntouva  de  remparts  et  en  fit 
une  véritable  forteresse.  Cette  ville  est  devenue  passagèrement  le  siège  d*un 
évéché,  kla  findu  siècle  dernier  :  sa  population  es^t  aujourd'hui  d«i  9000  Amp^. 


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1^ 


HGLATIVeS  A  DU  GUBSGLIN  9 

Sanchez  de  Monteagut  au  roi  don  Eatique.  Cette  localité  est 
située  à  deux  lieues  au  sud-ouest  de  Tudela,  dans  la  direction 
de  Borja. 

Ablitas,  village  tout  proche  |du  précédent  ;  Charles  le 
Mauvais  en  avait  disposé,  quelques  années  auparavant,  en 
faveur  de  Martin  Knriquez  de  Loarra  (1349),  Tan  de  ses 
principaux  officiers. 

Murchante  (ou  Marchante)  et  Monteagudo  (Montagut) 
étaient  deux  localités  peu  importantes,  faisant  partie  du 
territoire  dépendant  de  Tudela. 

Corella,  bourg  de  la  Navarre^  à  4  lieues  nord-est  de  Tudela, 
compte  actuellement  400  habitants. 

L'auteur  de  la  lettre,  en  parlant  de  Cascante,  Âblitas,  Mur- 
chante et  Monteagudo,  dit  que  ces  localités  viennent  d'être 
ruinées  à  tout  jamais  ;  mais  il  exagère  beaucoup,  puisqu'elles 
existeat  toutes  encore  à  l'heure  actuelle,  et  que>  dès  1378, 
Charles  le  Mauvais  fit  don  de  la  première  de  ces  places  à 
Bernard  de  Foix. 

2*  CHARTE. 

Sommaire  :  La  seconde  charte  est  datée  du  28  octobre  1366 
(Eslella*,  à  trente-cinq  kilomètres  S.  0.  de  Pampelune,  sur  la 
route,  qui  mène  à  Logrono).  Charles  le  Mauvais,  roi  de  Navarre 
et  comte  d'Ëvreux,  enjoint  aux  employés  chargés  de  ses  finances 
de  tenir  compte  à  son  trésorier,  don  Garcia  Michel  Delcart, 
des  sommes  que  celui-ci  vient  de  payer  par  son  ordre,à  savoir  : 

1*  Onze  cent  quarante  florins  d'or,  donnés  &  messire  Ber- 
trand du  Guesclin,  chevalier,  comme  avance  sur  une  somme 
plus  considérable  qu'il  doit  recevoir  du  Roi,  soit  les  deux 
tiers  de  la  somme  promise. 

29  Cinq  cents  florins  d'or  à  messire  Rémon,  seigneur  d'Al- 
balierra,  chevalier. 

*  Ccftte  ville  oompte  aujourd'hui  0000  habitante,  et  est  le  chef-lieu  d*un 
partido  judiciaire. 


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10  CHARTES  INÉDITES 

3*  Cinquante  florins  au  môme,  pour  couvrir  les  dépenses 
du  voyage  qu'il  doit  entreprendre  pour  aller  trouver  le  roi 
don  Henry,  de  la  pari  du  roi  de  Navarre. 

4''  Six  florins  d'or  à  Dominique  de  Santa-Gara^  messager  à 
pied,  envoyé  au  môme  pour  rapporter  sa  réponse. 

La  charte  est  scellée  du  sceau  royal  et  porte  la  signature 
de  «  Peralta  »  pour  le  roi*. 

c  Karlos  par  la  gracia  de  dios  Rey  de  Navarra  et  conte  devreui 
(d'Evreux).  A  nuestros  bien  amados  et  ûelles  Gehtes  de  nuestros 
comptes  salut.  Nos  vos  mandamos  que  à  nuestro  bien  amado  et  fiel 
thesorero  don.  Garcia  Miguel  Delcart  recibades  en  compte  et  rebatades 
de  sus  Receptas  sin  diflcultat  nin  contradicho  alguno  las  sumas  et 
quantias  ynfrascriptas  que  eill  de  nuestro  mandamiento  à  eill  fecbo 
de  boca  ha  dados  et  delivrados  à  los  que  se  siguen;  Primo  à  Monsen 
Bertran  de  Claquin  Cabayllero  en  rebatimiento  de  mayor  suma  que 
debe  recebir  de  nos  por  el  dono  et  retenida  que  tiene  de  nos  :  onze- 
zientos  et  quoaranta  âorines  doro  por  dos  partldas,  ytem  à  Monsen 
Remon  Seynnor  da  Albatierra  Caballero  por  el  dono  et  retenida  que 
tiene  de  nos  :  cinco  cientos  florines  doro.  Ytem  al  dito  Seynnor  de 
Albatierra  por  ftizer  sus  ezpensas  en  yr  de  part  nos  en  mesageria  a 
Rey  don  Henrric  cinquoanta  donnes.  Ytem  à  domingo  de  Santa 
Kara  mandadero  à  pié  inviado  por  nos  al  dicto  Rey  por  retornarnos 
la  respuesta  de  la  dicta  mesageria  seis  florines  doro.  Por  testimonio 
desta  nuestra  carta  sieyllada  con  nuestro  sieyllo.  Dat.  en  Esteylla 
XXVII  dia  de  octubre  layno  de  gracia  mil  trecientos  sisanta  et  seis. 

For  el  seynor  Rey. 

Peralta. 

Commentaire  :  Huit  mois  environ  se  sont  écoulés  depuis  le 
passage  des  grandes  compagnies  par  la  Navarre,  et  les  évé- 
nements ont  quelque  peu  modifié  les  dispositions  de  Charles 
le  Mauvais  à  Tendroit  de  du  Guesclin.  Dans  cet  intervalle,  en 
effet,  Henri  de  Transtamare  a  été  couronné  roi  de  Castille 
(5  avril),  tandis  que  Pierre  le  Cruel  après  s'être  enfui  de 

*  Une  note  indiqne  que  la  copie  a  été  faite  sur  la  charte  originale,  où  le 
▼oit  encore  Tempreinte  du  sceau. 


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Il 


( 


RELATIVES  A  DU  OUBSCLIN  11 

Burgos  à  Séville,  et  avoir  vainement  sollicité  Tappui  du  roi 
de  Portugal,  a  flni  par  se  réfugier  auprès  du  prince  de 
Galles.  La  lutte,  un  instant  suspendue  entre  les  deux  frères, 
est  sur  le  point  de  s'engager  de  nouveau.  Le  23  septembre,  lo 
Prince  Noir,  don  Pedro  et  Charles  le  Mauvais  ont  signé  à 
Libourne  un  traité,  en  vertu  duquel  le  roi  de  Navarre  permet 
au  premier  de  traverser  ses  États,  moyennant  le  paiement 
de  200000  florins  d'or  et  d'autres  avantages. 

De  son  côté,  Henri  de  Transtamare  cherche  à  se  procurer 
des  renforts,  et  il  envoie  à  cet  effet  Bertrand  du  Guesclin 
auprès  du  roi  d'Aragon  et  du  duc  d'Anjou. 

Le  document  que  nous  publions  nous  fait  voir  clairement 
que  Charles  le  Mauvais,  fidèle  à  sa  politique  de  bascule  et  de 
neutralité  apparente,  veut  ménager  les  deux  partis  en  pré-^ 
sence,  dans  l'incertitude  où  il  est  du  résultat  de  la  lutte. 
Quelques  semaines  après  les  négociations  commencées  à 
Bayonne,  nous  le  voyons  entrer  en  rapport  avec  les  chefs  des 
Compagnies  :  les  sommes  qu'il  leur  alloue  indiquent  assez 
qu'il  attend  d'eux  quelque  service,  car  il  n'a  pas  l'habitude 
de  faire  des  libéralités  qui  ne  lui  rapporteront  rien.  Sans 
nul  doute,  ayant  appris  le  voyage  projeté  par  du  Guesclin,  il 
le  charge  de  faire  des  ouvertures  de  sa  part  soit  au  roi 
d'Aragon,  Pierre  IV,  soit  au  duc  d'Anjou,  ou  enfin  de  l'ex- 
cuser auprès  de  Charles  V,  de  la  nécessité  où  il  se  trouve 
de  livrer  passage  aux  troupes  anglaises.  Et  de  fait,  sa  posi- 
tion est  assez  critique,  placé  qu'il  est  entre  deux  feux  :  il 
ne  peut  guère  refuser  le  service  que  lui  demande  le  flls  du 
roi  d'Angleterre  ;  mais  il  craint^  d'autre  part,  de  mécontenter 
le  roi  de  France  et  ses  alliés,  en  prenant  trop  ostensiblemonl 
parti  pour  Pierre  le  Cruel. 

C'est  pourquoi,  en  môme  temps  qu'il  donne  une  mission 
confidentielle  à  Bertrand  du  Guesclin,  il  députe  le  sire  Rémon 
d'Albatierra  vers  Henri  de  Transmatare.  Ce  seigneur  n'est 
autre  apparemment  que  Guardia  Reymond,  chevalier  sei- 
gneur d'Aubeterre.  l'un  des  ch^fs  des  compagnies  anglo- 


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12  CHARTES  INÉDITES 

gasconnes,  dont  M.  Siméon  Luce  a  si  heureusement  retrouvé 
le  nom  dans  ses  recherches  aux  Archives  .nationales.  (Voir 
Chroniques  de  Froissart,  t.  vi,  p.  LXXXI^  note  3).  Il  ne  tarda 
pas  &  suivre  en  Aquitaine  les  Compagnies  rappelées  par  le 
prince  de  Galles,  et  il  combattit  sous  Tétendard  de  celui-ci 
à  Navaretle.^  Charles  le  Mauvais  ne  put  du  moins  l'accuser 
de  trahison,  puisqu'en  passant  d'un  camp  dans  l'autre,  il 
demeurait  toujours  son  allié.  Une  charte  du  12  mai  1866  fait 
allusion  à  un  autre  messager  envoyé  par  Charles  le  Mauvais 
àdon  Enrique  (Archives  de  Silos.  Manuscrit  16).  --Ces  négo* 
ciations  préliminaires  devaient  aboutir  au  traité  de  Santa- 
Cruz  de  Campezo,  conclu  au  début  de  Tannée  1367.  (Voir 
Zurita,  Mariana,  Ferreras^  etc.) 


3*  CHARTE. 

Sommaire  :  Ordonnance  de  Charles  le  Mauvais,  roi  de  Na- 
varre, comte  d*Evreux,  datée  de  SangUesa*  le  10  février  1367, 
par  laquelle  ce  prince  charge  son  trésorier,  don  Garcia  Miguel 
Delcart,  de  rembourser  à  Lope  Ochoa,  gouverneur  du  château 
de  Caparroso,  les  frais  occasionnés  par  Tinternement  d'Olivier 
du  Guesclin  dans  ledit  chiteau,  durant  Tespace  de  trois  mois 
et  treize  jours. 

Ces  frais  comprennent  les  dépenses  extraordinaires  faites 
à  cette  occasion,  la  nourriture  du  prisonnier  et  des  deux 
gardes  chargés  de  veiller  sur  lui  nuit  et  jour,  à  raison  de 
deux  doubles  pour  le  premier  et  de  trois  mesures  de  froment 
pour  les  gardes.  Il  est  fait  mention  également  de  la  construc- 
tion d'un  poste  fortifié,  pour  compléter  la  défense  de  la  place, 
à  la  requête  de  Martin  Xemeniz,  capitaine  du  château  de 
Caparroso  ;  cette  construction  s'élève  à  la  somme  de  136  sous 
et  sept  deniers.  Ces  dépenses,  engagées  à  la  requête  du  tréso- 

*  Sangiiesa,  petite  ville  de  2000  àmet»  k  9  lieaeSf  S.  E.  de  Pampelune,  proche 
delà  ffoatière  d'Aragon. 


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r\\ 


KÎSLATIVE3   A   DU   GUESCUN  13 

• 

rier  royal,  ont  été  examinées  et  vérifiées  par  les  auditeurs  de 
ta  Chambre  des  comptes.  Les  frais  d'entretien  sus-indiqués,  à 
raison  de  deux  doubles  et  de  trois  mesures  de  froment, 
s'élèvent  à  la  somme  de  quarante  livres,  treize  sous,  trois 
deniers.  II  est  dit  de  plus  que  la  coutume  met  à  la  charge  du 
trésor  les  réparations  des  châteaux  du  Roi,  jusqu'à  concur- 
rence de  cent  sous  ;  que .  l'architecte  royal  a  approuvé  la 
construction  du  fortin  et  la  dépense  ainsi  motivée.  Le  gouver* 
neur  de  Caparroso  avait  d'ailleurs  reçu  de  la  bouche  du  Roi 
Tordrede  pourvoir  à  Tentretiendu  prisonnier; il  a  juré  queles 
frais  étaient  tels  qu'il  le  disait.  Bp  conséquence,  ordre  est 
donné  de  payer  à  Lope  Ochoa  la  somme  de  quarante  livres, 
treize  sous,  trois  deniers,  et  de  plus  cent  trente-six  sous  et 
sept  deniers.  Pour  toucher  cette  dernière  somme,  le  gouver- 
neur devra  produire  Tordre  donné  par  le  capitaine  du  château 
de  procéder  à  la  construction  du  fortin,  et  l'approbation  de 
l'architecte  royal,  tant  au  point  de  vue  de  la  dépense  ainsi 
engagée,  que  pour  le  coût  des  travaux  exécutés.  Les  auditeurs 
de  la  Chambre  des  comptes  auront  donc  soin  de  porter  ces 
frais  à  titre  de  dépenses,  et  de  les  déduire  du  montant  des 
recettes  du  trésorier  royal  La  charte  est  scellée  du  sceau 
royal,  et  signée  au  nom  du  roi,  par  un  de  ses  officiers  ou  se- 
crétaires, appelé  Miranda. 

La  pièce  suivante  est  un  mandat  par  lequel  Nicolas  Le 
Lièvre,  suppléant  du  trésorier  royal,  ordonne  à  don  Mathieu 
Le  Soterel,  receveur  de  la  sénéchaussée  et  bailliage  de  Tu- 
dela,  de  payer  àLope  Ochoa,  gouverneur  du  château  de  Capar- 
roso, la  somme  de  quarante  livres,  treize  sous,  trois  deniers 
plus  six  livres'trois  deniers*  pour  couvrir  les  dépenses  dé- 
crites dans  la  charte  précédente.  Le  '  receveur  susdit  devra 
porter  les  frais  de  construction  sur  son  compte  ordinaire,  et 
faire  mention  de  l'avis  conforme  de  l'architecte  royal  et  du 

*  Cette  dernière  somme  a'est  pas  tout  à  fait  conforme  à  la  dépente  signal  a 
poar  le  même  objet  dans  la  charte  précédente  :  il  7  a  un  écart  en  moins  de 
|f«is  souf  et  d*an  denier. 


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14  V  CHARTES  INÉDITBS 

mandatdu capitaine  deCaparroso.Pourlui  (Nicolas Le  Lièvre), 
il  se  charge  de  faire  inscrire  ces  dépenses,  en  les  appuyant 
de  son  propre  mandat^  et  du  reçu  que  donnera  le  gouverneur. 

Pampelune,  le  28  février  1367. 

Dans  la  troisième  pièce,Martin  Xemeuiz  de  Beortegui,  capi- 
taine de  Caparroso,  donne  ordre  àLope  Ochoade  Lerga,  gou- 
verneur de  la  môme  ville,  de  faire  construire  un  poste  fortifié 
pour  la  défense  du  château  et  pour  suppléer  à  Tabsence  de 
mur  d'enceinte.  En  foi  de  quoi,  il  appose  sur  ledit  mandat  le 
sceau  de  son  neveu  Ferrand,  à  défaut  du  sien  propre.  (Cette 
dernière  pièce  de  comptabilité  est  Tune  des  deux  requises 
par  Tordônnance  de  Charles  le  Mauvais.  La  date  manque).  ' 

«  Karlos  por  la  gracia  de  Dios  Rey  de  Navarra  conte  deureux 
(d'Bvreux).  A  nuestro  bien  amado  Thesorero  Don  Garcia  Miguel 
Delcart  Salut.  Como  ante  dagora.  Lope  Ochoa  Alcayt  del  nuestro 
Castieillo  de  Caparroso  nos  ovies  suplicado  que  eyll  por  nuef^^  ' 
mandamiento  fecbo  à  eyll  de  boca  recibio  et  tovo  preso  en  goarda  à 
Mosen  Oliver  Claquin,  por  espacio  de  très  meses  et  trece  dias  el  quoal 
abia  proveido  de  corner  et  beber  et  de  lo  que  necesario  li  era  et  por 
causa  deyll  abria  tenido  mas  de  compaynaset  fecho  mayores  ezpensas 
de  lo  que  facer  non  debia  et  asi  bien  aber  dado  al  dicbo  mosen 
Oliver  dos  doblas  et  à  dos  compaynones  que  continuadamente  lo 
guardaban,  très  Kaflces  de  Trigo  segunt  que  por  las  partidas  de  la9 
expensas  dadas  por  eyll  parecia.  Otro  si  obies  dicho  et  suplicado 
que  eyll  por  mandamiento  de  Martin  Xemeniz  capitan  por  tiempo  en 
la  dicha  villa  de  Caparroso  fezo  facer  una  garita  et  combatiment  en 
el  dicho  castieillo  la  quoal  era  muy  necesaria.  La  expensa  de  la 
quoal  le  abia  costado  cien  trenta  seis  sueldos  et  siete  dineros  de 
Karlines  prietos  las  quoales  dichas  partidas  et  coantias  obiese  supli- 
cado ser  ly  mandadas  pagar  et  nos  obiesemos  ynviado  mandar  à 
nuestros  bien  amados  et  ûeles  oydores  de  nuestros  comptos  que 
visto  el  ténor  de  la  dicha  suplicacion  et  las  partidas  de  las  expensas 
dadas  por  eyll  nos  ynviasen  dicir  por  su  carta  lo  que  lis  semeyaba 
et  si  lo  que  el  dicho  alcayt  demandaba  era  justo  et  deira  pasar  o  no 
âûn  que  nos  proveyesemos  sobre  aqueilio  de  remédie.  Et  los  dichos 
maestros  de  comptes  vlsto  et  considerado  todo  lo  que  el  dioho  Alcayt 


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tlBtAtlVES  A  DU  GUESGUN  15 

% 

demandaba  et  las  expensas  por  eill  fechas  è^  cauâa  del  dicho  Mosen 
Oliver  las  quoales  montaban  con  dos  doblas  dadas  al  dicho  Mosen 
Oliver  et  con  très  Kaûces  de  trigo  dados  à  ios  dichos  dos  hombres 
qui  de  dia  et  de  noche  guardaron  al  dicho  Moden  Oliver  ultra  lur 
provision  en  Ios  dichos  très  meses  et  trece  dias  quoaranta  libras 
trece  sueidos  très  dineros  las  quales  dichas  quantias  digan  à  eillos 
semeyiiar  sy  de  nuestro  mandamiento  las  fezo  aber  seydo  fechas  à 
saz  razonablement  et  eran  de  pasar  maguer  las  dos  doblas  et  très 
Caûces  de  Trigo  dadas  por  eyi  sen  (sin)  nuestro  especial  manda- 
miento que  no  eran  pasaderas  de  rigor  et  quanto  à  la  ezpensa  de  la 
dicta  garita  que  era  uso  et  costumbre  de  todos  tiempos  en  la  theso- 
reria  que  Ios  Alcaytes  qui  facian  reparaciones  en  nuestros  castieil- 
los  eran  creydos  ata  (hasta)  cient  sueidos,  et  que  mostrando  relacion 
del  maestro  de  nuestras  obras  la  dicha  Garita  ser  necessaria  et  que 
tanto  costo  o  podia  costarcomo  eill  dice  que  podia  pasar  las  dichas 
expensas  segunt  que  por  la  relacion  ynviada  à  nos  por  Ios  dichos 
maestros  de  comptes  parecze.  Nos  seyendo  eierto  que  el  dicho  Alcayt 
'*•  yo  en  el  dicho  tiempo  al  dicho  Mosen  Oliver  et  lo  proveyo  de  lo  que  li 
era  necessario  por  nuestro  mandamiento  à  eyil  focho  de  boca  et  asi 
bien  por  su  sagrament  aya  dicho  et  deciarado  eyll  aber  dado  las  dichas 
dos  doblas  al  dicho  Mosen  Olivei*  et  Ios  dichos  très  Kafices  de  Trigo 
à  Ios  dichos  dos  hombres  que  io  guardaban.  Mandâmes  nos  que  ai 
dicho  Lope  Ochoa  Alcayt  dedes  et  paguedes  las  dichas  quoaranta 
libras  trece  sueidos  très  dineros  de  Karlines  prietos  de  expensas 
fechas  à  causa  del  dicho  Mosen  Oliver  o  le  assignedes  en  lugar  do 
brevementpueda  ser  pagado  et  asi  bien  vos  mandâmes  que  les  dichos 
cient  trenta  seis  sueidos  et  siete  dineros  de  mesiones  por  eill  fe- 
chas en  la  dicha  Garita  paguedes  o  asignedes  pagar  aqueillos  al 
dicho  Alcayt  mostrando  mandamiento  del  dichô  Capitan  como  li  fue 
mandada  lacer  et  certificacion  del  maestro  de  las  obras  como  era 
necesaria  facer  en  el  dicho  logar  et  costo  tanto.  Et  à  nuestros  bien 
amados  et  fleles  oydores  de  nuestros  comptes  que  las  dichas  par- 
tidas  et  quantias  de  dineros  vos  reciban  en  compte  et  dedugan  de 
nuestra  recepta  por  testimonio  desta  nuestra  carta  seyllada  con 
nuestro  sieyllo  et  del  recognoscimiento  que  del  dicho  Lope  Ochoa 
pareztra.  Datum  en  Sanguesa  V*  dià  de  febrero  layno  de  gracia  Mil 
CCCLX  siete  :  Por  el  Seynor  Rey  èi  nuestra  relaci\)n  et  de  Don  Martin 
Miguel  de  Sangnesa  fd.  Miranda,  > 


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^ 


16  CHARTES  INCITES 

0 
<  Nicolas  le  Lièvre  Thenient  del  Thesorero  de  Navarra.  A  dou 

Matheo  le  Soterel  recebidorde  la  Merindat  et  Baillia  de  Tudela  salut. 
Mando  tos  que  de  los  dineros  de  qualquiere  Recepta  dedes  et  pa- 
guedes  à  L(^e  Ochoa  alcayt  del  Castillo  de  Caparroso  los  quoales  ei 
Seynor  Rey  le  manda  pagar  por  ciertas  expensas  que  eill  fezo  por 
espacio  de  très  meses  et  trece  dias  que  eill  tovo  preso  en  goarda  a 
Monser  Olirer  Claquin  en  el  dicho  castieillo  quoaranta  libras  treze 
sueldos  très  dineros  de  Karlines  prietos.  Item  II  dedes  et  paguedes 
por  los  expensas  que  eill  fezo  en  el  dicho  castillo  por  mandado  de 
Martin  Xemeniz  Capitan  del  dicho  logar  en  fa.ce  runa  garita  et  com- 
batiment  en  el  disho  castieillo  et  seis  libras  et  trece  sueldos  seis 
dineros  et  vos  poniendo  en  nuestro  compte  ordinario  las  expensas 
de  las  dichas  obras  et  en  reportant  relacion  del  Maestro  de  las 
obras  del  Seynor  Rey  con  las  partidas  et  mandamiento  del 
dicho  Capitan  yo  las  fare  recebir  en  compte  las  sobredichas  quan- 
tias  por  testimonio  desta  mi  carta  et  del  recognbscimiento  que  del 
dicho  Alcayt  recibredes.  Dat.  en  Pomplona  XXVIIJ*  dia  de  febrero 
Ano  Domini  M*  CCC«  LX**septimo. 

Martin  Xemeniz  do  Beortegui  Capitan  por  el  Seynor  Rey  en  la  villa 
de  Caparroso.  A  Lope  Ochoa  de  Lerga  Alcayt  de  Caparroso  de  part 
de  la  Seynoria  vos  mando  ei  de  mis  partes  vos  requiero  que  vos 
fagades  letra  vista  vreu  ment  eii  el  Castieillo  de  la  dicha  villa  una 
garita  por  razon  quy  obies  defension  en  el  dicho  castieillo  este  por 
razon  que  no  ay  muros  que  puedan  andar  aderredor  et  portesli 
monio  desto  pusi  en  este  mandamiento  el  sieillo  de  mi  sobrino 
ferrando  à  falta  que  no  ténia  el  mio  conmigo.  > 

D'après  ces  pièces,  Olivier  du  Guesclin  aurait  été  prison- 
nier du  roi  de  Navarre  durant  un  espace  de  trois  mois  et  treize 
jours. Nous  nous  trouvons  ainsi  ramenés  àladute  même  de  la 
charte  précédente,  dans  laquelle  Charles  le  Mauvais  fait  allu- 
sion à  la  somme  de  onze  cents  florins  d'or  donnés  comme 
à-compte  à  Bertrand  du  Guesclin.  Nous  pouvons  croire,d*après 
cela,  que  le  roi  de  Navarre  jugeant  des  autres  d'après  lui- 
môme^  et  se  déflant  de  ceux  avec  lesquels  il  traitait,  voulut 
prendre  des  sûretés,  et  qu'il  garda  Olivier  du  Guesclin  comme 
otage,  tandis  que  le  frère  de  celui-ci  se  rendait  auprès  du  roi 


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RELATIVES   A    DU   GUESCLIN  221 

d*Âragon  etdu  duc  d'Anjou,  pour  leur  demander  des  secours. 
La  mise  en  liberté  du  premier  dut  probablement  coïncider 
avec  le  retour  de  Bertrand  en  Espagne.  Un  mois  plus  tard,  le 
13  mars  1367,  Charles  le  Mauvais,  d'accord  avec  Olivier  de 
Mauny,  capitaine  de  Borja  pour  le  compte  de  B.  du  Ouesclin, 
se  faisait  arrêter  et  interner  dans  ledit  château,  afin  de 
pouvoir  attendre  la  Ru  de  la  campagne  sans  se  déclarer 
pour  l'un  ou  l'autre  des  deux  adversaires  en  présence. 
Faut-il  établir  un  lien  entre  ce  stratagème  et  la  négociation 
qui  semble  avoir  précédé  ?  C'est  fort  possible,  mais  nous  en 
sommes  réduit  sur  ce  point  à  de  simples  conjectures. 

Le  château  de  Caparroso  est  situé  sur  la  route  qui  conduit 
de  Pampelune  à  Saragosse  à  60  kilomètres  de  la  première  de 
ces  villes  et  à  44  kilomètres  de  Tudela.  Le  bourg,  qui  compte 
actuellement  1 800  habitants,  est  dominé  par  une  colline, 
au  sommet  de  laquelle  on  aperçoit  le  vieux  château  féodal 
de  San  Martin.  C'est  là,  très  probablement,  que  fut  interné 
Olivier  du  Guesclin. 

Nous  voyons  par  l'analyse  de  ces  documents  le  soin  avec 
lequel  était  tenue  la  comptabilité  du  roi  de  Navarre,  et  com- 
ment il  savait  exiger  des  pièces  justificatives  de  toute  sorte  à 
Tappui  des  dépenses  concernant  le  trésor  royal.  Notre  Cour 
des  comptes  actuelle  n'a  rien  inventé  sous  ce  rapport. 

Nous  avons  remarqué,  en  passant^  que  Nicolas  Le  Lièvre, 
suppléant  du  trésorier  royal,  ne  compte  plus  que  six  livres, 
treize  sous  et  six  deniers  pour  la  construction  jugée  néces- 
saire  à  la  défense  du  château  de  Caparroso;il  réduit  ainsi  la  dé- 
pense de  trois  sous  et  d'un  denier.  Nous  avons  là  une  nouvelle 
preuve  du  contrôle  sérieux,  exercé  en  matière  de  finances,  à 
la  cour  de  Charles  le  Mauvais.  Il  est  probable  que  cette 
diminution  est  conforme  à  l'estimation  que  devait  donner 
l'architecte  royal,  et  qui  ne  nous  est  point  parvenue. 

fA  suivre J.  Dom  du  Coctlosquet. 

T.   VI.   —  notices.   —  Vl»  ANNÉE,   3*^   LIV.  15 


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NOTES  D'ICONOGRAPHIE 

Les  thèses  bretonnes  illustrées,  aux  XVI h  et  XVII h  siècles, 

! 

(Suite.) 


XXII.  —  M'*  de  La  Meilleraye. 

Thèse  dédiée  à  Armand  de  la  Porte,  M'*  de  La  Meilleraye, 
Grand'Maitre  de  Vartillerie  de  France. 

Le  personnage  est  en  pied,  de  3/4  dirigé  à  droite,  en  costume  romain, 
sous  un  portique  à  colonnes.  Au-dessus,  sont  disposés  des  trophées  et 
un  bouclier  sur  lequel  sont  ses  armoiries  :  De  gueules  au  croissant  d'her- 
mines. Elle  est  dédiée  au  Grand-Maitre  par  Charles  Armand  de  Maupas 
du  Tour,  sans  nom  de  graveur  ni  date. 

(BibL  nat.  vol.  de  Thèses  entières). 

XXII  (bis).  —  Thèse  dédiée  à  André  Hughet  de  la  Bédoyère. 

Cette  pièce  de  dédicace  est  sur  satin  blanc.  Elle  porte  pour  tout  orne- 
ment dans  la  partie  supérieure,  un  très  grand  écusson,  surmonté  de  la. 
couronne  du  comte  et  entouré  de  palmes.  Il  porte  au  i*"  et  4«  :  dfaxur  à 
6  Miettes  persées  d^ argent ^  3,  2.  1,  qui  est  la  Bédoyère  -,  au  2*  et  3*  :  d'ar- 
gent à  S  bandes  jumelles  de  gueules,  armoiries  que  je  ne  sais  à  quelle 
famille  attribuer  ;  et  sur  le  tout  :  mi-parti  d'azur  à  S  huchets  de  sable  qui 
oMt  Huchet,  et  d^or  à  5  molettes  de  gueules  qui  est  Le  Duc  du  Petit  bois.  — 
En  effet  André  Huchet  de  la  Bédoyère,  vicomte  de  Loyat,  né  en  1623» 
conseiller  au  Parlement  en  I6i8,  et  procureur-général  en  1650,  avait 
épousé  Marie  Le  Duc  du  Petit  bois. 


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NOTES  d'iconographie  223 

La  dédicace  est  ainsi  conçae  :  lUustrissimo  nobilissimoque  viro 
Domino  D.  Andre<B  Huchet.  vice  comiti  de  Loyat,  Gastelanol  de  la 
Bédoyëre.  Domino  des  Croix,  equiti  torquato,  régi  a  secretioribus  çon- 
siliis  et  in  tota  Aremorica  vindici  publico  ac  cognitori  generaii  régie. 

Après  quoi  se  lit  un  petit  discours  latin  à  Téminent  magistrat,  et  ces 
mots  :  Obseqnentissimus  et  addictissimus  cliens  Petrus  Oresve  Monti- 
fortensis.  —  Gomme  signature  à  gauche  :  Babré  F.  et  à  droite  un  chiffre 
entrelacé  A.  H.  qui  doit  ôtre  celui  du  graveur. 

On  remarquera  que  André  Huchet  est  qualifié  <  eques  torquatas  » 
Gependantonn*a  pas  mis  le  collier  de  l*ordre  autour  de  son  écusson.— Nous 
avons  déjà  au  numéro  IX,  en  décrivant  la  thèse  dédiée  à  Gilles  Huchet, 
père  d'André,  signalé  le  collier  de  Saint-Michel  qui  entoure  ses  armoiries. 
Ge  sont  donc  deux  nouveaux  chevaliers  de  cette  famille  à  ajouter  au  seul 
dont  parle  M.  de  Game. 

Nous  n'avons  aucun  détail  sur  ce  P.  Oresve  de  Montfort  ;  c'était  un 
protégé  de  la  famille  de  la  Bédoyère,  seigneur  de  Talensac,  où  les  Oresve 
étaient  très  nombreux.  lis  ont  donné  leur  nom  dans  cette  paroisse  au 
village  de  la  Ghapelle-ès-Oresve. 

Les  conclusions  de  la  thèse  remplissent  la  partie  inférieure  de  la  pièce 
et  sont  entourées  simplement  d'une  maigre  petite  dentelle  de  relieur. 
Puis  tout  en  bas  :  Harum  conclusionum  ventatem  propugnabit  Petrus 
Oresve  Montifortensis,  in  lycœo  Collegii  Rhedonensis  societatis  Jesu. 
(La  date  est  effacée).  Formis  Dyonisianis.  (Jacques  ou  Matburin  Denys, 
imprimeurs  rennais  de  1637  à  1692). 

(Cette  thèse  est  conservée  chez  Madame  la  vicomtesse  de  Farcy,  née  de  la 
Bédoyère,  à  Rennes) 

(Bibl.  nationale.  Vol.  de  thèses  entières). 

XXIIL  —  Thèse  de  Joseph  Geffrard. 
(Musée  archéol,  de  Rennes.) 

Certe  thèse  sur  satin  blanc,  très  fraîche,  est  conservée  parmi  les  es- 
tampes du  Musée  archéologique  de  Rennes.  Elle  se  compose,  dans  sa  par- 
tie supérieure,  d'une  jolie  gravure  signée  :  J.  Boulanger  fecit^  dont  le 
sujet  est  la  Vierge  tenant  l'Enfant- Jésus  qui  la  couronne. 

L'autre  partie  contient  les  «  Gonclusiones  philosophie»  >.  En  Las  :  Bas 
thèses  Deo  duce,  tueri  conabitur  Jcsephus  Geffrard,  Aremoricus,  die  domi- 
nicaS*  Augusti,  ann.  Dom.  1664.   Arbiter  erit   Franciscus  Le  Barbier 
licenciatus  theologus  et  emeritus  philosophie  professer.  Pro  actu  publico 
et  laurea  artium,  in  Marchiano.  (Au  collège  de  la  Marche.) 


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224  NOTES  d'iconographie 

Ce  Geffrard  doit  être  Joseph  Geffrard  du  Plessix,  époux  en  1674  de  Renée 
Bilion,  fiU  de  Mathurin  GefiTrard»  maître  aux  Comptes  et  devenu  lui- 
même  auditeur  aux  Comptes  en  1686.  Cette  famille  porta  plus  tard  les 
titres  de  Geffrard  de  la  Motte,  comtes  de  Sanois,  et  produisit  des  officiers 
de  mérite  qui  ont  fait  parler  d'eux  à  la  fin  du  dix-huitième  siècle.  (Frain 
de  la  Gaulayrie  :  les  Familles  de  Vitré,  p.  124.) 

XXIV.  —  Thèae  de  Jan   Mehaignerye. 

Il  ne  reste  plus  de  ce  placard  que  les  armoiries  de  François  d'Argouges» 
premier  président  au  Parlement  de  Bretagne  auquel  la  thèse  est  dédiée. 
—  C'est  un  énorme  écusson  très  lourd  et  très  laid  tenant  une  demi- page 
et  portant  :  Ecarlelé  d'or  et  d'azur  à  trois  quintefeuilles  de  giteules  bro- 
chant. —  Le  graveur  n*a  pas  signé  et  il  a  bien  fait.  Au  bas,  les  noms  de 
Jan  Mehaignerye,  aremoricus,  et  la  date  du  24  juillet  1667.  C'est  évidem- 
ment Jean- Baptiste  Mehaignerye,  sieur  de  la  Fosse,  bachelier  en  théo- 
logie, devenu  prêtre  de  Rennes  et  présenté  par  Tabbé  de  Baint-Melaine 
pour  la  cure  de  Pocé,  dont  il  fut  Jpourvu  le  28  mars  1672.  Il  occupa  jus- 
qu'en 1679,  ce  bénéfice,  qui  nous  semble  bien  modeste  pour  un  homme  si 
savant.  —  {Pouillé  de  Rennes,  I.  V.  p.  504). 

{BibL  Sainte  Geneviève^  recueil  de  thèses.) 

XXV.  —  Thèses  dédiées  à  M^'  de  la  Barde,  évêque  de 
Saint'Brieuc,  de  i641  à1675. 

1*  Il  ne  reste  de  cette  pièce  que  Técusson  très  simple  du  prélat,  sommé 
du  chapeau  et  entouré  des  fiocchi  ;  coupé  d'or  et  daiur,  F  azur  chargé  dune 
molette  dor  et  Tor  deS  coquilles  de  sable,  —  Jollains  incidit. 

2°  Le  môme  écusson.  —  La  Religion  et  la  Force,  figures  de  très  grandes 
proportions,  soutiennent  des  deux  côtés  les  glands  du  chapeau  épiscopalet 
ont  Pair  de  tirer  un  cordon  de  sonnette.  Deux  anges  apportent  des  ra- 
meaux d*olivier  et  des  palmes.  Mêmes  armoiries  que  le  précédent  numéro. 
Pièce  non  signée. 

3®  La  France,  couronne  en  tète  et  revêtue  du  manteau  royal,  pré- 
sente à  la  Religion  un  médaillon  ovale  soutenu  par  deux  petits  anges 
éveillés,  dans  lequel  se  trouve  un  portrait  :  est-ce  celui  de  Tévêque  de 
Saint-Brieuc  ?  Ce  serait  alors  un  portrait  complètement  inédit,  car 
jusqu'ici  on  ne  connaissait  de  Mf  de  la  Barde  que  le  beau  portrait  de 
Nanteuil.  Mais  il  ressemble  tellement  peu  à  ce  dernier  que  je  n*ai  pas  osé 
le  signaler  à  M.  de  Sorgères  pour  l* Iconographie  bretonne,  La    thèse  est 


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NOTES  d'iconographie  225 

signée  assez  iliisiblement,  1668  ou  1648  :  Jollun.  Gomme  le  portrait  de 
Nanteail  est  de  1657»  si  celai-ci  est  dé  1648  et  plus  jeune  de  dix  ans,  les 
traits  de  réVèqae  ont  pa  changer  pendant  cette  période.  Mais  j'avoue  que- 
je  n*ai  pu  l'y  reconnaître. 

La  Religion  a  une  tournure  peu  heureuse.  Deux  anges  soutiennent 
aussi  Pôcusson  de  la  Barde,  écartelô  cette  fois  des  armes  de  sa  mère  qui 
était  Bouthillier  [cTaxur  à  trois  losanges  d'or  posés  en  fasce).  Deux  autres 
apportent  dans  les  airs  assez  gracieusement  le  chapeau  et  la  crosse.  Il  est 
malheureux  que  le  reste  de  la  thèse  ait  disparu.  Le  portrait  présumé 
de  révéque  en  faisait  une  pièce  importante,  c*est  justement  dans 
l'espoir  que  ces  lignes  pourront  tomber  sous  les  yeux  d*uu  collectionneur 
possédant  l'estampe  tout  entière,  que  nous  décrivons  ces  fragments  et 
tous  les  autres  de  ce  genre  conservés  à  Paris. 

{Bibl.  nationale.  P.  G.  2.} 

XXVP.  —  Thèse  dédiée  à  Armand  du  Cambout,  duc  de  Coislin. 

Ecusson  portant  :  de  gueules  à  trois  fasceséckiquelées  émargent  et  d'azur  —, 
ayant  pour  supports  deux  levrettes  d'hermine.  —  Au  bas,  règne  une  ba- 
lustrade dont  les  deux  extrémités  sont  terminées  par  un  écusson  d'azur 
au  croissant  d'or  surmonté  de  deux  étoiles  de  même.  Ge  sont  évidemment 
les  armoiries  du  candidat.  Les  émaux  sont  désignés  si  inexactement  dans 
ces  gravures,  qu'on  ne  sait  trop  à  qui  attribuer  ces  insignes  ;  ils  peuvent 
appartenir  aux  familles  bretonnes  Gabard  ou  Arthur  de  la  Gibonnais.  Je 
pense  qu'il  s'agit  ici  plutôt  d'Alain  Arthur,  conseiller  au  parlement  en 
1695  :  Jacques  Gabard  le  fut  dès  1665,  et  la  premièredate  s'accorde  mieux 
avec  la  vie  du  duc  de  Goislin  duc  et  pair  en  1663,  mort  en  1702.  Il  avait 

épousé  Madeleine  du  Halgouët. 

(Bih.  nationale.  P.  L.  2.) 

XXVn.  —    Thèse  de  François  Lohéac. 

Gette  belle  thèse  in-8^  est  encadrée  à  la  bibliothèque  Sainte-Geneviève-, 
sa  partie  supérieure  représente  un  groupe  très  mouvementé  que,  d'après 
la  singulière  et  laconique  dédicace  c  Rapto.  »  nous  pensons  être  le  ravis- 
sement de  saint  Paul. 

Elle  a  été  soutenue  au  collège  de  la  Marche  le  97  juillet  1681,  par 
<  PrancisGus  Lohéac,  clericus  Quimperliensis.  »  Nous  n'avons  aucun  détail 
sur  ce  personnage. 

Sans  nom  de  graveur. 

(Bibl,  Sainte-^Geneviève). 


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226  NOTES  d'iconographie 


XXVIII.  —  Thèse  de  René  Moreau. 

La  partie  supérieare  de  ce  placard  est  une  belle  gravare  de  Gantrel, 
d'après  Seb.  Boardon.  Elle  représente  la  Sainte-Famille,  groupée  assez 
agréablement.  Le  paysage  da  fond  est  bien  traité,  et,  sur  lepremier  plan, 
une  fontaîT^  ou  barbottent  de  petits  canards  et  où  une  femme  lave 
quelques  liages,  forme  un  gracieux  tableau  :  —  Seb,  Bourbon  pinx 
Sieph,  G'inlrel  exe.  Le  milieu  de  la  thèse  a  été  coupé.  On  a  conservé  et 
recollé  seulement  les  noms  du  répondant  :  Renatus  Moreau  Maclovientis. 
die  sec.  mensis  Aug.  1681.  Je  pense  que  ce  René  Moreau  pourrait  bien 
être  le  propre  père  du  fameux  Pierre-Louis  Moreau  de  Maupertuis.  Il 
fut  chevalier  de  Tordre  de  Saint-Michel,  député  de  Saint-Malo  au  conseil 
royal  du  coiim3rce,et.devint.  vers  1717, un  des  premiers  directeurs  de  la 
compagnie  des  Indes  Son  fils,  qui  devait  illustrer  son  nom,  naquit  en 
1698  ;  on  voit  que  les  dates  se  prêtent  parfaitement  à  nos  suppositions. 

{BibL  Sainte-Geneviève,  Recueil  de  thèses.) 


XXIX.  —  Thèse  cT Antoine  Marteau. 

Voilà  encore  un  bel  exemple  d*une  feuille  de  grand  effet,  composée 
d'une  gravure  de  maître,  à  laquelle  on  accolait  un  texte  imprimé  pour  la 
ciconstance. 

La  dédicace  est  Ftr^mt  matri.  C'est  en  efifet  la  Vierge  et  TËnfant-Jésus 
d'après  Le  Poussin.  —  N.  Poussin  Andêïiensis  pinxit  ;  —  Malbour£  ex- 
Cour  d'Albret  :  Venetiis  divis.  —  J.  Pksnb  delineavit. 

Le  répondant  est  de  Vannes  :  Antonius  Marteau,  natus  Venetiis.  Le 
jour  de  U  solennité  est  le  29  juin  1681 ,  «  qui  divis  Petro  et  Paulo  sacer 
est.  >  Mais  on  a  trouvé  que  cette  tournure  latine  n'était  peut-être  pas  assez 
élégante,  et  on  a  biffé  ces  derniers  mots  pour  les  remplacer  par  ceux-ci  : 
c  Divis  Petro  et  Paulo  sacra.  » 

In  prellœo  Bellovaco  (Au  collège  de  Beauvais.) 

L'absence  de  tables  di)n 3m  5  propres  djins  le  PouilU  de  Vannes  de 
M.  Tabbé  Luco,  nous  a  empêché  dd  nous  assurer  si  cet  Antoine  Marteau 
avait  continué  avec  quelqu'éclat  sa  carrière  ecclésiastique  dans  le  diocèse 
de  Vannes. 

{Bibl,  Sainte-Geneviève^  Recueil  de  thèses). 


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NOTES  d'iconographie  227 


XX?Ç.  —  Thèse  de  M*'  de  Coislin. 

Henri-Charles  du  Gambout  de  Goislin  c  parisinns,  »  quoique  breton 
d'origine,  était  né  en  1663.  Il  était  premier  aumônier  du  Roi,  quand  il 
soutint  cette  tbèse  au  collège  de  Navarre,  le  26  juillet  1682.  Cest  une 
énorme  pièce  non  signée,  représentant  N.-S.  prononçant  les  paroles  : 
Rendez  à  César  ce  qui  est  à  César.  —  C'est  à  ce  personnage  qu'est  adressé 
le  discours  latin  dont  nous  avons  donné  plus  haut  un  frigment.  Toute  la 
Cour  assista  à  cette  thèse  :  c'était,  du  reste,  Tusage  de  faire  cette  politesse 
aux  personnes  qualifiées.  Heureusement  qu'il  y  avait  des  intervalles  de 
repos,  et  à  chaque  argument,  les  personnes  que  ce  divertissement  sérieux 
n'intéressait  plus,  pouvaient  sortir.  On  s*y  faisait  des  politesses,  et  aussi 
des  impertinences.  M.  Kerviler  dans  ses  excellentes  études  sur  les  aca- 
démiciens bretons  et  spécialement  dans  celles  consacrées  aux  Coislin,  a 
fort  heureusement  rappelle  les  anecdotes  de  Saintp-Simon  qui  donnent  bien 
la  physionomie  de  ces  assemblées.  Henri-Charles  de  Coislin  devint 
évoque  de  Metz,  où  il  se  distingua  par  sa  splendeur  et  son  intelligente 
générosité,  puis  membre  de  TAcadémie  française,  et  c'est  en  sa  personne 
que  s'éteignit  le  duché  de  Coislin. 

{Bibl.  Sainie^eneviève.  Recueil  de  thèses). 


XXXI.  —  Thèse  du  Collège  de  Vannes. 

L'ornementation  remarquable  de  cette  thèse,  soutenue  &  l'occasion  des 
exercices  annuels  des  philosophes  du  collège)  a  été  inspirée  par  celle  dé* 
ente  au  n*  XXI.  Le  Parlement  était  exilé  à  Vannes  à  cette  époque,  et 
les  Jésuites  de  cette  ville,  imitant  leurs  confrères  de  Rennes,  furent 
heureux  de  dédier  ce  magnifique  hommage  à  l'illustre  Compagnie  qu'ils 
avaient  le  bonheur  de  posséder  dans  leurs  murs.  Ces  thèses  sont  les  deux 
pièces  les  plus  importantes  que  nous  ayons  rencontrées  et  celle-ci,  comme 
la  première,  nous  donne  trois  portraits  complètement  inédits.  C'est  un 
placard  grand  in-folio  :  tout  en  haut  l'écusson  royal  ;  au-dessous,  le 
tr6ne  de  la  France  où  elle  est  assise  en  manteau  fleurdelisé  avec  le 
soleil  de  Louis  XIV  comme  fermoir.  —  A  sa  gauche,  la  Bretagne 
agenouillée  porte  le  manteau  d*hermine,  la  couronne  et  le  collier 
de  répi.  —  Derrière  elle,  deux  femmes  tiennent  l'une  l'écusson 
d*hermiBe,  l'autre  une  clef,  celle  de  la  science  probablement.  Ce  groupe 
est  imité  de  la  thèse  n*  21.  —  De  l'autre  côté  sont  trois  magistrats  en 


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22S  NOTES  d'iconographie 

pied:  la  gravure  des  tôles  est  beaucoup  plus  fine  et  plus  soignée  que 
celle  du  reste  de  l'estampe,  et  la  ressemblance  est  évidemment  cherchée. 
—  Le  premier  est  Louis  Phelypeaux  de  Pont-Ghartrain,  premier  prési- 
dent en  1667.  Gela  est  absolument  certain  par  la  comparaison  avec  les 
autres  portraits  qu*on  possède  de  lui.  En  signalant  cette  pièce  à  M.  de 
Surgères,  nous  n'avons  pu  malheureusement  lui  donner  la  môme  cer- 
titude pour  les  deux  autres  magistrats,  et  nous  ne  voyons  aucunement 
quels  noms  on  peut  mettre  sur  ces  visages.  Gelui  de  Pontchartrain  n'avait 
été  décrit  nulle  part. 

Sur  des  pilastres,  autour  de  ces  personnages  sont  disposés,  comme  dans 
le  n°  21 ,  une  centaine  d'écussons»  qui  représentent  les  armoiries  des  membres 
du  Parlement  vivant  à  cette  époque.  Malheureusement  le  dernier  rang  de 
droite  est  entièrement  rogné.  Les  procureurs  généraux  et  gens  du  roi  sont 
au  bas. 

Partie  inférieure  :  On  lit  d'abord  la  dédicace  :  Augtutissimo  Aremo- 
ricm  Senatui;  Logici  Venetenses  PP.  anno  16S5  ;  puis  un  pbtit  discours  latin 
adressé  aux  magistrats  ;  aux  deux  coins  du  bas  sont  deux  figures 
debout,  qui  ne  sont  pas  très  bien  caractérisées  par  leurs  attributs  :  un 
empereur  tenant  dansisa  main  une  victoire,  et  une  femme  tenant  un  glaive  ; 
la  signature  rognée  porte....  lin.  Et.,  Gantrel,  c.  privilégie  Régis. 

Viennent  ensuite  les  noms  des  répondants  : 

Caro  de  la  Bobssièrb,  Calacensis.  Joseph,  de  Trévegat,    Venetus. 

Christophe  Feus  GARNiBR,2^0donffn«ù    Jull.  Jh.  Primaîoua,  Rhoton. 

Feu*  CouAisNON.  Nannetensis.  Lud.  Vincent  du  Vbrobr,  Venetus. 

GuiLLBLnu   de  Nourquer,     Ploer^-       Nicolaus  Pbzron,  Guemenensis, 
mellensis^.  Olivarius  Bdsson,  Bhedonensie. 

Jacobus.  Oillo,  Venetus,  Oliy.  Gibon  da Grbsso  (sic.)  Venetus, 

J0ANKX8  Gabon,  Leonensis.  Rbnatos.  F.  Lb  Doyen.  Rhotanensis, 

JoAN.  Gbrvasius  Furet,  Briocensis,      Yvo  Loudeac,  MacUmensis. 
JoAN.  Hya.  de  Valleauz.  Rhedo,         Joannbs  Lb  Gubnnb.  Brecencis, 
JoAN.  Jul.  Chevicar,  Venetus, 

(BibL  Sainte-Gen,  Recueil  de  thèses.) 

XXXl.fbis)  —  Thèse  dédiée  au  Parlement  de  Bretagne  par  les 
physiciens  du  collège  de  Bennes  de  la  Compagnie  de 
Jésus.   1690. 

Nous  ne  connaissons  malheureusement  cette  thèse,  qui  doit  être  fort 
belle  et  curieuse,  que  par  un  imprimé  conservé  aux  archives  départemen- 
tales dllle-et- Vilaine.  (B.  I.)  G*est  une  plaquette  in-4*  intitulée  :  <  Expli- 

*  Ce  Guillaume  de  Nourquer  disputa  le  prieuré  de  Maxent  à  dom  Jean  dee 
Pierres  et  en  prit  possession  en  16S8.  Ouillotin  de  Corson.  Fouillé  de  Rennes. 


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NOTES  d'iconographie  229 

cation  deTapparail  pour  la  thèse  dédiée  an  Parlement  de  '  Bretagne  par 
les  physiciens  du  collège  de  Rennes  de  la  Compagnie  de  Jésus.  A  Rennes, 
chez  M^  Denys.  imp.  et  lib.  1690.  » 

Ije  Parlement  de  Bretagne,  après  la  révolte  dn  papier  timbré,  avait  été 
eiilé  à  Vannes  en  1675,  et  lorsqu'on  1690,  le  Roi,  cédant  aux  supplications 
da  pays,  le  rétablit  à  Rennes,  les  Jésuites  voulurent  montrer  par  plusieurs 
belles  cérémonies  la  joie  qu'ils  éprouvaient  de  cet  heureux  retour. 
D'abord,il  fut  prononcé  une  harangue  sur  ce  sujet  à  l'ouverture  des  classes, 
puis  on  joua  une  tragédie,  et  la  P.  Provost,  professeur  de  philosophie, 
dédia  au  Parlement  la  thèse  dont  voici  l'appareil  :  €  Action  de  gr&ces  au 
«  Roi  pour  le  retour  du  Parlement  à  Rennes  :  le  fond  de  la  thèse  offre 

<  aux  yeux  la  face  du  beau  palais  que  la  ville  de  Rennes  a  fait  bâtir  au 
€  Parlement.  On  voit  d*un  côté  le  Roy  accompagné  de  Monseigneur  et  de 
c  Monsieur.  DeTautre  côté,  la  Justice  avec  les  Vertus,ses  compagnes,  qui 
«  représentent  le  corps  du  Parlement.  En  dessous,  le  Génie  de  la  ville 

<  supplie  le  Roy  de  faire  retourner  la  Justice  dans  son  palais,  ce  que  le 
c  monarque  lui  accorde  avec  un  air  plein  de  bonté. 

«  Le  bas  de  la  thèse  est  un  ordre  d'architecture  soutenu  de  quatre 

<  grands  pilastres,  et  enrichi  des  écussons  de  M.  le  premier  Président, 
«  de  MM.  les  Présidents  et  Conseillers,  et  de  MM.  les  gens  du  Roy.  » 

On  voit  que  l'ordonnance  de  cette  thèse  est  imitée  de  celles  des  n^  21  et 
31.  —  Elle  est  moins  intéressante  pour  riconograohie  bretonne,  puisqu'elle 
ne  contient  pas  de  portraits  inédits,  mais  elle  donne  aussi  la  vue  du 
Palais,  le  tableau  héraldique  complet  des  membres  du  Parlement  vivant 
alors,  et  enfin  le  Génie  de  la  ville  de  Rennes.  Nous  regrettons  de  ne  pas 
savoir  quels  signes  caractéristiques  Tauteur  avait  donnés  à  ce  dernier  petit 
personnage. 

Quoiqu'il  nes'agisse  plus  de  gravure,  nous  ne  pouvons  passer  sous  si- 
lence, la  description  de  la  grande  salle  du  palais  de  Justice  décorée  pour 
la  cérémonie,  et  les  inscriptions  latines  tirées  de  l'Ëcriture  sainte  où  se 
trouvent  les  allusions  les  plus  frappantes  à  Theureux  événement  qu'il 
s'agissait  de  fêter. 

«  La  salle  où  la  thèse  a  été  soutenue  esc  une  des  plus  belles  du 
c  royaume.  Elle  a  plus  de  cent  pieds  de  long...  et  était  tendue  de  belles 
c  tapisseries  qui  servaient  de  fonda  tout  l'appareil. 

c  Le  thé&tre  au  fond  de  la  salle  pour  les  soutenans,  représentait  la 
€  grande  façade  du  Palais  telle  qu'on  la  voit  gravée  danfi  la  thèse,  flanquée 
4  de  ses  deux  pavillons.  —  Au  fond  de  la  salle,  comme  au  lieu  le  plus  au- 

<  guste.  la  corniche  était  surmontée  d'un  attique  avec,  sous  un  dais  royal, 
•  le  portrait  de  Louis  le  Grand  ;  d'un  côté,  la  Justice,  de  l'autre,  la  Force. 

<  Au-dessos,  les  armes  du  prunier  Président  et  des  Présidents.  Tout 


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230  NOTES  d'iconographie 

c  autour,  celles  de  MM.  du  Parlement.  »  Le  tout  accompagné  d'une  foule 
d'inscriptions  élogieuses,  et  de  devises  ingénieuses  exprimant  la  joie  du 
retour  du  Parlement,  entr'autres  celles-ci  : 

Restituam  judices  tuos  ut  fUerunt  prius  êi  eonsiliaros  tuos  sicut  anHqui- 
tiu.  Post  hœe  vocaberis  urbs  fidelis,  (Isaîe»  c.  10.)  -^  Je  rétablirai  tes  juges 
comme  ils  étaient  auparavant^  et  tes  conseillers  comme  ils  ont  été  autrefois , 
et  tu  seras  désormais  nommée  la  ville  fidèle  : 

Et  erit  opasjustitix  pax  et  securitas  usque  in  sempitemum  et  sedebit  po- 
pulus  meus  in  tabernaculis  fidueiœ  in  requie  opulentâ.  (Is.,  cap.  32  ) 

U ouvrage  dé  la  justice  sera  une  paix  et  une  assurance  éternelle,  pendant 
laquelle  mon  peuple^  sans  crainte^  jouira  dans  ses  maisons  de  Vheureuse 
abondance  du  repos. 

Il  est  bien  malheureux  qu'on  ne  connaisse  plus  un  seul  exemplaire  de 
celte  belle  pièce.  La  longue  description  conservée  aux  archives  ne  donne 
môme  pas  le  nom  du  graveur  dans  l'œuvre  duquel  elle  est  peut-être  en- 
fouie à  la  Bibliothèque  nationale.  —  Avis  aux  chercheurs  ! 

XXXII.    —  Thèse   présidée  par  Sébastibn    de  Guemadeug^ 
évêquede  Saint-Malade  i670  à  170ê. 

Nous  citerons  seulement  cette  thèse  présidée  par  ce  pauvre  évéque  que 
M"**  de  Sévigné  appelait  si  irrévérencietisement  une  «  linotte  mitrée,  > 
pour  donner  au  moins  une  bonne  idée  de  sa  science  théologique,  et  aussi 
parce  que  les  enroulements  de  feuillage  et  d'architecture  qui  entourent  le 
sujet  principal  sont  vraiment  magnifiques.  Ce  sujet  est  le  mariage  de  la 
Vierge,  par  Gantrel  ;  mais  le  répondant,  Balthazar  de  Fourcy,  abbé  de 
Saint-Wandrille^  au  diocèse  de  Rouen, en  l690,n'appartientpasànotrepays. 

{BibL  Sainte-Geneviève.)      , 

XXXIIl.    —    Thèse  de  Jean-Prangois-Paul  Le   Febvre  de 

Gaumartin. 

L'abbé  de  Gaumartin  «  Parisinus,  »  était  alors  abbé  de  Notre-Dame  de 
Buzay  en  Bretagne,  depuis  1679.  Il  manqua  même  d'y  être  exilé,  raconte 
Saint-Simon,  pour  la  mystification  qu'il  fit  éprouver  en  1695,  étant  di- 
recteur de  l'Académie,  à  M.  de  Glermont-Tonnerre,  évêque  de  Noyon.  — 
Louis  XIV  lui  en  garda  rancune,  et  l'abbé  de  Gaumartin  ne  put  être 
évéque  qu*en  1718,  où  il  obtint  le  siège  de  Vannes.  Il  fut  sacré  à  Dinan, 
pendant  la  tenue  des  fameux  États  de  1718,  et,  au  bout  d'un  an,  passa  au 
siège  de  Blois. 


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NOTES  D  IGONOORAPHIK 


231 


Le  sujet  da  tableaa  principal  de  sa  thèse  est  une  grande  et  belle  gra- 
vure de  Gantrel  à  nombreux  personnages  ;  elle  représente  N.-8.  pronon- 
çant ces  paroles  :  c  Si  vous  ne  devenez  semblable  à  un  petit  enfant,  voi^ 
n'entrerez  point  dans  le  royaume  des  cîeux.  » 

Gantrel,  se  ,  Guilbbau,  pinx. 

(Bihl.  Samtê'Genêviève.  Recueil  de  thèses.) 

XXXIV.  —  Thèse  dédiée  d  M"  de  Kervilio  par  les  élèves  du 
Collège  de  Tréguier. 


L'exemplaire  de  cette  pièce  que  j'ai  pu  voir  est  sur  satin  blanc,  et 
destiné  à  être  offert  à  lëvôque  qui  présidait  Tacte* .  Elle  se  compose  du 
grand  portrait  in-folio  du  prélat  gravé  par  Montbard,  au-dessous  duquel 
est  un  élégant  cartouche  portant  la  dédicace,  un  discours  en  latin,  et  les 
c  positions  »  de  la  thèse.  Cette  dernière  partie  est  encadrée  de  dejjx 
belles  consoles  très  ornementées  se  rattachant  gracieusement  au  cartouche 
supérieur. 

Viennent  ensuite  les  noms  des  répondants  : 


EgiJias   TiLLY. 
Carolui  Floch. 
Claudias  Lb  Carf. 
Enflamus  Lb  Bidbau. 

Feus  BONABBS. 

Feut  Calvbz. 
Fcw  GuTOZi. 
Feui  Hbnry. 
F      Lboubrn. 
FcM  Lbprovost. 
Guillelmus  Dbribn. 
Guill.  Lbmbblb. 
Qaill.  ScoLAN. 
Henricus  Lucas. 
Jaeobut  Garec. 
Joannes  Lbpa&quiro. 
Leogestln  Daoorxb. 
LudoTic.  Lb  Calbnnbt 
Ludovic.  Lbpappb. 


Trecorenset. 


Ludovic.  TouLLBLAN,  Trecorentis. 

Ifatheus  Lbprbsts,  Trecotinus. 

M.-Maaritia8  DA00RN,Clerieu8  Trecor. 

Manritius  Le  Bihan.  i  „ 

{Trecorens. 
Maantius   Nicol.       S 

Oliyarius  âdblin,  Dolensis. 

Oliyarias   Lediouron. 

Oliyarius  Lbtibg. 

Petras  Cavan. 

Petrus  GovBT. 

PhilippuS  SCARAZIN. 

Kenatus  Nourt. 


Thomas  Priobnt. 

YVO  BOSGAJOU 

Yto  db   TRooorv. 
Yvo  Lb  Guiribc. 
Yto  Lb  Mo  al. 
Yto  Lbpbstrb. 
Yvo  Savidan. 


l 


.  Trecorenset. 


«  Cette  pièce  est  conservée  dans  la  belle  bibliothèque  de  M.  le  comte  I^ 
Gonidec  de  Traissan,  héritier  de  Tévéqae  de  Trégaier,  et  heureux  possesseur 
de  plusieurs  autres  belles  thèses  qu'il  a  bien  voulu  me  confier  et  que  je  dé- 
crirai plus  bas. 


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232  NOTES  d'iconographie 

Respondebont  cam  Deo  duce  ^diebos  tb,  26,  et  21  Junii,  anno  1699. 
vespere  et  mane. 

Urbiter  J.  Houabnay,  presbyter  pbilosophie,  professer  in  collegio 
Trecorensî. 

Noas  ferons  remarquer,  à  Fhonnenr  du  collège  de  celte  petite  Tille  de 
Tréguier,  qu*il  y  avait  en  1699,  trente-buit  répondants  capables  de  discuter 
en  public  et  en  latin.  Gela  suppose  des  études  remarquablement  fortes, 
une  classe  bien  nombreuse  et  l'absence  de  cette  queue  d'élèves  ignorants 
qui  ne  sert  qu'à  faire  nombre,  et  que  le  professeur  n'interroge  pas,  parce 
qu'on  ne  lui  répond  jamais. 


XXXV.  —  Ihèse  des  élèves  du  collège  de  Rennes  fi  699), 

Cette  thèse,  en  la  possession  de  M.  Le  Gonidec  de  Traissan,  est  malheu- 
reusement collée  à  rintérieur  d'une  armoire.  L'armoire,  il  est  vrai, 
est  fort  belle.  —  Elle  est  d'un  intérêt  spécial  pour  Rennes  puisqu'on  y 
trouve  la  signature  de  l'imprimeur  Yatar;  malheureusement  si  les 
gravures  sont  presque  intégralement  conservées,  ce  sont  justement  les 
noms  des  jeunes  répondants  rennais  qui  ont  été  coupés.  £lle  se  com- 
pose de  deux  parties  ;  la  partie  supérieure  deûm.56  sur  Om.90c.  représente 
Tadoration  des  Mages,  d'après  Raphaël  :  Pictum  a  Raphaële  urbineto 
Romœ,  in  Palatio  Vaticano.  —  Paris,  chez  Vallbt.  graveur  du  Roy,  rue 
Saint-Jacques  :  au  buste  de  Louis  XIV,  avec  privilège. 

La  partie  inférieure  de  ffm.46  sur  Om.56,  collée  sur  la  marge  du  bas  de 
cette  gravure,  contient  la  draperie  accoutumée  ou  plutôt  une  sorte  de  pa- 
villon soulevé  par  deux  anges,  et  encadré  de  deux  pilastres  ornés  sur 
l'un  desquels  se  retrouve  la  signature  :  Guillblmus  Vallbt.  Sur  le  haut 
de  cette  draperie  est  la  dédicace  qui  se  rapporte  au  sujet  supérieur  :  Régi 
Regum.  —  Et  au-dessous  le  texte  de  la  thèse  en  28  articles.  Tout  an  bas  : 
Uas  conclnsiones,  Deo  duce,  et  auspice  Deiparâ,  propugnabunt  physici 
Rhedonenses,  in  aul&  Gollegii  Rhedonensis,  Societatis  Jesu,  die  (la  date 
en  blanc)  Julii  1699,  serotinis  horis.  —  Rhedonis  apud  Franciscnm 
Vatar,  Régis  et  collegii  typographum. 

Sur  la  môme  armoire  est  une  autre  moitié  de  thèse  dont  il  ne  reste 
plus  que  la  partie  supérieure  représentant  Tagonie  de  N.-S.  —  Seb. 
Bourdon  pinxit  :  Paris,  chez  Vallet,  graveur  du  Roy,  me  Saint-Jacques, 
an  buste  de  Louis  XIV.  G.  P.  R. 

(Château  de  la  Baratière.  Vilré). 


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NOTES  D'iCONOGRAPniE  233 


XXXVI.   —   Thèse  de  Scipion  Jérôme   Béoon,   évèque    de 

Toul.    1703. 

Placard  grand  in-folio  dont  la  partie  supérieure  représente  la  sainte 
Vierge,  Tenfant  Jésus,  saint  Joseph  et  saint  Jean  en  adoration  :  le  texte 
qui  remplit  tout  le  bas  de  la  pièce  est  encadré  par  deux  anges  dont  le  corps 
se  termine  en  consolés.  Cette  ornementation  plus  large  que  la  gravure  du 
haut,  a  été  rapportée  et  recollée  par  les  marges.  En  dessous,  Jérôme  Begon 
a  fait  graver  ses  propres  armoiries  :  D'azur  au  chevron  d'or  aceompagné  en 
chef  de  deux  roses  et  en  pointe  d^un  liondargent.  -  La  thèse  est  présidée 
par  François  de  la  Roque,  docteur  en  théologie  de  la  faculté  de  Paris, 
chanoine  de  Meaux.  Tout  en  bas  sont  les  noms  du  répondant  :  8cipio 
Hieronymus  Begon,  Brestœns,  clericus  Leonensis.  1762.  »  L'acte  fut 
passé  en  Sorbonne.  —  Cette  pièce  n'est  pas  signée. 

Scipion- Jérôme  Bégon,  fils  de  Michel,  commissaire  général  de  la  marine 
à  Brest,  naquit  dans  cette  ville  le  30  septembre  1681 .  Il  devint  évèque  et 
prince  de  Toul  en  1721  et  mourut  en  1747,  laissant  une  grande  répu- 
tation de  savoir,  de  générosité  et  de  vertu. 

.  (Bib.  nationale.  Thèses  entières,  2«  vol  ) 

XXXVIL  —  Thèse  de  René  Le  Sauvage.  1708. 

Voilà  encore  un  personnage  très  inconnu  qui  s'est  donné  le  luxe  d'une 
bien  belle  thèse  :  Elle  est  dédiée  :  €  Vesuntinorum  Ârchiepiscopo.  »  Â 
Tarchevèque  de  Besançon  qui  se  trouvait  être  alors  François-Joseph  de 
Grammont,  1697*1717.  —  Je  ne  vois  pas  quels  rapports  pouvaient  exister 
entre  le  puissant  prélat  et  le  jeune  clerc  Rennais  qui  lui  dédiait  cet  acte,  et 
signait  Renatus  Le  Sauvage^  acolythus  Rhedonensis  II  y  a  bien  une 
famille  Le  Sauvage,  citée  par  M.  de  Gourcy,  mais  elle  semble  éteinte  à 
l'époque  dont  nous  nous  occupons.  —  11  est  vrai  qu'il  y  avait  deux  jeunes 
gens  réunis  pour  rendre  cet  hommage  à  Tarchevôque  :  le  28  juillet  1708, 
la  thèse  devait  être  soutenue  aussi  par  c  Michael  Granger  de  la  Borde, 
Blesensis.  Tous  deux  étudiaient  chez  les  Jésuites  au  collège  Louis  le 
Grand.  La  gravure  représente  un  sujet  assez  difficile  à  déterminer.  C*est 
un  évèque  en  mitre,  chape  et  crosse,  bénissant  un  enfant  agenouillé  devant 
lui  sur  les  marches  d*un  autel.  L*enfant  est  trop  jeune  pour  représenter 
un  des  deux  étudiants,  il  faut  croire  à  quelque  symbolisme  local  et 
bisontin  dont  nous  n*avons  pas  le  secret. 

Cette  pièce  est  signée  :  Jos  LcporaE  inv.  rue  Saint-Jacques  à  l'image 
saint  Maur.  {Bib,  nationale.  Thèses,  entières  2«  vol  ) 


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234  NOTES  d'iconographie 


XXXVIII. —  Thèse  ^'Olivier  Joseph  Le  Gonïdec. 

Cette  pièce  de  0  m.  95  sur  0  m.  60,  représente  dans  sa  partie  supérieure 
Nôtre-Seigneur  chassant  les  vendeurs  du  Temple  ;  la  dédicace  qui  se  rap- 
porte à  cette  scène  est  :  «  Vindicanti  gloriam  domus  Dei.  >  Les  signatures 
ont  été  à  moitié  recouvertes  par  la  gravure  inférieure  ;  on  lit  encore  cepen- 
dant :  GoiLBAULD  pinxil  :  chez  I.  F...  (pas  de  nom  de  graveur.) 

La  partie  inférieure  est  encadrée  de  deux  colonnes  torses,  entourées  de 
feuilles  de  vigne,  du  modèle  dit  du  Temple  de  Jérusalem.  La  draperie 
qui  porte  le  texte  est  suspendue  par  trois  nœuds  sur  Fun  desquels,  celui 
du  milieu,  est  la  dédicace  citée  plus  haut,  en  bas  de  cette  draperie  est 
un  cartouche  destiné  à  recevoir  des  armoiries  et  où  on  a  collé  postérieu- 
rement celles  de  la  famille  Le  Gonidec  de  Traissan. 

Tout  au  bas  on  lit  :  Has  thèses  Deo  duce,  auspice  Deipara  et  prœsidi 
S.  M.  N.  F.  Franciscus  Brûlé,  sacre  facultatis  Parisiensis  doctore  theologo 
et  coUegii  prœmonstratensis  priore,  tueri  conabitur  OUvarius-Josephus 
Le  Gonidec,  clericus  Trecorensis,  nec  non  ejusdem  Ëcclesiœ  Trecorensis 
canonicus.  Die  lunas  vigesimâ  tertiâ  mensis  Octobris,  anno  Domini  1724 
a  septimâ  ad  meridiem.  In  collegio  prasmonstratensi.  Pro  tentativa. 

Cet  Olivier  Le  Gonidec  quitta  son  bénéfice  et  la  théologie,  pour  épouser 
1®  Catherine  de  Lezildry,  dame  de  Trecesson,  2°  Madeleine  de  la  Bigo- 
tière  de  Perchambault,  dame  de  la  Baratière  en  1757,  et  mourut  conseiller 
au  Parlement  de  Bretagne. 

[Bihl,  du  châUaude  la  Baratière], 

XXXVIII  (bis).  —  Thèse  dédiée  à  M»'  de  la  Fruglaye. 

Cette  thèse  de  dédicace  sur  satin  blanc,  bruni  par  le  temps,  mesure 
1*08  de  hauteur  sur  0,73  de  large.  La  partie  supérieure  est  remplie  toute 
entière  par  le  beau  et  très  rare  portrait  de  Mf  de  la  Fruglaye*  (Evéque  de 
Tréguier  de  1732  à  1745),  gravé  par  Gabs  et  peint  par  Roussel.  —  Au- 
dessous  se  trouve  Técuseon  du  prélat  :  d'argent  au  lion  de  sabUy  armé 
et  lampassé  de  gueules,  —  Au-dessous  est  la  dédicace  :  Illustrissime  ac 
Reverendissimo  Domino  D.  Francisco  Hyacintho  de  la  Fruglaye  de  Ker- 
vers,  episcopoet  comité  Trecorensi,  régi  ab  omnibus  consiliis,  etc.. 

Reliés  très  habilement  aui  ornements  du  portrait  se  trouvent  plus  bas 


*  Depuis    trente   ans,   ie  ne  Tai    va    passer   en    vente  publique   qu'une 
seule  fois  I 


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NOTES  d'iconographie  235 

les  encadrements  desc  Questions  »  de  la  thèse;  c'est  ane  élégante  draperie 
relevée  à  droite  par  la  mitre  surmontée  de  la  croix  pastorale,  et  à  gauche 
par  le  chapeaa  i  glands  surmonté  de  la  crosse.  Le  tout  est  entouré  de 
feailles  d*acanthe  et  d'enroulements  d'ane  élégance  extrême.  On  prendrait 
dans  toutes  ces  gravures  de  bien  beaux  motifs  d'ornementation.  An  reste, 
le  tout  est  signé  comme  le  portrait,  pir  un  artiste  de  valeur  :  Gars,  à 
Paris,  rue  Saint-Jacques,  au  nom  de  Jésus, 

Aubas  on  lit  :  Has  thèses  Deo  duce  et  auspice  Deipara,  et  prcBside, 
Petro  Derrien,  presbytère  Trecorensis,  baccalaureo  Sorbonico  et  théologie 
professore,  tueri  conabuntur. 

LuDovicaB-MAiUA-EifMANUBL«HYPOLiTCs  DB  BizuN  DQ  Lbzart,  PlcsUnensis 
clericus. 

Yvo  Oanbl,  Quimperviensis  clâricus. 

JoAjfNBs  Plobn,  Kermerchensis  elerieus. 

Mathcbus  Mallbdaxt,  Plancoensis  clericus. 

GuTDo  lb  LAGADsCf  Kcrmerchensis  clericus. 

Laurbntuis  Briand,  Logu\fvxencis  clericus. 

JoANNBs  Daoorn,  Plougueilctisis  clericus. 

Frakciscos  Hbrp,  Loguyvienvis, 

GuiLLEbMos  Carn,  Plougatiovensis .  *" 

Yvo  Bbuzit,  Plouganovensis . 

In  schûla  theologica  Tregorensis  diebus...  septembris  anno  17 34.  Tre- 
goriSt  ex  iypis  Pétri  Le  Viel,  typographiœ  nec  non  bibliopolœ  diocoueos  et 
collegii. 

On  a  déjà  vu  {n<»  34)  pjir  la  thèse  dédiée  à  Mi'  de  Kervilio,  que  le  collège, 
de  Tréguier  avait  Thabitude  de  ces  joutes  brillantes,  et  que  dans  cette 
petite  ville,  sous  l'inspiration  de  révè|ue  qui  en  était  la  vie,  on  avait  le 
soin  d'en  laisser  pour  la  postérité  de  remarquables  monuments. 

Cette  belle  thèse  est  conservée  chez  Madanie  la  comtesse  de  la  Fruglaye,  arrière 
petite»nièce  de  tévêque  de  Tréguier  et  m'a  été  communitiuée  par  Vobligeance 
de  Madame  la  marquise  de  Sécillony  sa  fille, 

XXXIX.  —  Thèse  de  J.  B^  Houée  du  Breil. 

Cette  pièce  est  magnifique  et  remirqaible.nent  conservée.  Chose  rare 
elle  a  encore  toutes  ses  marges  Elle  se  compose  de  deux  morceaux.  La 
paitie  supérieure  représente  la  mort  de  saint  Louis.  C'est  une  belle  scène 
pleine  de  mouvement  et  d'éclat  ;  malheureusement  l'épreuve  n'est  pas 
très  bien  venue  ou  bien  elle  a  été  fatiguée  par  un  lavage  mal  fait.  —  Le 
nom  du  graveur  a  disparu  :  on  voit  seulement  le  reste  de  l'adresse 


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236  NOTES  d'iconographie 

nie  Saint-Jacques  à  Paris.  —  I-a  thèse  est  jdédiée  :  Régi  Patri  herot 
ehristianissimo, 

La  partie  la  plus  remarquable  est  c^lle  du  bas.  Ui^  manteau  royal  fleur- 
delisé encadre  le  texte,  et  rejoint  un  riche  entourage  de  palmes  où  se 
jouent  des  anges  portant  les  insignes  royaux.  Tout  au  bas,  et  entourée  de 
bannières,  de  turbans  et  de  trophées  turcs  est  représentée  la  Sainte  Cou- 
ronne d'épines,  et  au-dessous  les  noms  du  répondant.  Joan.*Baptiste 
Houée  du  Breii,  Dolensis,  in  aulâ  col.  Rhed.  Jetu,  die  Mercurii,  10,  Aug 
1735,  a  secundacum  medioad  ves  peras.  Rhedonis,  apud  Jos.  Vatar  ejusdem 
collegii  typographum.  —  Ces  derniers  mots  imprimés  après  coup,  sont 
entre  deux  aigles  de  beau  style. 

CSette  estampe,  où  Jos.  Vatar  n'a  eu  qu'à  ajouter  son  nom,  est  une  des 
plus  remarquables  de  celles  que  j'aie  vues,  par  la  grâce  et  la  richesse  des 
ornements  de  la  partie  inférieure,  Jean-Baptiste  Houée  qui  soutint  cette 
thèse,  fut  pourvu  en  cour  de  Rome  de  la  cure  du  Lou  du  Lac,  en  prit 
possession  le  2  mai  1753,  et  y  mourut  en  1771.  Une  aussi  belle  thèse, , 
eût  mérité  à  notre  avis,  un  bénéfice  plus  considérable  ! 

(Oontervée  chez  M,  Jugtuly  maire  de  Mont  fort  ypetit-nêvêu  de  J.^B.  Houée 
du  Breil.) 

f 
XL.  —  Thèst  de  J^  du  Bois.    i75S, 

Je  note  ici  cette  thèse  qui  n'est  qu'un  simple  placard  grossièrement 
imprimé  sans  gravure,  et  par  conséquent  ne  rentre  pas  dans  mon  sujet, 
parce  qu'elle  fut  présidée  par  Charles  Richard  de  la  Pivredière,  professeur 
de  droit  civil  et  soutenue  devant  la  faculté  de  Rennes  par  Joseph  du 
Bois  «  Nannetensis  ».  —  Je  la  cite  donc  comme  spécimen  et  pour  montrer 
la  différence  des  thèses  de  droit  en  province  et  des  belles  thèses  de 
théologie  de  Paris  ou  des  grands  collèges  provinciaux.  —  Toutes  les 
magnificences  étaient  réservées  pour  ces  deux  dernières ,  et  je  n*ai  guère 
vu  à  Paris  que  celles-là. 

Celle  de  Joseph  du  Bois  porte  en  haut,  pour  tout  ornement,  un  horrible 
frontispice  gravé  sur  bois,  représentant  les  armes  de  Rennes,  surmontées 
d'une  main  tenant  un  livre  et  autour  :  Insignia  Facultatum  juris  Rhedo- 
nensium. 

En  dessous  :  D.  0.  M.  —  et  Id  texte  sur  deux  colonnes.  Si  les  questions 
de  droit  civil  c  de  emptione  et  venditione  >  n'ont  rien  d'extraordinaire, 
en  revanche  celles  de  droit  canon  sont  au  nombre  de  dix,  et  toutes  conf- 
érées à  développer  Tétat  de  la  doctrine  sur  l'autorité  et  Vusage  du  Pal' 
itiim.De  auctoritate  et  usu  pallii.  Je  doute  que  les  séminaristes  actuels 
puissent  répondre  aussi  pertinemment  sur  ce  sujet  religieux  que  les  étu- 


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NOTES  d'iconographie  237 

(liants  du  XVIII^  siècle.  Cet  acte  fut  passé  à  Rennes  à  sia;  heures  du  matin 
en  1738  (il  est  vrai  qud  c'était  le  9  août,  époque  où  il  fait  chaud,  et  où  les 
journées  sont  longues.) —  Pro  baccalaureatu  Rbedonis  in  publias  ju- 
rium  schoiis.  Et  en  bas  :  Typis  mandavit  GaiLLBLMUs  Vatar,  régis,  su- 
premiB  curiad  consul tissimarumque  Facultatum  typographus. 

(De  ma  coliectlon). 

XLfbisJ,  —  Thèse  de  Jean-Baptiste  Chanïpion  de  Cicé. 

Nous  n*avons  vu  de  cette  thè^e  que  la  partie  inférieure  :  le  rideau  qai 
contient  les  questions  théologiques  est  soutenu  par  deux  anges  ou  génies 
de  grande  taille,  assez  lourdement  gravés,  et  peu  gracieux.  Au  bas,  eutre 
deux  troncs  d'arbres  et  massifs  de  feuillage  sur  lesquels  ils  ont  Pair  d'être 
grimpés,  on  a  réservé  la  place  de  TécussoiLde  la  famille  de  Gicé  :  D'azur 
à  trois  écussons  bandés  d!' argent  et  de  gueules,  et  deux  sauvages  pour 
supports.  —  La  dédicace  de  la  thèse,  en  tète  des  propositions,  est  «  Divi- 
nitus  vocato  >  :  Â  celui  qui  a  été  divinement  appelé.  Elle  se  rapporte  au 
sujet  supérieur  qui  a  malheureusement  disparu.  Est-ce  saint  Paul  converti 
par  un  coup  de  foudre,  est-ce  plutôt  saint  Jean-Baptiste,  patron  du 
candidat  ?  Les  mots  peuvent  s'appliquer  à  une  foule  de  Saints. 

Au  bas  du  texte  on  lit  :  Has  thèses, Deo  duce  auspice  Deiparâ  et  prœside 
S  M.  N.  Illustrissimo  et  Reverendissimo  Ëcclesiœ  principe  Bemardino 
Francisco  Foucquet,  sacisB  facultatis  Parisiensis  doctore  theologo,  socio 
Sorbonico,  Ârchiepiscopo  principe  Ebredunensii  (Embrun),  sancti  Romani 
Imperii  Tiicamerario  et  principe,  lueri  conabitur  Joannes-Baptista 
Maria  Champion  de  Gicé,  clericus  Rhœdoneus,  die  Martis  decimâ  septimâ 
mensis  Novembris,  anno  Domini  1744,  a  prima  ad  sextam.  In  Sorbona.  — 
Pro  tentativa.  Â  Paris,  chez  Hecquet,  graveur,  rue  Saint-Jacques. 

Ce  placard,  dans  son  entier,  devait  avoir  près  d'un  mètre  sur  0,75.  Il 
fait  un  certain  effet,  mais  le  dessin  est  médiocre. 

J.-B.  Champion  de  Gicé,né  en  1725,  sur  Saint- Aubin  du  Rennes,  devint 
évèque  de  Troyes  en  1758,  puis  d'Auxerre  ;  député  aux  Etats- Généraux  en 
1780,  il  mourut  en  émigiation  en  1805.  Il  existe  de  lui  pans  la  suite  de 
Le  \achez  un  portrait  gravé  qui  est  extrêmement  rare.  Cette  thèse  appar- 
tient à  M.  le  vicomte  A.  Le  Mintler  de  Saint-André. 

XLI.  -7*  Thèse  du  Collège  des  Jésuites  deQuimper,   i752. 

Je  renvoie  à  la  description  détaillée  de   cette  thèse  par   M.  Trévédy, 
dans  le  «  Bulletin  de  la  Société  archéologique  du  Finistère.  » 
On  n'avait  pas  fait  tant  d'efforts  d'imagination  à  Quimper  qu'à  Vannes 
T.   VL    —  NOTICES.   — •  VI'  ANNÉE,  3*  LIV.  16 


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238  NOTES  d'iconographie 

et  Rennes  (numéros  21  «t  31,)  et  nous  retrouvons  ici  encore  le  placard  en 
deux  morceaux  recollés. 

La  partie  supérieure,  -sans  nom  de  graveur,  représente  le  groupe  de  la 
Sainte  Famille.  —  La  partie  du  bas  est  uu  tableau  encadré,  nous  dit 
M.Trévédy,  sans  plus  de  détails.  11  est  regrettable,  aussi  qu'il  ne  nous 
ait  pas  donné  les  noms  des  trente  répondants  qui  participèrent  i  cette 
joute  brillante. 

Ce  n'était  pas  à. proprement  parler  une  thèse  soutenue  pour  obtenir 
quelque  grade.  C'était  évidemment  un  de  ces  exercices  publics  établis  à 
la  fin  de  Tannée  scolaire  pour  contrôler  la  force  des  études.  —  M.  Trévédy 
ajoute  avec  raison  qu'il  serait  tout  aussi  difficile  actuellement  de  réunir 
trente  répondants  parlant  latin,  que  de  leur  procurer  trente  auditeurs. 
J'ai  toujours  pensé  en  lisant  le  récit  des  représentations  d'Eschyle  et  de 
Sophocle  faites  en  grec  au  collège  de  la  chapelle  Saint-Mesmin,  et  où 
toutes  les  autorités,  préfet,  général  et  magistrats,  suivaient  le  texte  sur 
la  brochure,  qu'il  n'y  avait  aucun  d'eux  qui  pût  le  comprendre,  sauf 
Mr  Dupanloup,  les  professeurs  du  collège,  et  peut-être  les  acteurs. 

In  aula  Corisopitensi  Societatis  Jesu,  diebus  %  4,  7,  9.  et  il  Augusti. 
horâ  tertia  serotina.  Anno,  1752, 

(Thèse  illustrée  du  collège  des  Jésuites  à  Quimper  1752),  par  M.  Trévédy 
Bulletin  de  la  Soc.  archéoL  de  Quimper,  juin  1886. 

XLI  fbisj,   —  Thèse  de  J.  B.  du  Boisbasset. 

Voilà  une  de  ces  pièces  que  j'ai  appelées  les  ordinaires  et  qu'on  pour- 
rait appel  1er  économiques.  C'est  ainsi  qu'elles  se  transforment  à  la  fin  du 
dix-huitième  siècle  et  qu'elles  s'éloignent  de  plus  en  plus  de  la  majestueuse 
ritiiesse  de  celles  du  grand  siècle. 

C'est  un  modeste  placard  in-8<*  ordinaire,  avec  une  petite  gravure  de 
saint  Jean-Baptiste,  non  signée,  une  simple  image  de  livre  de  piété.  La 
dédicace  est  c  Patrono  suo.  »  —  Elle  est  présidée  par  Jacques  de  l'Ecluse 
curé  de  Saint-Nicolas-des-Champs  et  soutenue  par  J.-B.  Robinault 
du  Bois-Basset,  diacre  de  Saint-Brieuc,  «  diaconus  san.  Briocensis.  t  En 
Sorbonne,  le  20  janvier  1753. 

Ce  jeune  diacre  était  probablement  fils  d'autre  J.-B.  Robinault  du  Bois- 
basset,  qui  bâtit  en  1724,  la  chapelle  de  ce  manoir  en  la  paroisse  de  Saint- 
Onen*.  —  Les  Robinault  portaient  :   de  sable  à   V aigle   éployée  d'argent 

*■  Cette  pièce  ne  mérite  guère  ane  description.  Mais  enfin  puisqu'elle  est 
conservée  à  la  Bibliothèque  Sainte-Qeneviève,  nous  ne  pouvons  être  plus 
difficile  qu*elle  ^  (Abbé  G.  de  Corson.  Fouillé  de  Rennes). 


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NOTES  d'iconographie  239 

becquée  et  membrée  (for.  Une  des  branches  de  cette  famille,  celle  des  sel- 
gnetirs  de  Saint-Régeant  a  produit  le  fameux  compagnon  de  Gadoudal 
dans  l'affaire  de  la  Machine  infernale. 

XLII  —  Thèse  du  Musée  de  Rennes. 

Nous  ne  citons  cette  thèse  que  pour  mémoire^  car  elle  ne  rentre  pas 
dans  notre  sujet,  n'étant  pas  bretonne.  Mais  elle  est  conservée  au  musée 
de  Rennes  :  elle  devient  donc  un  peu  des  nôtres. 

Elle  est  imprimée  sur  satin  blanc  et  la  partie  supérieure  représente 
Joseph  nourrissant  l'Egypte. —  Goypbl  inv.  Elle  est  dédiée  à  Louis  Mo- 
reau  de  Beaumont, maître  de  requêtes  au  Ck>nseil  d'Etat  —  Déballes 
consoles  enguirlandées  encadrent  le  texte.  —  Au  bas,  sont  les  armoiries 
de  Louis  Moreau  :  d'argent  au  chevron  éTazur  accompagné  en  chef  de  deux 
roses  de  gueules,  en  pointe  d^une  tête  de  nègre.  Le  répondajit  était  Nicolas 
Fleuriot  Jusseensis.  —  (Oe  Jussey  près  Vesoul).  Elle  fut  soutenue  le 
23  août  1753  au  collège  des  Jésuites  de  Besançon, 

Les  Moreau  de  Beaumont  et  les  Fleuriot  n'ont  rien  de  commun   avec 

les  familles  qui  portent  ce  nom  en  Bretagne. 

(Musée  de  Rennes.) 

XLIII.  —  Thèse  de  Lug-Olivibr  Seré. 

• 

Premier  état.  —  La  partie  supérieure  de  cette  estampe  représente  la 
Visitation  de  la  sainte  Vierge.  Elle  monte  les  degrés  qui  conduisent  à  la 
demeure  de  sainte*  Elisabeth.  Celle-ci  lui  tend  les  bras.  Zacharie 
parait  an  dernier  plan.  De  petits  anges  volent  gracieusement  au-dessus 
de  la  Vierge.  De  chaque  côté  des  «  Gonclusiones  philosopha. ,. 
ex  iogicâ,  ex  morali,  ex  metaphysica,  »  s'élèvent  deux  pilastres  can- 
nelés qui  encadrent  le  texte.  Enûn,  en  bas,  on  lit  les  noms  de  Lucas- 
Olivarius  Seré,  sodalis  Viiriacœus,  in  aulâ  collegii  Rhedonensis  Soc, 
Jesu,  die  mercariis  25  Julii.  ann.  Domini  1753,  hora  post  meridiem  ses- 
quisecunda.  Pro  actu  publico  —  et  la  mention  :  Rhedonis  apud  Jose- 
phum  Vatar.  ejusdem  collegii  typographum.  —  Ce  nom  et  celte  adresse 
imprimés  sur  le  cadre  à  ce  destiné,  et  envoyé  tout  préparé  de  Paris, 
comme  bien  on  pense. 

Luc-Olivier  Seré,  fils  d'autre  Luc  Seré  du  Mesnil  et  de  Françoise  de  la 
Porte,  était  élève  distingué,  paraît-il.  Ce  titre  de  §  Sodalis  »  d'après 
M.  Trévedy,  veut  dire  qu'il  était  membre  de  la  Congrégation  établie  au 
Collège  ;  de  plus  en  1755,  il  était  au  nombre  des  danseurs  du  ballet  allé- 
gorique, la  Patrie,  donné  sur  le  théâtre  du  collège,  et  dédié  aux  Etats  de 


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240  NOTES  d'iconographie 

Bretagne.  —  Il  remplit  aaési  le  rôle  de  Tempereur  Septitne  dans  la  tra- 
gédie de  Maxime,  martyr,  représentée  aa  même  collège  le  23  août  de  la 
mémo  année  ;  puis,  il  devint  contrôleur  des  domaines  et  épousa  en  1776 
mademoiselle  Hardy,  veuve  de   I.  B.   Frain  de  la  Qaularie. 

Deuxième  état,  —  Un  élève  qui  avait  eu  tant  de  succès  au  collège,  ne 
pouvait  se  contenter  d*un  seul  tirage  pour  sa  thèse.  Aussi  Luc-Olivier  Seré, 
se  donna  le  luxe  que  je  n'ai  rencontré  che£  aucun  autre,  de  la  faire  im- 
primer en  deux  états  différents. 

Cette  seconde  estampe  est  semblable  à  la  première  pour  le  texte  et  les 
ornements,  et  n*a  de  différence  que  dans  la  gravure  supérieure  qui 
représente  Notre-Seigneur  chez  Marthe  et  Marie.  Celle-ci  est  aux  pieds  de 
Jésus,  Marthe  est  debout  présentant  sa  requête  ;  au  fond  des  serviteurs 
montent  et  descendent  un  escalier  monumental.  Cette  pièce  à  Tavantage 
d'être  signée  :.  à  Paris,  chez  CàRs,  rue  Saint- Jacques  au  nom  de  Jésus. 

Je  tiens  ces  détails  de  Tinépuisable  complaisance  de  M.  E.  Frain  de  la 
Gaulayrie,  heureux  possesseur  de  ces  thèses  et  de  deux  autres  aussi  belles 
que  nous  décrirons  plus  bas. 

XLIV.  —  Thèse  de  Vabbé  de  Montigny. 

Placard  in-f?  très  simple.  —  La  partie  supérieure  est  ornée  seulement 
d'une  .petite  gravure  représentant  sainte  Anne  avec  :  à  Paris  chez 
Crépy,  rue  Saint- Jacques  à  Saint-Pierre.  Cette  gravure  est  d'un  style 
plus  ancien  que  l'année  1754  où  Tabbé  de  Montigny  faisait  imprimer  cette 
thèse.  Grépy,  en  effet,  était  né  plus  de  cent  ans  auparavant,  et  cette  planche 
avait  dû  servir  depuis  longtemps  pour  les  paroissiens  ou   missels. 

La  dédicace  à  sainte  Anne  porte  :  Auroram  illnminanti.  Puis,  viennent 
les  questions  théologiques  et  en  bas  :  Bas  thèses  Deo  duce,  auspice 
Deiparâ  et  prœside  8.  M.  N.  Jacobo  Duany  augustiniano  sacrœ  Facultatis 
Pariensis  doctore  theologo,  tueri  conabitur  Fidelis-Franciscus-Suzanna 
Le  Mercier  de  Montigny,  acolythus  Rbedonensis,  die  veneris  vigesima 
secunda  niensis  Februarii,  anno  Domino  1754,  a  septimà  ad  meridiem,  in 
regiis  sancti  Augustini  schoLis.  Pro  tentativa. 

Les  quatre  ordres  mendiants  avaient  chacun  un  collège  à  Paris  pour 
les  étudiants  de  toutes  nations.  Celui  des  Augustins  en  était  un. 

Ce  François  de  Montigny  posséda,  en  1756,  le  petit  bénéfice  de  Sainte- 
Anne  de  la  Bosserie',  célèbre  lieu  de  pèlerinage  en  la  paroisse  de 
Romagné.  Il  était  du  pays,  habitait  le  village  de  Bonnefontaine,  et 

*  Abbé  G.  de  Corson,  tome  v,  p.  695. 


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NOTES  d'iconographie  241 

c'est  pourqaoi,  sans  aacua  doate,  il  dédia  sa  thèse  à  la  patronne  du  pays. 
Il  devint  chanoine  et  vicaire-général  de  Gahors  dont  était  alors  évèque 
un  breton  d'illustre  origine,  Bertrand  du  Guesclin. 

(De  ma  colteetion). 

XLV     -    Thèse  de  M»'  Le  Mintier. 

Cette  thèse  soutenue  le  lendemain  de  celle  de  M.  de  Montigny  est 
toutà&itdu  môme  genre,  et  peut  être  rangée,  comme  elle,  parmi  les 
très  modestes.  Elle  ne  mériterait  pas  ces  quelques  lignes  de  description, 
n'était  le  nom  du  répondant. 

In-folio  ordinaire,  en  haut  une  petite  gravure,  signée  aussi  :  Grbspy 
ex.  CUTI  privilegio  Regio  :  Sancta  Maria,  Mater  Dei  ;  dédicace  :  Virgini 
Matri;  en  bas,  après  le  texte  et  sans  aucun  ornement  :  lias  thèses  Deo 
duoe,  auspice  Deiparâ  et  pneside  S.  M.  N.  Petro  Varé,  sacrœ  facultatis 
Parisiensis  doctor  theologo  socio  Sorbonico,  nec  non  Régi  a  concionlbus 
ordinario  tueri  conabitur  Âugustinus-Renatus-Ludovicus .  Le  Mintier, 
presbyter  Sancti-Macloviensis,  die  sabbati  vigesima  tertia  mensis  fe- 
bruarii,  anno  Domini,  1751,  inSorbonâ,  —  Pro  tentativa. 

Augustin-René  Le  Mintier,  né  en  1729  àSevignac,  fut  reçu  docteur  en 
1757.  Après  avoir  été  vicaire-général  de  Mgr.  de  Girac,  à  Saint-Brieuc  et 
Rennes,  il  devint  évoque  de  Tréguier  en  1780,  et  mourut  en  émigration  à 
Londres,  le  21  avril  1801,  laissant  le  souvenir  d'uner  haute  vertu. 

{De  ma  collection). 

XLVI.  —  Thèse  de  Pierre  de  Gennes. 

La  partie  supérieure  représente  N.-8.  au  puits  de  Samarie,  entouré 
d'une  foule  de  peuple  amenée  parla  Samaritaine.  (Pas  de  nom  de  graveur.) 
—  Quatre  anges  tiennent  gracieusement  soulevée  la  draperie  sur  laquelle 
est  imprimé  le  texte  :  Thesed  Pbilosophicae  ex  logica,  ex  morali,  ex  me- 
taphysica  ;  en  bas  :  Harum  conclusion um  ad  veritatem  Deo  duce  et 
auspice  Deipara  propugnabit  Petrus-Maria  de  Gennes  de  la  Vieuville 
Vitriocens  eodalié,  convictor,  regiae  academiae  assessor,  in  Henricœo 
Flexienti  collegio  societatis  Jesu,  die  mercurii  4  Augusti  1756,  hora  ses- 
qui  secunda  serotina  —  Pro  actu  puhlico.  —  Flexiœ  apud  viduam  Lu- 
dovici  flovius  urbis  et  Henricœi  collegii  societatis  Jesu  typographi  et 
bibliopoIaB.  (Pas  de  nom  de  graveur.) 

Ce  Pierre  de  Gennes  était  d'une  famille  considérable  de  Vitré  qui  a 
produit  nombre  d'hommes  distingués.  Celui-ci  est  désigné   sous  le  titre 


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242  NOTES  d'iconographie 

de  «  sodalis,  »  c'est-À-dire  comme  noasTavons  vu,  membre  de  la  Congré- 
gation établie  au  collège,  et  de  «  Reglae  academise  assessor.»  C'est-à-dire 
membre  de  T Académie,  composée  des  plus  brillants  élèves.  Pierre-Ignace 
de  Gennes  de  la  Vieuvllle,  fils  de  Félix  et  de  Gaillemette  Charil,  épousa 
Anne  Hardy,  soeur  de  Marguerite,  mariée  en  premières  noces  à  J  -B. 
Frain  de  la  Gaulayrie  et  en  secondes  à  Luc-Olivier  Seré  du  Mesnil,  dont 
nous  avons  décrit  la  thèse  au  numéro  42. 
Remarquons  aussi  qu'elle  est  signée  de  la  veuve  de  Louis  Uovius. 
(Cette  thèse  appartient  à  M.  E.  Ftain  de  la  Gaulayrie.) 

XLVn.  —  Thèse  de  Bonaventure  Appervé. 

Ce  personnage  dont  le  nom  nous  est  parf  itement  inconnu,  dit  qu'il 
est  de  Rennes,  il  faut  donc  Tea  croire,  et  en  considération  de  sa  ville 
natale,  décrire  son  modeste  placard . 

In-folio-  —  E)n  haut  une  très  mauvaise  gravure  de  petites  dimensions 
signée  :  Maldourê,  exe.  à  Paris,  chez  Malbouré,  rue  Saint-Jacques,  à 
rimprimerie  de  taille-douce. 

Cette  gravure  représente  saint  Thomas  d*Aquin  au  moment  où  N.-S. 
lui  adresse  ces  paroles  :  «  Thomas,  vous  avez  bien  parié  de  moi.  >  La 
thèse  lui  est  dédiée  :  Ooctori  seraphico  ;  puis  vient  le  texte  et  le  nom 
du  répondant  :  F.  Andrœas-Bonaventura  Appervé,  minorita  Rhedonœus. 
Il  a  dû  soutenircette  thèse  le  22  juillet  1758,  de  sept  heures  du  msttin  à 
midi,  in  scholis  Ooctoris  subtiiis.  —  «  Pro  minore  ordinaria.  »  Elle  était 
présidée  par  Nicolas  Soucelier,  religieux  augustin,  docteur  de  la  Faculté 
de  Paris. 

Nous  n'avons  aucun  renseignement  sur  cet  Appervé  qui  était  proba- 
blement religieux  du  même  ordre,  et  nous  pensons  que  le  collège  du 
docteur  subtil,  (Duns  Scott)  devait  être  celui  des  Augustins. 

XLVII  {bis).  —  Thèse  de  Benjamin  de  Cornulier-Luginière. 

Ce  placard,  en  deux  morceaux,  haut  de  0,84  et  .arge  de  0,54.  porte  en 
tète  une  gravure  représentant  la  sainte  Vierge,  debout  les  yeux  baissés, 
les  bras  croisés,  la  tôle  penchôe  à  droite,  foulant  aux  pieds  le  dragon,  et 
soutenue  d'un  énorme  croissant.  —  L'exécution  du  s.  jet  est  assez  ordi- 
naire, et  le  nom  du  graveur  est  absent,  caché  peut-être  par  la  partie  infé- 
rieure de  la  thèie  recollée  sur  la  marge  de  tableau. 

La  dédicace  est  :  Cast£  Kedemptoris  mairi. 

Puis  viennent  sur  trois  colonnes  les  «  Thxses  philosophicœ  :  ex  proie  - 


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NOTES  D  ICONOGRAPHIE  ^  243 

gomenis^ex  logicâ^  cxmetaphysicâ  et  ex  pneumatohgiâ^  entourées  d'une 
bordure  ornementée. 

On  lit  à  la  suite  :  Has  thèses,  Oeo  duce,  et  auspice  Deii>ar&  prœside 
Jeanne- Baptisfca  Arnauld,  oratorii  Domini  Jesu  philosophi»  professore 
nec  non  Artium  Doctore  ;  tneri  conabitur  Benjaminns  Ck>rnulier  de 
Lucinière,  Nannetœus.  Die  mercurii  26  mensis  Julii,  ab  horâ  secundâ 
promeridianâ  ad  vesperam.  Anno  Domini  1758. 

In  aula  collegii  Nannetensis  prœsbyterorum  Oratorii  Domini  Jesu. 
Pro  actu  publiée. 

£n  dehors  da  cadre  ;  Nannetis,  ex  typographia  AndresB  Querro,  jurato 
academise  et  collegii  typographi. 

Jean-Baptiste  Benjamin  de  Gomuller- Lucinière  né  en  1740  après  avoir 
fait  ses  études  à  l'Oratoire  de  Nantes,  devint  conseiller  au  Parlement  de 
Bretagne  en  1863,  puis  président  en  1784.  —  Son  petit-fils,  M.  le  comte 
£.  de  Gomulier,  possebseur  de  cette  thèse,  a  fait  dans  la  généalogie  de  sa 
maison,  publiée  en  1889,  un  sympathique  portrait  de  ce  magistrat  émi« 
nent  aussi  remarquable  par  son  intelligence  que  par  ses  hautes  vertus. 

Cette  thèse  passée  à  l'Oratoire  de  Nantes,  nous  fait  désirer  vivement 
que  Ton  puisse  retrouver  celle  qu'à  dû  soutenir  Fouché  quelques  années 
après.  —  Ce  placard,  qui,  vu  l'époqud  où  il  a  été  mis  au  jour  (vers  1780) 
devait  être  trèâ  vulgaire,  tirerait  un  grand  intérêt  du  nom  du  répondant 
et  de  sa  destinée  ! 

XLVIII.  —  Th^se  de  F  abbé  de  La  Frbslonnière 

Voici  un  nom  plus  connu  que  le  précédent,  très  connu  même  en  Bre- 
tagne ;  mais  la  thèse  n*en  est  pas  plus  belle,  et  c'est  aussi  un  simple 
placard  in-^P,  au  haut  duquel  se  trouve  une  petite  et  mauvaise  gravure  de 
paroissien  signée  :  à  Paris  chez  Malbouré,  rue  Saint- Jacques.  Elle 
représente  N.^S.  et  la  Samaritiûne,  avec  cette  dédicace  se  rapportant  au 
sujet  de  l'image  :  Aquam  vit»  gratis  danti.  —  Puis  vient  le  texte  sans 
aucun  ornement,  et  en  bas  les  noms  du  répondant  qui  sont  la  seule  chose 
intéressante  de  la  pièce  :  Louis^François  de  Freslon  de  la  Freslonnière, 
presbyter  Nannetensis,^et  la  date  9  novembre  1759.  —  La  thèse  présente 
cette  particularité  qu'on  ne  dit  même  plus  le  nom  du  président.  Mais  le 
malheureux  candidat  doit  être  sur  la  sellette  a  sexta  matutinâ  ad  sex- 
tam  vespertinam.  On  voit  bien  que  nous  sommes  enSorbonne  et  pour 
la  Sorbonnique. 

Louis-François  de  Freslon,  né  en  1730.  fat  ordonné  prêtre  en  1755 
dans  la  maison  de  Sorbonne  dont  il  était  docteur,  et  devint  grand-vicaire 
et  prévôt  de  réglise  de     Reims,  sous  l'épiscopat  d'Armand  de  Rohan- 


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244  NOTES  d'iconographie 

Guémené.  Député  de  cette  Aglise  à  rassemblé^  générale  du  clergé,  il  fut  à 
la  fin  de  la  réunion  le  4  juillet  1762,  pourvu  des  abbayes  de  Sainte-Croix 
de  Guinguamp  et  de  Saint-Nicolas-de- Verdun.  —  Il  avait  même  été  dési- 
gné pour  révêché  de  la  Rochelle.  —  Mais  ayant|fait  aux  Ëtats  de  Bretagne 
quelque  opposition  qui  déplut  à  la  Cour,  sa  nomination  n'eut  pas  de  suite. 
Il  mourut  en  1812. 

(Cette  thèse  et  la  précédente  font  partie  de  ma  collectiùn), 

XLIX.  —  Thèses  de  quatre  prêtres  Bretons. 

Quatre  pièces  sur  lesquelles  je  n'ai  pas  d*autres  détails  que  cette  note 
prise  dans  un  catalogue  de  la  librairie  Voisin,  du  mois  d'avril  18d8  — 
«  Ces  thèses  furent  soutenues  en  Sorbonne  par  Jean  Floch,  du  diocèse  de 
Léon,  Guillaume  Goroller  et  Goerges  Girault  de  Keroudou,  de  celui  de 
Quimper  :  elles  sont  ornées  en  tête  de  sujets  religieux  gravés.  —  Ce 
doivent  être  des  placards  tout  simples  comme  celui  de  l'abbé  de  la  Fres- 
lonnière  et  autres  décrits  ci-dessus. 

L.  —  Thèse  de  Mathurin-  René  Séré. 

Malgré  les  progrès  du  dix-huitième  qui  abandonnait  les  traditions  du 
passé,  nous  revenons  pour  un  instant  aux  belles  thèses  et  aux  magni- 
fiques gravures  C'est  encore  ces  bonnes  et  vieilles  familles  de  Vitré 
immuables  dans  les  anciennes  coutumes,  qui  vont  nous  en  fournir  des 
spécimens.  Et  c'est  encore  M  E.  Frain  de  la  Gaulayrie  qui  est  l'heureux 
possesseur  de  celle-ci.  Elle  représente  dans  sa  partie  supérieure  l'adora- 
tion des  Mages,  d'après  Rubens.  et  est  signée  :  à  Paris,  chez  Cars,  graveur 
du  roi,  rue  Saint-Jacques.  —  C'est  une  superbe  pièce  r  le  nom  du  peintre 
et  celui  du  graveur  suffisent  au  rnste  pour  montrer  ce  qu'elle  doit  être  et 
le  choix  intelligent  qu'a  pu  faire  Mathurin  Séré.  Il  n'avait  pas  voulu 
déchoir  des  habitudes  de  sa  famille.  —  Car  il  était  fils  de  Luc-Olivier  Séré 
du  Mesnil  et  de  Françoise  de  La  Porte,  et  frère  d'un  autre  Luc  Séré  dont 
nous  avons  décrit  plus  haut  (numéro  43)  les  remarquables  thèses. 

Au-dessous  de  l'Adoration  des  Mages,  le  texte  des  «  conclusiones  ex 
universà  philosophià,  »  est  encadré  à  droite  par  la  Foi,  portée  sur  un 
nuage  et  tenant  un  calice  au  dessus  duquel  rayonne  l'hostie  ;  à  ses 
pieds,  le  dragon  renversé, vomit  des  fiammes;  à  gauche, la  Philosophie  ap- 
puyant sa  tête  sur  sa  main  droite,  a  les  yeux  fixés  sur  l'hostie  où  elle 
doit  prendre  ses  inspirations  et  ses  lumières  ;  l'idée  de  cette  très  belle 
ornementation  est  aussi  remarquable  que  l'exécution;  en  bas,  on  lit  :  Has 


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NOTES  d'iconographie  245 

thèses,  Deodace et  auaptce  Deiparâ,  propugnabit  Mathurinos  Renatus  Séré 
daMesnil,  Vitriacœus  sodalis  convictor  in  regio  Henricœo  Flexiensi 
collegio  Societatis  Jesu,  die  veneris  1 7  jalîi,  anno Domini  1761,  hora  sesqui 
oetava  matatiaa  —  Pro  acia  pabbco.  Fiexiœ  apad  Lodoricam  de  La 
Fosse,  solam  régis,  urbis  et  Henricœi  collegii  Societatis  Jesn,  typ.  et 
bibliop. 

On  voit  que  depuis  1756  date  de  la  tnèse  de  Pierre  de  Gennes  (n^  46), 
la  veave  de  Louis  Hovins  n'était  pins  imprimeur  libraire  du  collège  et 
de  la  Tille  de  La  Flèche,  puisque  Louis  de  la  Fosse  revendique  ces  titres 
pour  lui  seul.  (Solum  régis  urbis,  etc..)  —  Que  voulait  dire  le  titre  de 
c  Sodalis  convictor  >  porté  par  le  répondant  ?  Nous  pensons  que  ce  de- 
vait être  quelque  charge  d*honnear  dans  la  congrégation,  convictor  veut 
dire  commensal.  Je  pense  que  c  sodalis  convictor  >  devait  être  le  premier 
degré  dans  Tafisociation,  comme  qui  dirait  approbaniste. 

Mathurin  Séré  avait  été  admis  au  collège  de  La  Flèche  comme  petit  ne- 
veu de  Sébastien  de  La  Porte,  conseiller  du  roi,  doyen  du  collège  des 
médecind  de  Rennes,  lequel,  par  testament,  avait  donné  aux  Jésuites  ses 
presiers  maîtres,  sa  seigneurie  de  Bonnes  «à  charge  de  nourrir  et  d'ins- 
truire deux  pensionnaires  de  .sa  famille.  (E.  Frain  de  Gaulayrie.  Mém. 
généal.  général,  p.  200.  etc.)  Mathurin  Séré  s'embarqua  comme  enseigne 
et  mourut  à  la  côte  d'Angola. 

(Cabinet  de  M.  E,  Frain  de  la  Ckiulayrie,) 

LL  —   Thèse  rf^  M»'  de  La  Laurengie. 

Nous  ne  citons  cette  pièce  que  pour  mémoire  et  parce  que  le  répondao  t 
devint  évêque  de  Nantes  en  1784.  Mais  elle  n'appartient  pas  à  la  Bretagne, 
La  gravure  représente  Moïse  sauvé  des  eaux.  Elle  fut  passée  en  1762 
par  Gh.  Eutrops  de  la  Laurencie  de  Villeneuve,  acolythus  Saut  onensis,  — 

(^Btbl.  nationale,  vol.  des  thèses.) 

LIL  —  Thèse  de  Robert  lb  Gonideg. 

Voici  lechantdu  cygne  et,  pour  terminer  cette  longaeénumérati on,  Tune 
des  thèses  les  mieux  conservées  que  nous  ayons  pu  voir.  Elle  a  encore  ses 
marges  à  toute  grandeur  et  absolument  intactes,  elle  se  compose  de  deux 
morceaux  recollées,  et  le  tout  forme  un  énorme  placard  double  in-folio,  de 
1-20  suri". 

La  gravure  supérieure  représente,  comme  la  précédente.  Moïse  sauvé 
des  çaux.  G'estune  fort  belle  gravure  sans  nom  d'auteur  ni  de  libraire.  Gcs 


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246  NOTES  d'iconographie 

indications  sont  peut-ôti'e  cachées  par  le  bord  supérieur   de  la  gravure  du 
bas. 

La  planche  inférieure  un  peu  plus  large,  est  d*une  exécution  moins 
soignée.  Elle  représente  une  draperie  tombant  d'un  cartouche  sur  lequel 
se  trouve  la  dédicace  se  rapportant  comme  toujours  au  tableau  supérieur  : 
f  ex  aquis  salutis  >  Le  texte  est  encadré  de  deux  pilastres  très  ornés. 
C'est  une  thèse  de  philosophie  dont  les  «  positioties  t  sonTlmprimées  sur 
trois  colonnes,  en  bas  est  rindication  :  Has  thèses,  Deo  duce  et  auspice 
Deiparâtueri  conabitur  Robertus-Joannes  Le  Gonidec,  ciericus  Treco* 
rencis,  die  lunœ  vigesima  quarta  mensis  Julii,  anno  Domini  1780,  ab  horâ 
sesquisecunda  ad  vesperam  Ëxorcitatîonem  aperiet  selectissimus  condis- 
cipulus  Jacobus-Maria  Ferrand  de  la  Banquière,  subdiaconus  Monspessu- 
lanus,  in  prœclara  artium  Facultate  magister  Ârbitei*erit  Thomas  Maria 
Royou,  e  Régla  societate  licentiatus,  theologus  et  philosophi»  professer. 
In  aulâ  collegii  Ludovici  magni.  Piro  actn  publico. 

C'était,  comme  l'on  voit,  un  exercice  littéraire  et  scientifique,  soutenu 
par  un  des  brillants  élèves  du  collège.  —  Ce  Robt^rt  Le  Gohidèc  mourut 
prêtre,  après  avoir  refusé  l'évôché  de  Tréguier.  Sa  thèse  présente  cette  autre 
particularité  bretonne,  c'est  qu'elle  fat  présidée  par  Thomas  Royou,  frère 
du  fameux  publiciste  Gotentiu  Royou,  gendre  de  Fréron,  et  professeur  de 
philosophie  au  collège  Louis  le  Grand  où  il  dut  compter  parmi  ses  élèves, 
Robespierre  et  Camille  Desmoulins,  en  même  temps  que  Robert  lie 
Gonidec. 

Au  dos  de  cette  thèse  est  écrit  :  Â  Madame  la  comtesse  de  Traissan, 
à  Vitré;  dont  les  descendants  la  possèdent  encore. 

(Château  de  la  Baratière.  Près  Vitré.) 

LIIL  —  Thèse  de  M«'  de  Poulpiquet: 

Je  prends  la  description  de  cette  dernière  pièce  dans  la  brochure  déjà 
citée  de  M.  Trévédy  :  c'est  une  pancarte  de  1  m.  de  haut  sur  67  cent,  de 
largeur,  plus  les  marges  Elle  est  divisée  en  deux  parties  égales,  en  haut: 
est  une  gravure  reproduisant  le  tableau  du  Poussin,  les  apôtres  Pierre 
et  Jean  guérissant  le  paralytique  à  la  porte  du  temple.  Elle  est  sismée  : 
Raymond,  sculp.  —  Malbour*  excudit,  rue  Saint-Jacques,  au-dessus  de  la 
fontaine  Saint-Benott. 

Au-dessus,  est  un  tableau  encadré  de  môme  dimension,  au  milieu 
duquel  est  figuré  un  voile.  Au  bord  supérieur  dans  un  élégant  cartouche, 
on  lit  les  mots  «  Petro  sananti,  »  dédicace  à  l'apôtre  représenté  dans  la 
gravure  au-dessus.  Sur  le  voile,   sont  imprimées  les  propositions  de  la 


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NOTES  d'iconographie  247 

thèse  de  théologie  qui  a  pour  sujet  les  sept  sacrements.  Au  bas  est  écrit  ; 
Ua^  thèses.  Deo  duce,  et  auspice  Oeipara.  taerl  conabitor  Joanaes  Oomi- 
nicus  Poulpiqaet  de  BrescanyeU  presbyter  Leonensis.  decembris  178%. 
C'est  le  futur  évoque  de  Quimper  de  1823  à  1840. 

Telles  sont  les  piècjs  brolonnes  que  nous  avons  pu  d«i- 
couvrirV  II  est  clair  qu'il  en  existe  baaucoup  d'autres  dans  les 
archives  et  bibliothèques  particulières.  Nous  serions  très 
heureux,  si  ce  petit  travail  pouvait  donner  à  d'autres  la 
pensée  d'augmenter  le  catalogue,  et  s'il  faisait  apprécier  da- 
vantage ces  souvenirs  du  passé.  —  Après  une  trop  longue 
éclipse,  on  verra  qu'ils  sont,  comme  le  disait  Toinette,  très 
propres  à  parer  une  chambre,  voire  même  une  galerie,  et  on 
les  y  conservera  avec  soin. 

Lb  Comte  de  Palys. 


*  On  nous  a  signalé  une  importante  collection  de  neuf  thèses  bretonnes  ; 
toutes,  sauf  une  seule,  soutenues  à  Vannes  et  signées  des  imprimeurs,  de 
cette  ville.  Elles  sont  conservées  parmi  les  remarquables  trésors  de  tout 
genre  de  M.  Tresvaux  du  Fraval,  à  Laval.  -^  A  notre  regret,  et  malgré  de 
bienveillantes  instances,  nous  n'avons  pu  aller  les  examiner,  et  nous  ne 
pouvons  malheureusement  en  ajouter  la  'description  ^  celles  que  nous 
venons   d'énumércr. 


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NOTES  HISTORIQUES 


SUR 


PRIGNY  ET  LES  MÔUTIERS^ 


CHAPITRE  VIII. 


Saint  Jean  Baptiste  de  Prigny. 

Nous  venons  de  raconter  ce  qui  se  passa  au  sujet  de 
Saint-Pierre-des-MoûtiQrs,  qui  était  une  église  déjà 
vieille  quand  Judicaôl  et  Adénor  firent  leur  première 
fondation  vers  1050.  —  A  quelJe  époque  remontait  l'église  de 
la  ville  même  de  Prigny  ?  C'est  ce  que  rien,  à  notre  connais- 
sance, ne  peut  faire  conjecturer.  Nous  la  supposons  postérieure 
à  Saint-Pierre,  parce  qu'elle  était  dans  Tencein  te  mêmede  cette 
ville.  Comme  il  nous  semble  certain  que  les  premières  églises 
furent  établies  dans  les  faubourgs^  Saint-Jean  dut  venir 
après  Saint-Pierre. Que  ce  sanctuaire  ait  précédé  les  Normands 
ou  qu'il  n'ait  été  bâti  que  depuis  leurs  ravages,  son  but 
évident  fut  de  servir  de  chapelle  au  gouverneur  du  château. 
Il  est  peu  douteux  qu'il  y  ait  eu  un  château,  avant  l'invasion 

«  Voir  la  livraison  de  janvier  1890. 


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PRIGNY  £T  LES   M0ÛT1£R8  249 

normande,  mais  ce  château  possédait-il  une  église  ?  Nous 
l'ignorons;  ce  qui  est  certain,  c'est  que,  lors  de  sa  restauration, 
les  châtelains  ne  négligèrent  pas  de  se  donner,  et  un  lieu  de 
prière,  et  un  prêtre  pour  y  exercer  le  saint  ministère.  On 
voit  aussi  par  les  quelques  documents  qui  nous  restent,  que 
ce  lieu  de  prière  avait  les  privilèges  attachés  aux  églises 
paroissiales. 

La  juridiction  de  cette  église  ne  s'étendait  pas  loin,  et  ce 
détail  est  pour  nous  la  preuve  que  les  murs  de  Prigny  furent 
postérieurement  construits  sur  une  petite  section  d'une 
paroisse  préexistante.  Si  cette  paroisse  reçut  le  nom  du 
nouveau  castel,  c'est  que  ce  manoir  concentra,  dès  son 
origine,  toute  l'importance  de  ce  petit  territoire,  importance 
qui  s'est  depuis  déplacée  au  profit  du  faubourg  des  Moutiers, 
supplanté  à  son  tour  par  Boùrgneuf,  lequel  doit  de  nos  jours, 
comme  les  Moutiers,  admettre  la  vogue  d'une  simple  fillette 
qui,  sous  le  nom  de  la  Bernerie,  laisse  loin  derrière  elle  ses 
deux  devancières.  Nous  venons  de  nommer  Boùrgneuf  ;  il  a 
dans  son  temps  infligé  de  vrais  affronts  à  ce  pauvre  Prigny 
dont  Tenceinte  avait  vu  ses  moellons  employés  à  ses  roturières 
constructions.  Bien  plus,  il  se  peut  que  le  village  des  Sables, 
qui  a  bien  son  cachet  d'ancienneté,  ne  soit  grossi  que  des 
ruines  de  son  suzerain  et  nous  ne  voudrions  pas  certifier  que 
les  Moutiers  eux-mêmes  n'en  profitèrent  pas. 

Au  onzième  siècle,  il  n'en  était  pas  encore  ainsi.  Tout  au 
contraire,  une  noble  famille  était  installée  dans  le  donjon  qui 
dominait  l'antique  Millac,  famille  puissante  par  la  bienveil- 
lance des  comtes  de  Nantes,  et  par  ses  illustres  alliances.  Le 
chef  de  cette  famille  se  nommait  Barbotin  h  l'époque  où 
nous  allons  nous  placer.  C'est  assez  dire  que  cette  époque  est 
postérieure  aux  premières  démarches  faites  en  faveur  de 
Notre-Dame,  mais  antérieure  au  voyage  de  l'évêque  Quiriac. 

Il  y  avait  alors  à  Saint-Jean-Baptiste  un  curé  nommé  Hélye; 
probablement,  il  avait  vieilli  au  service  de  la  paroisse,  qui  se 
composait  des  châtelains,de  leurs  chevaliers,écuyers  et  autres 


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250  PRIGNY  ET  LES  MOÛTIERS 

servants,  ou  varlets,  et  des  corps  d'état  indispensables  dans 
une  agglomération  quelconque  et,  en  plus  de  ceux  que  récla- 
mait une  place  fermée,  exposée  à  se  voir  investie.  Nous  ver- 
rons'tous  ces  artisans  signalés  dans  un  document  de  cette 
date  reculée. 

On  était  alors  peu  flatté  d'être  spirituellement  desservi  par 
un  prêtre  séculier.  De  tous  côtés,  les  églises  étaient  conférées 
aux  réguliers  ;  les  évêques  le  voyaient  avec  peine,  mais  sans 
pouvoir  s'opposer  au  torrent.  Les  restes  de  science  ecclésias- 
tique et  de  zèle  sacerdotal  s'étaient  réfugiés  dans  les  couvents. 
Le  seigneur  de  Prigny,  sans  doute,  manifesta  son  désir  de 
voir  le  service  divin  exercé  par  des  religieux  près  de  son 
manoir,et  le  curé  de  Saint-Jean  se  prêta  aux  vœux  du  Seigneur, 
comme  le  curé  de  Saint-Pierre  le  fit  de  son  côté.  Mais,  nous 
lavons  déjà  remarqué  au  sujet  de  Saint-Pierre,  le  Seigneur 
de  cette  dernière  église  n'était  point  le  sire  de  Prigny.  Les 
barons  de  Retz  préféraient  les  moines  de  Redon  auxquels  ils 
avaient  déjà  donné  Notre-Dame-de-la-Chaume,  tandis  que  les 
seigneurs  de  Prigny  s'étaient  tournés  du  côté  de  l'abbaye  do 
Saint-Jouin-de-Marne.  Il  est  bien  probable  qu'en  cela,  ces 
nobles  personnages  étaient  déterminés  par  quelques  anté- 
cédents et  que  Saint-Jouin,  à  quelque  titre  que  soit^  pouvait 
mettre  en  avant  des  droits  que  la  tradition  avait  conser- 
vés, mais  dont  nous  ne  retrouvons  pas  tracé. 

Nous  devons  le  titre  sur  lequel  nous  nous  appuierons  pour 
établir  la  donation  de  Saint-Jean- Baptiste  à  Saint-Jouin,  au 
prêtre  Gilles  Audebert,  «  bachelier  et  discret  recteur  de 
l'église  paroissiale  de  Lusesgne^  es  Thouars,  chanoine  pré- 
bende en  l'église  collégiale  de  Saint-Pierre-de-Thouars  »  Cet 
ecclésiastique  déclare  avoir  transcrit  en  français  «  Certains 
vieux  titres  des  églises  de  Prugné.  » 

Nous  en  extrayons  ce  qui  suit  : 

«  Hélye,  prêtre  de  l'église  de  Prugny .  a  as.socié  avec 

*  Nous  Be  savons  quel  lieu  désigne  ce  moi. 


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PRIGNY  ET   LES   MOÛTIERS  251 

/ 

luy  les  moines  de  Saint-Jouin-de-Marnes  en  les  dîxmes  et 
aultres  revenus  de  la  dite  paroisse  de  Prugny,  mais  à  cette 
condition  que,  si  la  nécessité  le  requérait,  fust  admis  audit 
monastère,  nourry  avecq  eux  et  il  pust  être  dudict  Saint- 
Jouin. 

En  reconnaissance  donc  de  ce  bienfait  ledict  Helye  a  donné 
et  délaissé  aux  Moynes  les  deux  parts  de  la  chapelle  de 
Prugny  dédiée  et  nommée  du  confesseur  saint  Jean-Baptiste, 
avec  deux  parts  semblablement  de  dixme  du  pain  et  du  vin 
qui  se  recueille  au  dict  lieu,  au  manoir  de  Prugny.  Et  quant  à 
Tautre  tierce  partye  de  la  dicte  chapelle  et  dixme  dudict  lieu, 
la  réserve  pour  luy  môme  ;  mais  a  voulu  que  tous  les  moynes 
puissent  prendre  audict  lieu  toutes  les  dixmes  des  veaux, 
agneaux,  pourceaux,  layne,  lin  et  aultres  choses  semblables 
et  aussi  les  deux  parts  de  la  dixme  du  sel  aux  salines  de  Bar- 
botin,  dépendantes  dudict  lieu  et  château  propres  dudict  Sei- 
gneur, toutes  choses  qu'il  en  tenait  oultre  le  sein  de  la  dicte 
église.  Et  davantage  a  voulu  que  les  parts  et  possessions 
qu'avaient  en  propriété  les  dicts  moynes,  du  pourraient  advoir 
après  eux  aux  environs  de  Prugny,  en  tant  que  luy  tous- 
chant,  demeureraient  exemptes  de  toutes  dixmes.  L'accord  de 
cette  fraternité  fust  arresté  audict  lieu  et  château  avec  Bar- 
botin,  ses  frères  Garsire,  Babuin,  Mandeguerre  en  la  maison 
duquel  le  tout  fust  passé.  Tous  les  aultres  frères  témoings, 
desquels  les  noms  sont  après  :  Gobin,  Guerry  de  Saint- 
Etienne,  Girard  de  Saint-Philbert,  Prezeau  d'Oultre-Loyre, 
Tudual  de  Pornic.  » 

On  voit  qu'Hélye  avait  soin  de  ne  disposer  que  des  biens 
qu'il  tenait  du  seigneur  de  Prigny.  Il  ne  lui  appartenait  pas, 
en  effet,  d'aliéner  le  propre  de  l'église.  C'est  donc  un  temporel 
de  prieuré  qui  se  constitue  ici,  comme  nous  l'avons  vu  pour 
Saint-Piebre,  mais  bien  distinct  de  celui  de*la  cure. 

Gueffier  n'est  pas  nommé  dans  cette  pièce  où  l'on  donne 
cependant  le  nom  de  deux  frères  de  Barbotin  que  nous  ne. 
lui  connaissions  pas  :  Garsire  et  Babuin,  mais  ce  dernier  doit 


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252  PRIGNY   ET  LES  MOÛTIERS 

être  le  môme  que  Babin.  Peut-être,  Garsire  est-il  le  même  que 
Gueffier  dont  le  chanoine  Audebert  aurait  mal  lu  le  nom. 
Mandeguerre  est  également  nommé  dans  la  Charte  de 
Gueffier  à  Tabbesae  Richilde.  C'est  dans  sa  maison  que  fut 
rédigé  l'acte  en  question.  Son  nom  semble  indiquer  un 
héraut  d'armes.  Il  peut  se  faire  qu'en  temps  de  paix  ce  genre 
d'offlcier  servît  parfois  de  greffier,  greffier  fortement  épe- 
ronné,  ne  sentant  pas  le  pédagogue.  Le  document  que  nous 
donne  Audebert  est  une  notice  qui  comprend  tout  le  temps  de 
l'établissement  du  prieuré  de  Saint-Jouin  à  Prigny.  Les 
moines  firent  bâtir  en  ce  lieu  où  s'y  accommodèrent  une 
maison  qu'habitèrent  les  religieux  envoyés  pour  former  cette 
nouvelle  obédience,  sous  l'autorité  de  Rivalon  leur  premier 
prieur. 

«  Et,  continue  la  notice^  advint  quelque  temps  après,  que 
le  dict  Hélye  tomba  en  maladie  et,  touchant  le  bénéfice  qu  il 
s'était  réservé,  donna  et  délaissa  en  propriété  aux  moyncs 
Tautre  tierce  partye  qu'il  s'était  réservée  en  ladite  chapelle  et 
dixmes,  ainsi  qu'il  avait  donné  au  temps  précédent  les  deux 
àultres  partyes.  Et  depuis  toutes  ces  choses  furent  recencées, 
estant  alors  Symon*  abbé  de  Saint-Jouin,  au  iyeu  et  chasteau 
de  Prigny  en  la  maison  desdicts  moynes  et  présence  du 
prestre  Hélye  et  de  Rivalon,  moyne  qui  estait  pour  lors  prieur 
du  Iyeu.  Symon,  parent  du  prestre  Hélye,  accorda. les  mômes 
choses  que  Hélye  avait  faicles,à  la  vue  de  plusieurs  témoings 
qui  là  estoient  présents  au  dict  Iyeu,  la'ics  et  moynes.  Parmi 
ces  témoins  au  moins  une  trentaine  de  noms,  on  remarque 
Testard  et  Debec,  prestres. 

Et  afBn  que  ceste  accord  fust  valable  par  l'autorité  de 
l'Evesque,  ledict  Rivallon,  moyne,  en  pria  Quiriac,  evesquede 
Nantes  qui  donna  pouvoir  et  permission  de  continuer  l'église 
que  ledictRivallon  avait  commencé  de  faire  édifier  en  l'honneur 

*  On  trouTe  un  Simon,  abbé  de  Saint-Jouin,  qui  succéda  en  1037  à  Tabbé 
Géraud  et  gouverna  jusqu^en  1086,  où  il  eut  pour  successeur  Alaric  (Gai- 
Christ.,  t.  II.  col.  1275. 


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PMONY  ET  LES  M0ÛTÏER8  253 

de  saint  Nicolas,  et  bénit  le  cymetière  et  les  alentours  de  la 
dicle  église  oyant  et  voyant  plusieurs  témoings  :  Rivallon, 
moyne  ;  Manard  ;  Guillaume,  archidiacre  ;  Barbotin,  Garsire 
son  frère,  Alduin,  Symon,  Baudry,  Alain  et  plusieurs 
aullres'.» 

Ainsi  la  chapelle  ou  plutôt  Téglise  Saint-Jean-Baptiste, 
vieux  sanctuaire  avec  titre  paroissial,  donné  aux  moines  de 
Saint-Jouin  et  situé  dans  Tenceinte  môme  de  la  ville  avait  de 
suite  paru  insuffisante  à  ces  religieux  qui  en  construisirent 
une  autre  dédiée  à  saint  Nicolas,  en  dehors  des  murs. 

Les  anciens  lexles  donnent  ordinairement  le  nom  de  cas- 
trum  ou  ^'oppidum  aux  agglomérations  entourées  de  mu- 
railles. Aujourd'hui,  nous  distinguons  le  chlltean  de  la  ville; 
il  n'en  fut  pas  toujours  de  môme  et  Prignyest  désigné  tantôt 
comme  un  château  {castrum),  tantôt  comme  une  ville  (oppi- 
dum).  Ce  que  nous  nommons  château  était  alors  le  Donjon^ 
et  possédait- une  enceinte  spéciale  plus  resserrée.  Saint- 
Jean  était  dans  Tenceinte  la  plus  vaste,  Saint-Nicolas  se 
trouvait  en  pleine  campagne  et  les  religieux  pouvaient 
s'y  adjoindre  tout  un  domaine.  Il  est  probible  que  c'était 
mômî  le  vrai  but  de  ces  moines  de  Saint-Jouin,  en  se 
construisant  une  nouvelle  chapelle,  car  si  petite  que  fut  celle 
de  Saint-Jean,  elle  de  vailsufflre amplement  pour  la  population 
de  Prigny,  si  Ton  en  juge  par  le  pourtour  de  ses  anciens  rem- 
parts et  par  ce  fait  que  Prigny  n'avait,  pour  ainsi  dire,  pas 
de  caîapagne.  En  outre,  les  moines  n'étaient  pas  complètement 
les  maîtres  à  Saint-Jean-Bapliste.  Nous  l'avons  vu,  Hélie 
n'avait  donné  que  ce  qu'il  tenait  de  Barbotin  qui  y  consentait, 
ou  môme,  peut-être,  le  lui  demandait;  il  n'avait  pas  donné, 
et  n'en  avait  pas  le  droit,  le  temporel  de  la  cure,  qui  restait 
bénéfice  distinct. 

Quiriac,  qui  avait  heureusement  limité  les  droits  de  Redon 
et  du  Ronceray  semble  avoir  agi  dans  le  môme  ^ns  à  l'égard 

Voir  aux  archives  de  Nantes,  Prigny. 
T.   VI.   —  NOTICES.   —  VI*  ANNÉE,   3*  LIV  17 


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254  PRIGNY  ET  LES  MOÛTIERS 

de  Saint-Jouin  et  réussi  à  sauvegarder  la  distinction  entre  la 
cure  et  le  prieuré. 

Les  moines  eurent-ils  dès  lors  une  arrière-pensée?  Toujours 
est-il  que,  nous  venons  de  le  voir,  ils  étaient  àpeine  installés, 
à  Prigny,  qu'ils  se  bâtissaient  une  église  privée.  Quiriac  ne 
semble  pas  avoir  mis  d'obstacle  à  ce  que  ce  fût  un  moine  de 
Saînt-Jouin  qui  fût  recteur  de  Prigny,  mais  il  retint  la  colla- 
tion de  la  cure.  Quant  à  la  présentation,  elle  appartenait 
sûrement  au  seigneur  de  Prigny  qui  s'en  était  dessaisi  en 
faveur  de  Saint-Jouin.  On  comprend  que  l'abbé  de  Saint- 
Jouin  dut  faire  porter  son  choix  sur  un  de  ses  moines,  tandis 
que  son  abbaye  eut  assez  de  sujets  pour  remplir  tous  les 
postes  à  sa  disposition. 

Pour  mieux  différencier  leur  prieuré  de  la  cure,  on  donna 
au  premier  un  autre  patron,  ce  qui  n*avait  pas  lieu  quand  le 
prieuré  était  desservi  dans  l'église  paroissiale.  Le  nouveau 
sanctuaire  ne  pouvait  manquer,  vu  les  goûts  du  temps,  qui 
sont  encore  uii  peu  en  vogue,  de  faire  le  vide  dans  l'église  de 
la  paroisse.  Comme  complication  en  faveur  des  moines,  le 
curé  de  Saint-Jean  leur  était  entièrement  dévoué.  Peut-être 
sentait-il  qu'il  était  un  peu  trop  le  chapelain  du  Seigneur  ?  Et 
c'était  souvent  le  cas  des  curés  de  cette  époque.  Quiriac,  au- 
quel  cette  servitude  ne  plaisait  point,  alla  jusqu'à  permettre 
que  le  service  de  la  paroisse  se  fît  à  Saint-Nicolas,  de  sorte 
que  Saint-Jean,  tout  en  restant  de  droit  l'église-mère,  et  en 
continuant  à  conserver  son  titulaire  comme  le  patron  de  la 
paroisse,  ne  voyait  plus  guère  son  recteur  célébrer  l'office. 
Quelque  temps,  sans  doiite,  on  continua  de  dire  la  messe  à 
Saint-Jean  pour  les  châtelains,  mais,  en  somme,  cette  église 
n'était  plus  que  la  chapelle  du  château,  tout  en  gardant  ses 
droits.  Nous  verrons  que  cet  éfat  de  choses  ne  fut  pas  très 
durable  et  que  Saint-Jean  récupéra  ses  droits  ;  seulement  tant 
que  Prigny  demeura  place  de  guerre,  l'évoque  ne  vit  pas  de 
mal  à  ce  que  le  culte  fut  célébré  à  Saint-Nicolas:  On  laissa» 
du  reste,  le  bon  vieux  rei^teur  aller  à  Saint-Jean-Baptiste  bu  à 


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PRIGNY  BT  LKS   MOÛTIERS  255 

Saint-Nicolas,  comme  il  rentendait;  c'était  une  transaction. 
Lorsque  Hélie  fut  mort,  Quiriac  alla  plus  loin,  il  permit  aux 
moines  de  Saint-Nicolas  de  bénir  un  nouveau  cimetière,  en 
dehors  des  murs.  L'ancien  entourait  Téglise  Saint-Jean 
comme  on  le  voit  encore  aujourd'hui. 

Barbotin  avait  eu  quelque  zèle  pour  son  église  Saint-Jean, 
mais  son  frère  et  successeur  GuefBer,  tout  entier  à  la  fonda- 
tion faite  par  sa  mère  au  faubourg  de  Prigny,  dit  Les  Moû- 
tiers,  semble  s'être  bien  peu  préoccupé  de  l'église  du  château. 
Les  moines  en  profitèrent,  forts  de  Tapprôbation  épiscopale  : 
tant  qu*à  Prigny  personne  ne  réclama  ;  tout  le  service 
divin  se  fit  à  Saint-Nicolas  ;  aussi,  voit-on  plusieurs  titres  où 
il  n'est  question  que  de  Saint-Nicolas  de  Prigny,  sans  aucune 
mention  de  Saint-Jean.  Ce  transfert  se  fit  tout  naturellement, 
révoque  conférant  la  cure  au  prieur,  les  choses  pouvaient 
du  reste  marcher  ainsi  tant  qu'il  y  aurait  des  moines  à  Saint- 
Nicolas,  mais  s'ils  avaient  voulu  se  donner  un  vicaire  perpé- 
tuel, il  était  peu  douteux  que  l'évoque  aurait  objecté  qu'il  lui 
appartenait  de  nommer  le  recteur  de  Saint-Jean  qui  conservait 
son  privilège  d'église  paroissiale. 


CHAPITRE  IX. 


Premiers  temps  du  prieuré  de  Notre-Dame. 

Adénor,  fille  de  Judicaël,  le  fondateur  du  prieuré  de  Notre- 
Dame,  gouvernait  ce  petit  monastère  avec  bienveillance.  Elle 
étaiteafamille,sesvassaux  étaient  ses  compatriotes, et,on  peut 
croire  que  parmi  ses  religieuses,  elle  avait  plusieurs  parentes. 
Il  y  en  avait  au  moins  une,  sa  nièce  la  fille  de  Giraud  de  St- 
Philbert,  que  l'on  trouve  nommée  Adénor,  comme  sa  tante  et 
son  aïeule.  Adénor  de  Saint-Philbert  alla  faire  son  noviciat  à 
Angers,  mais  il  est  peu  doutouxqu'elle  revint  aux  Moûtiersoù 


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256  PRIGNY  ET  LES  MOÛTIERS 

elle  succéda  peut-ôtre  à  sa  tante. Ces  bonnes  prieures  n'étaient 
pas  dures  pour  leurs  fermiers,  et  les  sœurs  de  Tabbaye  du 
Ronceray  trouvèrent,  à  la  fln,  que  grâce  à  cette  faiblesse,  il 
s'établissait  des  abus.  C'est  ce  qui  provoqua  des  réclamations 
de  leur  part,  comme  on  le  voit  constaté  par  la  suite  d'une 
notice  dont  nous  avons  donné  le  commencement  au  chapitre 
cinquième.  Ce  titre,  après  avoir  rapporté  la  donation  de  Jean- 
Grosse -tôte,  ajoute  :  «  Mais  bien  que  le  nombre  des  habitants 
du  bourg  et  le  bourg  lui-môme,  autour  de  la  susdite  église 
s*accrussent,  quelques-uns  des  meilleurs  manants  (mansio- 
nariit)  avec  la  connivence  des  religieuses  de  Tobédience,  ne 
payaient  point  leurs  redevances  au  temps  convenu.  Nous 
avonsdonc  voulu  faire  savoir  à  tous,  que,  dans  le  bourg,  il 
n'y  a  pals  une  maison  qui  ne  soit  usagère  de  ladite  église,  si  les 
dames  du  lieu  veulent  l'exiger,  si  ce  n'est  la  maison  du  chape- 
lain (recteur)  de  Saint-Pierre,  Even  et  les  prêtres  ses  succes- 
seurs, tantqu'ils  habiteront  cette  môme  maison  ;  mais  s'ils  ve- 
naient à  placer  dans  cette  maison  un  autre  locataire,  ce  dernier 
serait  usager  entièrement  comme  les  autres,  parce  que  c'est 
ainsi  que  Judicaël^  Nihel  et  les  autres,  propriétaires  de  cette 
terre  l'ont  donnée,  à  perpétuité,  à  Notre-Dame  et  tout  ce  qui  est 
consigné  dans  cette  charte,  avec  les  dites  coutumes,  comme 
eu^-mômes  la  possédaient,  sans  réclamations,  et,  comme 
nous  l'avons  touché  brièvement,  ils  ont  bâti,  dans  le  lieu  sus- 
dit, une  église  en  l'honneur  de  la  Vierge  Marie,  mère  de  Dieu 
et  l'ont  donnée  à  perpétuité  au  monastère  d'Angers,  consa- 
cré à  la  Bienheureuse  Marie,  mère  de  Notre-Seigneur,  pour 
le  sakt  de  leurs  parents,  et  ont  mérité  d'ôtre  placés  dans  le 

sein  d'Abraham,  Isaac  et  Jacob.  Per  eum  qui  venturus  est 

Amen.  » 

Ce  titre  et  ceux  que  nous  avons  donnés  au  chapitre  V  pour 
début  de  cette  notice,  se  trouvent  au  Cartulaire  du  Ronceray, 
rôle  III,  charte  20,  et  rôle  IV,  charte  83.  —  Edition  Marchegay, 
charte  430*. 

Nous  le  répétons,  tout  le  fond  de  ce  récit  est  vrai,  mais  le 


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PRIGNY   ET  LES  MOÛTIERS  257 

narrateur  ne  s*est  pas  contenté  d*inscrire  les  actes  tels  qu*ils 
étaient,  il  a  intercalé  des  explications  fâcheuses  et  changé  les 
noms  selon  qu'il  croyait  devoir  lire  une  écriture  avec  laquelle 
il  n'était  pas  familier.  Ainsi,  comme  nous  l'ayons  signalé, 
quand  il  parle  plus  haut  de  Juhel,  flls  de  Juhel,  il  faut  lire 
Nihel.  Ce  dernier  est  celui  que  nous  venons  de  revoir  à 
rinstant. 

Les  religieuses  du  Ronceray' connaissaient  leur  époque; 
elles  avaient  eu  soin  de  mettre  leurs  titres  en  règle.  Nous 
venons  de  voir  que  les  donations  de  Nihel  avaient  été  plu- 
sieurs fois  répétées.  Le  3*  rôle  (charte  21«)  y  revient  d'une 
façon  solennelle  (V.  Marchegay,  431).  —  «  In  nomine  Domini... 
Moi,  Nihel.  j'ai  fixé  dans  ma  mémoire  ces  paroles:  Donnez  et 
il  vous  sera  donné  ;  c'est  pourquoi,  en  vue  du  salut  de  mon 
âme  et  de  celle  de  mes  parents,  j'ai  concédé  et  donné  à 
l'église  Notre-Dame  de  Prugny,  soumise  à  l'église  Notre-Dame 
d'Angers,  tout  ce  que  Ij'avais  dans  le  terrage*  du  Masier'  de 
Prigny  près  de  la  mer.  J'ai  donné  aussi  à  la  susdite  église 
la  dtme  des  vignes  de  la  terre  que  j'avais  en  ce  lieu  ainsi  que 
celle  des  fruits  des  moissons  en  un  mot,  de  toutes  choses, 
au  vu  et  au  su  des  prêtres  Hervé'  et  Even,  Geoffroy  Bocell  ; 
Odelin  de  Bonnié  ;  Pépin^  flls  de  Glamier  ;  Gamier,  fils  de 
Dorin  et  Even,  son  frère  ;  Tréhoret  ;  Rainauld*,  fournier  et 
Chrétien,  son  frère  ;  les  religieuses  Adonorie,  Mabilie  et 
Ameline  de  Baugé.  » 

*  Le  terrage  était  un  droit  plus  ou  moins  considérable  prélevé  sur  les  fruits 
et  grains  d*un  terrain  déterminé.  Ce  droit  est  quelquefois  nommé  c?uimpart 
(Campi  pars)  ;  celui  qui  levait  cet  impôt  se  nommait  terragier  (terragiator). 

s  «  In  terragio  Maserii  Prugniaci  ».  On  nommait  maseria  (masière^  une 
maison  avec  quelques  terres  :  nous  dirions  une  borderie  ou  une  closerie  ;  nous 
pensons  que  le  masier  est  ici  pris  dans  ce  sens  et  signifierait  une  sorte  do 
métairie  de  Prigny. 

*  Hervé  était  aumônier  des  sœurs  du  prieuré. 

*  Nous  ne  pensons  pas  qu*il  iaiUe  confondre  le  fournier  (furnerius)  avec 
le  boulanger  (pUtor).  Ce  dernier  faisait  cuire  le  pain,  tandis  que  le  premier 
n'était  qu*an  préposé  au  four  banal  où  cliacun  venait  faire  cuire  son  pain 
et  payait  un  droit  à  cet  officier. 


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258  PRIGNY  ET  LES  M0ÛTIER8 

Ces  trois  religieuses  étaient  sans  doute  le  personnel  du 
prieuré  de  Notre-Dame  des  Moûtiers,  au  moins  en  tant  que 
dames  de  chœur,  Adonorie  n'est  autre  qu'Adénor  ;  Mabilie  est 
peut-être  la  religieuse  de  ce  nom  qui  succéda  en  1119  à 
Tabbesse  Tiburge  et  fut  peu  de  temps  à  la  tète  de  sa  commu- 
nauté. Dos  lors,  cette  obédience  du  bourg  des  Moûtiers  avait 
\me  grande  valeur  aux  yeux  des  religieuses  de  la  Charité 
d'Angers  et  jouissait  aussi  d'une  grande  faveur  dans  le  pays. 

Une  noble  jeune  fille  de  la  famille  de  «Retz  fit  profession 
dans  l'abbaye  angevine.  Sous  Tabbesse  Tiburge,  elle  avait  la 
charge  (ÏAumônière,  Anne  de  Retz  était  en  même  temps 
prieure  de  Seiches,  line  des  plus  belles  dépendances  du 
Ronceray.  Les  nombreuses  chartes  où  nous  la  voyons  figurer 
témoignent  de  son  zèle  pour  la  prospérité  de  la  maison. 

Le  prieuré  des  Moûtiers  n'était  pas  sans  avoir  ses  diffi- 
cultés ;  nous  les  trouvons  mentionnées  dans  la  charte  432*  du 
cartulaire  de  M.  Marchegay.  Malgré  tout  .ce  que  avons  déjà 
faitconnaItre,ce  document  estencore  utile.Lorsqu'on  Taoralu, 
il  semble,  qu3  la  physionomie  des  débuts  du  prieuré  de  N.-D. 
des  Moûtiers  sera  suffisamment  connue.  Il  nous  révèle  toute 
une  chicane  suscitée  par  Niel,  fils  de  Niel,  aux  religieuses 
que  ses  parents  avaient  protégées,  et  pour  des  biens  dont  il 
avait  approuvé  la  donation.  Voici  cette  pièce. 

«  Lorsque  Adénor,  fille  de  Judicaôl  l'ancien,  de  Prugny,  con- 
sacrée religieuse,  eût  tenu  pendant  un  grand  nombre  d'an- 
nées le  monastère  de  Notre-Dame  de  Prugny,  comme  son 
père  et  sa  mère,  d'accord  avec  son  frère,  Niel  l'avait  con- 
cédé en  toute  tranquillité',  pendant  leur  vie  et  après,  certains 
de  ses  frères  se  prirent  à  chicaner  (subclamare)  et  à  réclamer 
les  biens  de  ce  monastère  comme  faisant  partie  de  leur  héri- 


*  «  Gum  Âdenor  !  fiUa  JudiqueUi  vetuli  de  Prugniaco,Deo  yidelicet  dicaU 
3anctimoniali8,  monasterium  Sanctse  Mariœ  Prugniacensis  per  multos  annos 
ut  pater  ejus  et  mater  sua  eum  flratre  suo,  illad  ei  coDcesseraot.  »  Ce 
texte  nous  montre  que  le  premier  Nihel  était  frère  de  la  première  Adénor  et 
non  de  son  mari  Judicaf^l. 


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PRIONY  fn  LB8  MOÛTIBRS  259 

tage  patrimonial.  Ils  s'efforçaient  de  réduire  en  propriété 
séculière  ce  que  leur  père  et  leur  mère  avaient  donné  en  toute 
charité*  à  Téglise  pour  le  salut  de  leurs  âmes. 

A  leur  malveillante  suggestion,  Niel,  leur  neveu,  fils  du 
susdit  Niel,  envahit  une  partie  des  biens,  due  à  la  donation  de 
son  père  et  adjacente  au  monastère.  Ce  jeune  homme  finit 
par  s'entendre  avec  sa  tante  Adénor*.  Il  fut  prouvé  que 
cette  part  qui  était  venue  de  Niel,  père  de  ce  Niel,  resterait, 
après  la  mort  d'Adénor  à  Notre-Dame  d'Angers  et  aux  sœurs 
résidante  Prugny. 

Quant  à  certaine  autre  portion  qui,  bien  que  donnée  par  Ju- 
dicaël  et  son  épouse,  avait  été  quelque  temps  distraite,  elle 
resta  aux  mains  d'Adénor  comme  elle  y  avait  étÀ  précédem- 
ment. Cependant,  de  peur  que  quelque  parcelle  du  domaine, 
désormais  acquis  par  une  tranquille  possession,  ne  soit  arra- 
chée par  Terreur  de  la  postérité,  nous  avons  jugé  à  propos 
de  remettre  ea  mémoire  ce  qui  regarde  chaque  portion.  Que 
nos  descendants  sachent  donc  <iue  Judicaël,  père  dAdénor,  et 
Niel,  père  de  Niel,  avaient  en  commun  ce  monastère  de  Notre- 
Dame  et  le  faubourg  qui  est  aatour  de  ce  monastère,  avec  la 
prévoté  de  ce  môme  faubourg,  les  autres  coutumes,  les  reve- 
nus et  le  péage  des  foires.  L'en  et^  l'autre  concéda,  avec  le 
susdit  monastère,  tous'^es  biens,  libres,  comme  eux-mômes 
les  possédaient,  à  Adénor.  Judicaôl  donna  en  outre,  de  son 
propre,  à  sa  fille,  la  pièce  de  terre  dans  laquelle  le  monas- 
tère lui-môme  est  bâti,  libre  du  ban  (bidenno)  et  de  toute 
réclamation,  avec  un  quartier  de  la  terre  d'Hubert  Le  Roux 
d'Avare,  libre  comme  les  autres  biens  excepté  un  septième  et 
la  moitié  du  district  prévôtal. 

•  «  In  eleemosynam.  »  Le  droit  connaissait  alors  ce  qne  Ton  nommait 
franche  aumône.  Un  bien  donné  &  Téglise  ou  à  quelque  couyent  en  franche 
aumône  était  exempt  de  toute  redevance  (Dicf,  de  Durand  de  Maillane  aux 

mots  «  tenure  »  et  «  aumône  ». 

*  Le  chroniqueur  parsiste  dans  sa  confusion  des  deux  Adénor.  Puisque 
Niel  père  était  frère  de  la  mèrn  d* Adénor,  Niel  le  jeune  ne  pouvait  être  que 
le  cousin-germain  de  cette  dernière. 


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200  PRIGNY  ET  LEB  M0ÛTIER8 

De  môme,  Niel  fit  donation  à  sa  sœur  de  deux  parts  de  la 
dîme  des  trois  pièces  de  terre  de  Guérin  de  la  Gressière,  qiii 
faisaient  partie  de  son  bien  propre,  ainsi  qu'une  borderie  de 
la  terre  de  Guillerme,  gendre  d^Arembert,  qu'il  donna  libre 
de  tous  devoirs,  si  ce  n'est  la  dîme  qui  est  en  entier 
accordée  à  Saint-Pierre,  afin  que  les  autres  biens  sus-énoncés 
restent  libres  et  quittes  de  toutes  coutumes  vis-à-vis  Saint- 
Pierre.  Le  même  Niel  donna  de  nouveau  à  sa  sœur,  pour 
Thonneur  de  Notre-Dame,  la  moitié  d'une  saline,  libre,  et 
toute  sa  part  de  la  dîme  maritime  et  des  poissons  ou  oiseaux 
de  mer  qu'il  avait  aussi  avec  Judicaôl.  Après  qu'Adénor  eut 
possédé  longtemps  ces  biens,  dus  à  la  charité  des  susdits  per- 
sonnages, tout  en  ayant  à  supporter  des  tracasseries  de  la 
perversité  de  ses  frères,  elle  fit  enfin  sa  paix  comme  nbus 
venons  de  le  dire,  par  l'accord  qui  précède  avec  son  neveu 
NieU  au  sujet  de  la  part  qui  avait  été  à  lui. 

Toutefois,  Niel  ne  fît  pas  ces  concessions  gratuitement  et 
avec  les  mains  vides.  Il  fallut  lui  compter  trente-cinq  livres  de 
deniers,  un  cheval  et  une  coupe  d'argent,  plus  deux  onces  d'or 
pour  son  épouse  Pélronille  avec  la  promesse  de  recevoir  la 
mère  de  ce  Niel,  comme  religieuse,  dans  le  monasière  de 
Notre-Dame  d'Angers.  Cette  transaction  fut  ratifiée  dans  le 
couvent  de  Notre-Dame  de  Prigny,  où  Niel  posa  sur  l'autel,  en 
gage  de  sa  concession,  le  couteau  d'HervtS  l'aumônier  de  ce 
couvent;  en  présence  de  ce  môme  Hervé  et  d'Adénor,  ainsi 
que  de  sa  nièce,  l'autre  Adénor  fille  de  Giraud  de  Saint- 
Philbert,  laquelle  prit  sur  l'autel  ce  couteau  qu  elle  emporta 
pour  l'utiliser  à  Noire-Dame  d'Angers  où  elle  était  religieuse. 

Les  témoins  de  cette  affaire  furent  :  Geoffroy,  Mandeguerre 
et  Judicàël,  fils  d'Aufred,  qui  étaient  présents  lors  de  la  pre- 
mière donation  faite  par  JudioafJI  i'anciea  et  Niel,  père  de  Niel. 
En  outre,  furent  présents  ;  Rabeàu,  fils  de  Péréné  ;  Odelin  de 
Bugno  (du  Bijnon):  Albouin  et  Pépin,  fils  de  Glamaok  ; 
David,  fils  d'^  Barbotin  ;  Ivan,pr6tre  ;  Jarnosuen,flls  de  Goslen 
de  Frossay  ;  Simon,  fils  de  Bernon  et  ses  frères,  Pohard  et 


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PRIONY  ET  LES  MOÛTIERS  261 

Jean  ;  le  vicomte  Aufred  et  son  frère,  Jarnoguen  ;  Geoffroy  fils 
de  Judicaôl  ;  Péan,  servant  des  dames,  surnommé  Puceur 
(puceola):  Sarrazin,  soldat  ;  Tannegui  et  Habon,  flls  du  prfttre, 
Ivan  (Even)  ;  Benoit  Chaudmorceau  ;  Ivan'  flls  de  Dorin  ;  Ivan, 
flls  d'Oncbauld  et  son  frère  Leferme  ;  Chrétien,  flls  de  la  four- 
nière;  Haimeric  Bouchereau  ;  Jean  Touchefaîte'  ;  Guérin,  flls 
de  Pincel)ouche. 

Avec  Niel  se  trouvaient  :  Péan,  flls  de  Rodald  ;  Gautier,  flls 
de  Bérengaire  ;  Rodald,  flls  de  Choallon  ;  Girand  Malpelit,  du 
château  nommé  Touvoie  {Tollens  Viam),  » 

Telles  furent  les  dernières  réclamations  de  la  famille  de 
Prigny.  Dans  la  suite,  les  Dames  du  prieuré  furent  les  véri- 
tables seigneurs  de  tout  le  petit  territoire  connu  sous  le  nom 
de  Bourg  des  Moûtiers,  sans  préjudice  toutefois  de  la  suze- 
raineté des  seigneurs  de  Retz,  suzeraineté  indiquée  par  la 
redevance  nommée  Diner  cTAscoide, 

Ces  réclamations  de  la  famille  Niel  ont  pour  nous  un  avan- 
tage :  elles  nous  font  savoir  que  c'était  du  chef  de  son  épouse 
Adénor  que  Judicaôl  possédait  Prigny,  puisque  nous  voyons 
le  frère  d*Adénor  investi  de  tout  un  domaine  dans  cette 
paroisse,  domaine  sur  lequel  il  avait  même  le  droit  de  Justice. 
Cela  nous  expliquera  la  disparition  complète  de  cette  contrée 
des  descendants  de  Judicaôl,  après  Gueffier.  Sans  doute  ils 

*  Ce  surnom  rappeUe  un  très  vilain  droit  des  Ducs  de  Bretagne,  le  «  droit 
de  Pecoy  »  qui  se  prélevait  sur  le^  épaves  des  navires  brisés  surlaV^cUe.  Cétait 
une  bonne  aubaine  pour  les  riverains  qui  considéraient  comme  leur  appar- 
tenant tout  ce  que  la  Providence  leur  envoyait  ainsi.  Le  Duc  de  Bretagne  se 
donnait  de  garde  dâ  l.iisâer  passer  un  tsl  bienfait,  sans  y  prendre  la  pirtdu 
lion.  Ot  abus  en  amena  un  autre,  là  où  les  instincts  sauvages  étaient  plus 
prononcés.  Loi'sque  au  milieu  des  épaves  U  se  rencontrait  un  survivant  de 
l'équipage  ou  des  passagers,  on  lui  faisait  parfois  un  triste  sort,  c'était  un 
maudit  de  Dieu,  disait-on. 

s  Une  preuve  de  plus  que  ce  chroniqueur  met  souvent  du  sien,  c'est  qu'il 
se  permet  dp  réformer  à  chaque  instant  les  noms  propres  ;  ainsi  tous  les  Even 
deviennent  pour  lui  des  Ivan.  On  voit  que  de  son  temps  les  Moscovites 
commençaient  à  se  faire  connaître.  Philippe-Auguste  épousa  une  princess* 
russe. 

'  Un  tel  hoxame  ilerait  être  ua  géant. 


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262  PRIGNY  ET  LES  MOÛTIERS 

allèrent  tenir  d'autres  fiefs,  à  moins  que  la  guerre  n'ait  suffi  à 
les  anéantir.  Le  territoire  se  trouva  ainsi  féodalement  divi- 
sé entre  le  prieuré  de  Notre-Dame  qui  exerça  son  droit  de 
Justice  et  posséda  les  droits  seigneuriaux  sur  la  paroisse 
des  Moûtiers,  et  la  famille  de  Retz,  qui,  grâce  peut-être  à 
quelque  nouvelle  alliance  avec  celle*  de  Prigny,  fut,  après 
Gueffler,  directement  Seigneuriale  dans  la  paroisse  du  château 
de  ce  nom.  et  suzeraine  d*après  des  droits  plus  anciens 
dans  celle  des  Moûliers  dont  les  Dames  lui  faisaient  hom- 
mage. 

Outre  ces  difiQcultés  que  Ton  peut  dire  intestines,  les  reli- 
gieuses du  Ronceray  en  virent  surgir  d'autres  tout  à  fait 
inattendues.  Ces  Dames  croyaient  avoir  reçu  un  bénéfice 
abandonné  ;  elles  avaient  fini  par  obtenir  l'autorisation  de 
TEvêque  de  Nantes  et  pouvaient  compter  sur  une  possession 
paisible.  Leur  espoir  fut  déçu. 

Un  diplôme  du  Cartulaire  du  Ronceray  nous  révèle  tout  un 
différend  avec  les  moines  de  Luçon  (Ed'*"  Marchegay,  Chartes 
433-438).  Ces  moines  de  Luçon  avaient  porté  plainte  à  Rome 
dès  le  temps  duTape  Alexandre  II  qui  gouverna  l'Église  de 
Tan  1061  à  l'an  1073.  Ils  attaquaient  les  Sœurs  de  lâchante 
d'Angers  parce  que,  disaient-ils,  elles  détenaient  un  prieuré 
qui  appartenait  au  monastère  de  Luçon,  à  Prigny.  Le  Pape 
prit  en  considération  les  réclamations  de  l'abbaye  de  Luçon. 
On  lit  dans  le  précepte  qui  fut  rédigé  à  ce  sujet  :  «  Nos  chers 
fils,  l'Abbé  et  les  Moines  de  Luçon.  nous  ont  adressé  une 
plainte  dans  laquelle  ils  nous  font  savoir  que  vous  détenez  un 
prieuré  qu'ils  affirment  leur  appartenir.  »  Ce  document  était 
envoyé  aux  religieuses  de  Notre-Dame  d'Angers.  Le  Pape 
leur  disait  en  outre.  «  Comme  il  ne  convient  pas  que  votre 
religion  usurpe  illicitementce  qui  ne  vous  appartient  pas, 
nous  faisons  savoir  à  toute  votre  communauté,  par  nos  res- 
crits  apostoliques,  et  lui  ordonnonsde  restituer,  sans  délai, 
auxdits  abbé  et  frères,  le  susdit  prieuré,  pour  qu  ils  le  possè- 
dent en  paix,  à  moins  que,  devant  nos  vénérables  frères  les 


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PRIGNY  ST  LES  MOÛTIERS  263 

évêques  de  Poitiers  et  de  Nantes,  ou  Vun  d*eux  seulement^ 
si  Tautre  est  absent,  vous  ne  prouviez  pleinement  la  justice 
de  votre  possession.  Nous  avons  en  effet  donné  ordre  à  ces 
mêmes  évoques,  si  vous  ne  voulez  accepter  ni  Tun  ni  Tautre 
d'eux,  de  mettre  la  partie  adverse  en  possession  du  susdit 
prieuré,  sans  tenir  compte  d*aucun  appel. 

Tusculum  le  XI*  de  Kl.  de  Mai  »w  (Rôle  VI.  c.  55). 

Nous  croyons  que  la  charte  suivante  donnera  mieux  la 
suite  de  cette  affaire  que  tout  ce  que  nous  pourrions  chercher 
à  établir,  c'est  la  434*  de  M.  Marchegay;  «...  Moi  Gueffier 
flls  du  Viguier  Judicaél,  j*ai  cru  devoir  rappeler  comment 
Téglise  de  Prugny  fut  jadis  ruinée^  puis  retrouvée^  et 
restaurée  et  ensuite  donnée  &  des  religieuses,  ce  que  nous 
affirmons  contre  les  moines  de  Luçon  qui  le  dénient 
injustement. 

Que  nos  contemporains  et  leurs  successeurs  sachent  donc 
que  la  dite  église,  comme  les  gens  du  pays  le  racontaient, 
bâtie  dans  l'antiquité  en  Thonneur  de  la  sainte  Mère  de  Dieu, 
fut  détruite  dans  les  incursions  des  Gentils,  mais,  de  notre 
temps  rétablie  par  mes  parents,  le  Viguier  Judicaêl  et  son 
épouse,  Âdénor,  et  cédée,  ainsi  que  toutes  ses  dépendances, 
avec  une  de  leurs  filles  nommée  Adénor,  qu'ils  avaient 
consacrée  à  Dieu  dans  le  monastère  de  Noire-Dame  d'Angers. 
Or,  Notre-Dame  d'Angers  a  possédé  longtemps  cette  église 
sans  réclamations,  du  consentement  de  Quiriac,  alors  évoque 
de  Nantes,  jusqu'au  jour  oh  Benoît,  évêque  de  la  môme  ville, 
(1070-1111)  se  rendant  au  concile  de  Saintes,  fut  hébergé  chez 
les  moines  susdits  qui  en  profitèrent  pour  émettre  une  pre* 
mière  fois  leurs  prétentions  (1096  ou  1097). 

Lorsque  le  prélat  fut  de  retour,  les  religieuses  furent  citées 
en  justice.  Je  parus  avec  ces  Dames  dont  l'église  fut  confiée  à 
ma  protection  par  mes  parents. 

*  «  Posteà  verô  r^f)erta  et  rdstanrata  »  Ce  mot  reporta  semble  indiquer 
que  cette  chapelle  fat  retrouvée  au  milieu  d'un  amas  de  décombres,  ce  qui 
prouve  que  le  faubourg  de  Prigny,  dit  :  les  Moûtiers^  était  une  agglomération 
considérable  quand  jes  Normands  y  Tinrent. 


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264  PRIGNY  ET  LES  MOÛTIERS 

Bien  que  nous  n'ayons  jamais  décliné  le  jugement  et  qu*aui 
contraire  nous  nous  soyons  rendus  à  plusieurs  synodes:Oa 
assemblées  ecclésiastiques,  les  moines  insistant,  Tévèque  a, 
de  nouveau,  donné  jour  à  chaque  partie  pour  terminer  ce 
différend  ;  mais  ne  voulant  pas  trancher  seul  une  cause  de 
cette  importance,  ce  pontife  a  résolu  de  la  porter  à  Tours,  où 
Tarchevéque,  les  abbés  et  autres  personnages  décideraient 
la  question.  L'évêque  en  prévint  les  moines  et  de  vive  voix 
et  par  lettres,  mais  par  lettres  comme  de  vive  voix,  les 
moines  répondirent  qu'ils  n'iraient  pas  à  Tours.  Quant  aux 
religieuses  et  à  moi,  quoique  cela  nous  fût  pénible,  nous, 
avons  accepté  le  terme  fixé  par  Tévêque.  Si  donc  cette 
querelle  qui  devrait  être  terminée,  venait  à  se  renouveller 
avec  les  moines  qui  attendent  ma  mort,  j'ordonne  à  tous 
ceux  de  ma  famille  qui  existeront  alors  et  aux  religieuses,, 
d'afilrmer  que  les  choses  sont  telles  que  je  le  dis  par  les 
présentes  et  de  donner  à  l'appui  tous  les  témoignages  que 
demandera  la  justice  Taïque  ou  ecclésiastique,  savoir  que  les 
religieuses  ont  possédé  sans  réclamations  ladite  église 
pendant  plus  de  trente  années.  J'atteste  en  outre  la  fausseté 
du  témoignage  que  les  moines  mettent  en  avant,  que  deux 
d'entre  eux,  Renaud  et  Gilbert,  ont  habité  cette  église,  par 
suite  d'une  donation  de  mes  parents.  »  Cette  charte  finit 
ainsi  d'une  façon  abrupte.  Nous  ne  ferons  aucune  réflexion 
à  son  sujet  avant  d'avoir  pris  connaissance  du  jugement 
porté  sur  cette  cause  par  différents  légats  et  évoques.  Nous 
le  trouvons  dans  un  diplôme  du  Ronceray. 

0  Par  ordre  de  monseigneur  Richard,  évoque  d'Albe  et 
légat  de  l'église  romaine,  dom  Rainaud,  abbé  de  Luçon  et 
et  Thiburge,  abbesse  de  Notre-Dame-de-la-Charité  d'Angers 
vinrent  dans  la  cour  de  l'évôché  de  Nantes.  En  face  des  juges 
siégeant,  l'abbé  de  Luçon  se  plaignit  de  cette  sorte  :  —  Nous 
demandons  justice  canonique  au  sujet  d'une  église  de  Prigny 
que  nos  prédécesseurs  ont  eue,  dont  ils  ont  été  investis,  qu'ils 
ont  tenue  et  dont  ils  ont  été  dépouillés  sans  jugement  cano- 


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PR16NY  £T  LES  M0ÛTIER8  265 

nique.  —  A  cela  Tabbesse  répondit.  —  Nous  ne  savons  rien  de 
voire  investiture  et  de  cette  spoliation  dont  vous  parlez  ;  ces 
chosesont-eiles  jamais  eu  lieu?... Ce  quenous  savons,  c'estque 
nous  possédons  celte  église  du  chef  des  évèques  de  ce  diocèse, 
que  nous  possédons  également  les  biens  que  les  seigneurs  de 
ce  territoire  nous  ont  donnés  en  aumône  et  que  chaque  année 
nous  en  payons  le  cens^^  c'est-à-dire  un  besant  d'or.  Pour  ce 
qui  tient  à  ces  points,  nous  avons  nos  privilèges  ;  et  nous 
tenons  par  une  possession  tranquille  et  sans  réclamations 
ces  biens  depuis  trente  années  et  davantage.  —  L'abbé  de 
Luçon  interrogé,  par  qui  et  dans  quel  temps,  à  quelle  époque 
il  avait  été  dépouillé,  ne  connaissant  ni.  le  temps  de  l'inves- 
titure, ni  celui  de  la  spoliation,  ni  les  personnes  ayant  pris  part 
à  ces  actes,  la  sentence  fut  rendue  devant  toutes  les  personnes 
présentes  et  promulguée  d'après  le  sentiment  du  pape 
Gélase  qui  dit  :  —  «  Il  convient  aussi  d'ajouter  pour  le  cas  où 
celapourrait  se  présenter,  quesilesbiensd'uneégliseou  môme 
d-un  diocèse  tombaient  en  mains  étrangères,  on  devra  consi- 
dérer comme  droit  perpétuel  un  état  de  choses  qui  a  duré 
trente  années^  parce  que,  au-delà  de  trente  ans  il  n*est  permis 
à  personne  d'appeler  au  sujet  de  ce  que  la  légalité  exclut.  » 

Gomme  les  moines  avaient  la  présomption  de  s'élever  contre 
cette  autorité  et  prétendaient  que  les  sœurs  n'avaient  point 
tenuce  prieuré  pendant  trente  années  sans  réclamations  légi- 
times et  souvent  répétées,  mais  ne  pouvaient  faire  connaître 
ni  le  temps,  ni  le  lieu^  ni  les  auteurs  de  ces  légitimes  récla- 
mations, on  définit  que  Tabbesse  aurait  à  prouver  sa  posses- 
sion trentenaire  par  trois  témoins  compétents.  Ces  trois 
témoins  se  levèrent,  hommes  nobles,  personnes  honnêtes 
dont  voici  les  noms  :  Laibodede  Saint-Philbert,  Rodald,  son 
frère,  Rainaud  l'Agnelet  et  beaucoup  d'autres  honorables 
habitants  de  ce  territoire,  prôts  à  prouver  canoniquement  la 
tranquille  possession  des  religieuses  pendant  trente  années. 

Cette  sentence  fut  rendue  le  15*  des  kl.  de  mars  (15  février), 
dans  la  ville  de  Nantes,  au  chapitre  de  saint  Pierre,  Philippe 


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266  PRIGNY   ET  LES   M0ÛT1ER8 

étant  roi  de  France  (1060-1108),  Alain,  comte  de  Bretagne 
(démissionnaire  en  1112),  la  2*  férié  de  la  semaine  de  la  Septua- 
gésime  (ce  qui  désigne  Tan  1104).  En  présence  de  Marbode, 
évêque  de  Rennes  (1096-1123),  Justin  abbé  du  monastère  de 
Redon,  Gautier  abbé  de  Saint-Serge  (lf02-1114),  Brice  abbé 
de  Vertou  et  les  archidiacres  de  Nantes  Rivallon  et  Geoffroy 
avec  tout  le  chapitre  de  Saint-Pierre  ;  puis  les  laïcs  :  Priol  du 
Migron  et  Giraud  de  Bégon,  Rivallon  de  llghariaco,  Herbert 
de  Ghantocé,  Rainaud  TAgnelet^  Geoffroy  Bonnier,  Mainard  de 
Derval,Mauvoisin  de  Nort  (de  Enort),  Ascoide  de  Saint-Pierre, 
Guido  de  Daon  et  plusieurs  autres  qu'il  serait  trop  k>ng 
d'énumérer.  »  {Ronc  :  V.  61.) 

Le  tonde  cette  notice  est  loin  de  déceler  dans  les  juges  et 
surtout  dans  le  rédacteur  de  ce  procès-verbal  des  partisans 
de  Tabbaye  de  Luçon,  car  les  religieuses  du  Ronceray  furent, 
très  heureuses  de  pouvoir  invoquer  la  prescription.  Les  récla- 
mations des  moines  de  Luçon  remontaient  au  temps  du  pape 
Alexandre  II  qui  mourut  en  1073  II  est  très  probable  que  si  les 
lettres  émanées  de  lui  n'eurent  pas  leur  effets  c'est  que  la  mort 
l'empêcha  de  tenir  à  leur  exécution.  Les  moines  de  Luçon 
n'ignoraient  pas  que  la  famille  de  Prigny  et  celle  de  Retz,  son 
alliée,  étaient  entièrement  dévouées  aux  religieuses  du  Ron- 
ceray. En  outre,  s'attaquer  à  cette  abbaye,  c'était  provoquer  le 
comte  d'Anjou  qui  était  en  môme  temps  comte  de  Touraine. 
Ces  moines  avaient  refusé  d'aller  se  faire  juger  à  Tours,  peut- 
ôtre  par  qu'ils  craignaient  l'influence  du  comte.  D'un  autre 
côté,  Gu  .Der  nous  apprend  que  Ton  attendait  sa  mort.  Ge  ne 
fut  sans  doute  que,  déconcertés  par  sa  longévité,  que  les  reli- 
gieux Poitevins  se  décidèrent  à  produire  leur  attaque.  Il  était 
trop  tard  en  1104.  La  prescription  trentenaire  existait  contre 
la  bulle  d'Alexandre  II  qui,  du  reste,  n'avait  fait  qu'ordonner 
une  enquête.  Les  moines  de  Luçon  furent  joués  par  les  bonnes 
Sœurs.  Quant  à  croire  que  jamais  ils  n'avaient  possédé  Notre- 
Dame  de  Prigny,  c'ôst  difficile,  et  les  juges  ne  le  crurent  peut- 
être  point»  c'est  pour  cela  qu'ils  se  renfermèrent  strictement 
dans  la  prescription. 


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PRIONY  ET  LES  MOÛTUERS  ^     267 

Luçon,  fondé  jadis  par  des  moines  de  Noirmoutier,  peut- 
être  même  par  saint  Philibert,  avait  été  un  monastère  frère 
de  celui  de  Déas  (Saint-Philibert  de  Grandlieu]  etcette  dernière 
abbaye  posséda  au  neuvième  siècle  de  nombreuses  dépen- 
dances dans  le  pays  de  Retz^  les  moines  de  Luçon  durent  se 
regarder  comme  les  successeurs  deSaint-Philibert-de-6rand- 
lieu.  Mais  les  Normands  avaient  brisé  tous  les  liens  dans  une 
ruine  universellei  L'abbé  Rainaud  est  un  des  premiers  abbés 
que  Ton  connaisse  depuis  que  Luçon  avait  repris  quelque 
importance. 

Quoi  qu^il  en  soit,  le  jugement  rendu  à  Nantes  fut  expédié  à 
Rome  par  Tévèque  Brice  qui  succéda  en  1112  à  Robert.  On 
voit  qu'il  s'était  écoulé  du  temps  avant  que  l'on  prit  cette 
décision.  Le  pape  Paschal  II  le  notifia  à  l'abbesse  Thiburge 
(qui  mourut  en  1120).  Sa  lettre  rappelle  le  débat  de  l'an  1104 
(Marchegay  436).  D'après  le  Pape,  c'est  la  vigueur  de  labbesse 
qui  a  fait  rendre  la  sentence  précédente  :  «  ex  cujus  judicii 
executione  strenuitas  tua  iricennalem  ejusdem  Prugniacensis 
ecclesiœpossessionemquietam,absquereclamatione  légitima, 
vestro  monasterio  permansisse  tribu  legilimis  testibus 
approbavit.  »  Le  Souverain  Pontife  ne  fait  que  ratifier  le 
jugement  en  question  et  décrète  que  «  la  susdite  église  de 
Prigny  reste  au  monastère  de  Notre-Dame  d'Angers,  sauf 
toutefois  la  révérence  due  à  l'église  de  Nantes,  dans  le  diocèse 
de  laquelle  ce  sanctuaire  est  construit.  »  Les  moines  de 
Luçon  tinrent  à  réparer  par  leur  obstination^  la  le^our  qu'ils 
avaient  mise  à  réclamer.  Le  pape  Lucius  III  {iiii  ;fll85)  eut 
de  nouveau  à  s'occuper  de  leurs  prétentions  sur  le  prieuré  de 
Notre-Dame,  et  sa  bulle  nous  fait  voir  qu'Eugène  III  (1145- 
11&3)  et  avant  lui  Urbain  II  (1188-1199)  en  avaient  également 
été  saisis  par  les  sœurs  du  Ronceray  qui  obtinrent  chaque  fois^ 
confirmation  du  verdict  rendu.  L'évoque  de  Nantes  était 
alors  Robert  11(1170-1185)  qui,  lui  aussi^traite  ce  vieux  procès 
qui  lui  semble  suranné.  «  Moi  Robert^  par  la  grâce  de  Dieu 
évêque  de  Nantes,  à  tous  ceux  qui  liront  cet  écrite  je  veux 


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268  PRIGNY  ET  LES  MOÛTIERS 

faire  savoir  que  l'abbaye  de  Notre-Dame  de  la  Charité 
d'Angers  possède  une  maison  conventuelle  à  Prugny,  comme 
je  Tai  appris  des  lettres  de  Quiriac,  évoque  de  Nantes,  depuis 
une  centaine  d'années  et  plus,  d'après  la  supputation  des 
temps.  J'ai  su  de  môme  par  les  lettres  de  monseigneur  Brice, 
d'heureuse  mémoire,  troisième  successeur  de  Quiriac,  et 
dont  je  suis  le  quatrième,  que,  lorsque  en  sa  présence,  la 
possession  du  susdit  monastère  fut  débattue  entre  l'abbé  de 
Luçon  et  Tabbesse  de  Notre-Dame,  celle-ci  prouva  par  de 
légitimes  témoins  qu'elle  avait  reçu  l'investiture  de  ce 
monastère  et  .l'avait  tenu,  sans  réclamation  aucune,  en  paix 
et  tranquillement,  pendant  trente  années,  et  que  lui-môme, 
après  avoir  pris  Tavis  d'un  grand  nombre  de  personnages 
prudents  et  discrets,  en  avait  adjugé  la  possession  aux 
susdites  sœurs.  C'est  pourquoi  j'ai  trouvé  convenable  de 
ralifler  par  l'autorité  de  mon  sceau,  ce  qui,  dans  les  temps 
reculés,  a  été  sanctionné  par  des  hommes  sages  et  discrets. 
(Marchegay,  438.) 

Travers  pense  que  Kobert  accorda  cette  lettre  aux  reli- 
gieuses du  Ronceray  lorsqu'il  alla  assister  à  Angers  au  sacre 
du  nouvel  évoque,  Raoul  de  Beaumont.  (1178.)  C3  document 
peut  être  considéré  comme  la  clôture  de  ce  différend.  Il  ne 
nous  enlève  pas  plus  que  les  précédents,  la  conviction  que 
l'abbaye  de  Luçon  était  en  réalité  fondée  dans  ses  prétentions 
d'avoir  jadis,  au  moins  par  des  moines  de  son  ordre,  c'est- 
à-dire,  fllsde  saint  Philbert,  possédé  Notre-Dame  de  Prigny. 
L'abbé  Rainaud,  qui  tut  un  homme  très  recommandable,  ne 
s'imagina  point  un  beau  matin,  sans  nulle  raison,  d'affirmer 
que  sa  congrégation  avait  possédé  cette  chapelle  et  ses 
successeurs  se  fussent  arrêtés  plus  tôt  dans  leurs  poursuites 
s'ils  n'avaient  pas  eu  quelques  titres.  Malheureusement,  ces 
titres  étaient  périmés  et  nous  ne  rappelons  ce  fait  qu'au  point 
de  vue  historique,  parce  que,  pour  nous,  il  indique  que  les 
moines  de  Saint-Philbert  desservirent  Notre-Dame  de  Prigny 
avant  l'arrivée  des  Normands.  Si  ces  moines  avaient  profité 


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PRIGNY   ET   LES  MOÛTIERS  269 

delà  bulle  d'Alexandre  II,  la  sentence  n*eât  sans  douté  pas 
été  la  môme,  car  en  1073,  les  Sœurs  n'avaient  pas  trente  années 
de  possession.  Il-  faut  convenir  ici  que- là  prescription  ne 
manqua  pas  de  justice.  Les  moines  de  Luçon  n'avaient  point 
réclamé  la  chapelle  pendant  qu'elle  était  en  ruine  :  ce  fut 
quand  elle  avait,  été  reconstruit^  dans  de^plus  belles  propor- 
tions, lorsqu'elle  était  richement  dotée,  qu'ils  se  mirent  à  le 
regretter.  Encore  une  fois,  il  était  trop  tard. 

(A  suivre.) 

Abl?é  Allard. 


T.   VI*    —   NOTICES.   —    Vl*  ANNÉE,   3"   LlV.  18 


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LES    VITREENS 

LE  COMMERCE  INTERNATIONAL 
(Suite). 


DE  l*entrepôt  vitréen,  les  canevas  partaient  pour  Nantes 
et  Saint-Malo  chargés  sur  chevaux  et  mulets  ou  bien 
encore  sur  de  lourdes  charrettes  ;  le  tout  restait  sou- 
vent empêtré  en  quelques  bas  fonds.  Fort  heureusement,  Ton 
marchait  en  troupe  et  sur  le  parcours,  Taide  ne  faisait  pas 
défaut.  Ici  et  là  se  trouvaient  en  efifet  de  riches  campagnards* 
adonnés  à  la  culture  et  au  commerce^  tout  disposés  à  prêter 
main  forte  à  leurs  confrères  tf»i  marchandie.  Il  arrivait  aussi 
que  sur  le  tard,  au  détour  dtf  chemin,  au  milieu  d'un  bois, 

•  Les  GaUays  de  Livre,  les  da  Feu,  S*"  du  Rochdr-Pailet,  les  Chénevière 
d^Yté.  les  Boavier  de  SWean-sur-Vilaine  faisaient  le  commerce  maritime 
aux  XVI*  et  XVII*  siècles.  Dans  son  testament  daté  de  1581  GoiUaume  Gai- 
lajs  charge  ses  exécuteurs  testamentaires  de  mettre  Targent  de  ses  enfants 
à  profit  arec  de  bons  marchands,  qui  vous  répondront  toujours  de  la  princi- 
pale somme,  en  TOUS  baiUant  une  moytié  du  profit.  {Mœurs  et  coutumes  des 
fàmiUes  bretoiuiss^  U  ii  p.  €1.)  —  Un  acte  de  Tente  daté  du  f  S  octobre  1675 
constate  que  Jean  CheacTiére,  sieur  de  la  Heuserie  et  Philippe  BouTior,  sieur 
de  la  Paignière  étaient  en  Espaigne  Ters  1674  ;  le  premier  confesse  devoir  à 
BoBTier  la  somme  de  douze  cents  livres  qu*il  lui  avait  empruntée  an  pajs 
d*Bspaigne.  Le  3  janvier  1679,  André  Séquar  faisant  et  agissant  ponr 
11*  P.  BoBTier,  S^  de  la  Paignière  estant  à  présent  au  pays  d*Bspaigne,  prit 
possession  de  maisons  à  lui  vendues  par  GheneTÎère.  (Gommnniqué  par 
M.  Tabbé  Porgei,  vie.  de  S^ean-sur- Vilaine).  Les  Bouvier  de  SMean-s<ir> 
Vilaine  ont  produit  deux  procureurs  fiscaux  du  marquisat d*Espinay,  un  au- 
mônier de  Mr  de  Vaurèal,  êv.  de  Rennes,  un  a\ociit. 


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LES  VITRËENS  ET  LE  COMMERCE  INTERNATIONAL  ,271 

des  larrons  opérant  en  bande  et  au  dire  de  quelques-uns 
étrangement  protégés,  tombaient  à  rimproviste  sur  le  .con- 
voi ;  alors,  il  fallait  livrer  bataille.  Comme  il  convient  de  mé- 
nager nos  moyens^  n'insistons  pas  présentement  sur  ce  genre 
d'aventures.  Voilà  nos  gens  rendus  à  bon  port  et  heureux, 
assurés  qu'ils  sont  de  goûter  bon  gîte  et  le  reste  ;  car  à  Saint- 
Malo  et  à  Nantes  toute  une  colonie  vitréenne  se  met  à  leurs 
ordres,  soit  pour  entreposer  les  canevas,  soit  pour  indi- 
quer sur  la  rade  un  navire  bien  construit,  habilement 
commandé,  sur  lequel,  si  le  cœur  leur  en  dit,  ils  iront  en 
Flandre  ou  en  Espagne.  —  Véritable  voyage  d*agrément 
direz-vous  ;  on  s'en  allait  bellement  le  long  des  côtes,  atterris- 
sant tantôt  pour  décharger  une  partie  de  la  cargaison,  tantôt 
pour  renouveler  les  vivres.  Matelots  et  passagers  étant  nom- 
breux sur  les  navires  de  ce  temps,  une  agréable  animation 
régnait  constamment  à  bord.  La  mer,  à  la  vérité,  se  livrait  à  de 
brusques  et  terribles  soubresauts  ;  mais,  le  Maître  après  Dieu 
du  navire  la  connaissait  si  bien  !  Il  avait  suivi  tant  de  fois  la 
môme  route  !  A  défaut  de  cartes  imprimées,  voyez  comme  son 
Portulan  est  net,  exact,  agréablement  dessiné.  Pour  le  tracer 
sur  velin,  le  géographe  mit  en  œuvre  l'or,  le  carmin,  Tazur, 
le  noir  et  le  vert  émeraude  ;  à  Taide  de  Tor  et  des  deux  pre- 
mières couleurs,  il  peignit  ces  roses  des  vents  fleurdelisées 
intentionnellement  disséminées  sur  la  carte.  De  ces  divers 
centres,  il  fit  rayonner  mille  lignes  qui  se  croisant,  couvrent 
la  terre  et  les  mers  de  figures  géométriques.  Au  sud  de  l'Ir- 
lande, dans  le  golfe  de  Bristol  et  à  l'ouest  des  côtes  de  France, 
le  long  des  terres  flamandes,  picardes,  normandes,  bre- 
tonnes et  poitevines,  ces  triangles,  ces  trapèzes  portent  des 
numéros  dont  le  sens  nous  échappe.  Au  travers  du  réseau  géo- 
métrique, treize  serpenteaux  d'or  et  d'azur  courent  vers  les 
points  géographiques  précédemment  indiqués.  Chacun  d'eux, 
à  son  point  de  départ  occidental,  est  distingué  par  une  lettre 
que  nous  retrouvons  à  l'angle  du  Portulan,  suivie  d'indica- 
tions précieuses  dont  voici  quelques  spécimens  : 


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272  LES   VITRÉBNS 

D.  Courant  d'azur  allant  vers  le  cap  Land*s  end  :  fond  ver- 
meil et  pièces  de  coquilles  épaisses. 

R.  Gourant  d*azur  dirigé  vers  Audierne  :  fond  plus  doux, 
grandes  coquilles  rompues  et  à  terre  vase. 

L.  Courant  d'or  vers  Belle-Isle  ;  sable  gros  et  à  terre  branches 
comme  courait. 

Une  bordure  de  vert  émeraude  rehaussée  d'or,  dessine 
le  contour  des  rivages  dont  les  approches  sont  ainsi  étudiées. 
Le  long  du  littoral,  le  géographe  écrivit  à  Tencre  noire  les 
moindres  «riques  distinguant  au  carmin  les  h&vres  de 
quelque  importance.  Il  couvrit  d'or  ou  d'azur  les  lies  dont  la 
mer  est  constellée.  Il  fit  en  un  mot,  œuvre  de  savant  et 
d'artiste. 

Sur  la  foi  d'un  tel  guide,  on  pouvait,  pensez-vous,  tendre 
ses  voiles  et  voguer  en  paix.  Les  gens  du  quinzième  et  du 
seizième  siècle,  n'y  allaient  pas  avec  tant  d'assurance.  S'ils 
partaient  en  nombre,  c'est  qu'ils  savaient  que  de  ces  criques 
profondes  figurées  sur  leur  carte  manuscrite',  des  pirates 
pouvaient  s'élancer  sur  eux  à  l'improviste.  Ce  cas  échéant, 
tout  marchand  devenait  ou  matelot  pour  aider  à  la  manœuvre, 
ou  soldat  pour  défendre  ses  intérêts  et  sa  vie.  N'a-t-on  pas 
écrit  avec  autorité  :  «  Le  célèbre  axiome  la  force  prime  le 
droit  avait  largement  cours  aux  quinzième  et  seizième  siècles. 
L'impunité  semblait  assurée  aux  nombreux  forbans  qui  fon- 
daient tout  à  coup,  comme  de  voraces  vautours  sur  les 
marchands,  heureux  quand  les  ravisseurs  n'attentaient  pas 
à  la  vie  de  leurs  victimes,  afin  de  couper  court  aux  poursuites 
ultérieures.  »  Nos  Vitréens  ne  furent  pas  exempts  de  pa- 
reilles.mésaventures.  On  en  donnait  dernièrement  la  preuve, 
en  exhibant  à  la  Société  archéologique  d'IUe-et- Vilaine  une 
procuration  signée  en  1573  par  les  marchands  de  Vitré,  pour 


'  Nous  avoni  trou/é  dans  TiiiTeii taire  des  meubles  et  papiers  da  Vitréen 
Jean  Le  Fort,  cette  intéressante  mention  :  «  Une  carte  marine  montée 
•t  quatre  tableaux.  -^  Trois  actes  en  langue  espagnole.  —  Facture  de  quatre 
ballots  de  toile  de  Laval  contenant  ensemble  3630  rerges  d'Espagne. 


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ET  LE   COMMERCE  INTERNATIONAL  273 

rechercher  des  toiles  que  des  corsaires  leur  avaient  enlevées 
dans  les  eaux  du  Portugal. 

1573,  c'est  l'année  où  le  huguenot  Montgommery  s'empare 
de  Belle-Isle  ;  Tannée,  où  de  l'aveu  du  gouverneur  de  Nantes, 
les  hérétiques  de  La  Rochelle  entravent  la  liberté  commerciale. 
A  braver  des  croiseurs  aussi  bien  intentionnés ,  les 
marchands  catholiques  s'exposent  à  tout  perdre.  Qu'importe? 
plus  de  périls  à  courir,  plus  d'honneur  à  gagner  !  et  aban- 
donnant peu  à  peu  les  brumeuses  régions,  nos  Vitréens  vont, 
de  plus  en  plus  nombreux,  cueillir  des  fruits  d'or  au  jardin 
des  Hespérides. 

Dès  le  commencement  du  quatorzième  siècle,  les  Espagnols 
fréquentaient  les  havres  de  Bretagne.  Vous  platt-il  de  vérifier 
l'exactitude  de  cette  assertion,  prenez  Tenquôte  sur  la  Vie  et 
les  miracles  de  saint  Yves  ;  le  120*  témoin  vous  dira  la  triste 
aventure  d'un  certain  Ibérien,  nommé  Michael  de  Ponte-Ra- 
bie.  Dans  cette  revue  môme,  on  vous  a  montré,  textes  en 
main,  qu'en  1566,  les  biens  et  denrées  des  marchands  espagnols 
estant  à  Nantes,  valaient  30.000  escus.  Si  vous  ouvrez  le  Livre 
doré  de  cette  même  ville  il  vous  livrera  les  noms  d'une 
tribu  de  naturalisés  appliqués  à  honorer  leur. patrie  d'adop- 
tion. Des  ports  bretons,  les .  Espagnols  pénétraient  dans  l'in- 
térieur des  terres.  En  sa  chronique  rimée.  Le  Doyen  affirme 
les  avoir  vus  acheter  à  Laval  force  toiles 

Dont  il  demeurait  grand  argent 
Qui  soutenait  beaucoup  de  gens. 

et  d'autre  part  les  Magon  se  chargent  de  nous  apprendre 
qu'originaires  d'Espagne,  ils  se  fixèrent  tout  d'abord  à 
Vitré  au  XIV*  siècle,  pour  aller  ensuite  édifier  à  Saint-Malo 
la  belle  fortune  que  vous  savez. 

Ainsi  renseignés  sur  les  établissements  espagnols  en 
Bretagne,  il  nous  serait  agréable  de  nommer  les  Vitréens 
qui  les  premiers  osèrent  s'aventurer  vers  la  péninsule  et  y 
foniji^r  (}es  comptoirs  ;  mais  pour  ce  faire,  les  documents 


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274  LBS  VITRÉENS 

nous  font  absolument  défaut.  Dans  le  livre  de  la  Confrérie» 
nous  trouvons  bien- qu'en  l'année  «519,  André  Gholet,  négo* 
ciait  en  Espagne.  Rien  de  plus  ;  pour  le  reste»  nous  sommes 
réduits  aux  conjectures.  Voici,  à  notre  avis,  les  plus  ration- 
nelles. Au  quinzième  siècle,  et  aux  débuts  du  Xyi%  quel- 
ques Vitréens  seulement  négocient  et  passent  en  Espagne, 
Nantes,  Blavet  semblent  être  alors  leurs  principaux  ports 
d'expédition.  La  majorité  se  porte  en  Flandre  par  Saint-Malo.- 
Vers  1560,  c'est  l'inverse.  Les  protestants  vitréens,  c'est-à- 
dire  la  minorité  de  nos  négociants,  continuent  les  rela- 
tions commerciales  avec  la  Hollande  et  l'Angleterre  ;  nos 
négociants  catholiques,  montés  sur  les  navires  de  Saint-Malo, 
de  Nantes,  de  Morlaix,  voguent  vers  les  rivages  Andalous  et 
fixent  leurs  résidences,  les  uns  à  Cadix,  et  à  Puerto-Santa- 
Maria  ;  les  autres  à  l'embouchure  du  Guadalquivir,  en  San- 
Lucar  de  Barrameda. 

A  San  Lucar,  les  palmiers  balancent  leurs  gracieux  rameaux; 
non  loin,  de  grands  bois  de  pins  pignons  fournissent  d*épais 
ombrages.  De  là  àSéville  l'enchanteresse,  les  navires  d'un 
fort  tonnage  peuvent  aisément  remonter  le  fleuve.';  il  est  donc 
loisible  à  Olivier  Malherbe,  à  Richard  Le  Gouverneur,  à 
Etienne  Prain,  à  Morel  et  autres  Vitréens  de  ne  pas  encourir 
ce  reproche 

Quien  no  ha  visto  Sevilla 
No  ha  visto  maravilla. 

A  Puerto-Santa-Maria,  la  senteur  parfumée  des  orangers 
embaume  les  jardins,  et  dans  les  bodegas,  le  Jere^,  abonde  î 

Placée  à  l'extrémité  d'une  langue  de  terre,  enserrant  dans 
une  ceinture  de  murailles  de  hautes  constructions  revêtues 
d'enduits  blancs  ou  roses,  la  ville  de  Cadix,  au  dire  des 
Espagnols,  resplendit  sous  les  feux  du  soleil  comme  un  pla- 
teau d'argent  posé  sur  une  mer  de  Saphir.  Bref,  en  toutes 
ces  cités  andalouses,  la  vie  apparaît  aux  Vitréens  bruyante 
et  joyeuse. 


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ET  LE   COMMERCE  INTERNATIONAL  275 

A  ce  séduisant  tableau,  il  est  pourtant  quelques  ombres. 
L*Espagnol  entend  conserver  le  monopole  du  eommaree  dos 
Indes.  On  le  trouve  là  dessus  d'une  sueceptibUili^  d'une 
jalousie  oppressives.  De  plus,  entre  te  Roi  tote  cbf^Uen  et  le 
RxH  très  catholique,  les  relations  diplosuatiqiftea  sont  parfois 
terriblement  twdues  et  nos  traflcants  eu  souffrent  au  point 
d'entretNiir  Tambassadeur  de  France  dans  un  état  d'irritation 
perpétvrifeb  «  Dans  tous  tts  ports  écrit-il^  ce  sont  quotidien- 
nement des  arrestafticNOts  arbitraires  et  des  vols  flagrants.  A 
Valence^  de  pauvres  gens  munis  d'un  sauf-conduit  de  Phi- 
Hppe  II>  sont  cependant  arrêtés.  On  accepte  les  sept  mille 
ducats  qu'ils  offrent  en  garantie»  mais  on  les  chaîne  de 
chaînes,  on  les  jette  dans  une  affreuse  prison  où^  exténués  de 
faim,  ils  attendent  la  mort  dans  l'impossibilité  de  trouver  un 
écrivain  qui  leur  ose  ou  veuille  dépêcher  un  ordre  de  justice 
pour  la  défense  de  leur  cause.  A  Garthagène,  procédés  ana- 
logues. Près  de  Gibraltar»  um  navire  français  appartenant  au 
oonsul  d'Henri  III  et  qui  faisait  la  négoce  avec  le  Maroc,  est 
capturé  par  te  eapitaiue  don  Francisco  de  Vargas  et  par  l'au- 
diteur desrGiialères»  don  Juan  de  Mendoza.  Ils  mettent  tous  les 
hommes  à  la  cale  et  à  la  chaîne,  sans  leur  vouloir  donner  un 
morceau  à  manger  des  victuailles  qui  estoient  en  leur  vais- 
seau; àBilbao»  on  intercepte,  et  vole  la  correspondance  de  nos 
marchands,  on  lès  maltraite,  on  les  condamne  à  périr  et  ces 
brutalités  ne  s'accomplissent  pas  brusquement  dans  un  coup 
de  colère  ou  de  convoitise,  elles  durent  des  années'.» 

Pour  affronter  un  pareil  régime,  vous  connaissez  les  res- 
sources des  Vitréens:  leur  ténacité  bretonne,  leur  nombre, 
leurs  liens  de  parenté  et  de  confraternité  religieuses,  t  Puisqu'il 
faut  endurer  misères,  se  disent-ils,  mieux  vaut  pour  nous 
peiner  en  un  pays  où  notre  sainte  religion  est  universelle- 
ment Tespectée,  où  nous  pouvons  suivre  ses  belles  cérémo- 

^  Voir  :  Xe  père  dé  madame  de  Rambouillet.  Jean  de  Viveonne,  sa  vie 
et  ses  ambassades  près  de  Philippe  ÎI  et  à  la  cour  de  Borne,  par  1«  Vicomte 
Guy  de  Bremont  d'Ara.  P  P  120.  111. 


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276  LES  VITRÉENS 

nies,  où,  pendant  nos  veilles  laborieuses,  nous  entendons  El 
Sereno  lancer  à  Notre-Dame  cette  gracieuse  salutation,  Ave^ 
Maria  purissimûl  Là  du  moins,  à  notre  lit  de  souffrance  ou  de 
mort,  nous  recevrons,  avec  le  pardon  de  nos  fautes,  les  su* 
prômes  consolations  qui  en  découlent.  »  Et  sur  ce  pieux  rai- 
sonnement, ils  restentdix,  quinze  ans  en  Espagne;  quelques- 
uns  y  meurent  courageusement,  après  avoir  donné  à  leurs 
hôtes  un  témoignage  de  leur  ferme  foi,  un  dernier  souvenir  à 
leur  petit  Vitré,  une  dernière  marque  de  confiance  à  leurs 
compatriotes. 

De  Timagination,  du  sentiment,  tout  cela  !  Souvenons-nous 
que  nous  sommes  de  Técole  documentaire  et  ouvrons  aux 
'  lecteurs  les  archives  de  Notre-Dame. 

Elles  témoignent  qu'en  Tannée  1575,  un  Vitréen,  Jean  Les- 
caubert,  fils  de  Guillaume  et  d'Armelle  Hubert*  se  livrait  à 
San-Lucar  de  Barrameda  à  de  fructueuses  opérations  corn- 
merciales»  il  avait  la  bourse  bien  garnie,  ses  créances  étaient 
sûres.  Le  trente  octobre  de  la  dite  année,  par  prévoyance  ou 
se  sentant  mortellement  atteint,  il  mandait  près  de  lui  Jérôme 
Sanchez  Le  Noir  et  lui  dictait  en  langue  espagnole  ses  der- 
nières volontés.  Emportées  à  Vitré,  elles  furent  traduites  en 
langue  française  par  Guillaume  Mazurais,  sieur  de  Chalet. 
Jean  Lescaubert  y  disait  donner  à  Guy  Ronceray,  S' du  Tilleul, 
pleins  pouvoirs  pour  recevoir  de  Pierre  Orout,  de  Saint-Malo^ 
250  escus  d'or  à  douze  réaux  Tun,  afin  d'acheter  un  fonds  de 
terre  lequel  serait  baillé  au  chapelain  chargé  de  célébrer  trois 
messes  chaque  semaine  en  Téglise  Notre-Dame,  à  l'autel  de 
VEcce  homo.  Ldipretniëre  de  ces  messes  devait  être  dite  au 


•  N'était-ce  point  une  nièce  de  Pierre  Habert»  chanoine  de  la  Madeleine 
doyen  de  Vitré,  recteur  de  la  GhapeUe-Erbrée,  dont  la  statue  et  le  tombeau 
se  voient  au  bas  côté  nord  de  notre  yieille  église,  en  la  chapelle  de  Notre- 
Dame  de  Pitié.  Cet  ecclésiastique  avait  fondé  en  1488  «  une  chaifellenie 
pour  estre  à  perpétuité  et  il  toujours  desservie  en  la  dite  église  Notre-Dame 
eji  la  chapelle  ou  sera  mins  et  assis  une  image  de  Monsieur  S^  Hubert  et  upe 
de  Notre-Dame  de  Pitié.  »  (Voir  le  rapport  sur  les  Excursions  arch,  du  Congrès 
de  Vassociation  bretonne  tenu  à  Vitré  en  1876  par  Tabbé  Paris-Jallobert.) 


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ET  LE  COMMBBCK  INTERNATIONAL  2Ï7   , 

Jour  de  mercredy  pour  les  âmes  du  purgatoire  en  générai  ; 
la  seconde,  au  jour  de  vendredy,  à  Tintention  des  âmes  des 
parents  et  bienfaiteurs  du  testateur  ;  la  troisième,  le  dimanche 
à  son  intention.  Pour  chapelain,  le  prêtre  le  plus  proche  et  le 
plus  docte  de  son  lignage  serait  préféré  ;  à  défaut  d  un  parent, 
le  clergé  de  Notre-Dame,  les  trésoriers  et  les  principaux 
catholiques  de  la  paroisse  devaient  choisir  le  plus  vertueux 
et  le  plus  capable. 

Guy  Ronceray  accomplit  fidèlement  son  mandat  et  avec  les 
beaux  escus  soleil  qu'il  bailla  à  Robert  Ringues  et  à  Jean  de 
Montalembert,  trésoriers  de  Notre-Dame,  ceux-ci  achetèrent 
la  closerie  de  Ghampcour  qui  leur  fut  cédée  par  Pierre  Gly- 
neau,  sieur  de  Droigné. 

Traducteur,  exécuteur  testamentaire,  acquéreur,  vendeur, 
débiteur,  tous  étaient  marchands  d*outre-mer.  Mazurais  fut 
en  son  temps  procureur  syndic  des  bourgeois,  député  aux 
Etats  de  Bretagne.  Guy  Ronceray  devint  miseur  de  Vitré;  Jean 
de  Montalembert  et  Pierre  Glyneau  présidèrent  la  confrérie 
de  rAnnoncitition.  Ge  dernier  représenta  ses  concitoyens  aux 
Etats  tenus  à  Rennes  en  1505.  Les  Grout,  enfin,  comptaient  à 
Saint-Malo  parmi  les  plus  enfreprenants  et  les  plu3  braves. 

Donc,  malgré  son  aridité,  ses  formes  vieillies,  vive  le  docu- 
ment !  puisqu'il  nous  permet  4e  peindre  au  vif  les  Vitréené, 
d'apprécier  leurs  relations,  et  d'admirer  une  fois  de  plus  la 
vivacité  de  leur  foi^ 

Prain. 
{La  suite  prochainement,) 


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^mB 


RECHERCHES 

SUR    LES    ORIGINES     LITTÉRAIRES 

DE  vkmimm  province  m  Bretagne 


/«  —  A'/*  ^/éc/e 


§     4.    —     HuiTIÈ3k{£     SIÈCLE. 

LE'  huitième  siècle,  époque  de  transition  et  sans 
caractère  tranché,  n'a  jamais  passé  pour  un  siècle  de 
gloire,  soit  au  point  de  vue  de  la  sainteté,  soit  au 
point  de  vue  des  lettres  et  des  arts.  Personne  ne  sera  donc 
surpris  de  voir  qu'il  ne  fournit  pas  au  présent  travail  un 
appoint  considérable.;  Je  ne  trouve,  en  effet,  à  mentionner  que 
la  seconde  Vie  de  saint  Samson  avec  la  première  Vie  de 
saint  Martin  de  Vertou  et  les  Vies  (uniques)  des  saints 
Hervé,  Méen  et  Hermeland,  et  encore  la  date  de  plusieurs 
de  ces  écrits  pourrait-elle  être  contestée. 

11  y  a  lieu  de  croire  cependant  que  Tétude  des  lettres  con- 
tinua d'être  en  honneur  sur  toute  l'étendue  du  territoire 
armoricain,  et  [que  de  nouvelles  écoles  furent  fondées  en 
divers  lieux. 


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RECHERCHES  SUR  LES  ORIGINES   UTTÉRAIRRS  271) 

I  Ainsi;  les  débuts  de^  ce  siècle  nous  montrent  au  centre  de 
!âe  la  Bretagne  les  disciples  de  saint  Méen  :  Garoth,Maëlmon, 
•Elocau,  Léry,  etc.,  fondant  à  Caro,  à  Talensac,  à  Sajint-Léry 

et  ailleurs  des  prieurés-écoles  y  où  la  jeunesse  du  pays 
venait  se  former  et  recevoir  éducation  et  instruction.  Par 
malheur,  tout  cela  n*est  connu  que  par  la  tradition,  à  part  les 
détails  fort  curieux,  mais  trop  incomplets,  qu'on  trouve 
dans  la  vie  (en  partie  inédite)  de  saint  Léry'  . 

Les  qualités,  qui  distinguent  la  vie  de  saint  Hervé,  nous 
sont  également  une  preuve  que  Tétude  des  lettres  n'était 
nullement  négligée  alors  dans  le  Léon  et  la'  Gornouaille. 

Pour  récole  de  Dol,  elle  n'était  pas  moins  florissante  que 
celle  de  Saint-Méen,  témoins  saint  Thurial  et  le  second 
biographe  de  saint  Samson,  qui  s'y  formaient  à  cette  date. 
Les  études  n'étaient  pas  cultivées  avec  moins  de  succès  dans 
le  pays  de  Nantes.  Nous  en  avons  pour  garant  le  mérite 
littéraire  si  incontestable  des  deux  anonymes  qui  ont  écrit 
les  vies  de  saint  Hermeland,  abbé  d'Aindre  (25  mars  720)  et 
de  saint  Martin  de  Vertou  (24  octobre  581)?  Je  puis  en 
dire  autant  du  pays  de  Vannes  appuyé  sur  les  rensei- 
gnements que  nous  fournit  à  cet  égard  le  biographe  con- 
temporain de  saint  Convoyon  et  de  ses  disciples,  Tauteur 
des  Gtsta  sanctorum  Rotonensium^ .  Cet  auteur  ne  nous  laisse 
point  ignorer,  en  effet,  que  le  fondateur  de  Tabbaye  de  Redon, 
et  ceux  qui  se  rangèrent  les  premiers  sous  sa  houlette 
appartenaient  presque  tous  au  clergé  diocésain  de  Vannds, 
mais  en  ajoutant  qu'ils  n'y  étaient  point  entrés  sans  avoir 
fait  préalablement  des  études  sérieuses,  et  sans  avoir  acquis 
une  connaissance  étendue  des  lettrés  divines  et  humaines. 

II  mentionnait  en  particulier  un  religieux,  nommé  Doethgen, 


*  V.  BoUand,  de  Sancto  LaurOj  30  septembre,  et  les  actes  manuscrits  de 
saint  Léry,  dans  le  fonds  des  Blancs-Manteaux. 

'Cet  écrit  a  été  inséré  dans  lenAeta  Sanctorum,  O.  S.  Benedicti  ;  IV*  sec u- 
lum  parte  secunda.  Ce  document  a  reparu  dans  les  Preuves  de  Bretagne^ 
t.  I,  pages  234   ei  suivantes. 


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280  RECHERCHES   SUR  LES  ORIGINES  LITTÉRAIRES 

qu'on  surnommait  scriptor  (écrivain),  évidemment  parce 
qu'il  avait  composé  différents  ouvragesV  Lui-môme  nous 
affirma  que  Virgile,  Homère  et  Cicéron  étaient  pour  lui  des 
auteurs  familiers',  et  sans  doute  il  n'était  pas  seul  dans  cette 
catégorie. 

Tels  sont  les  renseignements,  qu'il  m'a  paru  bon  de  donner 
sur  rétat  de  Finstruction  et  des  lettres  en  Armorique  au 
huitième  siècle,  avant  d'aborder  l'étude  des  trop  rares  docu- 
ments écrits  d'origine  armoricaine,  que  cette  même  époque 
nous  a  légués.  J'en  viens  maintenant  à  cette  partie  de  mon 
étude,  et  le  premier  auteur,  qui  se  présente  à  moi  dans  l'ordre 
des  temps,  n'est  autre  que  l'anonyme,  auquel  nous  devons 
la  seconde  vie  de  saint  Samson. 

Seconde  vie  de  saint  Samson. 

J'ai  déjà  dit  pourquoi  j'appelle  seconde  vie  du  premier 
évàque  de  Dol,  celle  que  Mabillon  et  les  Bollandistes  ont  pris 
pour  un  écrit  original  (Vita primigenia).  Mais  il  sera  peut- 
être  à  iiropos  de  déduire  ici  un  peu  plus  au  long  les  raisons, 
qui  militent  en  faveur  de  cette  opinion. 

En  voici  quelques-unes.  En  premier  lieu,  cet  écrit  est 
dédié  à  un  évêque,  nommé  Tiarmaôl  (Tigernomaglus);  on  a 
supposé  contre  toute  vraisemblance  qu'il  s'agissait  là  d'un 
disciple  de  saint  Paul  de  Léon,  disciple  qui  n'eut  qu'un  épisco- 
pat  éphémère  de  quelques  mois^.  Mais  c'était  chercher  midi  à 
quatorze  heures,  comme  on  dit  vulgairement,  car  en  réalité, 
Tiarmaël  ou  Armahel  a  occupé  le  siège  même  de  Dol  ;  il  n'est 
autre  que  le  précepteur  de  saint  Thurial  (v.  710-721). 

En  second  lieu,  ce  biographe  mentionne  un  autre  successeur 
de  saint  Samson,  saint  Leucher*,  et  bien  que  nous  manquions 

«  Gesia,  SS.  Rotonens.  lib.  2,    n*  ô. 

•  Ibid*^  proL  du  livre  2. 

ï  Mabillon  ;  Acta  SS.  0.  S.  B.  t.  i,  p.  151. 

*  lùid.,  n*i&,  p.  173. 


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DE  l'ancienne  province  DE  BRETAGNE  281 

de  tout  autre  renseignement  sur  ce  personnage^  il  est  cer- 
tain cependant  par  les  anciens  catalogues  qu'il  n'a  pu  gou- 
verner Téglise  de  Dol  que  dans  le  courant  du  septième  siècle, 
c'est-à-dire,  après  la  mort  du  prétendu  évêque  de  Léon  : 
Tigernomaglus. 

En  troisième  lieu,  si  on  relit  attentivement  le  prologue  de 
cet  anonyme^  on  acquerra  la  preuve  manifeste  qu'il  n*est 
qu'un  écrivain  de  seconde  main,  et  un  abréviateur.Car  il  en  fait 
l'aveu  lui-môme',  etsi,allant  plus  avant,  on  confronte  son  texte 
avec  celui  de  Tautre  anonyme,  que  j*ai  appelé  le  premier  bio- 
graphe de  saint  Samson,  on  demeurera  convaincu  que  c'est 
récrit  de  ce  dernier  qui  a  servi  de  base  à  Tautre  anonyme,  et 
auquel  il  a  emprunté  parfois  textuellement  toute  la  subs- 
tance de  ses  récits. 

Ceci  soit  dit  uniquement  dans  Tinteniion  de  rendre   à 
TunetàTautre  anonyme  ce  qui  lui  appartient  en  propre. 
Car,  d'ailleurs,  mon  but  n'est  nullement  de  nier  le  talent  et 
les  qualités  du  second  biographe  de  saint  Samson.  Tout  au 
contraire,  je  me  plais  à  reconnaître  qu'il  écrit  le  latin  avec 
autant  de  simplicité  que  de  clarté  et  de  correction.  Il  entre 
môme  sur  la  vie  et  les  miracles  de  son  héros  dans  beau- 
coup de  particularités,  que  l'on  aime  à  rencontrer  chez  les 
hagiographes,  et  son  travail  serait  du  plus  grand  prix,  si 
nous  n'avions  rien  de  plus  circonstancié  et  de  plus  capable 
de  faire  autorité  sur  un  thaumaturge  aussi  renommé  que 
Samson  de  Dol.  Somme  toute  cependant  ce  qui  a  fait  jusqu'ici 
la  principale  valeur  de  cet  anonyme  c'est  que   l'écrit  de  son 
devancier  était  méconnu  ou  ignoré,  mais  désormais  il  ne 
doit  plus  ôtre  ainsi,  ce  dernier  ayant  obtenu  récemment  les 
honneurs  de  l'impression. 

*  Pro  sedalis  ac   pulcherrimis  litteris,  qaas  cathoUcè  et  iiidubitaiiter.... 
conscriptas  reperi,  hœc  paucissima  admodam  varba  m^moriatis  Uttsris  tra- 

dere  conatui  soin Pauca  de  multis  coUigens  (ProL  in  libr.  primum)  ; 

V.  aussi  le  Prologae  du  lib.  2  et  Id  n«  8  de  ce  second  livre. 


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282  RECHERGHBS   SUR  LES  ORIGINES  LIITÉRAIHES 


§  2.  —  Vie  de  saint  Méen  (21  juin  640). 

Saint  Méen  (MevennusJ,  parent  et  disciple  de  saint  Samson, 
a  été  à  la  fois  Tun  des  pères  de  Tordre  monastique  en  Bre- 
tagne et  Tun  des  pionniers  les  plus  actifs  de  la  civilisation 
chrétienne  dans  la  partie  centrale  de  cette  province. 

On  a  publié  tout  récemment  une  vie  ancienne  de  ce  saint 
abbé*.  Bien  qu'il  soit  difficile  de  donner  une  date  précise  à 
cet  écrit,  il  paraît  cependant  sans  nul  doute  antérieur  aux 
invasions  normandes  et  à  la  translation  du  corps  du  saint. 
On  la  conclut  avec  certitude  de  ce  que  Tauteur  ne  fait  aucune 
allusion  à  ce  double  événement.  Il  y  a  plus  :  il  garde  le  même 
silence  sur  un  grand  incendie,  qui  dévora  (vers  800)  les  ai*- 
chives  de  son  monastère',  et  Tàurâit  mis  selon  toute  appa- 
rence dans  l'impuissance  de  rédiger  sa  biographie;  s*il  avait 
écrit  après  ce  sinistre  déplorable.  Enfin  un  passage  (n^  13) 
rappelle  manifestement  les  jours  de  Charles  Martel  et  Ten- 
vahissement  des  biens  d'église  par  les  courtisans  et  les 
hommes  d'armes  :  c'est  celui  dans  lequel  Tauteur  proteste 
avec  une  rare  véhémence  coptro  cet  abus  sacrilège  de  la  force 
et  de  la  puissance.  Tels  sont  les  motifs  qui  me  portent  à  placer 
au  huitième  siècle  la  composition  de  cet  écrit.  Mais  on  ne 
saurait  non  plus  le  faire  remonter  plus  haut,  car  rien  ne 
donne  à  entendre  que  Tauteur  fut  contemporain  ou  disciple 
du  saint  :  bien  au  contraire,  un  passage  (n*  J9)  paraît 
emprunté  à  la  vie  de  Judicael,  disciple  du  Saint. 

Au  point  de  vue  littéraire,  le  biographe  de  saint  Méen  n'est 
nullement  dépourvu  des  qualités,  qui  donnent  du  prix  à  un 
écrit  hagiographique.  Il  manie  la  langue  latine  avec  facilité, 
et  son  style,  à  part  quelques  néologismes  et  deux  ou  trois 


'  Analecta  Bolland^  t.  m,  p.  141,  tirage  à  part  chez  MM.  Plihon  etUerré 
à  Renne». 

'  Preuves  de  Bretagne,  t.  i,  p.  3v5. 


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^•f??^'' 


D£  L^ANGIËNNE  PROVINCE  DE  BRETAGNE  283 

passages  un  peu  obscurs,  ne  manque  ni  de  simplicité  et  de 
concision,  ni  d'élégance  et  de  clarté.  Ge  qu'on  regrette  le 
plus  en  le  lisant,  c'est  qu'il  ne  soit  pas  entré  dans  plus  de 
détails  sur  la  jeunesse  de  son  héros,  sur  la  fondation  de 
l'abbaye  de  saint  Méen,  et  sur  les  nombreux  travaux  apos* 
toliques  dont  elle  fut  accompagnée.  Tel  que,  cet  écrit  ren- 
ferme néanmoins  tout  ce  qu'on  sait  authentiquement  sur 
un  thaumaturge  dont  le  culte  a  été  des  plus,  étendu  dans 
les  âges  de  foi. 

S^.  —  Vie  de  saint  Hervé  (16  juin  620). 

'  Hervé,  fleur  de  sainteté  d'un  rare  éclat,  et  d'un  parfum 
exquis^  est  d'autant  plus  vénéré  en  Léon  et  en  Goi'nouaille, 
que,  bien  qu'issu  d'un  père  qui  appartenait  par  sa  naissance 
à  la  Bretagne  insulaire,  il  a  lui-môme  reçu  le  jour  dans  les 
environs  de  Saint-Pol-de-Léon,  et  n'a  peut-être  jamais  dépassé 
ce  pays  et  la  Gornouaille  pendant  tout  le  cours  de  son 
existence. 

La  vie  admirable  de  ce  saint  fut  retracée  de  bonne  heure 
par  un  anonyme,  qui  possédait  assez  bien  la  langue  latine  et 
récrivait  avec  pureté.  Get  auteur  était  du  pays  et  paraît  ne 
rien  avancer  qu'en  connaissance  de  cause.  Gependant  rien 
ne  prouve  qu'il  fut  contemporain  ou  plutôt  il  ne  dit  pas  avoir 
vécu  avant  le  huitième  siècle,  puisque  de  son  temps  la  fête  de 
tous  les  saints  était  déjà  honorée  d'une  vigile*.  Mais,  d'autre 
paurt,  vouloir  le  rejeter  jusqu'au  dixième  siècle,  semblerait 
peu  logique  :  car  sa  relation  ne  renferme  pas  un  seul  mot  qui 
ait  trait  aux  invasions  normandes  et  à  la  translation  du  corps 
du  saint.  Bien  au  contraire,  il  donne  à  entendre  que  de  son 
vivant  le  pays  breton  était  divisé  en  plusieurs  principautés 
indépendantes  les  unes  des  autres  (Léon,  Gornouaille,  etc.)> 
'  ayant  chacune  un  comte  à  sa  tète  :  ce  qui  était  effectivement 

'  Vie  iivédUe  de  saint  Berve^  n»  3. 


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284  RECHERCHES  SUR  LES  ORIGINES  LITTERAIRES 

Tétat  du  pays  au  huitième  siècle  et  depuis  Tabdication  d2 
saint  Judicaël,tandi3  que  du  temps  de  Nominoé  et  de  ses 
successeurs  immédiats,  tout  le  pays  obéissait  à  un  seul  chef, 
à  un  roi. 

Si  on  m'objectait  que  le  biographe  y  parle  du  comie  Evcn, 
le  fondateur  de  Lesneven,  qui  d'après  D.  Lobineau  n'a  vécu 
qu'au  dixième  siècle,  je  répondrai  que  Terreur  est  id,  du  côté 
de  notre  savant  historien.  Je  reviendrai  bientôt  sur  ce  per- 
sonnage à  propos  de  la  vie  de  saint  Goulven. 

La  vie  de  saint  Hervé  est  restée  jusqu'à  présent  inédite, 
mais  on  a  lieu  d'espérer  qu*elle  ne  tardera  pas  à  figu- 
rer dans  les  Analecta  Bollandiana.  On  en  trouve  d'ailleurs, 
des  fragments  textuels  assez  étendus  tant  dans  l'ancien 
Sanctoral  de  Quimper,  déjà  plusieurs  fois  cité  ici  que  dans 
les  bréviaires  imprimés  de  Nantes,  de  Léon  et  de  Rennes  des 
premières  années  du  seizième  siècle. 

§  4.  —  Premiers  vie  de  saint  Martin  de  Vertou 
(24  octobre  580). 

Saint  Martin  de  Vertou  n'est  pas  un  nom  sans  gloire  dans 
l'hagiographie,  bien  qu'il  ait  des  homonymes  plus  illustres 
que  lui.  La  plus  ancienne  vie  de  ce  saint  ne  paraît  pas  cepen- 
dant l'œuvre  d'un  disciple  et  d'un  contemporain,  au  moins 
rien  dans  son  contexte  ne  l'indique,  mais  elle  est  indubita- 
blement antérieure  à  l'année  843  et  aux  invasions  normandes, 
l'auteur  nous  affirmant  que  de  son  temps  le  corps  du  saint 
reposait  encore  à  Vertou,  tandis  qu'à  la  date  indiquée  il  fut 
porté  à  Saint-Jouin-de-Marne. 

Le  style  de  cet  écrit,  bien  que  correct  et  parfois  élégant, 
manque  cependant  de  simplicité  et  de  concision  ;  puis  l'au- 
teur ne  nous  a  laissé  qu'une  esquisse  au  lieu  d'une  biogra- 
phie détaillée,  dont  le  fondateur  de  Vertou  était  si  digne. 
Cette  vie  a  été  donnée  au  public  par  Mabillon  ;  pour  les 
nouveaux  BoUandîstes',  ils  lui  ont  préféré,  bien  à  tort,  si  je 

«  Acta  SS.  0,  S.  Benedictii  1. 1,  p.  35i.  Acta  Bolland ,  t.  x*oct.  p.  800,  etc. 


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RECHERCHES   SUR  LES  ORIGINES   LITTÉRAIRES  285 

ne  me  trompe,  un  texte,  qu'ils  intitulent  :  Vita  aniiquissima 
et  qui  n*est  autre  chose  qu'un  extrait,  assez  informe,  de  la 
seconde  vie  du  même  saint  (neuvième  siècle],  extrait  destiné 
à  servir  de  légende  liturgique  pour  la  fête  du  saint. 

§  5.  —  Anon.  de  Nantes  :  Vie  de  saint  Hermeland* 
(25  mars  720). 

J*arrive  maintenant  à  la  vie  de  saint  Hermeland  (25  mars 
720).  Celle-ci  est  l'œuvre  d'un  contemporain  et  appartient 
sans  conteste  possible  au  huitième  siècle^  car  ello  fut  écrite 
vers  l'époque  (740)  de  la  translation  du  saint,  et  les  Bollan- 
distes  l'ont  imprimée  sur  un. manuscrit  de  l'année  767. 

Hermeland,  issu  d'une  noble  famille  de  Noyon,  puis  moine 
de  Fontenelle  en  Normandie,  enfin  fondateur  d'un  monastère 
dans  les  environs  de  Nantes,  a  trouvé  un  biographe,  digne 
de  lui,  dans  la  personne  de  cet  anonyme,  qui  appartenait,  selon 
toute  apparence,  au  clergé  nantais.  Rien  n'indique,  en  effet, 
qu'il  fut  disciple  du  saint,  ni  môme  moine  de  l'abbaye 
d'Aindre;  et  cependant  il  est  manifeste  qu'il  n'écrit  qu'en 
pleine  connaissance  de  cause,  après  avoir  interrogé  avec  soin 
les  familiers  du  saint  et  compulsé  les  archives  de  l'abbaye*. 
Sans  cela  il  n'eût  pas  été  à  mâme  de  connaître  soit  les 
incidents  qui  signalèrent  la  fondation  d'Aindre,  soit  surtout 
ce  qui  concerne  la  naissance  du  saint,  sa  jeunesse  et 
sa  vie  monastique  à  Fontenelle,  etc.  Le  style  de  cette  vie, 
bien  que  parfois  un  peu  diffus,  se  fait  cependant  remarquer 
par  l'élégance  et  la  correction.  Quant  à  l'esprit  de  piété,  dont 
Tauteur  était  animé,  il  éclate  à  chaque  page,  principalement 
dans  celles  qui  sont  consacrées  à  raconter  la  mort  du  saint, 
et  les  premiers  hommages  religieux,  dont  il  devint  l'objet  au 
lendemain  de  son  bienheureux  trépas. 

(il  suivre).  Dom  Fr.  Plaine. 


*  Vie  de  saint  Hermeland^  prolegom.,  n*  17  et  passim. 
T.   VI.   —   NOTICES.   —  VI*  ANNÉE,  3*  LIV. 


19 


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UN  ABBÉ  DE  SAINT-AUBIN  D'ANGERS 

(LE  CARDINAL  DE  DEN  ON  VILLE) 
(1493-1 B40') 


VI 


XIX.  -^  Rome,  24  mai  1537.  —  Monsieur  de  Lavaur  arriva  ici 
mercredi  au  soir  et  vendredi  fut  baiser  les  pieds  de  Notre- 
Saînt-Pèrc_  où  je  l'accompagnai.  Ce  m'est  un  grand  secours 
pour  ayder  à  conduyre  les  affaires  du  Maître,  car  il  est  bon  et 
notable  personnage,  et  bien  expert  aux  affaires.  » 

XX.  —  Rome,  mai  -*-  juillet  1537.  —  Les  beaux  jours  ont 
ramené  la  terreur  des  Turcs.  Pendant  qu'on  fortifie  les  places 
des  côtes,  \  ndant  que  le  Pape  exerce  ses  troupes,  rassemble 
une  armée  de  20,000  hommes,  fait  sien  tout  le  revenu  du 
Chapeau  et  impose  encore  les  Cardinaux  pour  subvenir  aux 
frais  de  la  défense  de  Rome,  la  flotte  turque  tient  la  mer  dans 
les  eaux  de  Gallipoli  et  n'attend  que  le  moment  favorable  pour 
lever  l'ancre.  André  Doria  est  descendu  jusqu'à  Messine  à  sa 
rencontre,  mais  il  ne  peut  lutter  contre  elle,  étant  beaucoup 
plus  faible.  L'Empereur  lève  aussi  des  troupes  et  en  garnit  les 

«  Voir  la  livraison  de  mars  1890. 


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CN   ABBÉ  DE   SAINT-AUBIN    D  ANGERS  287 

côtes  d'Espagne  pour  s  opposer  à  Hn'vasion  des  Turcs.  Entre 
temps  le  cardinal  Borghèse  est  mort,  tout  aussi  bien  que 
Pierre  Francisque  de  Viterbe,  ce  dont  le  Roi  n'aura  rien  à 
perdre,  car  «  ils  ne  luy  portaient  guère  bonne  dévotion.  » 

XXI.  —  Lettre  du  Cardiaal-Evique  de  Màcon  au  roi  Frari" 
cois  /•'; 

«  Sire,  par  le  secrétaire  de  Monsieur  de  Monl  pesât,  qui  partit 
dlciavant-hier^nousvous  avons  écrit  bien  atnplement  de  toutes 
occurrences  de  deçà,  et  par  la  présente  que  nous  envoyons  à 
Monsieur  de  Rhodez,  à  Venise,  pour  vous  la  faire  tenir,  il  vous 
plaira  entendre  ce  qui  est  depuis  survenu.  Sa  Sainteté  a  repré- 
senté au  consistoire  que  la  tenue  du  concile  qu'elle  a  convoqué 
est  traversée  par  la  guerre  qui  est  entre  Vous  et  l'Empereur, 
et  qu'à  ceste  cause  il  est  besoin  pour  ôter  cet  empêchement 
qu'elle  s'efforce  encore,  comme  jusqu'ici  elle  a  fait  tout  ce 
qu'elle  a  pu  pour  vous  accorder,  ou  bien  de  vous  y  faire  venir 
par  admonitions  et  nouvelles  exhortations^  ou  bien  faisant 
office  de  juge  comme  Elle  était  délibérée  de  faire  par  excom- 
munications et  censures  contre  celui  qui  ne  vo'^drait  se  sou- 
mettre  à  la  raison  ;  voire  môme,  si  Elle  le  trouvait  obstiné,  de 
se  déclarer  pour  celuy  qui  serait  le  plus  raisonnable,  lui 
aydant  non  seulement  de  ses  forces  spirituelles,  mais  aussi 
des  temporelles,  après  avoir  toutefois  tenté  non  seulement  la 
voie  d'accord,  mais  la  suspension  des  armes,  ce  qu'il  lui  sem- 
blait devoiret  pouvoirfaireattendreTéminentp  .il  où  se  trouve 
la  Chrétienté,  et  voulant  au  cas  où  le  dit  accord  ne  pourrait 
en  suivre  vous  contraindre  l'un  et  l'autre,  non  seulement  à  la 
dite  suspension  d'armes,  mais  à  vous  convertyr  contre  les 
infidèles,  surquoy  Sa  Sainteté  voulait  bien  avoir  l'opinion  de 
MM.  Révérendissimes  les  Cardinaux;  la  plupart  desquels  ont 
été  d'avis  qu'attendu  la  déclaration  faite  par  les  Luthériens, 
en  la  dernière  diette  qu'ils  ont  tenue,  de  ne  vouloir  assister 
audit  concile  s'il  se  célébrait  en  Italie,  et  les  déclarations  faites 
par  vous  et  l'Empereur,  Sa  Sainteté  devait  user  du  temps. 


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388  UN   ABBÉ   DE  SAINT-AUBIN  D^ANGBRS 

C'est-à-dire  différer  encore  d'assigner  le  lieu  du  concile  jus- 
qu'aux calendes  de  septembre,  et  qu'entre  càet  là,  possible?  le 
temps  apporterait  l'expédient  que  l'esprit  humain  ne  pouvait 
pour  cette  heure  comprendre,  et  tous  ont  convenu  que  le  con- 
cile pour  toutes  les  difficultés  susdites  cependant  ne  s'étendra 
ni  prorogera.  Et  quant  au  fait  de  l'accord  et  suspension 
d'arm(îs,  Sa  Sainteté  devait  attendre  la  réponse  que  l'un  çt 
l'autre  feriez  parce  qu  Elle  vous  a  fait  requérir  d'envoyer 
chacun  devers  Elle  deux  hommes  d'autorité  pour  traiter  le  dit 
accord,  et  que  cependant  Sa  Sainteté  pourrait  concerter  le 
moyen  de  procéder  en  cette  affaire  avec  cinq  ou  six  de  Mes- 
seigneurs  Révérendissimes  les  Cardinaux,  soit  par  douceur 
ou  par  rigueur,  combien  qu'il  leur  semblait  qu'encore  qu'Elle 
connut  le  tort  de  l'un  de  vous  deiix.  Elle  ne  devrait  pourtant 
user  d'armes  et  de  forces  temporelles  à  rencontre  d'icelluy, 
rencontrant  les  inconvénients  jadis  advenus  non  seulement 
au  Saint-Siège,  ains  à  toute  la  Chrétienté,  des  partialités  des 
feus  papes  Léon,  Adrien  et  Clément. 

€  Surquoy  Sa  Sainteté  a  arrêté  et  conclu  d'user  du  bénéfice 
du  temps,  et  différer  l'assignation  du  lieu  pour  tenir  le  Con- 
cile jusques  aux  Calendes  de  septembre,  auquel  temps,  si 
autre  chose  ne  survient,  elle  a  délibéré  de  se  mettre  en  che- 
min pour  aller  à  Bologne,  et  se  gouverner  quant  au  fait  du 
dit  concile  ainsi  que  Dieu  l'inspirera  et  selon  l'avis  et  opi- 
nion desdits  Sieurs  Révérendissimes,  sans  toutefois  donner  à, 
penser  à  Vous  ni  dit  Empereur,  où  Elle  différerait  et  proro- 
gerait le  dit  concile,  que  ce  fut  pour  adhérer  à  vos  passions 
et  volontés. 

«  Et  quant  au  dit  accord,  Sa  Sainteté  a  répété  ce  que  plu- 
sieurs fois  Elle  en  a  dit,  à  savoir  que  non  seulement  Elle. avait 
délibéré  de  contraindre  Vous  et  l'Empereur  à  la  suspension 
d'armes,  mais  aussi  à  les  convertyr  contre  les  pires  ennemis 
de  la  Foi,  disant  toutefois  quant  à  se  déclarer  contre  celui  qui 
lui  paraîtra  déraisonnable,  que  ce  sera  la  dernière  chose 
qu'Elle  fera,  car  Elle  veut  comme  Elle  a  fait  ci-devant, -obser- 


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UN   ABBÉ  DE  SAINT-AUBIN   DANGERS  289 

ver  sa  neutralité  sans  y  déroger  en  aucune  manière,  bien 
qu'Elle  veuille  faire  son  office  sans  avoir  respect  aux  passions 
désordonnées  de  Vous  et  de  l'Empereur.  Puis  a  dit  Sa  Sain- 
teté que  son  Général  sera  ici  demain  avec  partie  de  ses  gens 
de  guerre,  et  qu*Elle  espérait  que  les  forces  s'élèveraient  à 
deux  légions  pour  le  moins. 

«  Sire,  nous  supplions  Nostre  Seigneur  qu'il  vous  donne 
en  parfaite  santé  et  prospérité  très  longue  et  bonne  vie.  De 
Rome,  ce  12'  jour  de  juillet  1537* 

«  Vos  très  humbles  et  très  obéissants  sujets  et  serviteurs, 
Chakles,  Cardinal,  Evoque  de  Mâcoa. 
Georges  de  Selve,  Evéque  de  LavaurV» 

C'est  à  la  plume  de  Ribier  que  nous  devons  la  conservation 
de  cette  importante  dépêche.  Il  Ta  transcrite  au  premier 
volume  de  ses  Mémoires  d'Etat,  afin  de  faire  voir  la  part  que 
prenait  à  cette  époque  le  Saint  Siège,  dans  la  gestion  môme 
des  affaires  des  plus  grandes  Puissances  du  monde.  Cette 
lettre  n'est  pas,  pour  nous,  intéressante  seulement  à  ce  point 
de  vue.  Elle  révèle  dans  Tâme  et  dans  la  conscience  de 
l'homme,  qui  en  est  l'auteur,  et  dont  nous  écrivons  l'histoire, 
un  sentiment  supérieur  à  celui  qui  jusqu'alors  avait  été  le 
mobile  dominant  de  toutes  ses  actions.  C'est  moins  en  effet 
l'ambassadeur  qui  parle  en  fidèle  serviteur  du  Roi,  prenant 
avec  soumission  les  ordres  du  Monarque,  décidé  à  employer 
tous  les  moyens  pour  en  assurer  l'exécution,  c'est  le  Prince 
de  l'Eglise,  c'est  le  futur  membre  du  Concile,  c'est  le  Cardinal 
qui  défend  la  cause  de  la  Catholicité  inquiète,  mise  en  péril 
par  la  dissension  des  princes,  ses  plus  fermes  soutiens. 
L'Eglise  Catholique  traverse  en  effet,  à  ce  moment  difficile, 
un  temps  d'épreuves.  Pendant  qu'au  sud  elle  est  menacée 
directement  par  la  matérielle  et  sanguinaire  violence  des 

*  Mémoires  d*Etat  de  Ribier,  tome  I. 


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200  UN    ABBÉ  DE   SAINT-AUBIN   d'aNGERS 

Musulmans,  au  nord  elle  a  besoin  de  se  défendre  moralement 
contre  les  fauteurs  de  Thérésie  dont  la  doctrine  fait  de  rapides 
progrès  et  cherche  à  la  frapper  au  cœur.  Il  lui  faut  dans  un 
concile  général  combattre  cette  doctrine  funeste,  la  condam- 
ner avec  toute  la  majesté  dont  elle  peut  s'entourer  ;  ou,  par 
une  discussion  habile  et  des  concessions  possibles  faites  aux 
dissidents,  parvenir  à  un  apaisement  souhaité  par  tous  les 
fidèles,  et  faire  ainsi  rentrer  dans  son  giron  maternel  les 
âmes  égarées  d'un  très  grand  nombre  de  ses  enfants.  Déjà  ce 
concile  a  été  convoqué  à  Bologne,  puis  à  Mantoue,  et  les 
guerres  incessantes  dont  l'Italie  a  été  le  théâtre  en  ont  empê- 
ché la  réunion.  Le  Pontife  Roi  cesse  d'être  libre  dans  la 
gestion  de  son  Eglise  Universelle,  et  l'entrave  qu*il  subit  lui 
vient  des  deux  Princes  qu'une  orgueilleuse  rivalité  met  sans 
cesse  en  contact,  se  refusant  à  toute  réconciliation.  —  Ce 
n'est  plus  entre  les  deux  rivaux  que  le  Cardinal  se  place,  son 
rôle  n'est  pas  ici  de  chercher  à  influencer  la  politique  du  Saint 
Père,  c'est  au  nom  des  intérêts  les  plus  sacrés  de  la  Catholicité 
toute  entière  qu'il  plaide  la  plus  noble  cause  auprès  du  Fils 
aîné  de  TEglise. 

Mais  que  faire  avec  les  puissants  du  siècle  ?  Les  exhorta- 
tions des  Cardinaux,  les  menaces  non  dissimulées  de  Paul  III, 
ne  produisirent  que  plus  tard  leur  effet,  et  bien  que  la  paix  fut 
signée  à  Nice  entre  l'Empereur  et  le  Roi,  en  1538,  ce  ne  fut 
qu'en  1545  que  le  Concile  put-se  réunira  Trente  pour  juger  les 
Luthériens, 

Et  les  Turcs  menaçaient  toujours  Tltalie  comme  on  va  le 
voir  par  les  lettres  suivantes. 

XXII.  —  Rome  6  août  1537.  —  La  flotte  turque  tient  la 
mer  aux  alentours  de  Malte,  André  Doria  n'est  pas 
assez  fort  pour  l'attaquer,  il  se  contente  de  la  harceler, 
non  sans  succès.  Dans  le  courant  de  juillet  il  s'est  empa- 
ré de  deux  galères  et  trois  galiotes  turques.  Les  der- 
nières nouvelles  annonçaient  qu'il  avait  capturé  cinq  galères 


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UN  ABBÉ   DE  SAINT-AUBIN    D*ANGER8  291 

portant  des  vivres  à  la  suite  d'un  combat  meurtrier  où  beau- 
coup périrent  de  part  et  d'autre.  André  Doria  fut  grièvement 
blessé  au  genou.  Il  a  dû  se  retirer  à  Messine  pour  guérir  ses 
blessés  et  réparer  ses  vaisseaux.  Barberousse,  amiral  turc,  y 
poursuivit  le  Génois  avec  trois  cent  voiles,  mais*  sans  l'attein- 
dre, et  vint  faire  une  démonstration  menaçante  dans  le  golfe 
de  Tarante  et  jusque  devant  Otrante,  où  il  tira  nombreux  coups 
de  canon.  —  «  Le  vice-Roy  partit  de  Naples  le  vingt  huictièsme 
dudit  mois  passé  avec  six  ou  sept  mil  hommes  a  pied,  et  le 
plus  de  chevaux  qu'il  a  peu  mettre  ensemble,  et  leur  a  fait 
prendre  le  chemin  de  Brindisy,  estimant  que  le  Turcq  y  doib- 
ve  faire  son  plus  grant  effort,  pour  n'estre  le  port  du  dit  lieu 
bien  fortiffié.  Nostre  Sainct  Père  est  après  à  s'armer,  et  a 
ensemble  en  ceste  ville  jusques  au  nombre  de  six  mil  hommes, 
et  a  délibéré  d'en  faire  lever  quinze  pour  fournir  Parme, 
Plaisance,  Ancosne,  Civitavesche,  Hostie  et  Tarraccine,  et 
cherche  argent  de  tous  côtés  par  nouvelles  impositions,  oultre 
les  impositions  nouvelles  qui  sont  mises  sur  les  victuailles  ». 

XXIII.  —  Rome  10  août  1537,  —  «  Monseigneur  je  ne  veulx 
vous  taire  une  nouvelle  des  choses  de  Florence,  encores 
qu'elle  soit  fâcheuse  et  de  mauvaise  digestion  pour  les 
affaires  du  Roy.  C'est  que  le  premier  de  ce  mois  Philippe 
Strozzi,  Bartholomée  Valory  et  autres  ayant  mis  ensemble 
troys  mil  hommes  et  iceulx  renforcez  de  troys  autres  mil  qui 
les  debvoient  suivre,  avoient  faict  si  bonne  diligence  qu'en 
quatre  jours  ils  estoient  venuz  de  Bolongne  à  treize  milles 
près  de  Florence  entre  Prato  et  Monte  Murlo,  délibérez  de 
faire  quelque  bon  exploict.  Mais  la  fortune  leur  fusl  tant  con- 
tï  îire  que  ayant  divisé  leur  avant  garde  de  l'arrière  garde,  et 
s'estans  esloignez  l'un  de  l'autre  de  plus  de  dix  milles,  ilz 
furent  descouverts  par  ung  espye,  qui  soudain  en  advertit 
Alexandre  Vitelle,  Pierre  Colonne  et  autres  de  dedans,  les- 
quelz  sortirent  incontinent  de  Florence  avec  mil  hommes  de 
pied,  et  cent  cinquante  chevaulx,  et  appelèrent  quinze  cents 


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292  UN   ABBÉ   DE   SATNT-AUBIN    D'ANQERS 

Espaignolzéstans  au  dict  Prato,  et  se  délibérèrent  donner  la 
bataille  a  la  dicte  avant  garde  où  estoient  peu  d'hommes  avec 
les  ditz  Strozzy,  Valory  et  quelques  de  leurs  enfans,  ce  qu'ilz 
feirent,  et  la  rompirent  et  fracassèrent.  Et  s'estans  retirez  les 
dictz  Stro2zy  et  Valory  avec  quelques  gens  à  Montemurlo, 
après  avoir  repoussé  troys  assaulx  des  dictz  Vitelle  et  Co- 
lonne, avant  le  quatriesme  se  rendirent  à  composition,  et 
furent  menez  prisonniers  au  chasteau  de  Florence.  Il  est  dit 
que  le  dict  Strozzi  en  sera  quitte  en  payant  ;  mais- que  Valory 
est  pour  y  laisser  la  teste  ». 

Marquis  de  Brisay. 
(A  suivre,) 


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DEUX  BULLES  INEDITES 

Du  XVI'  Siècle 


LB R.  p.  Roy,  professeur  darchéologie  au  grand  Sémi- 
naire de  Poitiers,  a  bien  voulu  me  communiquer 
deux  bulles  inédites,  qui  intéressent  notre  région 
et  qui  lui  ont  été  remises  par  un  curé  du  diocèse  de 
Poitiers.  Après  avoir  transcrit  leur  teneurje  décrirai  et  com- 
menterai les  sceaux  de  plomb  qui  les  authentiquent.  Il  m'a 
semblé  qu'une  étude  sur  ce  sujet,  qui  n'a  pas  été  abordé 
parmi  nous,  a  sa  place  naturelle  dans  une  Revue  destinée  & 
l'histoire  locale. 


Fréter  don*  Raphaël  GotOQer*^,  Dei  gratia  sacrœ  Domas  hospitalis' 
sancti  Joannis  Hierosolymitani  et  Mîlitaris  Ordinis  SaQCti  Sepulchri 
Dominici'  Magister  hamilis  pauperamque  Jesa  Xpi  custos,  Religioso  in 

^  Du  latin  domnuSi  qualificatif  qui  est  resté  dans  tout  Tordre  monas* 
tique,  mais  qui  ici  a  encore  une  signification  nobiliaire  {Gtornals  araldico, 
t.  xvis  p.  16). 

*  bis,  Raphaël  Gotoner  fut  le  58«  grand  maître  de  1660  à  1663. 

s  Cette  dénomination  subsiste  dans  certains  lieux  dits  du  Poitou,  où  dei 
terres  possédées  par  l'ordre  se  nomment  encore  l'Hâpitau. 

>  L'ordre  militaire  du  Saint-Sépulcre  arait  été  uni  &  Tordre  hospitalier  de 
Saint- Jean- de-Jérusalem.  • 


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294  DEUX  BULLES  INÉDITES 

Xpo  nobis  cfaarissimo  fratri  Ëmerico  de  la  Sausay*,  nostr»  dict»  Domiis 
Yenerabilis*  Prioratus  Aquitanis'^  armorum  sarvienti  ac  militi  ma- 
gistrali,  salatem  in  Domino  eempiternam.  Yirtutam  tuanim  mérita 
multiplicesque  animi  tui  dotes  necnon  laudabilia  obsequia  per  te 
Religioni'  nostrœ  pnestita  et  quœ  in  dicta  sedulo  prsstare  non  desinis, 
promerentor  ut  ea  tibi  libéra liter  concedamns  quœ  tnif  comoditatibas 
fore  conspicimus  opportuna.  Gum  igitur  in  yim  praeeminentis  nostrœ 
magistralis  contulerimus  et  concesserimus  Religioso  in  Xpo  nobis 
charissimo  fratri  Guido  de  la  Brunettière  Duplessis'^»  commendam 
nostram  de  Gueillant'^  dicti  Prioratus  Aquitani»,  retenta  ac  reservata 
super  fructibus  et  redditibus  dictœ  commendœ  de  Gueillant  summa 
seu  pensione  annua  librarum  trecentarum  et  octoginta  Turon.  in 
supplementum  quintœ  partis  yaloris  einsde^m  commendas  uni  Tel 
pluribus  fratribus  nostris  nostro  arbitrio  danda,  constituenda  et 
assignanda  :  Hinc  est  quod  pnemissorum  meritornm  tuorum  intuitu  et 
contemplatione  suasi,  ex  pnedicta  summa  librarum  trecentarum  et 
octoginta  per  nos,  ut  praefertur,  retenta,  summam  seu  pensionna 
annuam  librarum  ducentarum  et  triginta  Turon.  super  fructibus  et 
proventibus  prœdictsB  commendœ  de  Gueillant,  de  nostra  certa  scientia 
et  speciali  gratia,  tenore  prœsentium,  tibi^  tua  yita  durante,  concedi- 
mus,  donamus  et  assignamus.  Teque  pensionarium  perpetuum  eiusdem 
Gommendas  in  dicta  summa  facimus,  crtamus^et  esse  Tolumus.  Prœci- 
pientes  dicto  fratri  Guido  de  la  Brunettière  Duplessis,  moderne  hujus- 
modi  Gommendœ  de  Gueillant  commendatario  et  suis  in  eadem  succès- 


1  Le  nom  est  écrit  de  trois  manier»!  différentes  :  de  la  Sattsay,  qui  fait 
présumer  la  forme  moderne  de  la  SaiMsaie  ;  Sauzay  et  Santay. 

3  Vénérable  est  le  qualificatif  ecclésiastique  des  lieux  pies. 

^  bis.  L'ordre  de  Malte,  en  France,  comprenait  trois  langtAes  :  la  langue 
de  Provence,  subdivisée  en  prieurés  de  saint  Gilles  et  de  TotUouse  ;  la  langtêe 
l'Auvergne  et  la  langue  de  France^  qui  comprenait  les  prieurés  de  France^ 
de  Champagne  et  d'Aquitaine,  Les  autres  langues  pour  les  autres  nations 
étaient  Italie,  Aragon,  Casiille,  Allemagne  et  Anjleterre  (Guélon,  Hist,  de 
la  SauvetcUt  p.  9). 

'  Religion  se  dit  encore  à  Rome  d*un  ordre  religieux. 

3  bis.  M.  Genesteix,  qui  prépare  une  histoire  du  prieuré  d* Aquitaine,  me  dit 
que  .Guy  de  la  Brunetière  du  Plessis  Geté,  fut  commandeur  du  Quéleant 
de  lt>64  à  1694. 

^  ter  1a  nom  de  cette  commanderie  s'orthographie  Le  Quéleant^  paroisse 
de  Moitron  (Sarthe). 


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DU    XVI*   SIÈCLE  295 

ftoribas,  in  yirtute  sanctse  obediantiae  ac  sab  pœaa  cootra  eos  inllicta 
qui  jura  nostri  commaais  sBrarij  coatuooiacîter  soWera  récusant,  ut 
siogalis  annis  in  capitulo  proviaciali  dicti  Prioratuft  vt\,  .eo  non  celé» 
brato,  in  festo  Nativitatie  sancU  Joannk  Baptîst»,  patroni  nostri^ 
dictam  pensionem  librarnm  ducentarum  et  triginta  Turon^  ut  prie* 
mitcitur,  infallibiliter^  Omni  ezcnsatione^  mora,  dilatione  et  oppositione 
cessante  et  postposita,  tibi  vel  quibus  légitime  commiseris  realiter  et  cum 
efTectu  ezolvant  et  numorent.  Mandantes  in  Tim  dictas  obedientie  uni- 
versis  et  singalis  dictâe  Domus  nostrœ  frtitribus,  quacamque  auctoritate, 
digaitate  officioque  fttngentibus,  prœsentibus  etfutoris^  ne  contra  prœ- 
sentes  nostras  liiteras  atiquatenus  facere  vel  venire  pr8e8nniaiit>  sed  eas 
studeant  inidolabiliter  observare.  In  cnjns  rei  testimonium  buUa  nostra 
magtstralis  plùmbea  prseaentibus  est  appensa.  Datum  Melits  in  Gon- 
ventu  nostro  die  quarta  mensis  decembris  roillesimo  sexcentesimo 
sexagesimo  primo. 

Sceau  de  plomb. 

Sî/r  le  repli  :  Reg**  in  Cancell».  Fr.  D.  Emmanuel  Arias  vice 
cancell*. 

Au  dos  ;Pensio  magistralis  ducentarum  et  triginta  Turonen: 
super  fructibus  comm<*«  de  Guelllant  pro  fratre  Emerico  de 
Sanzay. 

Au-dessous,  d'une  autre  main  :  Pantion  de  deux  cent  Iran  te 
livres. 


II 


Frater  don  Nicolaus  Gotoner^  Dei  gratia  Sacrœ  Domus  hos- 
pitalis  Saacti  Joannis  Hierosolymitani  et  militaris  Ordinis  Sancti 
Sepulchri  Dominici  Magister  humilis  pauperumque  Jesu  Xpi  custos  et 
Nosconventus  Domus  eiusdem,  Religiosoin  Xpo  nobis  charissimo  fratri 

<  Nicolas  Cotoner,  frère  de  Raphaël,  fut  le  59*  grand  maître  de  1663  h  1680 
{VArt  devénfter  les  dates,  éiit.  de  iSlS,  t.  ii,  p.  IIG.) 


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296  DEUX  BULLES  INÉDITES 

Emerico  de  Sauzay,  uostr»  dictœ  Domus  Venerabilis  Prioratus 
AquitaniaB  annoram  servienti  ac  Militi  Magistral!,  salutem  in  Domino 
sempiternam.  Yirtatam'  .  • . .'  praestita  et  qu»  in  futurum  te  prœsti- 

turum  confidimney  promerentur  ut.  • Gam  alias  Religiosus  in 

Xpo  Nobis  charissimos  frater  Lancellottus  de  Ghouppes,  Gommendae 
nostrœ  de  Blisson  *^,  dicti  Prioratus  Aquitaniœ  Gommendatarius  *'^y 
tibi  dedisset  binas  annuas  pensiones,  aliam  nempe  scutorum  octoginta 
quinque,  ^acatam  per  obitam  quondam  fratris  Glandij  de  Herbier  la 
Standure  et  alteram  scutorum  quadraginta  quinque,  vacatam  per 
obitam  quondam^  iratris  Leonis  de  la  Motta  Gheuvron,  super  fructibus 
prflBdicts  commendœ  de  Blisson,  quam  ex  gratia  Magistrali  possidet, 
prout  in  pablicis  instrumentis  pênes  regios  notariés  Bertgonneau  et 
Montenay,  sub  die  XXIX  decembris  et  mente  maio  1662  respective 
rogatis  fusius  continetur.  Gumque  nuper  idem  Gommendatarius  frater 
Lancellottus  de  Gouppes',  memoratas  binas  annuas  pensiones,  constitu- 
tiones  et  donationes,  ratificaverit  et  confirmayerit,  illasque  denovo  tibi 
dederit,  constituent  et  assignayerit  super  fructibus  eè  redditibus  praedict» 
Gommendœ  de  Blisson,  prout  de  hujusmodi  confirmatione  et  nupera 
donatione,  constitutione  et  assignatione,  per  publicum  instrumentum 
pênes  acta  dicti  regij  notarij  Bertgonneau  in  civitate  de  Poictiers 
sub  die  secunda  decembris  anni  proxime  elapsi  1663  rogatum^ 
latius  constat  et  apparet  Nobisque  propterea  bumiliter  supplicari 
fecerit  ut  pro  majori  rerum  prœmissarum  robore,  buUas  de  huju^ 
modi  pensione  in  forma  solita  et  consueta  expediri  mandaremus.  Hinc 
est  quod  prsemissorum  meritorum  intuitu  et  contemplatione  suasi, 
invicem  maturo  et  deliberato  consilio^  de  nostra  certa  scientia  prsBdictas 
binas  summas  seu  pensiones  annuas  ad  scuta  centum  et  triginla  in 
totum,  ut  picfertur,  ascendentes,  super  fructibus  et  proventibus 
prsedicts  Gomm^ndœ  de  Blisson  tibi  modis  et  formis  ac  conditionibus 
corn  quibus  illae  cibi  de  novo  constitutœ  et  reassignatœ  fuerunt,  tenore 
prsBsentium  conceclimus,  donamus  et  assignamus.  Teque  pensionarium 


*  Jeiupprime  les  passages  répétés  de  la  bulle  de  1661. 

*  bis.  Le  Blizon  est  situé  dans  l'Indre,  paroisse  de  Saint-Michel-en-Brenne. 

*  1er,  M.  Genesteix,  que  j*ai  consulté  pour  Tidentiflcation  des  noms  de  lieux 
et  de  personnes,  m'assure  que  la  liste  des  commandeurs  du  Blizon  n'existe  pas. 

s  Quondam  répond  k  feu, 

\Sic.  De  Chouppes  doit  être  la  vraie  orthographe. 


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DU  XVI*  SIÈCLE  297 

perpetaum  dicts  Gommendae  ia  prsfata  summa  scutonim  centum  et 
triginta  lacimas,  creamus  et  egse  volamaft.  PrœcipienteB  dicto  fratri 
Lancellctto  de  Ghouppes,  moderoo  commendœ  de  BHbsoq  commenda- 

tario  et    suis paxoQÎ    noUri,   dictas   binas  annnas    pensiones 

scutoruni  centum  et  triginta,  nt  prœmittitur. . . .  Datnm  Melitc,  in 
Tonvertu  nostro  die  qniita  mensis  maij  millesirao  sezcentesimo 
sezagesimo  quarlo. 

£1  lugar^  :  de  Gran  Ganciller. 

Fr.  don  fran.  de  Torre  Pac^heco  et  Gardenas  c. 

Sceau  de  plomb. 

Sur  le  repli  :  Reg"  in  Cancell*.  Pr.  D.  Emmanuel  Arias  Vice- 
cane. 

Au  dos:  Pensio  scutorum  centum  et  triginta  super  fruc- 
tibus  CommendaB  de  Blisson  pro  fratre  Emerico  de  Sauzay. 

Au  dessous,  dune  autre  main  :  Pension  de  cent  trante 
(éçus)  de l'an  mille  six  cent  soixante  et  deux. 


III 


Ces  deux  bulles  sont  absolument  identiques,  quant  à  la 
rédaction  :  elles  ne  le  sont  pas  moins  pour  la  forme  et  le 
scellement. 

Elles  sont  écrites  sur  le  côté  doux*  d'un  parchemin  reetan- 
gulaire^  rayé  et  piqueté  aux  bords,  car  le  calligraphe  Ta 
tendu  préalablement  sur  un  châssis,  comme  il  se  pratique 
encore  à  la  chancellerie  apostolique. 


'Gomme  les  bulles  pontificales. 
»  Haut.  :  0,M;  larg.  :  0,36. 


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298  DFUX    BULLES    INÉDITES 

La  rédaction,  conforme  à  un  formulaire  qui  servait  dans 
les  circonstances  analogues,  est  en  latin,  peu  intelligible  peut- 
être  pour  l'intéressé,  puisqu^au  dos  on  a  répété  la  rubrique 
en  français,  probablement  après   la  réception  du  diplôme 

<^  magistraL  > 

L'eri-lôtc,  désignant  le  grand-maître,  est  en  fausse  gothique: 
le  re3te  de  l'écriture  est  celle  du  temps,  un  peu  haute,  ferme 
et  très  listtile,  pour  les  lettres  du  moins,  car  les  mots  sont 
surchargés  d'abrévialions  qui  en  rendent  la  lecture  pénible 
pour  qui  n'est  pas  familiarisé  avec  le  style  de* la  chancellerie. 
On  y  trouve  indifréremment  la  diphthongue  *iî  ou  Ve  cédille. 
La  ponctuation  est  fidèlement  observée. 

La  seconde  pièce  seule  portti  la  signature  du  grand  chan- 
celier, sans  préjudice  descelle  du  vice-chancelier,  qui  fait  l'ex- 
pédltion. 

La  première  bulle,  datée  de  Malte,  le  4  décembre  1661, 
accorde  k  frère  Émeric  de  la  Saussaie,  «  servant  d'armes  » 
et  <  chevalifsr  mrt^stral,  -^  une'«  pension  de  230  livres  tour- 
nois, »  à  prendre  sur  la  «  comaianderie  de  Gueillant,  »  dont 
le  titulaire  est  Guy  de  la  Brinietière  du  Plessis,  et  payable 
chaque  année  lors  du  chapitre  provincial  ou,  à  son  défaut, 
an  jour  de  la  Nativité  de  saint  Jean- Baptiste,  patron  de  Tordre 
(2i  juin).  Gomme  cetlc  réserve  sur  les  a  fruits  et  revenus  » 
pouvait  molester  le  commandeur  chargé  de  servir  la  pension, 
Injonction  lui  es  1  faite  «  en  vertu  de  la  sainte  obéissance,  » 
sous  les*  peiiie^   w  portées  contre  les  «  cutitumaces.  » 

La  seconde  bulle,  datée  également  de  Malte,  le  5  mai  1664, 
est  adressée  au  même  commandeur,  à  qui  est  c  assignée  » 
et  «  constituée  »  une  ^t  double  pension,  »  montant  en  total  à 
w  cent  trente  écus,  *  Elle  est  prélevée  sur  la  commanderie 
de  Blisson  et  provient  de  frère  Lancelot  de  Chouppes,  qui 
tenait,  l'ur.e,  de  frère  Claude  de  Herbier  la  Standure  et  l'autre, 
de  frère  Léon  de  la  Motte  Chevron,  comme  il  résulte  des 
actes  notariés  passés  à  Poitiers  en  1662  et  1663. 


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DU   Xvi*  SIÈCLE  299 

r 

Le  sceau  de  plomb  ou  bulle  proprement  dite*  ,  de  trois 
centimètres  de  diamètre,  pend,  au  milieu  du  rebord  infé- 
rieur de  la  bulle,  par  une  cordelette  de  chanvre.  Il  est  plat, 
circulaire,  effigie  et  inscrit. 

Sur  la  face,  on  voit  le  Christ,  étendu  sur  un  sarcophage, 
dont  la  table  est  perlée  et  le  devant  décoré  d'arcades.  Il 
croise  ses  mains  au-dessous  de  sa  poitrine.  Sa  tête,  placée 
à  gauche',  est  entourée  d'un  nimbe  crucifère  et  derrière  se 
dresse  une  croix  processionnelle,  à  branches  ancrées.  Aux 
pieds  se  balance  un  encensoir  en  boule,  soutenu  par  trois 
chaînes* .  Au-dessus  s'aligne  une  construction,  avec  cou- 
pole centrale,  fenêtres  et  arcades,  qui  figure  le  Saint  Sépulcre. 
De  la  coupole  pend,  à  trois  chaînes,  une  lampe  ou  pot  à 
feu,  de  la  forme  dite  gabaia^  *". 

En  exergue  et  en  gothique  ronde  :  f  HOSPITALIS  HIERV- 
SALEM. 

Le  style  de  la  face  en  reporte  l'exécution  au  XIII*  siècle  ; 
le  revers,  au  contraire,  est  contemporain  de  la   bulle*  . 

Sur  la  bulle  de  1661,  le  grand  maître,   fiârbu  et  tête  nue, 

f  bis,  M.  VaUier  cite  Tusage  des  bulles,  au  moyen-àge,  pour  les  archevêques 
d'EmbruD,  les  évoques  de  Gap,  de  Die,  de  Valence  et  de  Saint-Paul-troi8-Ch&- 
teaux,  les  seigneurs  de  Montélimar  et  les  dauphins  eux-mêmes.  »  (Le  bras  de 
saint  Amoul  et  les  bulles  des  évéques  de  Gap,  p.  7). 

^  La  gauche  du  sceau^  à  Tinverse  de  celle  du  spectateur. 

'  n  suppose,  en  haut,  la  main  d'un  ange  pour  le  tenir.  L'encensoir  est  un 
honneur,  k  la  fois  funèbre  et  divin. 

'  bis  Cette  lampe  pourrait  aussi  rappeler  le  feu  sacrV.  «  Pendant  de  longs 
siècles,  le  Samedi  saint,  en  présence  du  clergé  et  du  peuple,  une  des  lampes 
qui  surmontait  le  Saint-Sépulcre  à,  Jérusalem,  s'allumait  miraculeusement. 
Après  avoir  allumé  les  lampes  de  Téglise,  on  communiquait  ce  feu  nouveau 
aux  fidèles  pour  leurs  maisons.  Ce  prodige  se  manifesta  la  première  fois  après 
la  conquête  de  cette  ville  par  les  Sarrasins,  et  on  vit  un  signe  de  la  divinité 
de  la  religion  aux  yeux  des  infidèles.  Attesté  par  les  historiens  contempo- 
rains, il  a  été  raconté  par  Urbain  II,  lorsqu'il  vint  en  France  prêcher  la 
croisade.  Ce  miracle  cessa  seulement  lorsque  la  ville  retomba  aux  mains  des 
infidèles.  Le  clergé  grec,  tous  les  ans,  cherche  k  reproduire  ce  miracle^  par 
une  supercherie  odieuse  (Dom  Quéranger,  Année  liturgique.  Passion, 
599-600). 

La  façon  dont  a  été  frappée  la  Bulle,  indique  qu'elle  se  compose  de   deux 
rondelles,  obtenues  séparément,  puis  rapprochées . 


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300  DEUX  BULLES  INÉDITES 

est  agenouillé  sur  le  sol  inégal  du  Calvaire.  Il  porte  un  man- 
teau sur  sa  tunique  talaire  et  tient,  des  deux  mains  jointes, 
un  dizain,  dont  on  n'aperçoit  que  trois  grains  et  la  houppe 
terminale*  .  Il  prie  devant  une  croix  à  double  croisillon' , 
plantée  sur  la  colline  et  accompagnée  des  deux  lettres  alpha 
et  oméga.  On  lit  autour  en  majuscules  romaines  :  RAPHAËL 

COTONER.  M.  M '  DOM. 

Le  revers  varie  à  la  bulle  de  1664.  La  croix  est  la  mème^ 
mais  avec  V alpha  seulement.  Le  grand  maître,  agenouillé, 
tient  un  dizain  à  deux  grains  et  une  houppe  :  il  est  suivi  de 
cinq  religieux,  dont  la  présence  est  justifiée  par  le  texte 
Nos  conventus  et  la  légende  dont  il  ne  reste  que  le  com- 
mencement et  la  fin  :  f  BVL  [la  magistri)  ET  CONVENTVS  et 
qui  se  développe  entre  deux  rangs  de  grènetis.  Le  revers  de 
la  bulle  variait  donc,  suivant  qu'elle  était  donnée  par  le 
grand  maître  seul  ou  par  celui-ci  et  son  couvent. 


IV. 


Les  bulles  des  grands  maîtres  ont  été  étudiées  plusieurs 
fois'  ***.  Il  ne  sera  pas  inutile  de  comparer  celles  du  moyen- 
âge  avec  les  deux  relçitives  au  prieuré  d'Aquitaine. 

*  JLes  cheyalien  de  Malte  ayaient  remplacé  la  récitation  de  Toffice  divin 
par  ceUe,  beaucoup  plus  courte,  du  chapelet. 

'  Cette  croix,  qui  figure  la  vraie  Croix  conservée  à  Jérusalem,  est  derenue 
l'insigne  du  patriarcat. 

>  La  bulle  a  souffert  en  cet  endroit,  mais  il  est  facile  de  suppléer  arec  le 
début  du  diplôme  :  Magnus  magister  sacr»  damtts  hospitaXis, 

^  bis.  Parmi  les  ouvrages  récents,  il  importe  de  citer  le  suivant  :  Les  Sceaux 
des  archives  de  Vùrdre  de  SairU-Jean  de  Jérusalem  à  Malte,  par  Delaville- 
Le  Roulx/  1887,  in-8*. 


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DU  xvi*  SIÈCLE  ;301 

•  Les  plus  anciennes  remontent  aux  XII*  et  XIII*  siècles.  Là 
Jtevue  archéologique,  t.  xxxi,  p.  55-57,  en  donne  deux  de  cette 
époque.  La  bulle  de  frère  Jean  porte  sur  la  face,  non  pas 
€  un  malade  couché  dans  un  lit  de  Thôpital  saint  Jean,  » 
comme  Taffirme  Tauteur  de  Tarticle,  mais  bien  le  Christ  lui- 
môme  dans  son  tombeau.  Au  revers,  la  croix  à  double  croi- 
sillon est  accostée  des  lettres  «  et  w  et  surmonte  un  M  go- 
thique, qui  n'est  pas  expliqué*  . 

Sur  le  contre  sceau  du  patriarche  de  Jérusalem,  Guillaume, 
en  1265  (Douet  d'Arcq,  Collect,  de  sceaux,  t.  u,  p.  454).  la 
légende  permet  de  reconnaître  sûrement  le  Saint  Sépulcre'  : 

PVf  SELCRVM  XPI  VIVENTIS    . 

Les  Mélanges  de  numismatique,  t.  ii,  contiennent  un  article 
de  MM.  de  Vogué  et  Lambros,  qui,  planche  IX,  n"  21,  figurent 
le  plomb  du  grand  maître  Gaufridus  Lerat  (1195-1206),  où 
Ton  observe  la  croix  double,  flanquée  à  droite  de  Voméga^  et 

'  Pour  M.  Schlamberger  (Rex>,  arch.^  t.  xzxi,  p.  t50),  ce  que  Ton  a  pris 
€  pour  un  M  gothique  »  serait  «  la  représentation  du  crâne  dWdam.  »  Je  ne 
puis  admettre  cette  interprétation  que  la  forme  même  du  signe  contredit.  La 
lettre  existe  réellement,  elle  n'est  donc  point  une  erreur  d'interprétation  ; 
mais  elle  est  la  dégénérescence  d'un  type  primordial,  que  les  artistes  avaient 
cessé  de  comprendre  et  qu'ils  reproduisaient  en  conséquence  d'une  manière 
fantaisiste. 

'  Les  Templiers  (Douet   d'Arcq,  t.  m,    p.  242)   faisaient  usage,  en    1255, 
d'un  sceau  où  la  coupole  désignait  le  Saint-Sépulcre  : 
t  SIGILLVM  TVMBE  TEMPLI  XPI. 

Chassant  {Dict,  de  paléographie  pratique)  donne  ces  deux  variantes  : 
S.  MIUTVM  XPI 
S.  MILITIB  TEMPLI 

'  En  Afrique,  h,  Thévedte,  fut  découvert  dan.s  une  basilique  le  sarcophage 
de  Palladius,  évéque  d'Idicra,  qui  mourut  b.  Constantine  en  484.  «  L'iscrizione 
e  sormontata  da  una  oroce  avente  all'angolo  destro  inferiore  la  lettera 
oméga.  E  ourioso  d'osservare  che  l'altro  corrispondente  a  mano  sinistra  non 
contiene  Valfa,  corne  generalmente  s'osserva.  Fu  detto  che  cio  dériva  dal 
fatto  essere  morto  il  vescovo  lontano  dalla  sua  diocesi.  »  {Bullet.  di  arche 
Dalmata,  1889,  p.  17).  La  croix  n'a  donc  que  Vomega  sans  alpha  et  cet  oméga 
est  ù.  droite,  La  raison  alléguée  ici,  quel'évéque  est  mort  hors  de  son  diocèse, 
ne  me  semble  guère  plausible. 

T.   VI.    —   NOTICES.    —   VI'  ANNÉE,   3"   LIV.  19* 


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302  DEUX  BULLES  INÉDITES 

au-dessous  est  une  espèce  de  tête  de  mort.  Planche  X,  n»  27, 
la  croix  s'élève  entre  A  [alpha)  et  M,  qui  n'est  qu'un  oméga 
renversé.  Planche  VI,  n'  59,  A  disparaît  et  M  seule  subsiste 
du  côlé  gauche,  sur  la  bulle  Orsini  ;  au  n»  6,  M  prendla  forme 
gothique  bouclée.  Sur  le  sceau  de  Foulques  de  Villaret  (1307 
1359),  la  croix  double  surmonte  une  M  fermée,  avec  deux 
pointes  qui  ressemblent  aux  deux  yeux  du  crâne  (n**  22). 

Douet  d'Arcq  écrit  (t.  m,  p.  243-244),  à  propos  de  deux 
bulles  des  «  hospitaliers  de  Jérusalem,  »  qui  scellent  un  di- 
plôme  donné  à  Rhodes  en  1356  :  «  A  droite,  une  foule  de 
chevaliers  Csept  têtes  *),  agenouillés  devant  une  croix  pa- 
triarcale, accompagnée  des  lettres  «  w.  Sous  le  pied  de  la 
croix,  un  M  couché,  f  BVLLA  MAGISTRI  ET  CONVENTVS. 
—  Revers.  Sous  un  toit  d'architecture  gothique,  d*où  pend 
une  lampe,  un  personnage  nimbé' ,  couché  sur  un  tombeau, 
au  chevet  duquel  est  une  croix  pattée'  ,  ayant  à  ses  pieds  un 
encensoir,  f  HOSPITALIS  HIERVSALEM.   » 

La  bulle  de  Philbert  de   Naillac  (1396-1421)  est  figurée  aux 

*  yj  compte  huit  têtes,  dont  trois  en  queue. 

>  L'auteur  hésite  \\  tort,  car  le  nimbe  aurait  dû  le  renseigner  suffisam- 
ment et  surtout  s'il  avait  constaté  sur  de  bonnes  empreintes  qu'il  est  timbré 
d'une  croix.  M.  de  Vogué,  p.  184,  se  contente  de  dire  «  personnage  couché,  » 
ce  qui  est  bien  vague,  quand,  en  iconographie,  une  plus  grande  précision 
est  possible. 

'  La  croix  est  une  coutume  liturgique,  qui  a  subsisté  jusqu'à  ces  der- 
niers temps, dans  le  rite  gallican. Le  baron  de  Guilhermyen  a  cité  un  exemple 
dans  ses  Inscriptions  du  diocèse  de  Paris,  t.  ii,  p.  366.  En  1677,  Etienne 
Le  Qoust,  marchand,  est  inhumé  dans  Téglise  de  Saint-Ouen-l'Aumône. 
Entre  autres  recommandations  faites  par  lui,  son  épitaphe  rapporte  celle-ci  : 
il  avait  fondé  un'  salut,  le  jour  de  saint  Jean -Baptiste  et, 

A  LA  FIN  DVDIT  SALVT  DE  PRO 

FVNDIS  ET    ORAISONS  DANS  LA   CHAPELLE  DE  LA    VIERGE 
OV  EST  ENTERRÉ  LEDIT  DEFFVNCT  LE  GOVST  OR  SERA 
MIS  LA  BELLE  CROIX  AV  feOVT  DE  LA  REPRÉSENTATION 
DES  MORTS  ET  DEVX  CIERGES  ARDENS...   . 


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DU  XVI*  SiftCLlî  303 

n"  29,  47,  49,  •ISO.  La  croix  double  est  accompagnée  de  la 
lettre  A  à  gauche,  une  seule  fois  et,  trois  autres  fois,  de  M 
sous  la  croix  et,  aux  n»»  30  et  51,  de  la  lettre  G,  sur  la  bulle 
d'Antoine. 

Au  n"  45  de  la  planche  V,  A  est  à  gauche  de  la  croix,  sans 
pendant,  sur  la  bulle  de  Philippe.  Enfin,  sur  les  monnaies 
des  XIV«  et  XV  siècles,  les  lettres  sont  A,  B,  G,  M,  P.,  indif- 
féremment. 

Tout  cela  est  évidemment  fort  compliqué  et  il  faudrait 
peut-être  d'autres  éléments  encore  pour  pouvoir  se  prononcer 
librement. 

Raisonnons  sur  ce  que  nous  avons  sous  les  yeux.  II  y  a 
plusieurs  variantes  :  d'abord  alpha  et  oméga,  dont  la  signi- 
Qcation  est  incontestable  et  bien  connue  en  iconographie. 
Mais  il  s'y  opère  deux  changements:  A  esta  droite  ou  à 
gauche  ;  à  gauche,  il  n*a  pas  son  pendant  (pi.  V,  n*  45  ;  pi.  X, 
n"  29).  Puis  w  se  retourne  et  devient  M  (pi.  X,  n°  27  ;  pi.  VI, 
n^fiO).  Est-ce  cet  am^g'a  mal  fait  ou  renversé  qui  aurait  donné 
ridée  de  M  sous  la  croix,  laquelle  alors  n'a  plus  l'initiale  ou 
la  finale  del'alphabet  grec?  C'est  possible  (pi.  V,  n"  47,  49,50). 

Mais  une  autre  version  s'impose  et  elle  a  pour  garant 
l'autorité  de  M.  Schlumberger.  Planche  IX,  n**  21,  la  croix  a, 
adroite,  Y  oméga,  à  gauche  V  alpha  a  disparu,  mais  son  exis- 
tence n'est  pas  douteuse  ;  enfin,  au  dessous,  un  crâne  qui  ne 
peut  être  que  celui  d'Adam*.  Ce  crâne  (n*  22)  devient  M  bouclée 
au  quatorzième  siècle,  mais  avec  deux  points  rappelant  ses 
deux  yeux  :  à  la  fin  du  même  siècle,  M  subsiste  seule  (n**  47, 
45,  50).  Qu'en  conclure?  Que  nous  avons  là  le  point  de  départ 
et  les  deux  transformations  successives.  L'acheminement 
à  la  déformation  est  très  apparent  de  1307  à  1319  rotez  les 
deux  points,  il  n'y  a  plus  qu'une  lettre  inintelligible  au  lieu 
d'un  crâne. 

*  X.  Barbier  de  Montault,  Œuvres  complètes,  t.  ii,  p.  494,  au  mot  Adam 


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1 


304  DKUX  BULLlîS  INÉDITES 

Mais,  à  gauche  de  la  croix,  voici  d'autres  lè*trés,B,.G,  P. 
M.  de  Vogué  interprète  GGenisalemme,  Pourquoi  cette  forme 
italienne?  G^roso/êma  serait  encore  plus  plausible. 

L'initiale  donnerait-elle  alors  le  lieu  de  la  frappe  ?  B  pourrait 
donc  devenir  Bethléem,  P  Palestina.  J'avoue  toutefois  que  je 
n*ose  m'aventurer  sur  un  terrain  si  peu  solide. 

X.   Barbier  de  Montault, 
Prélat  delà  Maison  de  Sa  Sainteté, 


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t 


\a  Rerue  hUioriqv^  de  t  Ouest  a  été  le  moi»  Her- 
Tiier  fia  juin),  hîen  criidlement  éprouvée  par  la 
raorU  aussi  subite  qu" imprévue,  de  M.  Joseph  ér, 
MUNTl  DE  KEZÉ,  âgé  de  i8  ans,  fils  aîoé  de  notre 
f  her  ooïi frère  M.  Claude  (ie  Monti  de  Resté,  archiviste 
de  la  lle}*ae,  el  l'un  di*  ses  foûdateurs.  A  peine  au 
sruil  de  la  vie,  et  alors  que  l'existence  la  plus 
heureuse  semblait  lui  sourire,  il  a  été  enlevé  en 
quelques  heures  a  l'alîeilîoii  des  siens.  Dans  cea 
tristes  drconsUnif^es,  la  Pevae  historique  de  f  Ouest 
tient  à  assurer  de  nouveau  M.  (ïlaude  de  IVlonti  'de 
Rezé  et  sa  famille  de  toulf  la  vive  pari  qu'elle  a  j»rise 
à  leur  profonde  douleur. 


Quelques  jourfi  après,  le  â!i  juin,  un  nouveau 
deuil,  ausHÏ  cruel  qu'inattendu,  venait  attrister  Ions 
nos  coeurs  ;  notre  sympalhique  et  zélé  eonfnVre, 
M,  Raoul  LE  QUEN  uEN  TREMEUSE,  était  emporté 
presque  subitement  par  une  méningite.  Aussi 
profondément  dévoué  à  toutes  les  œuvres  littéraires 
et  scieutifiques  qu'aux  œuvres  sociales  et  rclig'ieuses, 
il  avait  été  Tun  des  premiers  fondateurs  et  des 
bienfaiteurs  fie  la  Ueime  historique  de  F  Ouest,  h 
laquelle  il  n'avait  cessé  de  témoigner  le  plus  vif 
intérêt.  Elle  ne  saurait  donc  oublier  ce  caractère  si 
noble,  ce  cœur  si  généreux  et  si  loyal»  et  c'est  avec 
une  profonde  tristesse  qu'elle  s^associe  aujourd*hui 
à  l'immense  douleur  de  sa  famille  et  de  ses  nom- 
breux amis. 


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LES  136  NANTAIS 

RELATION  INÉDITE  DE  LEUR  Y0TA6E  A  PARIS  EN  1794 
Par  1«  Comte  Bernardin-Marie  de  la  GUÈRE 

AVEC  INTRODUCTION.  NOTES  &  NOTICES 

Par  le  oomte  Alphonse  de  la  GUÈRE 

AVEC     LE     CONCOURS     DE     MM.     RENÉ    KERVILER^    COMTE     RÉGIS 
DE    l'bSTOURBBILLON  ,    HENRI    LE    MEIGNEN.  • 

INTRODUCTION 

LE  voyage  à  Paris  des  132'  Nantais  envoyés  par  Carrier  au 
tribunal  révolutionnaire  de  Paris  est  Tun  des  épisodes 
les  plus  importants  et  les  plus  dramatiques  de  Tbistoire 
de  la  Terreur  à  Nantes.  Il  est  pourtant  mal  connu,  sinon  dans  les 
faits  matériels  de  ses  cruelles  péripéties,  du  moins  dans  ses 
causes  et  dans  Tappréciation  de  la  situation  politique  de  ses  prin- 
cipales victimes. 

Une  relation^de  cette  lamentable  odyssée  fut  imprimée  à  Paris 
presque  aussitôt  après  l'acquittement  des  prisonniers  restants.  Elle 
a  pour  titre  :  Relation  du  voyage  des  cent  trente-deux 
Nantais  envoyés  à  Paris  par  le  Comité  révolutionnaire 

*  Us  partirent  132,  mais  à  Angers  on  en  relâcha  4  qui  furent  remplacés  par 
4  antres.  Total  13«. 

T.   VI.   —   NOTICES.   —   VI*  ANNÉE,   4*  LIV.  20 


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306  INTRODUCTION 

de  Nantes  (Paris,  sans  Dom  d'imprimeur,  an  II,  in-8*,  45  p.)  ; 
elle  est  signée  de  dix  noms  seulement  parmi  lesquels  ceux  de 
'\nilenave,  de  Dorvo  et  de  Pineau  du  Pavillon',  et  datée  de  Paris 
<K  maison  BeIhomme,rue  Charonne,  faubourg  Antoine,  le  l**"  mes- 
sidor an  II  de  la  République  française,  une  et  indivisible.  » 
Bien  qu'un  grand  nombre  d'éditions  en  .aient  été  tirées  aussitôt 
après  sa  première  publication,  elle  est  devenue  assez  rare,  et 
Verger  l'a  reproduite  dans  ses  Archives  curierÀses  de  la  ville 
de  Nantes.  Elle  est  précédée  d'un  avertissement  ainsi  conçu  : 

«  Cette  relation  n'était  point  destinée  à  Timpression.  Quelques- 
uns  d'entre  nous  l'avaieut  rédigée  comme  on  rédige  des  notes 
sur  les  événements  les  plus  remarquables  de  sa  vie,  c'est-à-dire 
sans  soin  et  sans  prétention.  Tant  que  le  Comité  révolutionnaire  de 
Nan^s  a  exercé,  dans  cette  commuae  et  dans  le  département  de 
la  Loire-Inférieure,  la  pui&sance  la  plus  arbitraire,  la  crainte  bien 
légitime  d'exposer  à  sa  fureur  nos  familles  entières  nous  a  imposé 
la  loi  du  plus  rigoureux  silence.  Pleins  de  confiance  dans  la 
justice  nationale,  nous  avons  dû  étouffer  nos  plaintes,  mais  au- 
jourd'hui qu'il  est  bien  prouvé  que  le  comité  de  Nantes  a  épuisé 
sur  nous  tous  ses  moyens  de  nuire,  nous  devons  à  la  vérité,  à  la 
justice  et  à  l'humanité,  de  déclarer  toutes  les  persécutions  aux- 
quelles  nous  avons  été  en  butte.   » 

Cette  relation  empreinte  d'un  assez  vif  esprit  républicain  est 
généralement  attribuée  à  Villenave.  Il  est,  en  effet,  fort  probable 
qu'il  en  fut  le  principal  rédacteur  et  qu'il  eut  pour  collaborateur 
Phélippes  de  Coëtgoureden  de  Tronjolly,  cet  ancien  substitut  du 
procureur  du  Roi  près  le  présidial  de  Rennes,  qui,  devenu  pré- 
sident du  tribunal  révolutionnaire  de  Nantes,  avait  d'abord  exé- 
cuté, sans  mot  dire,  les  ordres  de  Carrier  et  s'était  fait  ensuite 

«  Sur  tous  ces  personnages,  nous  donnerons  ci*dessoù8  des  notices 
détaillées. 


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INTRODUCTION  307 

l'accusateur  de  son  ancien  patron*.  Phélippes  n'avait  pointt 
fait  partie  du  voyage  des  132,  mais  lorsqu'il  se  décida  à  se  faire 
raccnsateur  de  Garrieri  c'est-à-dire  quelques  mois  plus  tard,  il  se 
constitua  prisonnier,  fut  expédié  seul  à  Paris  et  joint  pour  le 
procès  aux  133  Nantais.  Or  l'œuvre  de  ces  deux  transfuges  de 
l'ancien  régime  a  été  jusqu'à  présent  la  seule  base  des  appréciations 
des  historiens.  Il  en  est  résulté  des  erreurs  capitales.  Je  n'en  veux 
pour  preuve  que  ce  passage  d'un  compte-rendu  de  M.  Anatole 
de  Earthéïemf ,  un  des  érudits  parisiens  qui  connaissent  le  mieux 
la  Bretagne  et  ses  annales  les  plus  intimes,  présentant  aux  lec- 
tears  de  la  Revue  de  Bretagne  et  de  Vendée^  en  1862,  le 
livre  de  H;.  Gampardon,  un  historien  lui  aussi  fort  consciencieux, 
archiviste  aux  archives  de  l'Empire,  sur  VHistoire  du  tribunal 
rétolutionnaire  de  Paris  : 

c  J'ai  rarement  vu,  dit  M.  de  Barthélémy  d'après  M.  Gam- 
pardon, quelque  chose  de  plus  navrant  que  le  récit  du  voyage  de 
Nantes  à  Paris  des  malheureux  Nantais  que  le  Comité  révolution- 
naire expédia  le  27  novembre  1793.  C'étaient  cependant  des 
républicains  qui  avaient  fait  leurs  preuves^  qui  avaient 
même  obéi  à  quelques-uns  des  ordres  de  Carrier.  Un  beau 
jour^  celui-ci  ne  les  avait  plus  trouvés  ni  assez  purs^  ni 
assez  zélée.  Leur  voyage  dura  quarante  jours,  au  milieu  des 
souffrances  de  la  faim,  de  la  soif,  du  froid,  exposés  aux  insultes 
et  à  la  mort  violente,  enfermés  à  leurs  longues  étapes  dans  des 

*  François-Anne-Louls  Phélippes  de  TronjoU^  appartenait  à  une  ancienne 
famiUe  qui  figure  aux  réformations  et  montres  du  XV*  siècle,  en  Bourgbriac 
et  Plésidy,  et  qui  portait  «  de  gueules  à  la  croix  endentée  éC argent  »,  mais 
qui  ne  comparut  pas  à.  la  ré  formation  de  1669.  Petit-fils  d'un  échevin  de 
Rennes,  il  fnt  juge-garde  de  la  monnaie  de  Rennes  en  1775,  avocat  du  roi 
au  présidial  en  1778,  lieutenant^colonel  de  la  milice  bourgeoise,  député  de 
Rennes  aux  États  de  1784,  et  son  zèle  révolutionnaire  lui  valut  en  179S  la 
présidence^  du  tribunal  révolutionnaire  de  Nantes,  Il  mourut  en  1818. 


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308  INTRODUCTION 

locaux  insalubres  où  une  simple  paillasse  était  payée  jusqu'à  dix 
livres  par  nuit.  Ils  n'étaient  plus  que  97  à  leur  arrivée  :  la  dé^ 
magogie  leur  faisait  payer  durement  le  concours  dévoué 
quelle  leur  avait  prêté.  A  leur  tête  était  Phélippes  de  Tron- 
jolly  qui,  après  avoir  invectivé  les  aristocrates  à  la  fin  du  dix- 
huitième  siècle,  se  vantait  en  1808  d'être  d'extraction  noble. 
Il  ent  la  chance  d'être  oublié  avec  ses  compagnons  d'infortune 
jusqu'à  la  réaction  de  thermidor  et,  après  la  chute  des  terroristes, 
il  futTun  des  plus  ardents  à  dénoncer  ce  même  Carrier,  à  qui  le 
15  germinal  an  II,  il  écrivait  :  «  Personne  ne  te  rend  plus  justice 
que  moi  qui  suis  patriote  et  répablicain. .  •  Je  ne  me  consolerais 
pas  d'avoir  perdu  la  confiance  d'un  représentant  tel  que  toi.  » 
C'est  le  courage  du  roquet  devant  le  loup  enchaîné.  —  li.  Cam- 
pardon  donne  les  noms  des  malheureux  républicains  nantais  qui 
auraient  fait  une  fournée^  si  Robespierre  eût  encore  régné  ;  il 
entre  dans  des  détails  complets  sur  leurs  interrogatoires.  Le  grand 
crime  qui  leur  était  imputé  était  d'appartenir  à  la  faction  scélérate 
du  fédéralisme.  Grâce  à  l'éloquence  de  Tronson-Ducoudray,  les 
Nantais  furent  acquittés,  et  le  comité  révolutionnaire  de  Nantes 
dut  à  son  tour  venir  rendre  compte  de  sa  conduite  au  tribunal'.  > 
A  ce  compte,  il  faudrait  considérer  les  136  Nantais  comme  un 
groupe  de  Girondins  au  petit  pied,  parallèle  à  celui  des  36  admi- 
nistrateurs du  Finistère,  reconnaissant  pour  chef  Phélippes  de 
TronjoUy,  et  assez  peu  récompensés  de  leur  zèle  à  se  faire 
pardonner  leurs  tentatives  de  fédéralisme,  même  en  sacrifiant  à 
Carrier,  pour  avoir  été  jugés  dignes  des  dernières  vengeances  de 
la  Montagne.  Le  malheur,  — où  plutôt  les  malheurs,  car  cette 
théorie  rencontre  beaucoup  d'obstacles  insurmontables,  —  c'est 
d'abord  que  Phélippes  de  Tronjolly  n'a  jamais  fait  partie  du  voyage 

*  Rêvue  de  Bretagne  et  de  Vendée^  1862,  1,  p.  300. 


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INTRODUCTION  309 

des  132  Nantais  commencé  le  27  novembre  1793  et  continué 
pendant  tout  le  mois  de  décembre,  attendu  qu'un  mois  après  ce 
départ,  il  fonctionnait  encore  comme  président  du  tribunal  lévolu- 
tionnaire  de  Nantes  ;  —  c'est  ensuite  :  qu'il  ne  fut  jamais  le  chef 
politique  de  ce  groupe  fort  hétérogène,  dont  il  avait  fait  incarcérer 
un  grand  nombre  de  titulaires^  comme  suspects,  longtemps  avant 
^u'on  songeât  à  les  adresser  au  tribunal  révolutionnaire  de  Paris  ; 
—  c'est  enfin  que,  loin  de  former  un  groupe  politique,  ces  mal- 
heureux ne  se  connaissaient  même  pa&et  que  plusieurs  d'entre  eux, 
fort  éloignés  des  opinions  républicaines,  n'étaient  que  de  simples 
< aristocrates  ou  contre-révolutionnaires.  Au  moment  de  partir, 
tous  ces  malheureux  se  regardent  et  constatant  qu'ils  sont  pour 
la  plupart  étrangers  les  uns  aux  autres  :  «  Nous  nous  examinions, 
dit  Villenave  :  notre  surprise  était  extrême  :  nous  ne  nous  con- 
naissions point  :  nulles  relations,  d'aucune  espèce,  n'avaient  existé 
entre  presque  tous.  »  Il  est  certain  que  ni  les  Bodin  des  Plantes, 
ni  les  de  Biré,  ni  les  Bruneau  de  la  Souchais,  ni  les  Charette  de 
Boisfoucauld,  ni  les  de  l'Estourbeillon,  ni  les  Onfroy  de  Bréville, 
ni  les  Espivent  de  la  Villeboisnet,  ni  les  de  la  Guère,  ni  les 
Luette  de  la  Pilorgerie,  ni  les  Sarrebourse,  ni  les  de  Monti, 
ni  les  de  Menou,  pour  n'en  citer  à  la  volée  qu'une  douzaine,  ne 
pouvaient  être  soupçonnés  de  complicité  avec  les  Dorvo  et  les 
Sotin.  Pas  davantage  ne  pouvait  Terre  Tex-constituant  Pel- 
lerin,  qui  jadis,  à  la  déclaration  des  droits  de  l'homme,  avait 
opposé  la  déclaration  de  ses  devoirs,  qui  avait  donné  sa  démis- 
sion de  cléputé  pour  ne  pas  voter  la  constitution  civile  du  clergé, 
et  qui  depuis  avait  été  enfermé  au  ch&teau  de  Nantes  parce  qu'on 
l'accusait  d'avoir  mal  parlé  de  la  garde  nationale  en  défendant 
les  religieuses  des  Couëts ...  Et  Bernède,  arrêté  4  mois  avant 
l'arrivée  de  Carrier  à  Nantes  pour  avoir  donné  asile  à  un  prêtre  ! 
Et  Duchesne,  et  les  deux  Pichelin,  et  tant  d'autres  I 


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310  INTRODUCTION 

La  vérité,  c'est  que  ce  procès  historique  est  à  réviser.  M.  de 
la  Pilorgérie  ayant  présenté  quelques  unes  des  considérations  qui 
précèdent,  dans  IzRevUe  de  Bretagne  et  de  Vendée^  quelques 
semaines  après  le  compte-rendu  de  M.  de  Barthélémy,  celui-ci 
reconnut  avec  franchise  que  ses  paroles  avaient  dépassé  sa  pensée 
lorsqu'il  avait  écrit  :  «  C'étaient  cependant  des  républicains  :  »  il 
déclara  qu'il  aurait  dû  écrire  :  «  il  y  avait  cependant  ps^rmi  eux  des 
républicains^  >  Cela  ne  nous  suffit  pas  ;  et  bien  que  M.  Wallon, 
dans  sa  récente  Histoire  du  Tribunal  révolutionnaire  de 
Paris^  ait  mieux  apprécié  les  choses  que  M:  Campardon,  en 
disant  :  «  On  imagina  une  conspiratioi^  :  royalistes,  fédéralistes, 
patriotes  tièdes  et  riches  surtout,  étaient  de  droit  conspirateurs  : 
on  en  dressa  une  liste  à  l'aide  d'un  almanach  et  des  registres  de  la 
municipalité^.  • .  >,  nous  pensons  qu'il  importe  d'examiner  de  près 
le  dossier  de  chacun  des  182  Nantais. 

L'occasion  nous  en  est  fournie  par  une  relation  jusqu'ici  inédite, 
qui  émane  du  comte  Bernardin-Marie  Pantin  de  la  Guère,  un  des 
aristocrates  que  nous  mentionnions  tout  à  l'heure  et  qui  nous  a  été 
communiquée  par  un  de  ses  descendants.  Il  est  intéressant  de  la 
comparer  avec  la  relation  de  Villenave  :  nous  allons  donc  la 
publier  tout  d'abord  pour  bien  établir  les  faits  entre  le  départ  et 
le  jugement  ;  puis  nous  tâcherons  de  reconstituer  la  Biographie 
des  132  :  nous  ferons  suivre  cette  Revue  de  la  publication  des 
audiences  du  tribunal  révolutionnaire  de  Paris,  et  nous  conclurons. 

Mais  il  est  bon  dç  ne  pas  terminer  cette  courte  préface  sans 
dire  quelques  mots  de  ce  que  nous  croyons  d'ores  et  déjà  être 
Fexpression  de  la  vérité.  Carrier  arriva  à  Nantes  le  8  octobre 
1793  ;  les  prisons  contenaient  déjà  beaucoup  de  suspects  ;  il  les 

'  Revtie  de  Bretagne  et  de  Vendée^  1862,  1, 492. 
•  WaUofli,  Bist.  du  Tnb.  révoluU,  V,  329. 


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INTRODUCTION  ^H 

en  fit  bienU^t  regorger  et  la  question  se  posa  alors  de  savoir 
comment  on  s'en  débarrasserait.  La  première  noyade  eut  lieu  le 
17  novembre  1793,  la  seconde  le  7  décembre  ;  l'envoi  des  132 
Nantais  à  Paris,  le  27  novembre,  juste  à  égale  distance  entre  ces 
deux  monstrueuses  opérations;  fait  donc  partie  du  système  gé- 
néral :  se  défaire  des  prisonniers  en  masse  ;  car  pour  les  132 
Nantais,  il  parait  bien  prouvé  qu*ordre  avait  été  donné  au  citoj'Bn 
Boussard,  commandant  le  bataillon  d'esoorte,  de  les  fusiller  en 
route.  Aucun  d'eux  ne  devait  arriver  à  Paris  ;  sept  jours  après 
leur  départ,  Goullin  s'exprimait  sur  leur  compte  comme  s'ils 
n'existaient  déjà  plus.  «  Une  citoyenne,  dit  une  note  de  la  rela- 
tion Yillenave,  s'étant  rendue  à  la  municipalité  pour  y  demander 
quelques  pièces  justificatives  pour  l'un  de  nous,  il  lui  fut  ré- 
pondu :  «  Vous  prenez  un  soin  désormais  inutile  :  ce  sont  des 
hommes  qu'on  a  sacrifiés  :  ils  ne  sont  plus.  » 

Or  les  propos  antérieurs  de  Carrier  sont  bien  connus  :  Tous  les 
riches,  s'ècriait-il  à  la  Société  populaire  de  Nantes^  tous  les 
marchands  sont  des  contre-révolutionnaires  ;  dénoncez-Les  moi  et  je 
ferai  rouler  leurs  têtes  sous  le  rasoir  national.  Il  est  des  fanatiques 
•qui  ferment  leurs  boutiques  le  dimanche;  dénoncez-moi  cette 
espèce  de  controrrévolutionnaires  et  je  la  ferai  guillotiner. . .  » 
Et  à  celle  d'Ancenis  :  <k  Je  vois  partout  des  gueux  en  guenilles  : 
vous  êtes  ici  aussi  bétes  qu'à  Nantes  ;  l'abondance  est  près  de 
vous  et  vous  manquez  de  tout  ;  ignorez-vous  donc  que  les  ri- 
chesses de  ces  gros  négociants  vous  appartiennent,  et  la  rivière 
n'est-elle  pas  là*  î  » 

Ecoutez  encore  cette  déclaration  de  Yillenave  :  «  Quelques 
jours  avant  le  départ  des  Nantais  pour  Paris,  Nau,  d'abord  né- 
gociant, bientôt  banqueroutier,  ensuite  commissaire  bienveillant 

Berriat  Saint-Prix,  la  Justice  révolutionnaire^  p.  36. 


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312  INTRODUCTION 

du  Comité,  se  rendit  à  la  maison  d'arrêt  de  TEsperonnière,  fit 
appeler  dans  le  jardin  sept  à  huit  d'entre  nous,  et  là,  en  présence 
de  l'olBcier  de  poste  et  d'un  capitaine  des  grenadiers  de  la  légion 
nantaise,  il  leur  parle  en  ces  termes  :  Cest  maintenant  ici  la 
guerre  des  gueux  contre  ceux  qui  ont  qvslque  chose.  Je 
vous  conseille  de  vous  exécuter  :  faites  des  sacrifices  ;  le 
temps  presse.  Il  est  question  d'un  voyage  de  Paris  ;  et 
d'ailleurs  l'aventure  des  90  prêtres  qui  viennent  d^être 
noyés  est  unmotif  suffisant  pour  vous  déterminer  promp^ 
tement.  —  Nos  camarades  surent  braver  la  mort,  plutôt  que  de 
consentir  à  racheter  leur  liberté  ou  leur  vie  par  une  l&cheté,  et, 
jusque  dans  les  fers,  ils  montrèrent  un  orgueil  républicain.  » 

Tout  cela  est  caractéristique  :  arrestation  en  masse  des  suspects, 
et  parmi  les  suspects  les  principaux  sont  les  riches  et  les  négo- 
ciants :  puis  proscription,  noyades  et  fusillades,  aussi  en  masse, 
pour  se  partager  les  dépouilles  des  victimes.  C'est  bien  la  guerre 
des  gueux  contre  ceux  qui  ont  quelque  chose. 

Pour  multiplier  les  arrestations  et  se  donner  des  apparences 
de  châtiment  légitime.  Carrier  et  le  Comité  répandirent,  peu  de 
jours  avant  l'expédition,  le  bruit  d'une  conspiration  contre  les  re- 
présentants du  peuple  et  contre  les  autorités  constituées.  Le 
22  brumaire,  la  générale  fut  battue,  la  garde  nationale  rassem- 
blée; des  canons  furent  braqués  sur  plusieurs  places;  un  grand 
nombre  d'arrestations  eurent  lieu.  Un  témoin*  dut  en  opérer, 
sans  motifs,  à  l'égard  de  parents  et  d'amis.  Cette  expédition  était 
ainsi  racontée  dans  une  note  insérée  au  Moniteur^  : 

*  Bulletin  du  tribunal  révolutionnaire^  déposition  de  Sarradin, 
n®  78.  p.  3.  Et  tout  cela  parce  que  quelques  prisonniers  avaient  Jeté 
le  riz  qu'ils  ne  pouvaient  avaler. 

>  MoniteuXi  1*'  frimaire  an  II,  p.  245. 


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INTRODUCTION  313 

I 

c  Ce  matin  oa  a  battu  la  générale  pour  prévenir  un  complot 
qu'on  a  découvert  ;  il  ne  s'agissait  rien  moins  que  d'égoi^er  les 
représentants  du  peuple  qui  sont  ici  et  toutes  les  autorités  cons>- 
tituées  ;  mais  gr&ce  aux  b^s  patriotes  qui  dominent  toujours  dans 
notre  ville,  ce  complot  a  été  déjoué.  » 

Le  surlendemain,  le  Comité  révolutionnaire  de  Nantes  prenait 
l'arrêté  suivant  : 

«  Liberté,  Indivisibilité,  Egalité.  » 

•  Le  Comité  révolutionnaire  instruit,  par  divers  rapports  una- 
nimes, qu'un  grand  complot  se  tramait  dans  le  sein  de  cette 
ville  ;  que  les  jours  des  administrateurs,  des  représentants  du 
peuple,  de  tous  les  républicains  même  étaient  menacés  ;  convaincu 
par  des  écrits  saisis  sur  les  brigands,  que  plusieurs  ennemis  inté- 
rieurs et  opulents  avaient  alimenté  et  alimentaient  encore  de  leur 
or  et  de  leur  correspondance  la  rébellion  de  la  Vendée. 

«  Considérant  que  pour  couper  le  fil  de  communications  aussi 
funestes,  et  faire  avorter  les  projets  liberticides,  il  était  indispen- 
sable de  frapper  des  coups  prompts  et  révolutionnaires  ;• .  • 

c  Considérant  qu'il  ne  suffirait  pas  de  se  saisir  des  conspirateurs  ;.. 
que  leur  présence  plus  longue  dans  cette  cité  pourrait  entretenir 
l'espoir  des  malveillants,  etc. 

«  Arrête, 

«  Article  P'.  Il  sera  dressé  une  liste  exacte  de  toutes  les  per- 
sonnes suspectées  d'avoir  trempé  dans  ce  complot. 

«  Art.  Ily  III.  —  (Arrestation  de  ces  personnes  par  les 
M&rat  etc. ..,  scellés  sur  leurs  appartements). 

«  Art.  IV,  V,  VI.  —  (Dépôt  à  rEsperonnière  et  puis  translation 


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314  INTRODUCTION 

à  Paris,  à  t' Abbaye,  (cela  fait  songer  aux  massacres  de  TÀbbaye)  ! 
des  persODùes  arrêtées,  sous  la  conduite  de  deux  commissaires 
civils). 

«  Art.  VII.  —  n  est  déclaré  aux^ersonnes  arrêtées  que  si 
elles  font  le  moindre  mouvement  pour  s'enfuir,  elles  seront 
fusillées  Bt  leu*^  biens  confisqués.  Cet  ordre  sera  exécuté  irrémis- 
siblement  ;  à  cet  effet  l'appel  sera  fait  deux  fois  par  jour. 

«  Art.  VIII.  —  Ceux  qui  se  seront  soustraits  à  l'arrestation  et 
ne  se  constitueront  pas  prisonniers  dans  les  trois  jours,  seront 
réputés  émigrés  et  traités  comme  tels. 

•  Art.  IX.  — (Relatif  à  la  sanction  du  représentant  du  peuple), 
c  Nantes,  24  brumaire  an  II. 

€  M.  Grandmaison^  Goullirif  Richelot. 

«  Nous,  représentants  du  peuple  près  l'armée  de  l'Ouest,  sanc- 
tionnons la  mesure  ci-dessus.  Nantes,  6  frimaire  an  II. 

Carrier  et  plus  bas  :  Goullin\  i 

Le  6  frimaire,  par  deux  arrêtés,  le  comité  nomma,  pour  com- 
missaires civils  près  le  convoi,  Bologniel  un  4e  ses  membres, 
et  Nau,  de  la  trop  célèbre  compagnie  Marat  ;  et  comme  inspec* 
teur  général,avec  les  pouvoirs  lès  plus  étendus,  Etienne  Dardare. 
Et  le  convoi  partit.  J'ai  dit  que  l'on  comptait  bien  qu'il  n'arri- 
verait pas  à  destination.  Voici  en  effet  ce  qu'on  peut  lire  à  la  fin 
du  mémoire  de  Tronjolly,  adressé  à  la  Convention  nationale  pour 
l'accusation  de  Carrier  et  de  ses  complices  : 

•  Je  reçois  à  l'instant,  écrivait-il,  la  pièce  suivante  ;  je  me  b&te 
delà  livrer  à  l'impression.  Elle  aurait  seule  suffi  pour  justifier 

'  La  Justice  révolutionnaire  (Berriat  Saint-Prix,  p.  49. 

0 


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INTRODUCTION  316 

mes  poursuites  contre  le  comité,  dans  mes  fonctions  d'accusateur 
public  près  le  tribunal  criminel  du  département  de  la  Ltàn* 
Inférieure. 

<  J'ai  été  dénoncé,  incarcéré,  mis  au  secret  pendant  cinq  jours, 
lié,  garotté,  couvert  de  fers  et  traduit  au  tribunal  révolutionnaire, 
de  cachots  en  cachots,  etc. 

«  Quel  est  mon  crime?  J'ai  poursuivi  des  assassins,  des  con- 
cussionnaires, des  inl&mes  agents  de  Biobespierre,  j'ai  vengé  la 
Nation  et  la  nature. 

«  Par  qui  ai-je  été  dénoncé  ?  par  les  monstres  que  je  poursuivais . 

«  Je  demande  à  être  interrogé,  jugé.  J'ai  des  révélations  imp6r« 

tantes  à  faire.  Depuis  trois  mois,  je  n'ai  pu  me  faire  entendre  ;  il 

est  temps  que  la  loi  prononce  sur  le  comité  révolutionnaire  de 

Nantes  et  sur  toutes  ses  victimes. 

>  J'ai  étaibli  ma  justification,  et  j'ai  fait  connaître  une  pérWe  des 
crimes  du  Comité  révolutionnaire,  dans  les  mémoires  que  j'ai 
adressés  à  la  Convention  nationale,  aux  Comités  de  salut  public 
et  de  sûreté  générale,  à  la  Commission  des  tribunaux,  à  celle  des 
revenus  de  là  République  et  au  Tribunal  révolutionnaire/ Ce 
mémoire  est  sous  presse.  —  PnâLiPPSs.  ■ 

Et  il  ajoute  cette  pièce  : 

«  Au  nom  du  Comité  révolutionnaire  de  Nantes  : 
€  Le  commandant  temporaire  de  Nantes  est  requis  de  fournir 
de  suite  300  hommes  de  troupes  soldées  ;  pour  une  moitié  se 
transporter  à  la  maison  du  Bouffay,  se  saisir  des  prisonniers  dé- 
signés dans  la  liste  ci-jointe,  leur  lier  les  mains  deux  à  deux,  et 
se  transporter  au  poste  de  TEsperonnière  ;  l'autre  moitié  se  porter 
aux  Saintes-Claires,  et  conduire,  de  cette  maison  à  celle  de  TEs- 
peronnière,  tous  les  individus  indiqués  dans  la  liste  également 


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316  INTRODUCTION 

ci-Joiûte  ;  eafia,  pour  le  tout,  arrivé  à  rEsperoonière,  prendre  en 
route  ceux  détenus  à  cette  maison  d'arrêt,  et  les  fusiller  tous 
indistinctement^  de  la  manière  que  le  commandant  jugera 
convenable.  . 

.  »  Nantes,  le  5  frimaire,  Tan  deuxième  de  la  République  fran* 
çaise,  une  et  indivisible. 

«  Sig'né  :  J.-J.  Goullin,  M.Grandmaison  et  J.-B.Maingust. 

»  Cet  ordre  est  revêtu  du  cachet  du  Comité  révolutionnaire 
de  Nantes. 

»  Ce  Ms^inguet  et  autres  exécrables  agents  du  Comité  révo- 
lutionnaire de  Nantes  sont. . .  libres!  plusieurs  sont  mes  dénon- 
ciateurs !  —  Phéuppbs.  « 

Boussard,  le  commandant  du  détachement,  n'exécuta  point  ces 
ordres  sanguinaires,  et  fut  incarcéré  à  Angers  pour  y  avoir  déso- 
béi. Arrivés  à  Saumur,  les  prisonniers  durent  y  séjourner  quelque 
temps,  parce  qu'on  était  persuadé  qu'ils  ne  devaient  pas  aller 
plus  loin,  et  qu'on  dût  aller  demander  d'autres  ordres  à  Nantes. 

Nous  en  savons  assez  maintenant  pour'entamer  la  ReUtion  du 
comte  de  la  Guère  :  je  ne  donnerai  pas  ici  une  longue  notice 
sur  ce  personnage  :  je  la  réserve  à  son  rang  dans  la  galerie 
des  136.  Qu'il  me  suffise  de  dire  que  Bernardirt'M&rie  de 
Pantin^  comte,  puis  marquis  de  la  Guère^  appartenait  à 
une  ancienne  famille  originaire  de  Pantin  près  Paris,  dont  une 
branche,  fixée  en  Bretagne,  fut  déclarée  noble  d'ancienne  ex- 
traction par  arrêt  des  commissaires  de  la  Réformation,  en  date 
du  19  août  1669,  et  possédait  la  seigneurie  de  la  Guère  démem- 
brée de  celle  d'Ancenis.  Né  à  Ancenis  le  5  juin  1747,  il  avait 
.été  sous-liêutenant  au  régiment  de  Penthièvre-infanterie  en  176^ 
lieutenant  en  1771,  capitaine  en   second  en  1779,  capitaine 


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INTRODUCTION  317 

commandant  en  1787,  et  lorsquîl  donna  sa  démissioD,  le 
15  septembre  1791,  il  était,  depuis  le  13  février^  chevalier  de 
Saint-Louis.  II  avait  épousé  à  Orléans,  en  1790,  Thérè.^e-Del- 
phine-Alix  de  Brouville,  et  il  n'émigra  point  ;  mais  il  dut  subir 
souvent  des  visites  domiciliaires  au  château  de  la  Guère,  où  lui 
naquit  une  fille  le  S  décembre  1792  :  on  rapporte  même  que,  lors 
de  Tune  de  ces  expéditions,  les  patriotes  coupèrent  le  cou  à  un 
malheureux  perroquet  qui  s'obstinait  à  crier  :  Vive  le  Roi  !  Membre 
du  comité  royaliste  qui  s'organisa  à  Ancenis  en  juin  1793,  pendant 
l'occupation  de  la  ville  par  l'armée  Vendéenne,  il  devait  être  na-* 
turellement  désigné  aux  vengeances  de  la  Montagne.  Nous 
allons  en  voir  les  conséquences. 

René  Kervileb. 


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VOYAGE  DES  136  NANTAIS 

Dl 

NANTES  A  PARIS  PAR  ANGERS  &  ORLÉANS 

Du   2Û  septembre  1793  au  5  avril  i79U 

PAI  LE  COiTE  BERIAIIII-iARIE  lE  LA  BUIRE 

Ex-noble  et  cbevalier  de  Saint-L.oui8.  • 


LE  20  septembre,  vieux  style»  j'étais  chez  mon  frère*  à  la 
Guère^,  depuis  le  /  7  août;  environ  midi,  arrive  un 
détachement  d'infanterie  et  de  cavalerie  pour  fouiller 
un  bois  dans  lequel  on  présumait  qu'il  pouvait  y  avoir  des 

«  *  Philippe-André  Paatin,  marquis  de  la  Guère,  capitaine  dans  le 
régiment  Royal-Dragons^  marié  le  7  décembre  1774,  avec  Hyacinthe- 
Geneviève  Thierry  de  l&  PrévaUye,  fille  de  messire  Pierre-Bernardin 
Thierry,  marquis  de  la  Prévalaye,  commandeur  de  Tordre  de  St- Louis» 
chef  d'escadre,  commandant  le  port  de  Brest  (frère  du  chevalier  de  la 
Prévalaye,  maréchal  de  camp),  et  de  dame  Jeanne-GenevièTe  de  Ro- 
bien  •  ;  —  Le  marquis  de  la  Guère  né  le  13  février  1746,  est  décédé  le 
7  mai  1813,  ayant  eu  pour  fille  unique  :  Marie- Adélaïde  de  la  Guère,  ma- 
riée en  1790  à  son  cousin  Lonis-François-Jean  Pantin,  comte  de  Lan- 
demont,  colonel,  chevalier  de  l'ordre  de  Saint-Louis,  auquel  elle  ap- 
porta la  terre  de  la  Guère.  Le  titre  de  marquis  passa  ainsi  directement 
et  légitimement  à  son  frère  et  à  ses  petits  neveux.  (Laine,  Histoire  des 
Chevaliers  de  Saint-Louis,  ^  Mazas.  Etats  militaires,  p.  92. 
—  Les  Familles  françaises  à  Jersey  pendant  la  RévoliUion,  par  le 
comte  R.  de  TEstourbeillon). 

^  «  La  Guère  (anciennement  la  Guyére  —  terre  de  Guy  —  d'après 
les  vieux  titres  du  chartrier}»  démembrement  de  la  baronnie  d'Ancenis 


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VOYAQB   DES   136  NANTAIS   DE  NANTES  A    PARIS  319 

malveillants*  de  cachés.  On  ne  trouve  personne,îon  vient 
à  la  maison.   J'étais  à  table  avec  ma  femme%  un|de  mes 

avec  les  prééminences  de  la  paroisse  d'Âncenis  et  la  terre  des  Salles  en 
la  paroisse  de  Mesanger  et  le  fief  des  Salles  en  Saint-Géréon,  qui  vin- 
rent dans  la  famille  Pantin  parle  mariage  de  Marie  des  Salles,  héritière 
de  sa  maison,  dame  desdits  lieux^  femme  vers  1460  de  Jacques  Pantin^ 
fils  puisné  de  Pierre»  seigneur  de  la  Hamelinière,  etc.,  capitaine  et 
gouverneur  pour  le  roy  Louis  XI,  du  chasteau  de  Saint"Florent-*le- 
Vieil,  et  de  Catherine  de  Savonniôres,  tige  des  seigneurs  de  la  Guère 
jusqu'à  présent.  {Mémoires  du  président  des  Etats  de  Vitré.  Laine, 
Saint-Âllais,  d'Hozier,  etc.)  Une  partie  de  ces  terres  étaient  déjà  Tenues 
dans  la  famille  par  le  mariage  de  Jean  P.  de  la  Hamelière,  vers  4378, 
avec  Jeanne  d'Ancenis*6arbotin,  dame  de  Barhotin,  la  forôt  du  parc 
Laudémont,  etc. 

*  Il  est  inutile  de  remarquer  que,  pendant  tout  le  cours  du  mémoire, 
le  style  n^est  pas  tout  à  fait  conforme  aux  idées  personnelles  ou  aux  opi^ 
nions  du  comte  de  la  Guère,  mais  qu'il  se  ressent  du  peu  de  liberté  que 
rauteuravait,  lors  de  la  rédactionide  ces  notes.  La  plus  vulgaire  prudence 
obligeait  à  voiler  les  sentiments  et  à  dissimuler  les  moindres  indications 
afin  que  ces  confidences  ne  pussent  enfantér.de  nouveaux  malheurs. 

*  Bernardin- Marie  de  la  Guère  avait  épousé,  le  16  août  i  790,  Thérèse- 
Delphine  Alix  de  Brouville,  fille  de  messire  Pierre-Simon-Etienne^ 
Toussaint  Alix  de  la  Picardière,  sieur  d'Outreville,  de  Menainville,  etc. 
en  Beauce.  La  famille  Alix  parait  remonter  à  Claude  Alix,  convoqué  à 
l'arrière  ban  des  nobles  du  baillage  d'Aval  de  Salins  ea  1451  et  1561. 
Pierre  Alix,  chanoine  de  Besançon,  '  prieur  de  Sainte-Madeleine  de 
Salins,  nommé  par  le  pape  à  l'abbaye  de  Saint-Paul  de  Besançon  en 
4632,  mourut  l'an  1677,  laissant  une  histoire  manuscrite  de  son  abbaye, 
qu'il  avait  gouvernée  pendant  44  ans.  Une  branche  vint  s'établir  à 
Orléans.  M""^  la  comtesse  Brossaud  de  Juigné,  née  de  Trimont, 
possède  un  beau  portrait  de  François  Alix  dont  le  Journal  de 
VOrléanais  du  7  mai  4784  a  publié  un  fort  curieux  articjLe  nécrolo- 
gique dans  le  style  ampoulé  de  l'époque.  François  Alix,  écuyer,  doyen 
du  présidial,  mort  le  24  avril  1784  dans  sa  86'  année,  était  né  en  1698« 
Les  armoiries  delà  famille  Alix  étaient  d'azur  au  chevron  d'or  accom* 
pagnéde  trois  alerionsde  même,  mais  en  1756,  le  duc  d'Orléans  lui 
donna  en  souvenir  de  son  estime  :  d'azur  au  grand  A  d'or,  de  même 
accompagné  de  3  fleurs  de  lys  d'or.  M**  de  la  Guère  était  la  sœur  de 
M'^'.da  Juigné  quieutponr  enfants  le  comte  François  Brossaud  de 
Juigné,  marié  à  W^*  Alsacie  de  Trimont,  et  Caroline,  mariée  au  comte 
de  Bmc-Livemière. 


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320  VOYAGE   DES   136  NANTAIS 

neveuxS  et  le  citoyen  Pionneau  marchand  de  vin  d'Ancenis 
qui  était  venu  me  payer  du  vin  que  je  lui  avais  vendu'.  On 
me  dit  qu'il  fallait  allef  à  Ancenis;  je  m'y  rendis  escorté  de 
la  troupe.  En  y  arrivant,  je  priai  le  commandant  de  me 
laisser  aller  chez  mes  sœurs',  où  je  descendis  avec  un  gen- 

*  Uae  des  sœurs  de  Tantenr,  Marie-Aimée- Adélaïde  Pantin  de  la 
Ouère,néele  9mars  1 7 53, avait  épousé messire Henri-François  Aousseau, 
cheralier,  seigneur  de  i'Orchère  et  de  la  Meilleraye,  âls  de  M'*  Jacques  R. 
cheTalier,  seigneur  de  TOrcbére,  marquis  de  la  Meilleraye,  qui  portait 
d'azur  àlafasce  d'or,  accompagnée  en  chef  de  deux  tètes  de  lion  et 
en  pointe  de  3  besants  de  même  2.  i.,  et  de  dame  Rose  Simon  de  Vou- 
vantes  qui  portait  :  de  sadZe  au  lion  d'argent,  armé  et  lampassé  de 
gueules  (Notes  de  Bernardin- Jean,  comte  et  marquis  de  la  Guère,  filsde 
Tauteur).  Elle  eut  7  garçons,  qui  tous  moururent  à  l'âge  d'homme  sans 
avoir  été  mariés.  Le  plus  jeune,  Ozée,  fut  noyé  vers  1828,  en  allant  de 
Niort  à  Nantes  par  un  bateau  à  vapeur  qui  sombra  malheureusement. 
C'est  un  des  fils  de  Madame  de  la  Meilleraye  dont  il  est  ici  question. 

'  A  cette  époque  la  terre  de  la  Guère  était  composée  par  tiers  de 
bois,  de  terres  et  de  vignes. 

'  Outre  la  marquise  de  la  Meilleraye^  l'auteur  avait  pour  sœurs 
I*  Jeanne- Angélique  delà  Guère,  née  le  10  novembre  1743, morte 
sans  alliance  ;  2^  Julie-Françoise  de  la  Guère,  née  le  4  novembre 
1744^  morte  sans  alliance  ;  et  3*  Marie*Renée-Hyaciatbe  de  la  Guère, 
née  le  8  novembre  1748,  morte  aussi  sans  alliance.  Elles  habi- 
taient ensemble  une  maison  d'Ancenis  dans  les  environs  de  la  Davraie 
qui  leur  rappelaient  les  souvenirs  de  leur  enfance  et  ceux  de  leur 
famille.  Biles  avaient  été  élevées  aux  Ursulines  d* Ancenis  où  leur 
grande  tante  Marie-Angélique  Pantin  de  la  Guère  était  morte  re- 
ligieuse ursuline  en  1755,  avec  une  grande  réputation  de  vertu, 
tandis  qu'au  i  V  siècle  Jacques  Pantin  de  la  Guère,  chapelain  des 
châteaux  d^Ancenis  et  de  Varades  en  avait  été  l'aumônier.  Ogée 
dans  son  Dictionnaire  de  Bretagne  donne  la  description  de  la  fon- 
dation de  ce  couvent  en  1642,  et  raconte  la  visite  qu'y  fit  c  Sébastien- 
Philippe  Pantin,  seigneur  de  la  Guère,  gouverneur  des  ville  et  château 
d'Ancenis,  avec  les  plus  distingués  de  la  ville  d  mais  il  fait  une  légère 
confusion  :  Sébastien-Philippe  Pantin,  officier  de  dragons,  tué  en 
Allemagne  au  mois  de  septembre  1693,  par  un  capitaine  de  hussards 
qu'il  avait  fait  prisonnier  et  auquel  il  avait  laissé  ses  armes,  était 
marquis  de  la  Hamelinière  et  c'est  sous  son  frère  Charles,  qui  fut  garde^i 


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DE   NANTES  A   PARIS  321 

4arine.  J'y  restai  un  moment,- après  lequel  je  priai  ledit  gen- 
darme de  me  conduire  au  district  pour  connaître  le  motif  de 
mon  arrestation.  On  ne  m'en  donna  aucuns'.   On  me  dit 

marine  sous  le  titre  de  chevalier  de  la  Hamelinière,  que  cette  terre  fut 
Tendue  après  être  restée  dans  sa  famille  depuis  700  aps.  Le  personnage 
dont  il  est  question  doit  être  Gilles  Pantin,  seigneur  de  la  Guère,  du 
Verger,  de  l'Isle  Valin  etc.,  qui,  né  en  1589,  porta  les  armes  pendant 
40  ans^  sous  les  règnes  de  Louis  XIII  et  de  Louis  XIV.  Le  24  mai 
1621,  il  eut  commission  du  premier  de  ces  princes  pour  lever  une  com- 
pagnie de  cent  hommes  de  pied  français  dans  le  régiment  du  baron  de 
Kerveno.  Il  eut  une  semblable  commission,  le  18  mars  1622,  pour 
lever  et  commander  une  compagnie  de  cent  hommes  de  pied  français 
dans  le  régiment  de  Martignes.  Il  commanda  une  antre  compagnie  d'in- 
fanterie qu'il  eut  aussi  charge*  de  lever  par  commission  du  duc  de  Yen* 
dème^  gouverneur  de  Bretagne,  du  20  janvier  1625.  Les  Etats  généraux 
de  Hollande  lui  donnèrent  une  commission,  le  9  avril  1631,  pour  com- 
mander une  compagnie  de  cent  cinquante  hommes  de  pied  français  sous 
la  charge  du  prince  de  Martignes,  dans  la  guerre  que  le  Stathouder, 
allié  de  la  France,  soutenait  contre  les  Espagnols  des  Pays-Bas.  Il  fut 
fait  capitaine  et  gouverneur  des  ville,  château  et  territoire  d'Ancenis, 
par  provisions  du  12  février  1636.  Le  roi,  pour  récompenser  ses  ser- 
vices, lui  fit  don,  pour  en  jouir  pendant  dix  ans,  de  son  droit  de  dixième 
sur  les  mines  de  Bretagne,  par  lettres  du  22  mai  1646.  Il  Qt  aveu  et 
dénombrement  des  fiefs  et  seigneuries  de  la  Guère,  le  9  mai  1648,  à 
César,  duc  de  Vendôme,  baron  d'Ancenis.  Il  avait  épousé  par  contrat 
du  36  mars  1625,  Françoise  Laurens,  dame  de  la  Noê-Laurens,  de 
Passay  et  de  Léraudière,  morte  en  1681  (Laine).  Il  contribua  beaucoup 
4  la  fondation  du  couvent  des  Ursulines  d'Ancenis,  quelques  uns  le 
regardeat  môme  comme  son  principal  fondateur.  On  conserve  au 
château  de  la  Guère  deux  gros  volumes  de  ses  mémoires  et  comptes  de 
sa  campagne  de  Hollande.  L'endroit  connu  sotts  le  nom  de  l'Esplanade, 
est  le  champ  de  manœuvre  où  il  exerçait,  devant  le  château  de  la  Guère 
les  volontaires  Bretons.  M.  E.  Maillard  a  répété  l'erreur  d'Ogée  dans 
•on  Histoire  d'Anctnis,  et  confond  Sébastien-Philippe  avec  Gilles  de 
la  Guère. 

*  Il  estprésnmable  que  Bf.  de  La  Guère  dût  son  arrestation  âla  haute 
t^osition  qu'il  avait  dans  le  pays,  â  sa  naissance,  â  sa  fortune  mais 
aussi  à  la  capture  par  les  représentants  du  peuple  de  papiers  compro^ 
mettants.  (Voir  plus  loin  la  Notice  biographique  de  M.  Papirl  de  la 

T.   VI.   —  NOTICES.  —  VI*  ANNÉE,   4*  LIV.  21    ■ 


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322  VOYAGE  DES    136  NANTAIS 

seulement  que  c'était  par  mesure  de  sûreté  générale,  que  ça 
ne  serait  pas  long  et  que  dans  quinze  jours  je  pourrais  pré- 
senter une  requête  pour  mon  élargissement. 

Ne  pouvant  obtenir  d'autres  réponses,  je  mè  retirai  avec 
le  gendarme  chez  mes  sœurs,  chez  lesquelles  le  citoyen 
Maussion,  lieutenant  de  gendarmerie,  vint  me  dire  de  me 
rendre  chez  Gautron,  aubergiste  d'Ancenis.  J'y  fus;  en  arri- 
vant je  demandai  une  chambre.  On  me  dit  que  je  ne  pouvais 
pas  en  avoir  de  séparée  ;  qu'il  fallait  entrer  dans  celle  où  il 
y  avait  plusieurs  détenus  gardés  par  un  caporal  et  quatre 
hommes.  J'y  entrai,  je  trouvai  les  citoyens  Lebec,  Papin', 

Clergerie.)  Berriat  de  Saiat-Prix  a  publié  p.  36.  [Justice  révolu* 
tionnaire)  les  excitations  de  Carrier  à  la  Société  populaire  d'Ancenîs  : 

((  Je  vois  partout  des  gueux  en  guenilles,  tous  êtes  aussi  botes  qu'à 
Nantes  ;  Tabondance  est  près  de  vous  et  vous  manquez  de  tout  ; 
ignorez-vous  donc  que  les  richesses  de  ces  gros  négociaats  vous  appar- 
tiennent et  la  rivière  n'est-elle  pas  là  !  » 

Le  peuple  fui  révolté,  dit-il,  deTentendre  prêcher  une  telle  morale. 

Le  pillage,  voilà  le  motif  de  bien  des  arrestations  à  cette  époque. 

*  Pa'*tn  de  la  Clergerie  (Louis-François),  —  né  à  Ancenis, 
le  14  novembre  1738,  était  fils  d'un  procureur  fiscal  du  marquisat 
d' Ancenis,  dont  quatre  frères  avaient  été  tués  à  la  bataille  de  Fonte- 
noy.  8*étant  fait  recevoir  avocat  au  Parlement,  il  devint  sénéchal  du 
comté  de  Sérent  et  de  la  baronnie  de  Montrelais,  sur  les  marches 
d'Anjou,  et  fut  choisi  par  la  communauté  d' Ancenis  pour  son  député 
aux  Etats  de  Bretagne  en  1788,  et  son  délégué  à  l'Assemblée  de 
la  sénéchaussée  de  Nantes,  en  1789»  pour  les  élections  aux  États- 
Généraux.  Secrétaire  de  la  Grande  Assemblée  électorale  de  la  Loire- 
Inférieure  en  avril  1790,  pour  l'organisation  des  administrations 
départementales,  il  rédigea  l'adresse  de  cette  assemblée  au  Roi  et  fut 
élu  membre  du  directoire  du  département.  Il  fut  encore  secrétaire  de 
l'assemblée  de  mars  1791^  réunie  pour  l'élection  de  l'évéque  constitu-' 
tionnel  ;  et  le  28  août,  il  fut  élu  député  de  la  Loire-Inférieure  à 
l'Assemblée  législative  par  143  voix  sur  179.  Il  y  fit  partie  du  Comité 
des  assignats  et  monnaies,  siégea  parmi  les  modérés,  et  présenta  à  ses 
collègues^  en  février  1792,  un  ouvrage  sur  les  banques  de  secours. 
Non   réélu  à  la  Convention,   bien   que  les  élections  départementales 


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DE  NANTES  A  PARIS  323 

Rouainé,  Coi  net  prestre,  Cornet  huissier,  Gorrichon  bou- 
cher, Blanchet  commerçant  de  bestiaux,  Bregeon  principal 
du  collège,  Pleuriot  d'Omblepied\  les  citoyennes  Barbot, 
Feuillet,  Brochet  et  la  femme  du  citoyen  Legrand  aîné  ;  nous 
passâmes  la  nuit  tous  dans  la  môme  chambre,  fort  gônés  et 
sans  pouvoir  dormir.  Le  jour  étant  venu,  on  nous  prévint 
que  nous  allions  ôtre  envoyés  à  Nantes^.  En  conséquence, 
chacun  flt  ses  petits  arrangements  pour  partir.  Nous  nous 

eussent  lien  à  Ancenis,  il  fut  m«mbre,  au  mois  de  juillet  179?»  comme 
le  comte  de  la  Guère,  du  Qomité  organisé  sons  lé  patronne  de  l'armée 
royalisto,  pendant  Toccupation  vendéenne,  pour  aviser  aux  mesures  de 
prudence  et  pour  approvisionner  Tarmée  :  le  registre  des  délibérations 
da  ce  comité  ayant  été  saisi  par  les  représentants  Gillet  et  Gavaignac, 
après  la  reprise  d'Ancenis,  Papin  fut  arrêté  et  condamné  k  mort.  Mais 
il  était  en  ce  moment  dangereusement  malade,  son  exécution  fut 
ajournée  et  ce  sursis  le  sauva,  pendant  que  sa  malheureuse  femme» 
réfugiée  en  Anjou,  était  arrêtée  par  une  colonne  républicaine,  conduite 
à  Angers  et  fusillée  le  15  février  1794.  L'ordre  rétabli,  Papin  fut  nommé 
président  du  tribunal  de  première  instance  d' Ancenis,  fonctions  dans 
lesquellps  il  mourut  à  soixante-quatorze  ans,  le  25  mars  1814. 

Il  ne  faut  pas  le  confondre  avec  un  de  ses  cousins^  Jacques,  Papin  de 
la  Glergerie,  qui  fut  aussi  avocat  et  qui  devint,  en  1794,  président  du 
tribunal  criminel  de  Tarmée  de  Hoche,  séant  à  Nantes,  puis,  en  181 1, 
juge  au  tribunal  cifil  d'Ancenis,  et  enfin  juge  de  paix  dant  cette  ville 
où  il  mourut,  en  1829,  laissant  un  fils,  président  du  tribunal  civil  de 
Nantes,  qui  donna  sa  démission  en  1830,  pour  ne  pas  prêter  serment 
au  gouvernement  de  juillet.  (René  Kerviler,  Cent  arts  de  repréêen- 
tation  bretonne,  2*  série,  Assemblée  législative  p.  88,  89). 

'  Flbubiot  d'OMBLBPiBD  était  Tami  intime  de  M.  de  la  Guère,  c'est 
lui  qui  est  ainsi  mentionné  dans  la  relation  de  Villenave  :  «  Le  citoyen 
Fleuriot,  natif  d'Oudon,  passa  la  nuit,  couché  sur  la  tombe  de  son 
père.  »  p.  3. 

'  Si  l'on  veut  savoir  de  quelle  façon  les  prisonniers  étaient  traités  à 
Nantes  voici  quelques  détails  que  j'emprunte  è  la  Revue  historique  de 
VOuest  (3*  livr.  %•  année,  septembre  1886.) 

«  Un  habitant  de  Rouans  affirmait  à  celui  qui  a  recueilli  ces  notes, 
que,  se  trouvant  à  la  même  époque  dans  une  prison  de  Nantes^  il  ne 


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324  VOYAGE   DES   136  NANTAIS 

.mîmes  en  route  à  onze  heures  du  matin,  escortés  par  cinq 
gendarmes,  jusqu'à  Oudon,  qui  furent  relevés  par  huit  autres 
qui  nous  conduisirent  au  département,  dans  la  salle  du  comité 
de  surveillance  où  nous  trouvâmes  le  citoyen  Prancheteau, 
président,  et  deux  autres  membres  qui  nous  demandèrent 
nos  noms  et  les  motifs  de  notre  arrestation.  Nous  donnâmes 
nos  noms  ;  mais  nous  ne  pûmes  déduire  aucuns  motifs, 
parce  que  nous  n'en  avions  pas,  et  nous  ne  connaissions  pas 
même  de  raison  qui  put  nous  détenir.  Quand  on  eut  pris  nos 
noms^  on  dit  qu'il  fallait  nous  conduire  aux  Saintes  Claires 
je  suis  resté  jusqu'au  6  frimaire  ou  26  novembre,  vieux  style 

recevait  chaque  jour,  ainsi  que  tous  les  autres  prisonniers,  qu'un  mor- 
ceau de  pain,  grand  à  peu  près,  comme  lapadme  de  la  main.  » 

€  L'un  des  prisonniers  (enfermés  au  Bouffay),  Jean  Halgan,  a  raconté 
plusieurs  fois  le  régime  qu'il  subit  au  Bouffay^  et  ce  récit  fait  frémir. 
Le  lit  se  composait  de  quelques  bottes  de  paille  ;  mais  le  temps  et  la 
malpropreté  avaient  broyé  cette  paillasse  et  l'avaient  remplie  de  ver-  . 
mine.  <  Elle  était  si  brisée,  disait  notre  témoin,  qu'on  la  rouablait  avec 
les  poux.  »  Une  fois  tous  les  vingt -quatre  heures,  un  chaudron  rempli 
de  riz  était  apporté  aux  prisonniers.  Chacun  d'eux  était  muni,  non  d'une 
écuelle,  ni  d'une  cuillère,  mais  d'un  morceau  d'ardoise,  large  comme 
une  pièce  de  six  francs  ;  et  ils  ne  pouvaient,  sous  peine  de  mort,  plonger 
qu'une  seule  fois  ce  morceau  d'ardoise  dans  le  chaudron.  Une  telle  exis- 
tence  était  pire  que  la  mort.  Un  jour,  un  fort  vigoureux  breton 
venait  de  prendre  sa  maigre  ration,  qui  disparut  en  un  clin  d'oeil  :  dé«* 
voré  par  la  faim  et  fou  de  désespoir,  il  s'écria  :  €  Mourir  pour  mourir  ! 
J'en  prends  une  seconde  fois.  »  Au  moment  où  il  retirait  son  ardoise 
chargée  de  riz,  un  des  surveillants  lui  asséna  sur  la  tète  un  coup  de 
massue  qui  fit  jaillir  sa  cervelle  de  tous  côtés,  et  le  malheureux  tomba 
roida  mort  au  milieu  de  ses  compagnons  d'infortune.  Un  autre  détail, 
contre  lequel  la  délicatesse  se  révolte  mais  qu'il  est  cependant  boa 
d'exposer,  montre  mieux  encore  les  souffrances  des  prisonniers.  Le 
geôlier  de  la  prison  nourrissait  un  porc  dans  une  des  cours.  A  peine  la 
personne  qui  lui  apportait  sa  pitance  avait-elle  tourné  le  dos  que  les 
prisonniers  se  précipitaient,  en  se  la  disputant,  sur  cette  vile  et  dégoû- 
tante nourriture.  On  s'en  aperçut  au  dépérissement  de  l'animal,  et  les 
prisonniers  n'eurent  plus,  du  moins  à  certaines  heures,  la  permission 
de  descendre  dans  cette  cour.  »  {Une  famille  de  paysans  sous  la  Ter^ 
reur,  par  M.  E.  R.) 


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DE  NANTES  A   PARIS  325 

époque  à  laquelle  je  fus  transféré,  moi  quarante-sixième,  à 
la  maison  del'Eperonnière^,  sans  vivres,  ni  effets  ;  je  man- 
geai un  peu  de  pain  que  j'avais  mis  dans  ma  poche,  et  m'é- 
tendit  la  nuit  sur  le  matelas  d'un  de  mes  compagnons  d'in- 
fortune, M.  Caillaud  de  Beaumont. 

Le  7  frimaire^  ou  mercredi  27  novembre  ^  793  vieux  style, 
le  sergent  ou  un  caporal  de  garde  vint,  avant  la  pointe  du 
jour%  nous  avertir  de  nous  lever  tous  et  de  nous  habiller 
promptement,  que  partie  de  nous  allaient  être  transférés. 
Aussitôt  que  nous  fûmes  levés,  nous  apperçûmes  ce  jour  des 
voitures  à  la  porte  de  TEperonnière  et  dans  la  cour  de  cette 
maison  d'arrest  un  détachement  de  gendarmerie  rangé  en , 
bataille.  Nous  descendîmes  environ^  sept  heures  et  demie 
dans  le  jardin  ;  on  nous  ordonna  d'entrer.  Là,  le  citoyen 
Boussard,  commandant  un  des  bataillons  de  parisiens  destiné 
à  nous  servir  d'escorte  nous  lut  une  liste  composée  de  cent 
trente-huit  citoyens  qui  devaient  partir,  il  ne  s'en  trouva  que 
cent  trente-et-un'  qui  furent  en  état  de  le  faire.  Leurs  noms 
se  trouvent  à  la  suite  de  ce  récit,  les  sept  qui  restèrent  savoir  : 
les  six  premiers  pour  cause  de  maladie  sont  les  citoyens 
Plammingue,  Bertrand  de  Cœuvres,  Laflton,  Tourgouillet, 
LincheetPleury,  et  le  septième,  qui  eut  le  bonheur  de  rester, 

*  Ainsi  commence  la  relation  de  Villenave  :  «  L'an  deuxième  de  la 
République  Française  une  et  indivisible,  le  7  frimaire,  (27  novembre 
1793,  vieux  style,)  nous  sommes  partis  de  la  maison  de  l'Ëperonnière, 
située  à  Textrémité  de  la  ville  de  Nantes,  sur  le  chemin  de  Paris^  au 
nombre  de  cent  trente  deux,  conduits  par  un  détachement  du  onzième 
bataillon  de  Paris,  que  commandait  le  citoyen  Boussard.  »  —  Cette  mai- 
son de  TBperonnière  qui  tire  peut-être  son  nom  du  fief  de  TEsperon-* 
nière  sis  en  la  paroisse  de  Belligné,  à  4  lieues  d'Ancenis,  est  située  sur 
la  route  de  Paris,  à  la  hauteur  de  Saint-Donatien  dans  le  2*  arron- 
dissementy  et  actuellement  occupée  par  le  couvent  des  dames  du  Sacré- 
Cœur  :  [Plan  de  Nantes  par  E.  Robert.) 

'  Réveillés  dès  cinq  heures  du  matin^  dit  la  Relation  Villenave. 
'  Pantin  de  la  Guère  doit  faire  erreur.  Ils   partirent  au  nombre 
de  132. 


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326  VOYAGE  DES  136  NANTAIS 

parce  que  la  veille  il  avait  été  transféré  de  TEperonnière, 
maison  surlaroutede  Paris,  aux  Saintes-Glaires,  estle  nommé 
Gérard,  perruquier.  La  liste  une  fois  connue,  on  enjoignit  à 
ceux  qui  devaient  partir  de  faire  .leurs  préparatifs  de  voyage 
et  de  descendre  promptement  dans  la  cour,  ce  qui,  ayant  été 
exécuté^  sur  ce  que  plusieurs  déclarèrent  que  n*ayant  pas  de 
souliers,  parce  qu'ils  n'avaient  pas  été  prévenus  du  voyage 
que  Ton  se  proposait  de  leur  faire  faire  assez  à  temps  pour 
pouvoir  en  faire  venir  de  chez  eux^  ils  ne  pouvaient  entre- 
prendre la  moindre  route  en  sabots,  le  commandant  donna 
sur  le  champ  ordre  d'aller  chercher  des  souliers*. 

Pendant  les  entrefaîtes,  il  nous  fit  ranger  sur  deux  lignes, 
et  après  nous  avoir  comptés  et  s'ôtre  assuré  que  nous  étions 
tous  présents,  c'est-à-dire  ceux  qui  devaient  partir,  il  nous 
avertit  de  prendre  garde  de  nous  écarter  de  nos  rangs,  sans 
quoy  nous  serions  attachés  ;  et  que  si  quelqu'un  de  nous  pa- 
raissait vouloir  ou  cherchait  à  s'échapper,  il  serait  à  l'instant 
fusillé'.  Il  nous  enjoignit  ensuite  de  nous  défaire  de  nos 
rasoirs,  couteaux  et  ciseaux.  J'ai  remis  deux  rasoirs  et  un 
couteau.  II  nous  dit  que  quand  nous  serions  arrivés  à  notre 
destination,  ils  nous  seraient  remis  ;  plusieurs  tirèrent  les 

*  La  consigne  nous  défendant  de  rentrer  dans  les  chambres,  ceux  qui 
restaient  nous  jettèrent  par  les  fenêtres  nos  couyertures  ;  c'est  tout  ce 
que  nous  pûmes  emporter  ;  quelques-uns  avaient  eu  la  pr.^aution  de 
descendre  leurs  paquets.  Toute  communication,  ayant  le  départ  fat 
refusée  ;  on  repoussait  nos  femmes  éplorées,  nos  parents  consternés. 
Pour  la  première  fois  les  tyrans  furent,  sans  le  Touloir,  humains  par 
l'excès  môme  de  leur  barbarie  ;  ils  nous  épargnèrent  l'horreur  des 
adieux.  Une  épouse  ne  pouvant  voir  son  mari,  lui  écrivit  sur  un  chiffon, 
au  dos  d'un  très  court  mémoire  de  blanchissage  :  Tofficier  de  garde 
porta  le  scrupule  jusqu'à  refuser  de  remettre  ce  billet^  dans  la  crainte 
que  les  chiffres  ne  fussent  des  caractères  secrets,  (p.  2.  Ae^ah'on  de 
Villen&ve) 

'  On  voit  que  les  prescriptions  du  Comité  étaient  exécutées  à  la  lettre 
car  M.  de  la  Guère  se  sert  des  propres  termes  de  l'arrêté  qu'il  ne  pou- 
vait connaître. 


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DE  NANTES  A   PARIS   .  327 

instruments  de  leur  poche^  et  les  portèrent  eux-mêmes  au 
commandant  ;  d'autres  tel  que  moi  les  remirent  aux  volon- 
taires qui  les  mirent  dans  un  sac  à  ce  destiné.  Depuis  nous 
n'avons  pas  entendu  parler  de  ces  ustensiles*. 

Les  souliers  apportés  et  distribués  à  ceux  qui  en  voulurent 
•  prendre,  on  appela  ceux  que  leur  âge  ou  leur  infirmité  mettait 
dans  rimpossibilité  d'aller  à  pied  et  on  les  fit  monter  dans 
les  voitures  que  Ton  avait  fait  venir  à  cet  effet.  Je  fus  du 
nombre  jusqu'à  Angers.  On  nous  donna  ensuite  l'ordre  de 
nous  mettre  en  marche.  Il  était  alors  onze  heures',  et,  dans  le 
trajet  de  la  maison  de  l'Esperonnière  à  la  barrière  de  Paris, 
nous  eûmes  le  déchirant  spectacle  de  voir  que  Ton  refusait 
à  nos  femmes  et  à  nos  familles  la  consolation  de  nous  dire 
adieu  et  de  nous  embrasser.  N'étant  pas  de  Nantes,  je  fus 
seulement  témoin  des  tendres  adieux  qui  se  firent  de  la  part 
des  personnes  qu'on  voulut  bien  laisser  approcher.  Le  fils 
Poydras  fut  du  nombre  ;  il  m'attendrit  à  un  tel  (point)  ainsi 
que  son  infortuné  père,  que  les  larmes  m'en  virirentplusieurs 
fois  aux  yeux.  Nous  arrivâmes  le  môme  soir  à  Oudon,  environ 
huit  heures'  ;  nous  fûmes  déposés  de  suite  dans  l'église  où 
nous  étions  destinés  à  passer  la  nuit  sur  la  paille.  Là,  après' 
nous  avoir  distribués  du  lard  pourri*  que  nous  fûmes  obligés 
de  jçtter,  du  pain  fort  noir  et  très  dur  et  d'assez  mauvais  vin, 
on  nous  donna  à  chacun  une  botte  de  paille  sur  laquelle  nous 
nous  couchâmes  ;  avant  de  me  coucher,  j'écrivis  à  ma  femme 
pour  l'instruire  de  mon  sort  et  lui  demander  quelques  se- 

^Goaforme  à  la  relation  de  Villeaive. 

'  Midi  d'après  Villenave. 

'  «  Vers  les  neuf  heures  du  soir,  au  milieu  de  l'obscurité  la  plus 
profonde,  en  marchant  dans  la  boue,  et  n'ayant  pris,  depuis  le  matin^ 
ni  repos  ni  nourritare.  Relation  Villenave.  » 

*  On  nous  distribua  du  vin^  du  pain  noir  et  du  lard  rance,  si  mauvais 
que  les  volontaires  s'en  servaient  pour  graisser  leurs  souliers,  fîe/a- 
iion  Villenave). 


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328  VOYAGE  DES   130  NANTAIS 

cours,  et  la  prévenir  que  le  citoyen  Conrad  gendarme,  était 
chargé  de  ma  lettre  ;  et  de  lui  remettre  un  porte-manteau  plein 
d'effets  ;  il  remit  bien  la  lettre,  mais  le  porte-manteau  a  été 
perdu.  On  avait  eu  soin  auparavant  de  faire  un  appel  nomi- 
nal pendant  lequel  il  se  débita  entre  nous  que  le  citoyen 
Hernaud,  l*un  de  nous,  était  absent,  et  qu'il  avait  trouvé 
moyen  de  s'échapper*. 

Comte  de  la  Guère. 
(A  suivre  ) 


*  La  relation  VilleDave  ne  donne  pas  son  nom  que  M.  de  la  Guère 
nous  révèle  mais  cite  celui  qui  s'égara  et  revint  parmi  les  prisonniers  ; 
«  à  la  descente  d'Oudon,  Tun  de  nous  disparaît,  il  était  également  facile 
à  tous  les  autres  dé  séchapper.  Le  chemin  était  si  mauvais  et  la  nuit 
si  noire  que  soldats  et  citoyens  tombaient  pôle-méle  dans  les  fosGfés  et 
s'entraidaient  à  se  relever,  Tiger  l'un  de  nous  s'égara;  une  vieille  femme 
lui  offrit  un  azylesûr  ;  il  refusa  cette  offre  et  se  fit  conduire  à  Oudon.  » 
(p.  3). 


'^^iÇÏ^^ 


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LIS  GRANDS  ÉCUÏiRS  HEREDITAIRES 

DE    BRETAGNE 


LE  titre  de  Grand  Ecuyer  est  donné  pour  la  première  fois 
par  le  P.  Anselme  à  un  Breton,  Alain  de  Gouyon, 
nommé  par  Louis  XI  après  1461*.  Mais^  si  ce  titre  appa- 
raît seulement  alors  dans  la  langue  officielle^  il  semble  qu'il 
existât  auparavant  dans  le  langage  usuel.  Ainsi  Tanneguy  du 
Châtel,  vicomte  de  la  Bellière,  dont  Alain  de  Gouyon  fut  le 
troisième  successeur,  prenait  ce  titre  en  1455'  ;  et  Monstrelet 
le  donne  à  Jean  Poton,  seigneur  de  Xaintrailles,  prédéces- 
seur de  du  Châtel,  nommé  par  lettres  du  27  juillet  1429\    , 

Du  reste,  depuis  longtemps,  depuis  1294  d'après  le  P.  An- 
selme, il  y  avait  auprès  du  Roi  un  officier  remplissant  les 
fonctions  que  nous  voyons  depuis  dévolues  au  Grand  Ecuyer. 
Le  P.  Anselme  nomme  cet  officier  premier  ecuyer  de  corps, 
et  lui  donne  le  titre  d'abord  de  maître,  puis,  à  partir  du 
quinzième  siècle,  de  grand  maître  de  l'écurie. 

*  Les  Grands  Officiers  de  la  Couronne,  T.  ii,  p.  1281. 

•  M.  Chsrubl.  t.  I,  p.  332.  —  n  s'agit  du  second  Tanneguy,  neyeu  du 
premier,  grand  préTÔt  de  Paris  ;  on  les  confond  trop  souTent.  Exemple  :  De 
Thoax  dit  que  Tannegay  (ronde)  présida  aux  obsèques  de  Charles  VII,  en 
juillet  1461  :  or  Tanneguy  était  mort  sénéclLal  de  Provence,  en  1449.  C'est  le 
neveu,  mort  seulement  en  1477,  qui  fit  TaTance  des  frais  des  funérailles 
royales* 

1  M.  CuRUBL.  (T.  iM*,  p.  332)  rapporte  le  récit  de  Monstrelet  à  1415.  La 
date  est  erronée  puisque  Xaintrailles  ne  fut  grand  ecuyer  qu'en  1429. 


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330  LBa  GRANDS  ÉGUY£R»^ÉR*DITAIRES 

L'auteur  compte  dix-sept  maîtres  ou  grands  matfares  de 
récurie  avant  Alain  de  Gouyon. 

Mais  lisez  leurs  noms,  obscurs  d'abord,  puis  appartenant 
à  la  haute  noblesse,  et  vous  serez  convaincus  que  Toffice, 
humble  au  début,  a  été  progressivement  relevé,  agrandi, 
anobli.  Roger,  le  premier  de  la  liste,  en  1204,  et  du  nom  de 
son  office  surnommé^  Lécuyer,  était  assurément  un  mince 
personnage  auprès  du  seigneur  de  Xaintrailles  et  du  vicomte 
de  la  Bellière*. 

La  différence  des  noms  marque  la  transformation  accom- 
plie en  ces  deux  ^ëcles.  Toutefois  il  restait  aux  grands 
mattres  de  l'écurie  devenus  grands  écuyers  un  degré  à 
franchir. 

Cent  ans  après  Alain  de  Gouyon^  les  grands  écuyers 
faisaient  encore  partie  de  la  Maison  du  Roi^,  Henri  IV  les  fit 
monter  au  rang  des  grands  officiers  de  la  Couronne  ;  et,  à 
partir  de  ce  moment,  le  grand  écuyef  ou,  comme  on  disait, 
Monsieur  Le  Grande  fut  un  des  premiers  officiers  de  TEtat. 

Voici  quelles  furent  à  différentes  époques  les  principales 
prérogatives  du  grand  écuyer. 

11  accompagne  partout  le  roi  :  dans  les  cérémonies,  il  le 
précède  immédiatement,  portant  Tépée  royale  dans  un  four- 
reau de  velours  azuré  et  fleurdelysé.  De  même  aux  entrées  du 
roi  dans  les  villes.  Quand  le  roi  tient  un  lit  de  justice,  le  grand 
écuyer  siège  à  droite,  sur  un  tabouret,  au  bas  des  degrés  du 
trône,  tenant  Tépée  de  parement.  Enfin  aux  pompes  funèbres 
des  rois,  il  porte  encore  leur  épée. 

Le  grand  écuyer  a  la  disposition  des  charges  de  la  grande 
et  de  la  petite  écurie,  et  de  tous  les  officiers  qui  en  dépendent. 
Il  règle  et  ordonne  les  dépenses  de  Técurie.  Autrefois  môme 

*  Cette  transformation  dans  la  dignité  se  voit  dans  d*autres  institations. 
Ex.  Les  sergenteries  féodées  du  duc  de  Bretagne  considérées  d*itbord  «  comme 
basses  et  serviles  »  furent,  avec  le  temps,  ambitionnées  par  des  gentils- 
hommes. Lobineau  dit  qu'elles  n'appartenaient  plus  qu'à  diS  gentilshommes, 
▼ers  146t,  p.  680,  853.  HiiviN  :  Questions  féodales,  p.  259. 

'  Qn  le  voit  par  un  règlement  de  Henri  IH,  de  1582. 


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DB  BRETAGNE  331 

«  SOUS  sa  charge  étaient  les  rois  et  hérautv  d'armes.  »  Phis 
tard  a  nul  ne  peut  sans  sa  permission  établir  un  manège  ou 
une  académie*»  »  Anciennement  le  grand  touyer  avait  les 
postes  et  relais  ;  mais  Henri  IV,  en  augmentant  les  honneurs 
du  grand  écuyer,  diminua  ses  émoluments  ;  et,  depuis  lor^ , 
le  privilège  des  postes  et  relais  passa  au  contrôleur  des 
finances.  Le  grand  écuyer  garda  son  ancien  privilège  d'avoir 
à  la  mort  du  roi  «  tous  les  chevaux  et  harnais  de  toute  sorte.  »' 

Enfin  le  grand  écuyer  prétendait  «  aux  dais  ou  poêles  sous 
lesquels  avait  marché  le  roi  aux  entrées  dans  les  villes  ;  » 
mais  ce  droit  était  contesté. 

Si  nous  sommes  entré  dans  ces  détails,  *c*est  que  nous 
allons  trouver  le  grand  écuyer  en  Bretagne  avec  des  hon- 
neurs et  des  droits  analogues.  Chose  singulière  !  Ce  nom  de 
grand  écuyer  c'est  un  breton,  Tanneguy  du  Chastel,  qui 
semble  l'avoir  importé  en  France  ;  et  il  a  pris  place  dans  la 
langue  officielle  ^n  Bretagne  avant  d'apparaître  dans  les  lettres 
patentes  des  rois.  Nous  trouvons  le  nom  en  usage  chez  nous 
dès  1442.  Mais,  en  Bretagne,  la  charge  de  grand  écuyer  n'est 
pas,  comme  en  France^  à  la  nomination  du  souverain.  Un  de 
nos  ducs  en  créant  le  titre,  Ta  attaché  à  une  seigneurie  ;  et 
le  titre  passe  comme  un  attribut  de  cette  terre  à  ses  pos- 
sesseurs successifs.  C'est  ce  qu'expriment  les  mots  souvent 
répétés  :  Grand  Écuyer  hirédital  ou  héréditaire. 

L'époque  à  laquelle  a  été  créé  le  titre  de  grand  écuyer  héré- 
ditaire, la  seigneurie  qui  en  fut  pourvue,  lés  possesseurs 
successifs  de  cette  seigneurie  —  voilà  ce  que  nous  allons 
rechercher. 


•  Académie..,.  Se  dit  aussi  des  maisons,  logements,  et  manèges  des  écnyers, 
où  la  noblesse  apprend  à  monter  à  cheval  et  les  autres  exercises  qui  lui 
conyiennent....  T«ivouz. 


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332  LES  GRANDS  ÉCUYBRS   HÉRÉDITAIRES 


II 


•  S'il  fallait  en  croire  d'Argentré,  les  grands  écuyers  de 
Bretagne  dateraient  au  moins  d'Alain  Fergent.  Notre  vieil 
historien  expose  l'organisation  judiciaire  qu'il  attribue  au  duc 
Alain,  et  il  décrit  comme  suit  l'ouverture  d'un  parlement 
général  sous  le  règne  de  ce  prince,  c'est-à-dire  encre  1084 
et  1112*. 

«  L'assiette  et  ordre  f ust  que  le  duc  s'assist  en  son  estât 
royal;  à  sa  dextrè,  un  peu  plus  bas,  le  comte  de  Nantes,  Geof- 
froy, comte  de  Penthièvre,  celui  qui  fust  tué  depuis  à  Dol  ; 
Estienne  son  frère;  aux  pieds  du  duc  le  chancelier;  ducosté 
du  chancelier,  le  sieur  de  Guémené  tenant  un  coissin  et  sur 
icelui  une  couronne  à  hauts  fleurons  d'or  ;  de  l'autre  costé 
du  chancelier,  le  sieur  de  Blossac,  grand  escuyer  portant 
Tespée  ;  après  les  seigneurs  du  sang,  l'archevesque  de  Dol 
qui  estoit  Baldrîc,  vivant  pour  lors. . .  à  la  senestre  les  neuf 
barons  d'Avaugour,  de  Léon,  de  Vitré,  de  Fougères,  de 
Gbasteaubriant,  de  Raiz,  d'Ancenis,  etc.  » 

M.  Daru,  que  M.  Guizot  a  nommé  l'historien  le  plus  judi- 
cieux de  la  Bretagne',  a  reproduit  sans  observation  «  la  pa- 
tente »  que  d'Argentré  avait  «  transumptée  »;  il  Ta  sans  hé- 
sitation acceptée  pour  authentique'.  —  Est-ce  que  l'anachro- 
nisme ne  saute  pas  aux  yeux?—  Le  cérémonial  décrit  par 

<  D*ARoiNTRi.  Livre  III,  ckap.  107.  C'est  par  erreur  que  M.  Daru,  Jlist, 
de  Bretagne  (I,  317)  renroie  au  livre  IV,  chap.  45. 

■  Hist,  de  France,  racontée  âmes  petits  enfants,  II,  p.  84. 

'  En  deux  endroits  :  T.  1^^  page  45  en  note.  M.  Daru  Tinvoque  comme 
preuve  de  Texistence  de  Conan  Mériadec;  et  il  la  donne  t.  1*'  p.  317.  L'il- 
lustre auteur  est  tombé  en  quelques  autres  méprises.  T.  1^  p.  66  et  67  note 
2,  il  dit  :  «  Le  dominicain  Albert,  qu'on  a  surnommé  Le  Grand...  »  T.  II  p. 
307,  il  répète  la  même  erreur.  —  T.  II,  p.  109  ;  il  écrit  :  «  Les  Bretons  nom- 
maient les  Anglais  ar  Saox,  Vennemi,  »  Or  Saoz  au  singulier,  saozon  au 
pluriel,  veut  dire  anglais^  saxon*  Marohanot,  'Tristan  le  Voyageur,  t.  II, 
p.  il4),  a  transformé  le  mot  de  Saoson  en  celui  de  lesJausons  (!) 


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'  DE  BRETAGNE  333 

d*Argentré  ne  semble-t-il  pas  bien  solennel  pour  le  onzième 
siècle?  N*est-il  pas  emprunté  à  une  époque  très  postérieure?... 

Voici  des  objections  contre  l'authenticité  de  cette  pièce. 

Le  texte  nomme  parmi  les  seigneurs  présents  aux  Etats 
Gsffroy,  comte  de  Penthièvre,  qui  fut  depuis  tué  à  Dol,  et 
Baldric,  évoque  de  Dol.  Or  GefTroy  était  mort  quinze  années 
avant  que  Baidric  fut  évoque.  Geffroy  périt  en  1003*  et  Baldric 
ne  devint  évoque  de  Dol  qu'en  1108*. 

L'acte  donné  par  d'Argentré  mentionne  «  les  neuf,  barons 
de  Bretagne.  »  Or  les  neuf  barons  sont  une  invention  du  duc 
Jean  IV,  à  la  fin  du  quatorzième  siècle'. 

EnQn,  à  supposer  que  le  nom  de  Guémené-Guingamp 
existât  au  temps  d'Alain  Fergent,  le  sire  de  Guémené  n'au- 
rait pas  porté  le  cercle  royal  du  duc;  ce  droit  ne  lui  fut 
accordé  que  par  le  duc  Jean  V,  le  16  septembre  1420*. 

Une  seule  de  ces  objections  ne  suffit-elle  pas  ?  N'est-il  pas 
démontré  que  la  pièce  donnée  par  d'Argentré  et  acceptée 
de  confiance  par  Daru  comme  authentique  et  contemporaine 
d'Alain  Fergent  a  été  fabriquée  après  le  16  septembre  1420, 
et  qu'elle  est,  comme  dit  Hévin,  «  une  marchandise  de  contre- 
bande*. » 

Depuis  le  temps  d'Alain  Fergent  jusqu'au  quinzième  siècle, 
nous  ne  rencontrons  dans  l'histoire  aucune  mention  du 
grand  écuyer  :  Il  semble  bien,  en  effet,  que  c'est  de  Jean  IV 
et  surtout  de  Jean  V  que  date  la  création  des  charges  de 
cour  en  Bretagne. 

Après  la  mort  du  comte  de  Montfort,  Jeanne  de  Flandre 
partit  pour  l'Angleterre  avec  son  fils,  depuis  Jean  IV  (1345*). 

*  LOBINBAU,  p.   10^. 

*GàlliaChrisiiana,\lV,p.\ùiS. 
s  Hbyin.  Questions  féodales  p.  330,  n*  6. 
^LoBunBA.n,  p.  352. 
'  Questions  féodales,  p.  330  n*  6.  —  Voir  aussi  p.  21,  no  27. 

*  Un  ouTrage  destiné  à  l'instruction  de  la  jeunesse  et  couronné  deux  fois 
par  r Académie  française  ^le  Littoral  de  la  France)  t  vient  de  révéler  que 
«  la  célèbre  comtesse  de  Montfort  »   est  morte  au   chitean  de  Plaisance 


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334  LES  GRANDS  ÉGUYERS  IIBBÉDITAIRBS 

Ctelui-ci  fut  élevé  à  la  cour  d'Angleterre,  calquée  sur  Je 
modèle  de  la  coiir  de  France.  Le  roi  Edouard  s'était  déclaré 
tuteur  du  jeune  comte  de  Monlfort;  il  le  retint  longtemps 
auprès  de  lui  :  et  c'est  seulement  quand  il  eut  vingt-cinq  ans 
que  le  futur  duc  eut  la  permission  de  rentrer  pour  un  temps 
en  Bretagne,  avec  la  très  humble  titre  de  gouverneur  pour  le 
roi  d'Angleterre*. 

A  sa  mort,  le  2  novembre  1399,  Jean  IV  laissait  quatre 
enfants  mineurs.  Deux  ans  après^sa  veuve,  Jeanne  de  Navarre^ 
donnait  sa  main  au  roi  d'Angleterre  Henri  IV  ;  elle  emmenait 
ses  filles*à  la  cour  d'Angleterre  et  confiait  le  gouvernement 
de  ses  Ris  au  duc  de  Bourgogne  qui  les  conduisait  à  Paris. 
Jean  V  resta  à  la  cour  de  France  jusqu'à  sa  majorité  de 
quinze  ailsqui  survint  aux  premiers  jours  de  1404. 

Ce  séjour  des  ducs  Jean  IV  et  Jean  V  dans  les  cours 
d'Angleterre  et  de  France  a  pu  leur  donner  l'idée  de  se  former 
une  maison  sur  le  modèle  de  ces  cours.  D'ailleurs,  avant  de 
mettre  so  ipille  en  possession  de  son  duché,  le  duc  de  Bour- 
gogne non-seulement  avait  pris  soin  de  lui  nommer  un  conseil 
pour  aider  son  inexpérience,  mais  il  avait  organisé  sa  maison. 
.  Cet  état  de  la  maison  de  Jean  V  nous  a  été  conservé*.  La 
cour  de  Bretagne  semble  une  réduction  de  la  cour  de  la  France. 
Tous  les  officiers  qui  occupent  une  charge  auprès  du  roi  se 
retrouvent  auprès  du  duc  de  Bretagne,  depuis  les  chambel- 
lans qui  tiennent  le  premier  rang,  jusqu'aux  valets  des 
lévriers  et  les  fauconniers. 


près  de  Vannes,  le  17  juillet  1440  »  (11,  p.  i&Oj.  C'est  nous  dire  qu'elle  est 
morte  cent  onze  ans  après  son  mariage,  en  1329.  •—  La  comtesse  de  Montfort 
morte  k  Plaisance  k  cette  date  était  la  première  femme  de  François  !•*, 
duc  de  Bretagne,  alors  comte  de  Montfort. 

«  LOIINBAU»  p.  33t. 

*  Le  duc  de  Bourgogne  a  omia  le  fou  et  l'astrologue  ;  mais  ila  Tont  Tenir 
sans  tarder,  et  ce  jour-là  la  maison  sera  complète.  Lobiniait,  Pr.  peur  Vas^ 
trologien,  col.  1261-12S4  (années  1461*liQ2).  —Pour le  fol.  coK  929  (année 
1419)  1184  etc.  — Le  vicomte  de  Rohan  avait  aussi  un  fou  en  U54.  Col.  it93 


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DE   BRETAGNE  335 

Or  dans  la  longue  liste  des  officiers  de  la  cour  de  Bretagne, 
nous  ne  voyons  pas  figurer  le  grand  écuyer. . .  Et  la  raison 
en  est  simple  :  nous  avons  vu  que,  à  cette  époque,  le  titre  de 
grand  écuyer  n'existait  pas  à  la  cour  de  France'. 

J.  Trévédy. 
Ancien  président  du  tribunal  de  Quimper. 

(A  suivre). 


>  Le  grand  chambeUan  n*est  pas  non  plus  nommément  désigné,  bien  que 
messire  Armel  de  Chàteau-Oiron,  an  des  chambellans,  semble  avoir  en,  dài 
cette  époque,  une  sorte  de  primauté.  —  Lobinxau*  Pt.  col.  814. 


il«'. 


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L'ENSEIGNEMENT 

SECONDAIRE  ECCLESIASTIQUE 

DANS  LE  DIOCÈSE  DE  NANTES 

APRÈS   LA  RÉVOLUTION 
fiSOO-iSiô'J 

MUXIÈME  PARTIE 


Les    Écoles    pnesbytérales 


MAISDON 

LE  petit  collège  dont  nous  allons  parler  a  jeté  plus  d'éclat 
que  tous  les  autres  ;  il  n'est  sans  doute  pas  de  prêtre 
au  diocèse  de  Nantes  qui  ne  connaisse  son  existence 
et  qui  n'ait  entendu  louer,  par  les  anciens  du  clergé,  le  digne 
Monsieur  de  Maisdon. 
La  célébrité  relative  de  cette  maison  s'explique  par  sa 

*  Voir  la  livraison  prâcédente. 


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lënseionemënt  secondaire  egclésiastiqub  337 

durée  assez  prolongée,  puisqu'elle  a  fourni  des  prêtres  pen- 
dant vingt-sept  ou  vingt-huit  ans  ;  par  le  grand  nombre  de 
ceux  qui  y  ont  commencé  leurs  études  ;  surtout  par  la  valeur 
de  celui  qui  Ta  fondée  et  dirigée. 

Nous  n^avons  point  Tintention  de  faire  ici  la  biographie 
complète  de  ce  prêtre  remarquable  autant  que  modeste;  car 
pour  être  complet  sur  ce  sujet,  il  faudrait  être  long.  Nous 
ne  renonçons  pas  à  ce  travail  ;  mais  le  cadre  de  la  présente 
étude  exige  que  nous  nous  bornions  à  faire  Thistoire  de  son 
école. 

Toutefois,  quelques  détails  biographiques  sont  nécessaires. 

Joseph  Courtais  naquit  en  Tannée  1751,  dans  la  paroisse 
de  Tilliers'.  A  dix  ans,  il  perdit  son  père,  à  quinze,  il  était 
orphelin.  Sa  famille  était  honnête  et  chrétienne,  mais  plus 
riche  de  vertus  que  de  biens',  et  Joseph  dut  connaître  dès  sa 
jeunesse,  avec  les  souffrances  et  les  larmes,  les  privations  et 
la  gêne. 

Tilliers  avait  alors  pour  pasteur  M.  Fonteneau^^  prêtre 
vénérable,  dont  le  souvenir^  était  encore  vivant  dans  sa  pa- 
roisse, un  siècle  après  sa  mort.  C'est  lui  qui  dirigea  le  jeune 
Courtaié  vers  le  sacerdoce,  et,  comme  il  appartenait  à  une 
famille  aisée,  c'est  lui  sans  doute  qui  lui  procura  les  moyens 
de  poursuivre  et  d'atteindre  le  but  qu'il  lui  avait  montré. 

La  ville  de  Beaupreau  possédait  dès  lors  un  collège  qui 
jouissait  d'une  grande  réputation  et  attirait  des  jeunes  gens 
de  plusieurs  diocèses,  prinqipalement  de  celui  de  Nantes^. 
Joseph  Courtais,  après  quelques  études  préliminaires  faites 
dans  sa  paroisse  natale,  y  fut  envoyé,  et  y  poursuivit  le  cours 


*  Alors  du  diocèse  de  Nantes,  actuellement  de  celui  d^Angers. 

>  Joseph  Courtais  avait  trois  frères  et  trois  sœurs.  Des  papiers  de  famille 
nous  apprennent  que,  en  1785,  le  curé  de  Maisdon  vendit  sa  part  d'héritage 
à  l'un  de  ses  frères,  pour  la  modique  rente  de  9  dont  la  Teuve  Courtais  se 
libéra,  en  1825,  pour  la  somme  de  i80  francs. 

>  Mr  Angebault,  mort  évêque  d'Angers,  était  neveu  de  M.  Fonteneau. 
^  Lettre  de  M.  Darondeau,  supérieur  du  collège,  en  data  de  1762. 

T.  VI.  —  NOTICES.   —  VI*  ANNÉE,   4*  LIV.  22 


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338  L£NSEIGNEMENT   SECONDAIRE!   ECCLÉSIASTIQUE 

de  ses  humanités,  en  compagnie  des  deux  Bouyer,  ses  com- 
patriotes^ bien  connus  dans  la  paroisse  de  Saint-Clément  de 
Nantes,  qu'ils  gouvernèrent  longtemps. 

De  Beaupreau  il  partit  pour  Angers,  où  il  Ot  sa  philosophie  ; 
puis  il  vint  à  Nantes  étudier  la  théologie.  Sa  tournure  rus- 
tique, ses  longs  cheveux,  son  air  simple  et  modeste,  son  at- 
titude silencieuse  le  firent  mal  juger  de  ses  émules  qui  se 
promirent,  en  le  voyant,  une  facile  victoire  ;  et  déjà  les 
malins  s'égayaient  à  ses  dépens.  L'erreur  ne  dura  pas  long- 
temps, et  la  première  fois  qu'il  prit  la  parole  pour  répondre 
aux  interrogations  du  professeur,  il  s'annonça  comme  un 
maître. 

Après  un  court  préceptorat  il  fut  ordonné  prêtre  et  nommé 
vicaire  à  Aigrefeuiile  ;  mais  au  bout  de  quelques  mois,  il  fut 
transféré  à  Sainte-Croix  dé  Nantes,  où  il  remplit  les  mômes 
fonctions  durant  six  années.  Les  devoirs  de  son  ministère 
ne  rempôchaiffnt  pas  de  poursuivre  ses  études,  et  c'est  à  cette 
époque  qu'il'^outint,  devant  la  faculté  de  théologie,  sa  thèse 
de  doctorat. 

Pe  ll^^mpa  après  (1784),  il  obtint  au  concours  la  cure  de 
M  .  .u.^..  ''^' tait  une  des  paroisses  les  plus  importantes  et 
les  plus  riches  du  diocèse  de  Nantes  ;  elle  était  en  môme 
temps  l'une  des  plus  chrétiennes  :  avec  son  intelligence  et 
ses  forces,  M.  Courtais  lui  donna  pour  jamais  son  cœur. 

Bien  que  la  Révolution  en  eût  diminué  l'importance,  il  ne 
consentit  pointa  la  quitter;  et  il  devait  y  mourir,  après  l'avoir 
gouvernée  pendant  quarante- trois  ans.  On  sut  du  rerte  l'ap- 
précier, et  le  seul  nom  de  Monsieur  de  Maisdon,  qu'on  lui 
donna  dès  lors  et  qu'il  conserva  jusqu'à  sa  mort,  parmi  le 
clergé  et  le  peuple,  nous  dit  assez  la  considération  dont  il 
jouit,  depuis  son  arrivée  dans  cette  paroisse  jusqu'à  son  der- 
nier jour. 

Les  occupations  pourtant  nombreuses  qu'impose  la  direc- 
tion d'une  paroisse  étendue  et  chrétienne,  ne  suffisaient  pas 
à  contenter  le  zèle  de  cette  âme  sacerdotale.  Bientôt,  M.  Cour- 


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DANS  LE  DIOCÈSE   DE   NANTES  APRÈS  LA   RÉVOLUTION      339 

tais,  que  la  Providence  avait  également  bien  doué  pour  les 
travaux  du  ministère  et  ceux  de  l'enseignement,  établit  un 
cours  de  sciences  dans  son  presbytère,  de  concert  avec 
M.  Bouyer,  sou  ancien  condisciple  devenu  son  vicaire,  qui 
enseignait  la  philosophie^  Cet  établissement  n'était  pas  dû  à 
la  seule  initiative  du  recteur  de  Maisdon  :  les  principes  hardis, 
téméraires,  pour  ne  pas  dire  plus^  des  Pères  de  TOratoiré 
inspiraient  depuis  longtemps  des  craintes  h  tous  les  esprits 
sérieux,  et  le  nouveau  collège,  destiné  à  prémunir  la  jeunesse 
cléricale  de  Nantes  contre  des  tendances  dangereuses^  devait 
être  une  succursale  du  Séminaire,  dirigé  par  les  Sulpiciens. 

Tout  en  professant^  M.  Bouyer  travaillait  pour  son  propre 
compte,  et  c'est  à  cette  époque  qu'il  soutint  sa  thèse  de  doc- 
teur. Le  président  de  cette  séance  solennelle  était  au  choix 
du  candidat  ;  M.  Bou/er  n'alla  pas  chercher  bien  loin,  et  c'est 
sous  la  présidence  de  son  recteur  que  le  vicaire  de  Miaisdon' 
subit  les  dernières  épreuves  du  doctorat.  Heureux  temps  que 
celui  où  les  études  théologiques  étaient  en  tel  honneur,  et  où 
un  simple  presbytère  de  campagne  pouvait  offrir  ce  spectacle! 

C'est  au  milieu  de  l'ébranlement  général  cauq^  par  les 
débats  de  l'Assemblée  Constituante  que  M.  Co*  .  ..  "yrait 
à  ces  travaux  (1789-1790).  Les  événements,  en  se  précipitant, 
n'allaient  pas  tarder  à  les  interrompre  et  à  disperser  les 
écoliers  de  Maisdon. 

M.  Courtais  et  ses  deux  vicaires  refusèrent  avec  écl^t  de 
prêter  le  serment  schismatique.  Ces  derniers,  avec  un  très 
grand  nombre  de  prêtres  nantais,  passèrent  en  Espagne  les 
années  terribles  ;  quant  au  recteur,  ne  voulant  point  aban- 
donner le  troupeau  confié  à  ses  soins,  il  resta  à  son  poste  et 
brava  tous  les  dangers  de  la  persécution. 

Comme  toutes  celles  de  la  Vendée,  la  paroisse  de  Maisdon 
fut  parcourue  dans  tous  les  sens  par  les  armées  révolution- 


*  Notice  sUUistiquô  et  historique  sur  la  commune  de  Maisdon^»»  par 
M.  Petit  dM  Roehettes,  maire  de  Maisdon,  première  pvUe,  note  V, 


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340  l'enseignement  secondaire   ECGLisiASTIQUE 

naîres  ;  le  plus  grand  nombre  des  maisons,  furent  brûlées,: 
ainsi  que  le  presbytère  et  Téglise*;  beaucoup  d'habitants  furent 
massacrés,  et  nous  savons  une  famille  qui  perdit  Irente  de 
ses  membres  pendant  la  guerre  civile*. 

M.  Courtais  n'en  remplit  pas  moins,  à  cette  époque^  tous 
les  devoirs  du  ministère,  s'exposant  presque  continuellement 
àlâmort  pour  soutenir  ses  paroissiens  dans  la  foi  et  la  vertu, 
surtout  pour  baptiser  les  nouveau-nés  et  assister  les  mou 
yants.  Le  récit  de  tous  les  travaux  qu'il  accomplit  et  de  tous 
lés. périls  qu'il  courut  sérail  sans  doute  intéressant;  mais, 
nous  l'avons  dit  déjà,  ce  serait  dépasser  le  cadre  de  ce  travail, 
et  nous  aimons  mieux  ne  pas  l'entreprendre  que  de  l'effleurer. 

Les  périls  passés  et  le  calme  revenu,  M.  Courtais  rentra 
dans,  sa.dçmeure*  et  reprit,  d'une  manière  régulière, ,  ses 
occupati.ons  pastorales.  Il  ne  devait  pas  tarder  à  rouvrir,  et 
plus  grande  que  jamais,  sa  porte  aux  écoliers, 
r  Les  dangers  mômes  de  la  persécution  n'avaient  pas  em- 
péché,M.  de  Maisdon  de  jeter  un  regard  attristé  sur  l'avenir 
de  la  religion  en  France,  et  de  songer  aux  moyens  de  combler 
les  vides  du  sacerdoce.  Il  voulut  dès  lors  procurer  des  mi- 
nistres à  cette  Eglise  désolée,  et  se  mit  aussitôt  à  l'œuvre.  Il 
réussit  à  former  quelques  étudiants  en  théologie,  et  dès  que 
le  calme  fut  un  peu  revenu,^  avant  le  Concordat,  il  put  en 
envoyer  plusieurs  à  Tordination.  «  J'ai  connu,  écrit  un  de 
ses  anciens  professeurs,  un  curé  de  DongeSy  M.  Procourt  qui, 
après  avoir  servi  dans  Tarmée  vendéenne,  avait  été  instruit 
par  lui,  et  fut  ordonné  à  Paris  avant  le  Concordat.  »  Ce  ne  fut 
pas  le  seul  sans  doute,  car  le  zèle  de  M.  Courtais  donna  des 
inquiétudes  au  Directoire  exécutif  de  Clisson  qui  le  signalait* 

*  Le  4  avril  1794. 

*  La  faxniUe  Pineau,  —  Mémoires  manuscrits  de  M.  Tabbé  Pineau,  élève 
de.  M.  ConrUtis,  mort  curé-prieur  de  Saint-Etienne-de-Gorcoué.  M.  Pineau  est 
bien  connu  par  son  rôle  politique  en  1832. 

*  Comme  locataire,  car  le  presbytère  avait  été  vendu  et  ne  fut  racheté 
qu'en  1800. 

^  Lettre  du  &  messidor,  an  V. 


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DANS  LE  DIOCÈSE    DE  NANTES  APRÈS  LA  flÉVOLUTION     341 

'  au  département  «  comme  endoctrinant  les  jeunes  gens  pour 
les  disposer  à  se  faire  prêtres.  >» 

Nous  comprenons  quel  redoublement  de  zèle  il  dut 
apporter  à  cette  œuvre  capitale,  quand  la  pacification  reli- 
gieuse lui  en  facilita  les  moyens,  et  lorsqu'il  lui  fut  possible, 
en  comptant  les  prêtres  qui  avaient  disparu,  de  mieux  con- 
naître les  bejsoins  de  l'Eglise.  Il  rechercha  alors  de  tous  côtés 
et  réunit  dans  son  presbytère  des  étudiants,  leur  enseignant 
les  éléments  de  la  langue  latine. 

Les  besoins  de  TEglise  étaient  pressants,  en  effet,  et  il 
fallait  aller  vite.  Aussi  les  premiers  élèves  de  M.  Courtais 
n'étaient-ils  pas  des  enfants,  mais  des  jeunes  gens  déjà  un 
peu  âgés,  de  bonne  famille^ pieux,  raisonnables,  d'un  jugement 
droit,  et  décidés  à  n'étudier  que  poiir  l'état  ecclésiastique. 

Quelques  mois  suffisaient  pour  leur  apprendre  un  peu  de 
latin,  et,  au  bout  de  cinq  ou  six  ans,  plusieurs  de  ces  jeunes 
gens  étaient  prêtres,  non  pas  remarquables  sans  doute  par 
leur  science,  assez  instruits  cependant  pour  remplir  les 
devoirs  du  saint  ministère.  Un  certain  nombre  de  paroisses 
furent  ainsi  pourvues  de  sujets  uniquement  formés  par 
notre  bon  curé. 

En  effet,  M.  Courtais  donnait  un  enseignement  plus  com- 
plet que  celui  du  recteur  de  Saint- André  ;  et,  pendant  quelques 
années,  sa  maison  comprit  les  cours  du  grand  comme  du 
petit  séminaire.  On  vit  môme  des  jeunes  gens  déjà  ordonnés 
prêtres,  mais*dont  les  études  théologiques  n'étaient  pas  ter- 
minées, suivre  ses  leçons  ;  et,  parmi  les  élèves  de  Maisdon, 
en  1809,  nous  trouvons  quatre  prêtres  et  un  diacre*. 

Les  mêmes  besoins  faisaient  naître  partout  les  mêmes 
désirs,  et  les  prêtres  survivants  de  la  Révolution  n'avaient 
pas  de  plus  grande  préoccupation  que  de  se  préparer  des 
collaborateurs  et  des  successeurs.  Mais  tous  n'avaient  pas 


*  MM.  Yves  Dupuis,  Michel  Durand t  Pierre-René-Léon  FanteTieau,  Jean 
Bonnet,  prêtres  ;  François-Marie  Bercegeay,  diacre.  —  Archives  de  VévécKé. 


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342  l'enseignement  secondaire  ecclésiastique 

les  ressources  de  M.  Gourtais  ;  et  point  de  collèges  ni  'de  sé- 
minaires encore  !  aussi  quelle  bonne  fortune  quand  un  curé 
mettait  sa  science  et  son  dévouement  au  service  de  la  jeu- 
nesse cléricale  !  On  voyait  aussitôt  les  élèves  accourir  de 
toutes  parts.  C'est  ce  que  Ton  vit  à  Maisdon. 

Les  curés  qui  avaient  découvert  des  vocations  et  qui  déjà 
avaient  donné  quelques  leçons  de  latin  aux  jeunes  gens 
choisis,  les  envoyaient  à  Maisdon  pour  étudier  la  philosophie 
et  la  théologie.  Les  confrères  voisins  surtout^  plus  à  même 
d'apprécier  )e  mérite  du  charitable  maître,  lui  envoyèrent 
des  étudiants  pris  parmi  les  plus  vertueux  de  leurs  pa- 
roissiens. 

Mais  la  réputation  de  M.  Gourtais  attira  bientôt  sur  son 
collège  l'attention  des  plus  éloignés.  La  Vendée,  naturelle- 
ment, Maisdon  et  les  paroisses  environnantes,  Aigrefeuille, 
le  Loroux-Bottereau,  la  Chapelle-Heulin,  Saint-Fiacre,  Château- 
Thébaud  et  Vertou  lui  fournissaient  beaucoup  d'élèves  ;  peu 
de  temps  après  Touverture  de  la  maison,  ils  arrivèrent  de 
l'Anjou,  de  plusieurs  points  éloignés  de  la  Bretagne,  du 
Poitou,  et  môme  de  la  Saintonge.  Dès  1802,  le  presbytère  de 
Maisdon  était  devenu  un  véritable  séminaire ,  et  le  bon 
pasteur  voyait ,  réunis  autour  de  lui,  une  cinquantaine  de 
jeunes  gens  de  différents  âges,  partagés  en  plusieurs  classes, 
depuis  la  huitième  jusqu'à  la  théologie  inclusivement. 

Il  ne  faudrait  pas  cependant,  pour  se  faire  une  idée  de  la 
vie  qu'on  menait  à  Maisdon,  se  reporter  à  «los  séminaires 
actuels.  Rien  ne  leur  ressemblait  moins  que  ce  séminaire 
improvisé. 

On  observait  cependant,  autant  que  possible,  les  règles  de 
ces  saintes  maisons.  Voici  quel  était  à  peu  près  l'ordre  de  la 
journée. 

Le  lever  avait  lieu  à  5  heures,  et  tout  le  monde,  la  toilette 
terminée,  se  réunissait  dans  une  salle  commune.  Un  des 
élèves  récitait  à  haute  voix  la  prière,  qui  était  suivie  d'un 
quart  d'heure  de  méditation.  On  assistait  à  la  sainte  messe, 
puis  venait  le  déjeuner,  suivi  de  Tétude. 


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DANS  LE   DIOCÈSE   DE   NANTES   APRÈS  LA   RÉVOLUTION     343 

Chacun  étudiait  en  son  particulier,  apprenait  ses  leçons  et 
faisait  ses  devoirs,  soit  dans  le  dortoir,  soit  dans  les  jardins. 
Pendant  ce  temps,  le  curé  s'occupait  du  soin  de  la  paroisse, 
confessant  les  fidèles  et  prolongeant  sa  méditation  au  pied 
des  saints  autels. 

Il  est  évident  que  la  classe  ne  pouvait  être  à  heure  fixe. 
Quand  M.  le  curé  revenait  de  l'église,  il  appelait  ou  sonnait 
la  cloche,  et  l'essaim  de  se  rassembler  aussitôt  au  réfectoire 
qui  servait  en  même  temps  de  classe.  Il  était  ordinairement 
neuf  heures  du  matin,  et,  depuis  ce  moment  jusqu'à  la  fin  de 
la  journée,  le  maître  dévoué  était  à  ses  élèves.  Tout  à  son 
devoir  et  à  la  charité,  il  ne  prenait  pas  même  le  temps  de 
déjeûner  :  un  morceau  de  pain  et  un  fruit  à  la  main,  il  com- 
mençait par  les  classes  inférieures,  puis  il  parcourait  les 
autres  jusqu'à  midi.  «  Ainsi,  remarque  l'auteur  d'une  notice 
manuscrite,  après  avoir  le  matin  professé  la  huitième,  avant 
dîner,  il  terminait  par  la  classe  de  rhétorique. 

Bientôt,  seul  chargé  de  quarante  à  cinquante  élèves, 
M.  Courtais,  malgré  sa  bonne  volonté,  ne  put  suffire  à  tout, 
comme  nous  l'avons  dit  déjà  de  toutes  les  écoles  pres- 
bytérales,  il  adopta  le  système  d'enseignement  mutuel.  Les 
étudiants  en  philosophie  et  en  théologie  faisaient  la  classe 
aux  commençants  ;  mais  c'était  toujours  sous  l'inspection  du 
curé  qui  examinait  et  corrigeait  lui-môme,  plusieurs  fois  la 
semaine,  les  devoirs  de  tous  ses  écoliers. 

A  11  h.  3/4  avait  lieu,  comme  au  séminaire,  l'examen  par- 
ticulier. C'était  un  élève  qui  le  présidait. 

A  midi,  le  dîner,  suivi  de  la  récréation  toujours  partagée 
par  le  maître. 

L'après-midi  était  consacrée  à  la  philosophie  et  à  la 
théologie.  Si  des  malades  appelaient  M.  Courtais  à  leur 
chevet,  les  classes  en  souffraient  peu.  On  voyait  le  bon 
M.  de  Maisdon,  monté  sur  un  cheval*,  escorté  d'une  partie 

'  De  bonne  heure,  ses  jambes  infirmes  lui  rendirent  la  marche  difficile. 


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3 44  l'enseignement  secondaire  ecclésiastique 

de  ses  élèves,  faire,  tout  en  voyageant,  réciter  les  leçons, 
expliquer  les  auteurs,  ou  bien  discuter  une  question  de  phi- 
losophie ou  de  théologie.  Rien  ne  ravissait  les  paroissiens 
de  Maisdon  comme  de  le  rencontrer  ainsi  entouré  de  ses 
enfants. 

A  la  fin  de  la  journée,  après  la  récréation  qui  suivait  le 
souper,  lecture  spirituelle,  faite  ordinairement  dans,  la  vie 
d'un  saint  ;  puis,  la  prière  du  soir  récitée  par  le  curé  lui- môme. 

On  le  voit,  le  règlement  n'était  pas  trop  compliqué  ;  c'est 
qu'à  Maisdon  les  règles  sévères  n'étaient  pas  plus  néces- 
saires que  les  sanctions  rigoureuses.  M.  Court ais  avait  une 
grande  autorité  sur  ses  élèves,  et  sa  parole,  ou  plutôt  le  seul 
désir  qu'avaient  tous  ses  enfants  de  le  satisfaire  et  de  devenir 
des  hommes  de  Dieu  comme  lui,  suffisait  à  maintenir  partout 
un  ordre  parfait,  a  II  ne  punissait  jamais,  écrit  l'un  d'eux*, 
il  grondait  rarement,  mais  quand  il  le  faisait,  c'était  avec 
une  très  grande  sévérité.  On  le  respectait  beaucoup,  on 
l'aimait  singulièrement  :  il  était  au  milieu  de  nous  comme 
un  père  au  milieu  de  ses  enfants.  »  Et  un  autre  :  €  C'é- 
tait sans  doute  grâce  aux  prières  du  saint  homme  que 
toute  cette  petite  famille  de  jeunes  gens  se  conduisait  si 
bien.  On  ne  manquait  jamais  d'aller  tous  et  tous  les  jours  à 
la  sainte  messe,  quoique  personne  ne  vous  y  forçât;  on  s'en- 
gageait les  uns  les  autres  à  aller  à  confesse,  et  personne 
ne  manquait  à  ce  devoir.  Il  en  était  de  môme  pour  les 
études,  on  étudiait  par  religion  et  par  raison.  Jamais  on 
n'entendit  personne  dire  un  mot  qui  put  ofïenser  la  mo- 
destie, et  il  était  rare  qu'il  y  eût  quelque  dispute  sérieuse 
entre  les  clercs.  » 

Nous  le  répétons,  pour  juger  l'école  de  Maisdon  et 
toutes  nos  écoles  presbytérales,  il  ne  faut  les  comparer  à 
aucune  autre  :  personnel,  règlement,  méthode,  tout  est 
spécial.  L'objet  de  l'enseignement  l'était  aussi,  en  ce  sens 

**M.  Bouyer,  mort  ruré  de  Saint-Donatien  de  Nantes. 


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DANS  LE   DIOCÈSE  DE  NANTES  APRÈS  LA  RÉVOLUTION     345 

qu'il  était  très  restreint.  Chez  M.  Gourtais,  on  se  bornait  au 
latin,  au  français,  à  quelques  notions  de  littérature  et  de 
philosophie  :  c'était  tout.  Les  circonstances  l'exigeaient  :  le 
temps  manquait  pour  faire  davantage. 

De  plus,  comme  nous  l'avons  dit,  beaucoup  de  nos  écoliers 
arrivaient  à  Maisdon  pour  étudier  la  philosophie  et  la  théo- 
logie, après  avoir  fait  leurs  humanités  dans  les  presbytères. 
Hélas  !  souvent  le  bon  vieux  prêtre  qui  les  avait  formés  était, 
les  ans  en  sont  la  cause ^  un  peu  brouillé  avec  ses  classiques  ; 
en  outre,  nos  pauvres  écoliers,  choisis  parmi  des  jeunes 
hommes  de  vingt  ans  appliqués  depuis  plusieurs  années  aux 
travaux  de  la  campagne  et  dopt  l'instruction  avait  été  fort 
négligée  pendant  la  Révolution,  n'étaient  guère  préparés  à 
ces  nouvelles  occupations,  et  leur  intelligence  s'ouvrait  moins 
facilement  à  l'étude  ;  enfin  les  leçons  rapides  et  intermittentes 
qu'ils  avaient  reçues  d'un  pasteur  absorbé  par  les  soins  du  mi- 
nistère étaient  le  plus  souvent  insuffisantes  :  aussi  la  plupart 
ne  possédaient-ils  qu'une  légère  teinture  du  latin. 

Ce  devait  être  une  peine  profonde  pour  le  savant  curé,  ce 
lui  fut  aussi  une  occasion  de  montrer  son  dévouement  :  après 
avoir  donné  la  journée  aux  occupations  du  ministère  et  du 
professorat,  il  consacrait  ses  nuits  à  rédiger  en  français  des 
traités  de  théologie  morale'. 

Nous  avons  ces  traités,  écrits  en  classe  sous  la  dictée  de 
l'auteur,  par  M.  Fonteneau,  qui  étudiait  la  théologie  à  Maisdon 
en  1805  et  1806  et  qui  est  mort  curé  du  Loroux-Bottereau  ; 
il  y  en  a  dix-neuf  :  les  traités  des  Actes  humains  —  des  Lois 

—  du  Péché  —  du  Décalogue  —  de  la  Justice  —  des  Contrats 

—  des  Sacrements  en  général  —  du  Baptême  —  de  la  Confir- 
mation —  de  l'Eucharistie  —  du  saint  Sacrifice  de  la  messe  — 
de  la  Pénitence  (auquel  il  faut  joindre  un  petit  traité  en  latin 


•  Denzda  c«s  traités,  s*il  tant  en  croire  un  ancien  professenr  de  Maisdon, 
la  Justice  et  les  Contrats^  sont  de  Mf  DuYoisin  ;  tons  les  autres  sont  dus  à 
M.  Courtais. 


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L 


34(5  l'enseignement  secondaire  ecclésiastique 

de  Absolutiom)  --de  rExtrôme-Onction  —  de  TOrdre  — du 
Mariage  —  des  Censures  —  des  Irrégularités*. 

Ces  différents  Irailés  sont  courts,  mais  ils  renferment  tous 
les  vrais  principes  et  sont  remarquables  par  leur  lucidité. 
Les  écoliers  de  Maisdon,  ainsi  formés,  pouvaient  bien,  pour 
la  plupart,  n'être  pas  des  savants,  mais  ils  possédaient  une 
science  iliéologique  très  suffisante,  et  comme  ils  étaient 
humbles,  pieux  et  ordinairement  d'un  jugement  très  droit, 
ils  ont  rendu  de  grands  services  au  diocèse'. 

Le  docte  évoque  de  Nantes  savait  les  apprécier,  et  le  trait 
suivant  nous  montre  quel  cas  il  faisait  du  mérite  et  des  ser- 
vices de  M.  Courtais.  Un  jour  que  celui-ci  dînait  à  l'évêché, 
le  prélat  lui  demanda  s'il  aurait  quelques  jeunes  gens  à  lui 
envoyer  pour  la  prochaine  ordination.  —  Oui,  Monseigneur, 
répondit  le  bon  curé,  j'en  aurai  encore  quelques-uns,  je  Tes- 
père.  -^  Alors,  élevant  les  yeux  au  ciel,  révoque  prononça 
ces  paroles  :  «  Quand  je  présente  à  Dieu  des  sujets  formés 
par  vos  mains,  mon  cher  curé,  ma  conscience  est  tranquille, 
etje  bénis  la  Providence  qui  dirige  une  œuvre  aussi  sainte 
et  aus^i  charitable.  » 

Il  ne  faudrait  pas  croire  cependant  que  tous  les  étudiants 

'  M.  deMa^i^^don  dictait,  en  latin,  à  ceux  d*entre  ses  écoliers  qui  avaient 
oommf^ncé  leurs  études  chez  lai,  et  qui  étaient  généralement  plus  instruits 
[les  imités  dogmatiques  et  des  cahiers  de  philosophie.  Nous  ignorons  s'il  les 
uvait  rédigA;^lLLi*méme.  On  signale,  dans  sa  bibliothèque,  une  théologie  dog- 
laatique  f*n  k  folumes,  composée,  dit-on,  et  dictée  par  M.  d*Auchemouillé, 
flulpicien,  autrefois  professeur  renommé  du  Séminaire  de  Nantes.  Peut-être 
faisiit-elle  1g  fond  des  cours  de  M.  de  Maisdon,  bien  que  celui  qui  signale 
cfltoUTra^^e  oe  le  dise  pas.  Cependant  nous  avons  sous  les  yeux  le  traité  de 
verâ  Reii§iùne,  dicté  par  M.  Courtais,  et  nous  le  croyons  son  œuvre.  C'est 
qu'on  y  rcconnait,  sinon  la  main,  du  moins  l'inspiration  de  Mv**  Duvoisin.  Le 
cours  pubHét  sur  le  même  sujet,  par  le  savant  professeur  de  Sorbonne,  est 
îis^ez  souvent  copié  pour  que  nous  comprenions  que  l'auteur  l'avait  sous  les 
yeoï,  le  suivait  pas  à  pas,  et  ne  s'en  écartait  guère  que  par  la  nécessité 
d*iitre  pluK  précis. 

>  Ce  nV^t  pas  à  Maisdon  seulement  qu'on  était  réduit  à  ces  expédients.  Les 
écoïier*  de  Derval  et  d'ailleurs  se  trouvaient  dans  les  mêmes  conditions,  et 
nû-is  avons  vu  plus  haut  que  M.  Orain,  aussi  confiant  dans  la  science  de 
M.  Courtais  que  défiant  de  ses  propres  lumières,  lui  avait  emprunté  ses 
eahi^ri  de  philosophie  et  de  théologie. 


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DANS  LE  DtOCÈSE   DE  NANTES  APRÈS  LA  RÉVOLUTION      347 

de  Maisdon  fussent  des  élèves  médiocres.  Plusieurs,  au  con- 
traire, étaient  fort  remarquables  et  occupèrent,  dans  la 
suite,  des  positions  très  importatites.  C'était  un  bonheur 
pour  le  savant  maître  quand  il  voyait  autour  de  lui  de  ces 
:ntelligences  d'élite,  et  il  les  cultivait  avec  amour.  Il  disait 
parfois  que  pour  faire  un  prêtre  il  faut  trois  choses  :  saijiteté, 
science  et  santé.  S'il  s'appliquait,  par  ses  exemples  et  ses  leçon?, 
à  former  ses  jeunes  gens  dans  la  sainteté,  s'il  veillait  à  leur 
conserver  les  forces  qu'ils  devaient  mettre  au  service  de 
Dieu,  il  ne  négligeait  pas  la  science. 

C'est  pour  encourager  les  efforts  de  ses  enfants,  et  sans 
doute  aussi  en  souvenir  de  ce  temps  déjà  lointain  pu  lui- 
même  se  livrait  à  ces  joutes  théologiques,  qu'il  voulut  faire 
soutenir  une  thèse  publique. 

Le  28  août  180r7,  c'était  fête  au  presbytère  de  iMaisdon  et 
jour  de  grande  joie  pour  le  vieux  docteur.  M^  Paillon,  évoque 
de  la  Rochelle  et  de  Luçon,  faisait  une  tournée  pastorale 
dans  les  environs  ;  il  se  rencontra  avec  l'évêque  de  Nantes 
dansla  modeste  enceinte  de  notre  petit  collège.  Cette  ren- 
contre n'était  pas  imprévue  ;  les  prêtres  voisins,  môme  ceux 
de  la  ville,  en  avaient  été  informés  ;  aussi  se  pressaient-ils 
nombreux  autour  des  deux  prélats. 

Un  élève,  M.  Michel  Bouyer,  depuis  curé  de  Saint-Donatien, 
adressa  aux  pontifes  quelques  paroles  de  bienvenue.  «  Quoi- 
que nous  ressentions  vivement,  dit-il,  la  joie  qui  pénètre  ici 
tous  les  cœurs,  noiis  ne  pouvons  nous  défendre  d'une  cer- 
taine frayeur  respectueuse  qui  nous  saisit  malgré  nous.  Et 
quel  autre  sentiment  pourrions-nous  éprouver,  en  voyant 
siéger  dans  cette  auguste  assemblée,  ce  qu'il  y  a  de  plus  dis- 
tingué dans  tous  les  ordres  ?  Nos  premiers  regards  tombent 
sur  deux  princep  de  l'Eglise  qui  rendent  à  leur  dignité  tout 
l'honneur  qu'ils  en  reçoivent.  Avoir  à  louer  des  prélats  uni- 
versellement révérés,  en  qui  les  talents,  l'érudition  et  les 
vertus  se  réunissent;  avoir  à  parler  de  l'art  oratoire  de- 
vant ces  maîtres  de  l'éloquence  qui  ont  fleuri  dans  la  pre- 


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348         l'enseignement  secondaire  egcli^siastique 

mière  école  du  inonde,  dont  la  plume  nous  a  donné  tant  de 
savants  ouvrages  :  c'est  une  tâche  bien  supérieure  à  nod 
forces.  Nous  ne  sommes  devant  vous.  Nos  Seigneurs,  que  des 
enfants  ;  à  peine  savons-nous  bégayer.  Ce  qui  nous  rassure, 
c'est  que  Thumanité,  la  douceur  et  la  bonté  qui  vous  caraé- 
térisent  vous  font  accueillir  les  petits  comme  les  grands  ; 
vous  nous  en  donnez  aujourd'hui  une  preuve  éclatante,  en 
paraissant  au  milieu  de  nous  pour  encourager  nos  premiers 
essais-  Nous  n'avons  à  vous  offrir,  avec  l'hommage  de  nos 
profonds  respects,  que  le  désir  de  mériter  par  de  nouveaux 
efforts  votre  protection  et  vos  suffrages. 

«  Nous  vous  devons  ici  un  tribut  particulier  de  gratitude  et 
d'amour,  illustre  et  vénérable  Pontife,  à  qui  nous  avons  le 
bonheur  d'appartenir  par  des  liens  si  étroits  et  si  précieux. 
Aimé  de  Dieu  et  des  hommes,  votre  mémoire  est  partout  en 
bénédiction  et  votre  nom  retentit  dans  tous  les  cœurs.  Vous 
êtes  notre  père,  et  que  de  fois  Votre  Grandeur  a  jeté  ici  sur 
nous  ses  regards  !  Qu'il  nous  est  doux  de  répéter  que  nous 
sommes  vos  enfants  !  Daigne  le  Ciel,  propice  à  nos  vœux,  con- 
server à  l'église  de  Nantes  un  pasteur  qui  en  fait  la  gloire 
et  Tornement.  » 

M.  Grégoire,  mort  curé  de  Machecoul,  soutint  ensuite  une 
thèse  sur  le  traité  de  l'Eglise.  «  C'était  chose  inconnue  pour 
le  nouveau  clergé,  écrit  quelqu'un*  qui  recueillit  plus  tard  les 
échos  de  cette  fôte,  aussi  une  foule  nombreuse  de  prêtres  ac- 
coururent-ils à  Maisdon  pour  être  témoins  des  efforts  du 
candidat.  Les  exercices  furent  présidés  par  M«'  Duvoisin  lui- 
môme,  dont  la  science,  tempérée  par  la  bonté,  souriait  à  ces 
joutes  qui  lui  rappelaient,  bien  faiblement  sans  doute,  les 
grandes  et  fortes  études  de  cette  Sorbonne  dont  il  avait  été 
autrefois  la  gloire  ;  mais  le  bon  pasteur  encourageait  de  sa 


•  M«f  An^^ebault.  —  Lettre  da  3!  octobre  1858. 


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DANS  LE  DIOCÈSE   DE   NANTES  APFtÈS  LA   RÉVOLUTION      349 

voix  bienveillante  ces  essais  timides  encore  qu'on  applau- 
dissait comme  une  espérance*.  » 

*  Nous  croyons  bon  de  reproduire  ici  Targument  de  la  thèse,  composée 
ppni*être  par  M.  Courtais  lui-même  : 

Oratio  de  Ecclesid  Dei. 

Ëcclesiam  divinitus  institutam  potentissimo  Dei  prsesidio  conservari  argu- 
mento  est  constans  ejus  et  inconcussa  stabilitas.  Variée  variis  temporibus  a 
tartareis  faucibus  in  orbem  emersernnt  alternantes  sectœ;  eas,  postquam 
plus  minusve  celebritatis  obtinuerunt.,  extinctas  tandem  vidimus  et  obli- 
vione  consepultas.  Cur  non  easdem  vices  experta  fuit  Christi  Ëcclesiaf  Hoc 
sane  tam  splendidum,  tam  singulare  beneficium  non  débet,  nisi  summse 
Dei  potentiœ,  quàcincta  semper  ac  munita  superbas  inferi  portas  vicit  ac 
contrivit.  A  Domino  facium  est  istud^  et  est  mirabile  in  oculis  nostris. 

Re  etenim  verà,  longe  plaribus,  quam  ceterœ  omnes  simul  institutiones^ 
▼exationibus  conflicta  est  sola  Christi  Ecclesia.  A  mille  et  octingentis  annis, 
quot  pericula  subiit!  quot  certamina  sustinuit!  quoties  àprimis  incunabulis 
ferro  persecutorum  appetita  !  quoties  haeresibus  et  schismatibus  discissa  ! 
quoties  ftliornm  suorum  scandalis  oppressa  doluit  ac  ingemnit  !  Ëam  tamen 
quibuslibet  erroribus  ac  tempestatibus  superstitem  intuemur.  In  ter  huma- 
narum  rerum  vicissitudines,  inter  populorum  ruinas,  inter  innumeras  im- 
periorum  conversiones,  stat  immota  rupes.  Hanc.  nec  conjurata  principum 
potentia,  nec  obstinata  dœmonis  improbitas,  nec  impiœ  novatorum  moli- 
tiones»  nec  hœreticorum  fraudes,  nec  fldelium  corruptela,  nec  temporis  diu- 
turnitas,  evertere  valuerunt.  Quemadmodum  aquœ  dilûvii  super  orbem 
effusœ  arcam  non  obruerunt,  sed  in  sublimiori  loco  posuere,  ita  etprocellœ 
tôt  atque  tempestas,  quibus  agitata  fuit  fidissima  Relîgionis  christianise  custos 
Ecclesia,  ad  illud  unum  profecerunt,  ut  noTos  ipsi  triumphos  novamque  ma- 
jestatem  adderent.  Flax>erunt  ventU  et  irruerunt  in  domum  illam,  et  non 
eecidit  :  fundata  enim  erat  super  flrmampetram. 

Quis,  delectam  hanc  Christi  sponsam  semper  lacessitam,  nunquam  autem 
▼ictam  inspiciens,  in  perpetuis  ipsius  victoriis  divinam  opem  et  juge  mira- 
culum  non  agnoscat?  Quis  cum  Judœorum  sapientissimo  non  fateatur  divi- 
num  opus  illud  esse,  cujus  in  excidium  omni  molimine  incubuerunt  hostes 
christiani  nominis  infensissimif  Hoc  scilicet  proprium  est,  ut  tune  vincat 
eum  lœdetur,.,  non  eradieahiiur,  nec  cadet  quibuslibet  tentaiionibus, 
donec  veniat  consummatio» 

Nihil  ergo  nobîs  optabilius  contingere  poterat,  quam  ut  causam  Ecclesiie 
coràm  Ecclesise  prindipibus  defendere  liceret  ;  ad  id  movet  nos  potenter  et 
excitât  exemplum  vestrum,  illustrissimi  prœsules  :  vos  Ëcclesiam  ut  ministri 
virtutibus  ornastis,  doctrinâ  defendistis,  zelo  propagastis,  ipsius  decori  ac 
ornamento  ingenium,  labores,  aliasque  tum  natnrse,  tum  grati  œdotes  vovistis, 
consecrastis  ;  vos  Hilarii  œmulatores  Ecclesise  causa  sarumnas  et  exilium 
perpessi  :  vos,  totâ  plandente  Gallià,  positi  k  Spiritu  Sancto  epitcopi  regere 
Ëcclesiam  Dei,  factis  et  scriptis  illibatum  fidei  depositum  cnstodistis  :  vos 
Ecclesise  gallican»  decus,  eam  tôt  ictibus  dilaceratam  Cathedna  Pétri 
religastis:  vos  sanandis  ejusdem  vulneribus  indefessâ.  virgilantiâ  allaborastis. 


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350  l'eNSBIONEMBNT  SEGOXQAiRE   RGGLÉ8I ASTIQUE 

La  plupart  des  étudiants  de  Maisdan  étaieat  externes  ;  plu- 
sieurs prenaient  leur  pension  dans  le  bourg,  chez  des  parti- 
culiers. Cependant  un  certain  nombre ,  venus  de  loin  , 
logeaient  au  presbytère.  La  maison  fut  bientôt  trop  étroite  : 
on  eut  recours  à  un  bâtiment  voisin,  l'ancien  prieuré,  pour 
y  placer  les  plus  raisonnables. 

Il  en  fut  ainsi  pendant  les  six  premières  années  à  peu  près  ; 
mais  lorsque  le  séminaire  de  Nantes  fut  complètement  orga- 
nisé, M.  Courtais  dut  modifier  son  collège.  Il  cessa  d'enseigner 
la  théologie,  la  philosophie  et  môme  les  humanités,  se  bor- 
nant désormais  aux  classes  élémentaires.  Il  accueillit  alors, 
avec  ses  séminaristes,  quelques  étudiants  qui  ne  se  desti- 
naient point  à  l'état  ecclésiastique,  et  que  leurs  parents,  de 
familles  honnêtes  mais  de  fortune  médiocre,  ne  pouvaient 
placer  dans  les  pensions  de  la  ville. 

Les  écoliers  de  Maisdon,  sauf  de  rares  exceptions,  n'étaient 
plus  alors  que  des  enfants  ;  le  système  de  liberté  presque 
complète,  suivi  jusque-là  sans  inconvénients  avec  des  jeunes 
gens  raisonnables,  devenait  impossible.  Il  fallut  exercer  une 
surveillance  plus  étroite  et  arlopter  la  discipline  des  collèges 
ordinaires.  Quelques  dépendances  de  la  maison  curiale  furent 
disposées  en  dortoir;  une  salle  d'étude  fut  construite  en  1813; 


Te,  prœsul  illuitrisBime,  cujus  atispiciis  actas  iste  noster  inchoatur,  te 
meriio  patronuiu  Ecclesiœ  concélébrant  Kapellenses  ;  quantum  enim  Ecole- 
sia  tibi  debeat,  facta  clamant  et  monumenta.  Liceat  igitur  et  nostras  de 
Ëcclesiâ  thèses  et  corda  noatra  devovere. 

Nec  te  hic  ingrate  patiar  siientio  prsetermissum,  lUustrissime  prœsul  et 
pater,  cujus  in  fronte  nitet,  spirat  in  moribus,  Yivit  imis  infixa  Religio. 
Unum  erat  quod  ardentius  optabam,  ut  mihi  filiis  tuis  annumerari  contin- 
^eret;  vota  mea  simul  ac  cognoYisti,  simul  et  beneficus  implevisti.  Debitis 
tibi  pro  tanto  beneiicio  gratiis  imparem  me  fateor,  publicum  tamen  me- 
nions animi  monimentum,  Telim,  accipere  non  dedignerit.  Te  utinanoi 
gaudere  diu  fruique  possit  Ecclesia  Nannetensis. 

Hanc  habuit  orationem  Ilenatus  Grégoire^  auditor  Josephi  Courtais^  Ec 
clesise  succursalis  de  Maisdon  prœpositi,  in  conspectu  DD.  Joannis-Baptistse 
Duvoisin,  Nannetensis  Ëpiscopi,  et  DD.  Gabrielis-Laurentii  PailloUy  Rupel- 
lensis  Episcopi  ;  anno  Ghristi  millesimo  octingentesimo  septimo,  die  vero 
vigesim  octavà  mensis  augusti. 


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DANS   LE   DIOCÈSE   DE   NANTES   APRÈS  LA  RÉVOLUTION      351 

enfin  un  professeur  fut  désormais  attaché  à  rétablissement, 
et  chargé  de  suivre  partout  du  regard  cette  turbulente  jeu- 
nesse. 

A  ce  moment,  suivant  l'expression  dont  se  servait  le  véné- 
rable pasteur  lui-même,  les  écoliers  de  Maisdon  étaient  pour 
ainsi  dire  à  Tessai.  On  pouvait  ainsi  juger  à  peu  de  frais  de 
leurs  dispositions,  et,  après  deux  ou  trois  ans,  s'ils  parais- 
saient vraiment  appelés  au  sacerdoce,  on  les  faisait  entrer 
en  quatrième  au  petit  séminaire.  Le  professeur  faisait  à  ces 
enfants  les  classes  inférieures  ;  quant  à  M.  Courtais,  il  se  ré- 
serva toujours  celle  de  cinquième. 

Nous  n'avons  rien  à  ajouter  sur  le  collège  de  Maisdon  à 
cette  époque  :  il  ressemblait  à  tous  les  autres,  pour  Tordre 
des  exercices  et  la  méthode  d'enseignement.  Toutefois,  on 
comprendra,  sans  que  nous  en  donnions  des  preuves,  qu'on 
y  vivait,  plus  que  partout  ailleurs,  de  la  vie  de  famille,  ce  qui 
n'est  certes  point  un  défaut  et  nous  explique,  avec  d'autres 
raisons,  le  souvenir  persévérant  que  tous  les  élèves  en  ont 
gardé. 

«  J'ai  passé  deux  ans  chez  le  bon  et  respectable  curé  de 
Maisdon,  écrivait  un  de  ces  derniers*,  trente  ans  après  la 
mort  de  son  vieux  maître,  et,  quoique  j'aie  connu,  depuis, 
plusieurs  établissements  bien  mieux  organisés  et  beaucoup 
plus  brillants,  soûs  tous  les  rapports,  j'ai  toujours  conservé 
un  précieux  souvenir  de  cette  maison,  qui  a  été  pour  moi 
comme  une  transition  de  la  vie  de  famille  à  la  vie  véritable 
du  collège.  Les  excellents  condisciples  que  j'y  ai  rencontrés 
me  l'ont  rendue  bien  chère  ;  mais  rien  n'a  tant  contribué  à 
lui  donner  une  place  si  distinguée  dans  me3  affections,  que 
la  douce  image  de  ce  saint  vieillard,  qui  est  restée  dans  ma 
mémoire  comme  un  des  plus*  beaux  types  de  la  vertu  sacër- 


*  M.  l'abbé  Gouraud,  mort  chanoine  et  vicaire  général  de  Luçon.  —Lettre 
du  10  novembre  1857. 


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a52  L  ENSEIGNEMENT  SECONDAIRE  EGCLÉSIASflQUE 

dotale.  En  vérité,  parmi  tous  les  prêtres  si  distingués  avec 
lesquels  j'ai  eu  le  bonheur  d'avoir  quelques  rapports,  à  peine 
erl  est-il  un  ou  deux  qui  aient  su  m'inspirer  un  sentiftient 
aussi  inaltérable  de  profonde  vénération.  » 

Le  presbytère  de  Maisdon  était  devenu  un  véritable  petit 
séminaire,  réunissant  de  40  à  50  élèves.  Pour  entretenir  un 
personnel  si  nombreux,  i'  fallait  des  ressources.  Où  les 
prendre?  Nous  avons  dit  la  pauvreté  des  écoliers  et  le  prix 
dérisoire  de  la  pension.  D'ailleurs  la  question  pécuniaire 
n'était  qu'accessoire  et  ne  faisait  jamais  obstacle  à  l'admis- 
sion d'an  élève  qui  avait  du  goût,  et  qui  paraissait  avoir  des 
dispositions  pour  l'état  ecclésiastique. 

Que  pouvez-vous  me  donner  ?  disait  l'excellent  homme,  en 
s'adressant  aux  parents,  ou  môme  aux  enfants.  -  Un  setier 
de  grains,  répondaient  les  uns,—  unebarrique  de  vin,  disaient 
les  autres,  —  plusieurs  :  un  peu  d'argent.  —  C'est  bien,  vous 
viendrez,  ou  vous  m'amènerez  votre  enfant.  —Souvent  même 
les  parents  ne  pouvaient  remplir  les  modestes  obligations 
qu'ils  avaient  contractées  ;  mais  ce  n'était  jamais  un  motif 
d'exclusion.  Lui-môme  n*a-t-il  pas  souvent,  le  premier,  dimi- 
nué cette  maigre  rétribution  trop  forte  encore  poar  des 
paysans  dans  la  gêne  ?  —  Tiens,  reprends  ceci,  disait-il 
parfois,  lorsqu'on  lui  versait  le  prix  convenu,  ton  père  n'est 
guère  à  Taise.  »  Nous  pouvons  ajouter,  hélas  !  que  plus  d'une 
fois  des  parents  sans  délicatesse  abusèrent  de  la  générosité 
du  maître  :  leurs  enfants  n'en  recevaient  pas  moins  la  nour- 
riture et  l'instruction.  / 

  ces  premières  dépenses  s'en  ajoutaient  d'autres  :  de  tous 
côtés  on  accourait  chez  le  bon  curé  ;  les  parents  des  élèves, 
lorsqu'ils  venaient  voir  leurs  enfants  étaient  toujours  hébergés 
gratuitement  ;  les  prêtres  voisins  et,  pendant  les  vacances, 
les  séminaristes  aflluaient  au  presbytère  :  la  table  de  M.  Gour- 
tais,  pourtant  très  large,  était  toujours  complètement  garnie. 

Nous  avons  dit  où  la  charité  de  ces  vénérables  instituteurs 
trouvait  des  ressources  ;  nous  ne  le  redirons  pas.  Un  mot 


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DANS  LE  DIOCÈSE  DB  NANTES  APRÈS  LA   RÉVOLUTION     353 

cependant  à  l'éloge  des  paroissiens*  de  M.  Courtais.  Pleins 
de  respect  et  de  vénération  pour  un  tel  pasteur,  les  habitants 
do  Maisdon  lui  venaient  en  aide,  et,  suivant  Texpression  d*un 
témoin,  remplissaient  généreusement  sa  cave  et  son  grenier, 
La  Révolution  avait  supprimé  la  dime  ;  ils  la  payaient  quand 
môme  ;  tant  que  vécut  M.  Courtais,  il  reçut  du  vin  en  abon- 
dance, età  peu  près  régulièrement,  le  /r^n/î^me pour  les  grains. 

L'étable  et  la  basse-cour  fournissaient  le  lait,  le  beurre  et 
la  viande  ;  le  jardin,  les  légumes  et  les  fruits  ;  et  le  modeste 
traitement  du  desservant,  grossi  des  quelques  écus  apportés 
par  les  élèves  plus  aisés,  venant  s'ajouter  à  ces  faibles  res- 
sources, M^^  Courtais  faisait  marcher  la  maison  et  nourrissait 
tant  bien  que  mal  ses  quarante  ou  cinquante  convives'. 

C'est  M"'  Courtais^  en  effet,  vertueuse,  intelligente  et 
dévouée  comme  son  frère,  qui  remplissait  les  fonctions  d'éco- 
nome. On  avait  pour  elle  presque  autant  de  respect  que  pour 
le  pasteur,  et,  au  dire  de  ceux  qui  l'ont  connue,  son  nom  mé- 
rite d'être  associé  à  celui  du  frère  vénérable  qu'elle  a  toujours 
encouragé  et  soutenu  dans  l'exercice  de  sa  charité. 

M.  Courtais  poursuivit  son  œuvre  pendant  près  de  trente 
années,  tout  en  travaillant  avec  zèle  et  succès  au  bien  spiri- 


*  Nous  doTons  mentionner,  parmi  les  principaux  bienfaiteurs  de  notre 
école,  M.  le  chanoine  Goguet  de  Boisfiéraud,  Quand  on  demandait  au  bon 
curé  comment  il  faisait  marcher  sa  maison.  «  La  Providence  de  Dieu  est 
bien  grande,  répondait-il  ;  puis»  quand  je  n'aurai  plus  d'argent,  je  suis  sûr 
d'en  trouver,  si  M.  Tabbé  de  Boishéraud  en  a  dans  sa  bourse.  »  Nous  lisons 
dans  les  notes  d*un  ancien  élève  de  M.  Courtais  :  «  Il  était  lié  d*une  étroite 
amitié  avec  M.  Tabbé  de  Boishéraud,  chanoine  de  Nantes,  et  propriétaire  de 
la  Guérivière^  aux  portes  de  Maisdon,  avec  lequel  il  vivait  dans  la  plus 
aimable  communauté  de  goûts  et  de  pensées.  M.  Qoguet  de  Boishéraud, 
ancien  émigré  et  chevalier  de  Saint-Louis,  avait,  avant  d*étre  revêtu  du  sacer- 
doce,'vécu  avec  l'élite  de  la  société.  U  avait  épousé  M^i*  du  Bois  de  la  Fer'" 
ronnière,  fille  de  l'ancien  et  dernier  seigneur  du  Lorouz.  Rien  n'égalait  la 
bonté  de  son  cœur,  son  affabilité,  la  haute  distinction  de  ses  manières,  le 
charme  et  la  variété  de  sa  conversation.  Prêtre,  il  savait  aUier  à  la  sainteté 
des  devoirs  le  ton  et  l'urbanité  de  l'homme  de  bonne  compagnie.  La  mort 
seule  sépara  les  deux  amis  qui  reposent  à  côté  l'un  de  l'autre,  sous  deux 
modestes  tombes,  dans  le  cimetière  de  Maisdon.  » 

*  Plus  tard,  le  professeur  lut  entretenu  aux  frais  de  l'évéché. 

T.   VI.   —  NOTICES.  —  VI"  ANNÉE,   i*  LIV.  24 


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354  l'enseiqnbmbnt  bbgondâire  ecclésiastique 

tuel  de  sa  chère  paroisse.  L'âge  ne  ralentit  pas  ses  travaux,; 
et  sa  vieillesse^  qui  fut  longue,  ne  connut  pas  le  repos.  Au 
mois  d'octobre  1829,  il  fut  atteint  d'une  paralysie  ;  après  de 
cruelles  souffrances,  supportées  avec  une  résignation  admi- 
rable, il  mourut  saintement,  le  7  décembre  suivant. 

Le  vénérable  curé  de  Maisdon  est  assurément  un  des  types 
les  plus  parfaits  du  prêtre  affable  et  poli,  simple  et  digne, 
instruit  et  pieux,  légué  par  l'ancien  régime  aux  premières 
années  de  ce  siècle.  Telle  est  du  moins  l'idée  que  nous  en 
donnent  ceux  qui  l'ont  connu.  «  Il  est,  écrit'  M.  Péret,  ancien 
supérieur  du  Séminaire,  de  ces  quatre  bu  cinq  prôtres 
qui  m'ont  donné  par  leur  vue  et  leur  commerce  une  impres- 
sion de  religion  d'une  nature  particulière  :  le  premier,  feu 
mon  vieux  et  vénérable  curé,  revenant  de  l'exil  pour  la  foi, 
et  m 'apparaissant  pour  la  première  fois  à  l'âge  de  cinq  ans  ; 
le  second,  M.  Duclaux,  supérieur  du  séminaire  de  Saint- 
Sulpice;  le  troisième,  M.  Gourtais,  et  le  dernier,  M.  Mongazon. 

«  Je  n'entreprendrai  pas  d'analyser  le  détail  des  cir- 
constances qui  me  donnaient  cette  impression  de  religion.  Il 
y  avait  dans  la  physionomie  et  la  conversation  de  M.  Gourtais, 
je  ne  sais  quoi  de  grave,  de  digne,  de  bon,  de  sage,  de  doux, 
de  modeste,  et  qui  ravissait,  en  mettant  entièrement  à  Taise, 
et  laissant  un  parfum  de  grâce  très  sensible.  Saint  Jean,  dans 
sa  vieillesse,  devait  avoir  beaucoup  de  ce  type.  » 

Son  vieil  ami,  M.  Agaisse^  curé  de  Ghâteau-Thébaud,  le 
peignait  en  trois  mots  :  il  disait  que,  dans  le  cours  de  sa 
longue  carrière,  il  avait  trouvé  des  hommes  également  ver- 
tueux ,  d'autres  également  savants ,  d'autres  également 
aimables,  mais  qu'il  n'avait  jamais  rencontré  personne  qui 
réunit  au  môme  degré  toutes  ces  heureuses  qualités. 

Avec  sa  belle  taille,  son  port  majestueux,  le  sourire  gra- 
cieux qui  errait  toujours  sur  ses  lèvres,  sa  figure  radieuse, 
couronnée  de  cheveux  blancs  dès  sa  jeunesse  sacerdotale,  sa 

^  Lettre  du  12  décembre  1857. 


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DANS  LE  DIOCÈSE  DE   NANTES  APRÈS  LA  EÉVOLUTION     335 

voix  sonore,  son  vôtement  simple  et  pauvre^  mais  propre  et 
décent,  sa  politesse  exquise,  son  abord  accueillant,  quoi- 
qu'une timidité  excessive  gênât  le  bon  curé  dans  son  expan- 
sion, il  inspirait  à  tous  un  sentiment  profond  et  durable,  mé- 
lange indéfinissable  de  respect,  de  confiance  et  d'admiration. 

Pourtant,  cet  homme  si  grave  et  si  digne  savait,  dans  son 
amour  pour  Tenfance,  s'abaisser  jusqu'aux  plus  petits  et 
prendre  part  à  leurs  jeux.  Il  n'ignorait  pas  qu'il  faut  des  jeux 
à  la  jeunesse,  et  qu'il  n'est  rien  de  plus  nuisible  à  la  disci- 
pline d'un  collège  que  ces  enfants  philosophes  qui  dédaignent 
les  plaisirs  de  leur  ftge,  et,  dès  quinze  ans,  ne  savent  plus 
s'amuser.  Tant  que  ses  jambes  le  lui  permirent,  il  était  le 
premier  à  engager  une  partie  de  barres^  et  les  anciens  ont  ra- 
conté souvent  qu'il  ne  le  cédait  à  personne  pour  courir  et  sau- 
ter sur  les  landes  de  Maisdon.  Ils  aimaient  à  rappeler  surtout 
les  joyeuses  pipées  dans  les  bois,  aux  jours  des  grands  con- 
gés, et  les  pèches  miraculeuses  dans  la  Moyne, 

Nous  l'avons  dit,  cet  humble  curé  de  campagne  était  un 
savant  :  il  possédait  à  fond  toutes  les  matières  qui  faisaient 
l'objet  de  son  enseignement;  et  telle  était  la  puissance  de  sa 
mémoire',  qu'il  pouvait  expliquer  tous  les  auteurs  sans  le 
secours  d'un  livre.  Nous  avons  pu  juger  nous-méme,  par  ses 
écrits,  de  sa  cbnnaissance  des  sciences  sacrées,  en  particulier 
de  l'Ecriture  sainte  ;  il  possédait  également  les  auteurs  pro- 
fanes et  savait  par  cœur  toutes  les  odes  d'Horace.  Les  sciences 
ne  lui  étaient  pas  étrangères,  etTun  de  ses  professeurs  n  kyant 
point  étudié  la  physique,  il  se  proposa  pour  lui  en  donner  des 
legons. 

M.  de  Maisdon  ne  laissait  pas  cependant  d'étudier  encore, 
et  nous  pouvons  nous  faire  une  idée  de  son  ardeur  et  de  son 
dévouement  à  l'éducation  de  la  jeunesse  cléricale,  quand 


'  U  avouait  lai-même  ii*a?oir  jamais  oublié  ce  qa'ii  avait  appris  une  fois. 
Qu*on  juge  de  ce  que»  aprèa  avoir   étudié  toute  sa  vie,  il   devait  savoir 
soizaBte«dix-huit  ans  ! 


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356         l'enseignement  secondaire  ecclésiastique 

nous  le  voyons,  à  Tâge  de  soixante-douze  ans,  apprendre  le 
grec  pour  l'enseigner  aux  autres*. 

A  tous  ces  travaux  intellectuels  s'en  joignaient  d'autres 
non  moins  accablants.  Chaque  dimanche  à  la  grand'messe, 
le  recteur  faisait  un  prône  court  mais  substantiel  ;  en  carôme 
il  donnait  à  son  peuple,  avec  son  vicaire  qui  posait  les  ques- 
tions^ des  conférences  dialoguées.  Or  M.  de  Maisdon  ne 
prêchait  jamais  sans  avoir  écrit  ses  instructions  et  les  avoir 
apprises.  Bien  plus,  au  sortir  de  la  Révolution^  dès  que  les 
paroisses  furent  réorganisées,  il  forma  avec  ses  confrères 
une  sorte  de  compagnie  de  missionnaires.  Maisdon  et  les  pa- 
roisses voisines  furent  évangélisées  successivement  :  C'est 
M.  Gourtais  qui  toujours  était  Tâme  de  ces  travaux  ;  c'est  lui 
seul  que  Ton  chargeait  des  conférences. 

Ces  conférences  nous  restent,  en  partie  du  moins,  et  elles 
démontrent,  avec  la  science  du  bon  curé,  son  amour  du 
travail  et  de  Tordre.  Nous  avons  en  ce  moment  sous  les  yeux 
quatre  volumineux  manuscrits  contenant  soixante-deux  ins- 
tructions dont  quelques-unes,  fort  longues,  devaient  néces- 
sairement être  partagées  en  plusieurs  discours.  L'un  deux 
porte  une  date  sur  son  premier  feuillet,  1794.  La  vue  de  cette 
date  nous  a  ému  ;  mais,  en  tournant  le  feuillet^  nous  avons 
éprouvé  une  émotion  plus  vive  encore.  La  première  confé- 
rence porte  pour  titre  :  le  Credo,  la  foi  et  Tobligation  de  con- 
fessQf^  publiquement  sa  foi.  L'obligation  de  confesser  sa  foi, 
môme  au  prix  de  son  sang  :  quel  sujet,  en  1794 1 

Pour  juger  du  caractère  de  M.  Courtais,  il  suffirait  presque 
de  parcourir  ces  recueils.  Toua  les  discours  qui  les  composent 
sont  écrits  de  sa  main,  et  tout  y  répond  à  l'idée  que  nous 
nous  étions  faite  de  leur  auteur.  Ces  jurandes  marges  blanches, 

*  M.  de  Courson,  changé  par  Monseigneur  des  écoles  ecclésiastiques,  avait 
ordonné  de  renseigner  aux  élèves  de  cinquième  et  M.  Courtais,  qui  s'était 
réservé  cette  classe,  se  mit  aussitôt  à  l'œuvre.  En  très  peu  de  temps  il  fit 
assez  de  progrès  pour  dire  à  son  professeur  :  «  Je  suis  dans  l'admiration  de 
cettte  belle  langue  ;  j'en  saisis  bien  le  génie,  je  regrette  que  mes  occupations 
ne  me  permettent  pas  de  l'étudier  à  fond.  » 


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DANS  LE  DIOCÈSE  DE  NANTES  APRÈS  LA  RÉVOLUTION     357 

cette  écriture  soignée  qui  fait  penser  aux  vieux  manuscrits 
copiés  par  les  moines,  ces  alinéas  bien  marqués  et  numé- 
rotés, ces  divisions  et  subdivisions,  ces  questions  précises, 
ces  réponses  claires,  ce  style  sobre,  didactique,  simple  sans 
être  bas,  qui  néglige  les  ornements  de  la  rhétorique  pour  se 
borner  à  Texposition  des  vérités  dogmatiques  ou  morales  ; 
ces  objections  pratiques,  quelquefois  piquantes,  mais  jamais 
sceptiques  ni  railleuses^  tout,  dans  ces  manuscrits,  nous 
révèle  le  savant  théologien^  le  moraliste  un  peu  sévère^  sans 
cesser  d'être  exact,  le  pasteur  expert  dans  Tart  d'instruire  les 
simples.  On  sent  le  docteur  sous  Thumble  curé  de  campagne, 
car  il  y  a  là  vraiment  plus  qu'un  catéchisme  solidement 
expliqué  :  c*est  un  cours  de  théologie  mis  à  la  portée  des 
ignorants,  et  dont  le  ton,  quelque  abaissé  qu'il  soit,  pour  être 
au  niveau  des  auditeurs,  ne  laisse  pas  de  convenir  toujours 
au  sujet  qui  est  traité  et  à  l'orateur  qui  l'expose. 

Il  semble  qu'avec  toutes  ces  qualités,  qui  sont  plutôt  celles 
du  théologien  que  du  prédicateur  et  qui  ne  laissent  guère  de 
place  à  réioquence,  ces  discours  n'étaient  pas  de  nature  à 
passionner  le  peuple.  Nous  savons  cependant  que  leur  auteur 
obtenait  de  véritables  succès,  et  que,  durant  le  carême,  oxx 
accourait  de  toutes  les  paroisses  voisines  aux  conférences  de 
M.  de  Maisdon.  Preuve  que  les  questions  les  plus  ardues  de 
la  théologie  intéressent  le  peuple  chrétien,  quand  elles  sont 
clairement  exposées*. 

Cette  science,  unie  à  une  vertu  éprouvée,  ainsi  qu'au  sou- 
venir de  ses  héroïques  travaux  durant  la  persécution,  avait 
donné  une  grande  influence  à  M.  Courtais.  Non-seulement 
ses  anciens  élèves  continuaient  de  le  consulter  et  de  lui  sou- 
mettre leurs  difficultés  ;  mais  tous  ses  confrères  allaient  à  lui 

*  Noas  devons  signaler  deux  antres  ouTrages  mannsorits'  de  M.'  Gonrtais, 
qui  sont  entre  nos  mains  :  !•  Considérations  utiles  et  nécessaires  att» 
prêtres,  et  spécialement  à  ceux  qui  sont  chargés  de  la  conduite  des  àmes^ 
œuvre  de  zèle  et  d'éraçlition  composée  en  1800  ;  2^  Amour  et  tendresse  de 
N,'S,  JésuS'Christ  pour  les  hommes ,  et  ingratitude  des  hommes  pour 
N.'S,  Jésus'Chrtstj  au  très  saint  Seulement  de  l'autel. 


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358  l'enseignement  secondaire  ecclésiastique 

pour  recevoir  lumière  et  conseils.  Son  humilité  donnait  encore 
plus  de  valeur  à  cette  science.  Il  gardait  ordinairement  le 
silence  dans  lès  réunions,  à  tel  point  qu'on  Teût  pris  pour  un 
homme  de  médiocre  intelligence.  Il  ne  se  mêlait  pas  môme 
aux  discussions  théologiques.  Mais  quand  on  lui  demandait 
son  avis  sur  le  cas  proposé,  il  Texposait  clairement,  et  chacun 
s'inclinait  devant  sa  décision*. 

Le  mérite  de  M.  Courtais  était  connu  de  ses  supérieurs  qui 
lui  offrirent  plusieurs  fois  des  postes  importants;  mais  le 
vénérable  recteur  les  refusa  toujours.  L'autorité  diocésaine 
voulut  alors,  d'une  autre  manière,  reconnaître  ses  services  et 
mettre  ses  talents  en  relief  ;  des  pouvoirs  plus  étendus  con- 
sacrèrent l'influence  que  M.  de  Maisdon  avait  déjà  conquise. 
Dès  1815,  pendant  la  vacance  du  siège,  il  reçut,  avec  plusieurs 
autres,  la  charge  de  vîiiaire  capitulaire  ;  et,  à  son  arrivée, 
M«'  d'Andigné ,  son  condisciple  de  Beaupreau ,  le  nomma 
chanoine  honoraire  et  vicaire  général. 

Prêtre  zélé,  M.  Courtais  se  fit  encore  remarquer  par  sa  foi 
royaliste.  En  1815,  les  généraux  vendéens,  en  lutte  contre 
Napoléon,  avaient  établi  leur  quartier  général  à  la  cure  de 
Maisdon  ;  et  chaque  matin,  MM.  Bascher  et  de  Kersabiec 
servaient,  en  uniforme,  la  messe  du  bon  curé. 

Bientôt,  le  comte  de  Suzannet  tomba  mortellement  blessé 
à  la  bataille  de  Rocheservière.  Le  général  étant  mort  des 
suites  de  sa  blessure,  fut  inhumé  après  le  retour  des  Bour- 
bons, dans  réglise  de  Maisdon.  Ses  compagnons  d'armes, 
officiers  et  soldats,  et  un  immense  concours  de  fidèles  se 
pressaient  à  ses  funéirailles.  M.  de  Maisdon,  gravissant  les 


*  Un  ancien  confrère  de  M.  Courtais  à  Sainte-Croix,  qui  avait  embrassé  et 
soutenu  plus  qn*aucnn  autre  le  schisme,  et  à  qui  le  Concordat  n*aTait  pas 
enlsTé  toutes  ses  préventions  contre  les  prôtres  fidèles,  Guibert,  premier  curé 
de  Saint'^iioqueSt  reconnaît  les  qualités  de  M.  de  Maisdon,  et,  dans  des  notes 
manuscrites,  conservées  à  la  bibliothèque  de  Nantes»  il  dit  que  M.  Courtais, 
rentré  dans  sa  cure»  en  1802,  après  s'être  tenu  caché  pendant  toute  la  guerre 
de  la  Vendée,  «  y  jonit  à  juite  titre  de  la  réputation  d'un  saint  prêtre  et 
d'un  savant  théologien.  » 


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DANS  LE  DIOCÈSE  DE  NANTES  APRÈS  LA  RÉVOLUTION     359 

degrés  de  sa  modeste  chaire,  prononça,  au  milieu  de  #'émo- 
lion,  réloge  funèbre  du  généreux  Vendéen* • 

L'attachement  de  M.  Gourtais  à  la  légitimité  et  les  services 
qu'il  avait  rendus  aux  officiers  vendéens  lui  méritèrent 
l'honneur  de  recevoir,  peu  de  temps  avant  sa  mort,  la  duchesse 
de  Berry.  Dans  son  voyage  en  Vendée,  la  princesse  passa  en 
effet  par  Maisdon  ;  elle  assista  à  un  service  célébré  par  le 
pasteur  pour  l'ftme  du  comte  de  Suzannet,  et  daigna  s'asseoir 
à  sa  table,  dans  le  réfectoire  et  sous  les  yeux  étonnés  des 
écoliers  de  Maisdon. 

Le  temps  est  la  pierre  de  touche  qui  sert  d^épreuve  aux 
réputations  ;  le  temps  n'a  pas  nui  à  celle  de  M.  Gourtais. 
Mieux  que  l'estime  de  ses  supérieurs,  que  la  confiance 
de  ses  confrères^  que  le  respect  et  l'affection  de  ses  enfants 
et  de  ses  paroissiens,  le  souvenir  persévérant  que  l'on 
garde  de  lui  nous  dit  ce  qu'il  a  été  et  la  place  quil  a 
occupée,  non  seulement  à  Maisdon»  mais  dans  le  diocèse  tout 
entier.  Le  clergé  nantais  ne  prononce  son  nom  qu*avec  res- 
pect; ceux  qui  l'ont  connu  ne  sciassent  pas  de  redire  son 
éloge,  et  à  voir  l'ardeur  et  lefeu  qu'ils  y  mettent,  on  comprend 
que  c'est  le  cœur  qui  parle.  La  génération  qu'il  a  formée 


'  «  Nons  nous  rappellerons  toute  notre  tie  le  service  que  nous  y  avons  en- 
tendu pour  le  repos  de  son  âme  ;  Toraison  funèbre  prononcée  par  un  Tieux 
prôtre  de  la  Vendéev-'ami  et  confident  du  général;  sa  veuTe  abîmée  de 
douleur,  prosternée  près  de  son  tombeau  ;  les  paysans  soldats  appuyés  sur 
leurs  armes  et  répandant  des  pleurs  :  toutes  ces  choses  ne  sortiront  jamais 
de  ma  mémoire.  »  — •  Vicomte  Walsh.  Lettres  Vendéennes^  tome  II.  A  Tissue 
de  la  cérémonie,  le  yicomte  Walsh  insista  auprès  de  M.  Gourtais  pour  avoir 
son  manuscrit  ;  mais  Phumilité  du  bon  curé  ne  put  jamais  se  résoudre  à 
affronter  la  publicité.  Quelques  jours  après,  un  journal  de  Paris  publiait  la 
pièce  presque  in  extenso,  et  rapportait  à  llaisdon.  M.  Walsh,  doué  d*une 
mémoire  prodigieuse,  avait  pu  reproduire  à  peu  près  textueUement  le  dis- 
cours. La  désolation  du  pauvre  curé,  à  cette  nouvelle,  était  amusante  à  voir 
Quelques  années  plus  tard,  ce  même  discours  fut  publié  en  brochure  ;  nous 
en  avons  un  exemplaire.   Voici  le  titre  :   Eloge  fUnèbre  de  Monsieur  le 

comte  de  Suzannet prononpé  dans  Véglise  de  Maisdon,  par  M.  Cour-- 

tais,  euré  de  cette  paroisse  et  vicaire  général  de  Nantes,  le  3  septembre 
i8i5,  —  Paris,  Adrien  Egron,  imprimeur  de  S.  A.  R.  Monseigneur  le  Dau« 
phin,  rue  des  Noyers,  n*27,  1825. 


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360  L'ENSEIGNEMENT  SECONDAIRE  ECCLÉSIASTIQUE 

aura  bientôt  complètement  disparu  ;  mais  son  nom  vivra 
dans  la  mé moire  de  son  peuple,  et  elle  sera  vraie  longtemps 
encore  Tinscription  gravée  sur  son  tombeau  :  In  omni  ore 
quasi  mel  edulcabitur  ejus  memoria. 

M.  Courbais,  dans  les  trente  dernières  années  de  sa  vie,  a 
travaillé,  dit-on,  à  la  formation  de  plus  de  cent  prêtres.  On. 
n'attend  pas  de  nous  que  nous  les  énumérions  tous  ;  il  serait 
difrtciled'en  connaître  les  noms.  Et  pourtant  ne  serait-il  pas 
à  désirer  qu'on  pût  les  réunir  tous  et  les  conserver,  comme 
un  livre  d'or,  dans  ce  vieux  presbytère  de  Maisdon,  qui 
«  transmettra  aux  générations  futures  de  nombreux  sou- 
venirs, parmi  lesquels  le  plus  précieux  sera  celui  du  collège 
GourtaîSj  qa'il  a  abrité  dans  sa  modeste  enceinte^  ». 

Nous  pouvons  cependant  nommer  quelques-uns  de  ces 
prêtres;  ce  sont  :  MM.  Sécher,  curé  de  Maumusson  ;  Pineau, 
curé-prieur  de  Saint-Etienne-de-Corcoué  ;  François  Gorme- 
,  rais,  curé  de  Vertou;  Baudeloche,  Leroy,  Rabaud  et  Poisson, 
prêtres  dans  le  diocèse  de  la  Rochelle;  Arnaud,  curé  de 
Prossay  ;  Baron,  Duranceau,  Brillouet  ;  Chiron,  curé  de  Saint- 
Père-en-Retz  ;  Grelier,  curé  de  Saint-Mars-la-Jaille  ;  Richard, 
curé  de  Vallet  ;  Maillard,  curé  de  Rezé;  Ponteneau,  curé  du 
Loroax-Bottereau  ;  Ponteneau,  curé  de  Remouillé  ;  Grégoire, 
curé  de  Machecoul  ;  Bouyer,  curé  de  Saint-Donatien  ;  Leray 
et  Caillé,  missionnaires  diocésains  de  Saint-François-de- 
Sales;  Caillé,  prêtre  de  Saint-Sulpice;  Leto\irneux,  curé  de 
Saint-Hilaire-du-Bois  r  Bérué,  curé  de  Grand-Champ;  Galon, 
prêtre  à  Sain  È-3i  mi  II  en;  Perdriau,  curé  de  Couffé;  Grasset, 
curé  de  Sautron  ;  François  Courtais,  curé  de  Maisdon,  après 
son  oncle;  Fierabras,  curé  du  Clion  ;  Héry,  curé  de  Doùlon  ; 
Métaireau,  curé  de  Couffé  ;  OUive  ;  Arlais,  curé  du  Pin  ; 
Delalande,  professeur  au  petit-séminaire  de  Nantes  ;  Perraud, 
curé  de  Campbon;  Thuaud,  aumônier  à  Saint-Gildas-des-Bois  ; 
Perrion,  petit  neveu  de  M.  Courtais,  curé  de  la  Bernerie  ; 

*  Nùtic€,i .  pur  M.  PetJi  des  Rochettes. 


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^J*' 


DANS  LB  DIOCÈSE  DE  NANTES  APRÈS  LA  RÉVOLUTION     361 

Leroy,  mort  diacre;  Lefi*ère,  fondateur  de  r œuvre  des  ramo- 
neurs^ à  Nantes  ;  Gandouin,  ancien  vicaire  de  Grossac  ; 
Hillereau^  curé  de  Nozay,  précédemment  vicaire  général  de 
son  cousin  M<'  Hillereau,  à  Gonstantinople;  Guihal,  chanoine 
honoraire,  directeur  du  collège  et  curé  de  la  paroisse  de 
Chauve  ;  Gouraud,  chanoine  et  vicaire  général  de  Luçon  ; 
Blanchard,  chanoine  honoraire,  supérieur  du  collège  de  * 
Machecoul,  puis  de  celui  de  N.-D.  des  Gouëts  ;  Allard,  doyen 
du  chapitre  de  Nantes  ; 

Tous  les  prêtres  que  nous  venons  de  nommer  sont  allés 
rejoindre  dans  l'éternité  le  vénérable  curé  de  Maisdon.  Parmi 
ceux  qui  vivent  encore,  nous  pouvons  nommer  un  de  ses 
paroissiens,  M.  Guibert,  chanoine  honoraire^  ancien  curé  de 
Vieillevigne,  et  deux  de  ses  petits-neveux,  M.  CoUrtais,  ancien 
curé  de  Gouêron,  rentré  dans  le  diocèse  d'Angers  d'où  il  est 
originaire,  et  M.  Merlaud,  curé  du  Pallet'. 

Abbé  Rigordel. 
{A  suivre). 


*  Par  ses  grandes  qualités  et  les  immenses  services  qu'il  a  rendus  au  dio- 
cèse de  Nantes,  M.  Goortais  a  mérité  mieux  que  cette  simple  et  courte  notice. 
Un  de  ses  anciens  élèves,  M.  Tabbé  AUard,  doyen  du  chapitre,  l'avait  com- 
pris, et  guidé  par  son  cœur  reconnaissant  autant  que  par  ses  souvenirs  et 
les  notes  quUl  avait  recueiUies,  il  allait  sans  doute  tracer  un  portrait  res- 
semblant de  son  premier  mattre.  La  mort  ne  lui  a  pas  permis  d^acbever  son 
œuvre.  Plusieurs  personnes  ont  déjà  exprimé  l'espoir  que  ce  travail  serait 
complété  et  mis  au  jour.  Malheureusement,  il  ne  s*agit  pas  d'un  travail  à 
compléter,  mais  d'un  travail  à  faire,  M.  AUard  n'en  ayant  pas  commencé  la 
rédaction.  C'est  surtout  à  l'aide  des  documents  transmis  au  vénérable  cha 
noine  que  nous  avons  esquissé  cette  étude  ;  toutefois,  nous  comprenons  que 
cette  ébauche  ne  suffit  pas  &  payer  la  dette  que  le  diocèse  de  Nantes  a  con- 
tractée envers  ce  bon  et  digne  serviteur.  Peut-être  essaierons-nous  un  jour 
de  faire  mieux,  et  c'est  dans  cette  intention  que  nous  prions  les  personnes 
qui  liront  ces  lignes  et  qui  posséderaient  quelques  documents  sur  le  respec- 
table curé  de  Maisdon,  de  vouloir  bien  nous  les  communiquer.  —  Depuis  que . 
ces  lignes  ont  été  écrites^  Dieu  a  rappelé  h.  lui  MM.  Guibert  et  Merlaud. 


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HISTOIRE  DE  CINQ  TABLEAUX 

DE    JEAN     COUSIN 


Habent  sua  faia  picturœ. 

LE  Cinquantenaire  de  la  Société  archéologique  de  Tou- 
raine  est  une  véritable  fête  régionale^  qui  vaut  aux 
provinces  limitrophes  les  avantages  d'une  exposition 
rétrospective  d'art.  Rien  n'a  été  épargné  pour  donner  à  celle- 
ci  un  vif  intérêt,  et  nous  engageons  fortement  les  amateurs 
àf  visiter  cette  exposition,  qui  se  distingue  par  la  méthode 
rigoureuse  de  son  organisation  et  par  un  choix  d'objets  de 
premier  ordre.  L'art  tourangeau^  auquel  il  a  été  fait  une  large 
place  —  nous  ne  saurions  nous  en  plaindre,  —  est  représenté 
notamment  par  les  œuvres  de  calligraphie,  si  remarquables 
à  l'époque  de  Charlemagnc,  et  par  les  tapisseries  et  soieries, 
qui  ont  fait  de  Tours  la  rivale  de  Lyon,  et  forment  ici  comme 
le  cadre  d'une  belle  collection  de  tableaux.  Laissant  à  d'autres 
la  tâche  délicate  de  présenter  au  public  les  trésors  que  ren- 
ferme cette  exposition,  nous  allons  droit  à  cinq  petits  ta- 
bleaux de  Jean  Cousin,  peu  entourés  de  la  foule,  mais  goûtés 
des  délicats  ;  nous  voulons  esquisser  leur  histoire  commu- 
nément ignorée,  d'après  les  papiers  de  famille  de  leur  pro- 
priétaire, M.  0.  Bouvyer,  qui  est  un  descendant  du  grand 
Mattre  français. 


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HISTOIRE   HE   CINQ  TABLEAUX   DE  JEAN   COUSIN  363 


Lltalie^  le  pays  privilégié  du  soleil  et  des  arts,  avait  eu  ses 
Raphaël,  ses  Michel-Ange  et  ses  Léonard  de  Vinci,  et  la 
France,  le  sol  où  se  rencontrent  et  s'harmonisent  le  plus  par- 
faitement les  manifestations  diverses  du  génie  humain,  vivait 
encore  sur  les  traditions  de  Tart  gothique.  Les  miniatures 
de  Jean  Fouquet  avaient  éclairé  d'un  rayon,  inconnu  jusque 
là,  la  pensée  et  la  palette  de  nos  artistes,  mais  le  grand  art 
n'avait  pas  chez  nous  de  lettres  de  naturalisation.  Des 
peintres  italiens  avaient  apporté  avec  eux  des  tendances 
f&cheuses  et,  sur  les  pas  du  Rosso,  Técole  de  Fontainebleau 
allait  mettre  en  vogue  le  goût  brillant,  mais  factice,  qui 
manque  de  la  naïve  simplicité,  cachet  propre  des  grandes 
œuvres.  Il  était  réservé  à  Jean  Cousin  de  s'approprier  Télan 
donné  par  la  Renaissance  italienne  et  de  le  diriger  au  profit 
de  l'école  française,  en  le  maintenant  dans  les  traditions  na- 
tionales, de  toute  la  puissance  de  son  génie  lucide,  mâle  et 
résolu. 

Le  nom  de  Jean  Cousin  remplit  le  seizième  siècle,  de  l'au- 
rore au  couchant.  Le  célèbre  artiste  naquit  au  village  de 
Soucy,  près  de  Sens,  vers  l'an  1500*.  De  bonne  heure,  sous 

'  On  ii'«st  paa  d'accord  sur  l'époque  de  la  naissance  et  de  la  mort  de  Jean 
Cousin.  Quelques-uns  prétendent  qu'il  est  né  en  1492;  d'autres  le  font  naître 
en  1500  ou  1601. 

Cette  opinion,  qui  est  confirmée  par  les  titres  de  famille,  nous  parait  dcToir 
être  admise.  Pour  ce  qui  est  du  décès,  la  divergence  n'est  pas  moins  grande. 
Un  certain  nombre  d'auteurs  ont  écrit  que  l'artiste  mourut  en  1560,  entre 
autres  Balthazar  Tayeau,  l'auteur  de  V Histoire  de  Sens,  dont  le  manuscrit 
copié  et  revu  par  Maulmirey,  échevin  de  cette  Tille  en  1572,  et  possédé  na- 
guère par  M.  Quan^,  archiviste  de  l'Yonne,  rapporte  qu'il  mourut  le 

jour  de MDLX,  «  aussi  riche  de  nom  que  de  bien.  »  —  Mais  il  faut  re- 
marquer que  cette  mention  tout  à  fait  yague  est  en  contradiction  formelle 
avec  des  pièces  authentiques.  Les  comptes  de  Fontainebleau,  de  1563,  men- 
tionnent «  une  pierre  de  marbre  >  à  Jean  Cousin  ;  on  sait  que  le  maître  ma- 


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364  HISTOIRE  DE   CINQ  TABLEAUX 

le  toit  paternel,  qui  était  modeste,  il  montra  d*étonnantes 
dispositions  pour  le  dessin  ;  bientôt  les  divers  genres  par 
lesquels  la  main  de  Thomme  traduit  l'expression  de  la  pensée, 
du  sentiment  et  du  beau,  lui  furent  également  familiers.  A 
Tinstar  des  Michel- Ange  et  des  Léonard  de  Vinci,  auxquels 
on  Ta  comparé,  Cousin  dépassa  tous  ses  contemporains  dans 
la  peinture,  la  gravure  et  la  statuaire  ;  comme  ces  mattres, 
joignant  la  théorie  à  la  pratique,  il  écrivit  de  remarquables 
traités  sur  le  dessin  et  la  perspective.  Son  génie  lui  valut 
l'honneur  de  succéder  en  France  à  Léonard  de  Vinci,  et  d'oc- 
cuper la  charge  de  peintre  royal,  près  de  François  P'  et  des 
rois  qui  suivirent. 

Le  talent  de  J.  Cousin  lui  assura  en  outre  de  brillantes  al- 
liances. Il  épousa  Marie  Richer,  dont  le  père  était  en  faveur 
auprès  de  François  I*'  et  fut  ambassadeur  en  Danemarck. 
L'artiste,  ayant  eu  la  douleur  de  perdre  sa  femme,  se  remaria 
à  Christine  Rousseau,  fille  du  lieutenant-général  au  baillage 
.  de  Sens.  La  mort  lui  ravit  encore  cette  seconde  compagne  et, 
vers  1537f  Cousin  épousa  Marie  Bouvyer. 

La  famille  Bouwyer  (comme  on  écrivait  d'abord)  est 
originaire  d'Outre-Manche  où  elle  a  encore  de  nobles  repré- 
sentants. Un  de  ses  membres,  nommé  Jean,  vint  en  France 
sous  Charles  VIII,  entre  les  années  1420  et  1430,  c'est-à-dire 
à  l'époque  décisive  de  la  lutte  qui  durait  depuis  plus  de 
cent  ans.  Il  se  fixa  en  Bourgogne,  dans  le  voisinage  de  Sens, 

niait égaleiii«nt  bien  le  eiseaa  et  le  pinceau.  La  même  année,  J.  Cousin 
exécuta,  moyennant  720  liTres,  les  décorations  pour  l'entrée  de  Charles  IX  à 
Sens.  Enfin  un  des  tableaux  du  Maître  que  nous  nous  proposons  d'étudier,  et 
qui  offre  toutes  les  garanties  d'authenticité,  porte  la  date  15S2,  de  la  main  de 
Tartiste.  Ces  preuves  trouvent  une  confirmation  éclatante  dans  les  papiers 
de  famille  et  les  Mémoires  laissés  par  les  descendants  môme  de  Jean  Cousin, 
dont  les  premiers  avaient  bien  connu  la  fille  du  peintre.  Félibien  a  écrit 
a?ec  discrétion  :  «  U  m'a  été  impossible  de  savoir  en  quelle  année  il  est 
mort,  seulement  qu'il  vivait  en  1589,  véritablement  fort  &gé.  »  D'après  les 
papiers  de  famiUe,  il  mourut  en  1590,  à  Paris,  dans  une  «  maison  sise  en  la 
rue  Desmarets.  »  Un  auteur  a  prétendu  que  Cousin  fut  inhumé  dans  la  salle 
basse  de  la  SAtNTB-CHAPXLLs,  près  de  laquelle  se  serait  trouvé  son  atelier. 
C'est  aux  registres  paroissiaux  qu'il  appartient  de  résoudre  cette  question. 


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UB  JEAN   COUSIN  365 

et  acquit  la  propriété  de  Monthard,  au  village  de  Soucy.  A  sa 
mort^  en  1470^  Jean  laissa  son  domaine  à  son  fils  Henri  qui 
se  maria  deux  fois.  De  son  premier  mariage,  Henri  Bouvyer 
eut  deux  garçons,  Etienne  et  Henri,  deuxième  du  nom  ;  ce 
dernier,  qui  épousa  Marguerite  de  la  Hache*,  avait  cessé  de 
vivre  en  1542,  et  c'est  Talné  qui  hérita  du  fief  patrimonial 
lors  du  décès  du  père,  arrivé  en  Tannée  1525.  Disons  de 
suite  que  Etienne  P%  seigneur  de  Monthard  eut  lui  aussi 
deux  fils,  Simon  I*',  mort  en  1590  au  siège  de  Sens  conduit 
par  le  roi  de  Navarre,  et  Etienne  U  qui  s'alliera  avec  la  âlle 
de  Cousin  et  auquel  nous  reviendrons.  De  son  second 
mariage,  Henri  P'  eut  un  garçon  et  une  âlle  ;  le  fils,  Jean  II, 
devint  curé  de  Coucy,  chanoine  de  Sens,  et  mourut  le 
15  avril  1585;  la  fille,  appelée  Marie,  est  précisément  celle 
qui  donna  sa  main  à  Jean  Cousin. 

Les  visites  fréquentes  et  sans  doute  aussi  le  séjour  de 
l'artiste  au  manoir  de  Monthard,  ont  porté  les  biographes  à 
penser  que  Cousin  naquit  au  cl^âteau  de  Monthard'.  Il  est 
certain  qu'il  vint  plus  d'une  fois  au  castel  et  même  le  décora 
de  vitraux,  après  que  l'édifice  eut  été  rebâti  sur  un  plan  plus 

*  Dans  sa  vie  des  peintres,  Félibien  dit  que  Jean  Cousin  fit,  sur  vélin,  le 
portrait  de  Marguerite  de  la  Hache,  femme  d'Henri  Bouvyer.  La  famiUe  le 
conserva  longtemps  avec  un  culte  jaloux  et,  à  ce  propos,  Tun  de  ses  membre. 
M.  Charles-Octave  Bouvyer, a  écrit: 

«  Je  possédais  aussi  ce  portrait,  en  miniature,  de  forme  ovale  et  de  gran- 
deur de  bracelet  on  de  médaillon  de  cou.  \l  était  extrêmement  curieux  pour 
le  costume  et  surtout  admirable  par  la  fraîcheur  et  la  vie  de  la  figure,  e^ 
pour  la  conservation  et  la  vivacité  étonnante  depuis  un  temps  si  considérables 
Au-dessous  du  nom  de  Marguerite  de  la  Hache  écrit  derrière  sur  le  vélin,  on 
lit  qu'eUe  décéda  le  1*'  décembre  1S64.  La  coiffure  et  Thabillement  annonçaient 
Topulence,  mais  Tétat  de  son  mari  m*est  absolument  inconnu.  Il  a  malheu- 
reusement été  perdu  ou  plutôt  volé  lors  de  l'apposition  du  séquestre,  en  1792, 
dans  mon  cabinet,  à  Tépoque  de  mon  émigration,  et  j*ai  eu  le  chagrin  de  ne 
plus  le  retrouver  à  mon  retour  en  France,  en  1819.  Je  Tavais  fait  mettre  dans 
un  petit  cadre  de  bois  doré  ovale,  soutenu  dans  sa  partie  supérieure  par  un 
nœad  de  même  ;  il  était  attaché  dans  ma  bibliothèque.  »  —  Papiers  de 
famille  communiqués  par  M.  Octave  Bouvyer,  receveur  principal  des  contri- 
butions en  retraite,  à  Tours. 

*  Ce.  Blanc,  Histoire  des  Peintres,  —  Horsin  Déon,  De  la  conservation 
des  tableaux,  p.  133.  —  Misl.  Galerie  des  grands  hommes,  Jean  Cousin,  p.  7. 


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366  HISTOIRE   DE   CINQ   TABLEAUX 

vaste.  Mais  il  est  probable  que  ses  parents  habitaient  dans 
une  ferme  attenant  au  flef  de  Monthard  et  que  Jean  Cousin  y 
vit  le  jour,  et  non  pas  dans  le  bâtiment  qui,  depuis  plus  d'un 
demi-siècle,  appartenait  à  la  famille  Bouvyer. 

Cousin  eût-il  des  enfants  de  sa  première  femme,  Marie 
Ri  cher,  et  de  sa  troisième  épouse,  Marie  Bouvyer?  Peut-être  ; 
mais  on  ne  lui  connaît  pas  de  rejetons  de  cette  souche,  et 
nous  n*avons  point  à  étudier  ici  cette  question  qui  est  étran- 
gère à  notre  sujet.  Un  fait  incontestable,  c'est  que  sa  seconde 
femme,  Christine  Rousseau,  réjouit  le  cœur  de  l'artiste  en  lui 
donnant  une  fille  qui  reçut  au  baptême  le  nom  de  Marie.  Sans 
doute  le  grand  peintre  eût  préféré  un  garçon  auquel  il  pût 
passer  sa  riche  palette  et  qui  eût  continué  la  gloire  de  son 
nom  et  de  ses  œuvres^  mais  du  moins  il  légua  à  sa  fille  le 
patrimoine  le  plus  enviable,  celui  d'une  existence  toute  de 
génie  et  d'honneur,  car  selon  le  témoignage  d'un  contempo- 
rain, le  maître  c  mourut  plus  riclue  de  nom  que  de  biens*.  » 

Ce  patrimoine  ne  devait  j^s  sortir  du  cercle  de  la  famille  ;  * 
le  5  septembre  1552,  Cousin  avait  la  joie  de  marier  sa  fille 
bien-aimée  à  son  neveu,  Etienne  Bouvyer  II.  Six  enfants 
vinrent  égayer  ce  foyer  domestique  et  apporter  un  rayon  de 
soleil  au  front  du  grand-père  qui  se  chargeait  de  rides  vé- 
nérables^  A  son  tour  l'aîné  des  fils,  Jean  III,  demanda  et  obtint 
la  main  de  Saviniennede  Bornes  que  nous  ne  tarderons  pas  à 
retrouver  aux  côtés  de  son  mstri.  Savinienne  était  fille  de  Guy 


«  B.  Taveau,  UisL  de  Sens,  ms. 

>  Etienne  Bouvyer  II,  avec  lequel  Cousin  fut  toujours  très  lié,  s'était  laissé 
séduire  par  les  doctrines  de  la  Réforme  ;  sa  demeure  fut  saccagée  et  lui- 
même  courut  quelque  danger,  lors  des  représailles  exercées  contre  les 
huguenots  de  Sens  par  les  catholiques  de  cette  viUe,  en  1562.  Etienne 
mourut  le  2  décembre  1612,  non  sans.revenir  au  catholicisme,  que  ses  six 
enfants  et  leurs  descendants  n'abandonnèrent  jamais.  Ajoutons  que  le  pro- 
testantisme fut  aussi  ombrasse  par  une  petite  nièce  de  Cousin,  Rachel,  fille 
de  Simon  Bouvyer,  qui  fut  tué  le  l*^  mai  1590  en  combattant  contre  Henri  IV, 
qui  assiégeait  Sens.  Sa  femme,  Jeanne  Ferrand,  se  fit  huguenote  ainsi  que  sa 
fille,  Rachel  ;  après  la  mort  de  son  père,  Rachel  épousa  le  protestant  Ezéchiel 
Boucher,  alliance  qui  amena  la  ruine  d'Etienne  II  et  la  vente  du  domaine 
de  Monthard. 


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DE  JEAN   COUSIN  367 

de  Bornes,  écuyer,  seigneur  de  la  Basiie  et  gouverneur  du 
château  de  Villeneuve-r Archevêque  ;  elle  était  proche  pa- 
rente de  Pierre  de  Bornes,  Tunpdes  quatorze  notables  tués,  le 
!•'  mai  1590,  au  siège  de  Sens  ;  vers  1760,  il  existait  encore 
deuK  personnes  de  ce  nom  etde  cette  descendance. Nous  avons 
hâte  de  quitter  ces  détails  généalogiques^  d'ailleurs  néces- 
saires  à  Tintelligence  de  ce  qui  va  suivre,  pour  arriver  aux 
tableaux  de  Jean  Cousin. 


II 


L*Œuvre  du  maître  se  compose  en  grande  partie  de  sujets 
peints  sur  verre,  et  Ton  sait  si,  dans  ce  genre,  il  a  conquis  le 
premier  rang.  La  Bourgogne  montrait  jadis  avec  fierté  les 
belles  verrières,  dans  lesquelles  la  puissance  du  dessin  riva- 
lise avec  Téclat  du  coloris.  Beaucoup  d'entre  elle?  ont  été 
détruites,  et  ce  n'est  point  ici  le  lieu  de  reprendre  le  groupe: 
ment  des  œuvres  de  l'artiste,  fait  par  M.  Ambroise'Didotdans 
son  Etude  sur  Jean  Cousin.  Qu'il  nous  suffise  de  signaler, 
parmi  les  verrières  qui  sont  certainement  de  la  main  de  Cou- 
sin, celles  de  la  chapelle  de  Vincennes  où  sont  figurées  V Ap- 
proche du  Jugement  dernier  et  Y  Annonciation  de  la  Vierge. 
Peut-être  faut-il  reconnaître  que  le  travail  des  vitraux  n'a 
pas  été  favorable  au  développement  de  notre  école  de  pein- 
ture au  seizième  siècle  :  Téclat  métallique  et  diaphane  que 
l'artiste  était  obligé  de  donner  à  ses  personnages,  remplaça 
lestons  de  chair  et  la  morbidesse  de  la  vie,  tandis  que  le 
dessin  cessait  d'être  fouillé  et  que  l'intention  allait  se  substi- 
tuer à  Tobservation  et  à  la  franchise  du  modèle.  Mais  Jean 
Clousin  sut  préserver  son  vigoureux  talent  des  atteintes  fâ- 
cheuses qui  se  font  sentir  chez  presque  tous  les  peintres,  ses 
contemporains  :  le  génie  n'a-t-il  pas  des  ailes  qui  relèvent 


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368  HISTOIRE  pK   CINQ   TABLEAUX 

dans  la  sphère  supérieure  et  le  maintiennent  en  dehors  du 
courant  des  idées  et  des  préjugés,  des  vues  et  des  travers  de 
la  foule?  Sans  parler  de  ses  antres  œuvres,  il  suffit,  pour  s'en 
convaincre,  de  rappeler  les  deux  tableaux  le  'Jugement  der- 
nier et  Eva  Pandora,  peints  le  premier  sur  toile  et  le  second 
sur  bois  :  dans  celui-là,  que  de  puissance  et  d'originalité  de 
conception,  quelle  hardiesse  et  quelle  science  d'exécution! 
dans  celui-ci,  quelle  merveilleuse  alliance  de  la  grâce  la  plus 
achevée  et  de  la  simplicité  la  plus  aimable  !  Le  Jugement 
composé  pour  Téglise  des  Minimes  de  Versailles^  est  aujour- 
d'hui au  musée  du  Louvre  ;  VEva,  qui  a  dû  orner  tout  d'abord 
le  château  de  Monthard,  est  actuellement  la  propriété  de  M. 
Ghaulay,  à  Sens.  Nous  inclinerions  à  voir  dans  Eva  le  portrait 
de  Marie  Bouvyer,  de  môme  que  l'artiste  s'est  représenté 
dans  un  personnage  du  Jugement. 

Au  témoignage  des  contemporains^  le  maître  peignit  un 
bon  nombre  d'autres  portraits  ;  malheureusement  la  plupart 
ne  sont  pas  parvenus  jusqu'à  nous.  Du  moins  en  est-il  encore 
cinq  qui  jouissent  d'une  parfaite  authenticité  ;  exposés  naguère 
à  Âgen  et  à  Paris,  ils  forment  en  ce  moment  une  des  princi- 
pales attractions  —  et  elles  sont  nombreuses  —  de  l'Expo* 
sition  rétrospective  de  Tours.  Les  artistes  ne  peuvent  nous  en 
vouloir  d'attirer  leur  attention  sur  ces  portraits  de  famille,  et 
les  critiques  d'art  ne  nous  sauront  sans  doute  pas  mauvais 
gré  d'avoir  raconté,  d'après  des  notes  sûres  et  inédites,  la 
fortune  et  les  hasards  courus  par  ces  chefs-d'œuvre.  Un  chant 
du  Tasse  ou  de  Milton  trouve  des  commentateurs  empressés 
qui  s'évertuent  à  ne  rien  perdre  de  ce  qui  concerne  le  maître: 
pourquoi  l'œuvre  de  Jean  Cousin,  le  prince  de  la  palette  fran- 
çaise au  XVI*  siècle,  ne  jouirait-elle  pas,  j'allais  dire  du  môme 
privilège,  si  ce  n'était  un  droit  du  génie  d'attirer  tout  à  lui  ? 

Ces  portraits  figurent  le  beau-frère  de  tiousin,  le  chanoine 
Jean  Bouvyer,  sa  fille  Marie,  son  neveu  et  gendre  Etienne 
Bouvyer  II,  son  petit-fils  Jean  Bouvyer  III,  avec  la  femme  de 
ce  dernier,  Savinienne  de  Bornes  ;  ils  sont  peints  à  mi- corps 


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DE  JEAN   COUSIN  369 

sur  bois  et  à  l'huile  ;  leur  dimension,  presque  carrée,  est  de 
cinquante  centimètres  de  haut  sur  quarante  centimètres  de 
large.  Jehan  Bouvyer  II,  curé  de  Soucy  et  chanoine  de  Sens, 
beau-frère  et  ami  de  Jean  Cousin,  est  vêtu  d'une  soutane  noire, 
la  tête  couverte  d*un  bonnet  carré,  aplati  sur  le  sommet,  et  le 
menton  rasé  ;  la  main  droite  tient  un  livre  rouge,  sur  lequel 
la  gauche  est  appuyée.  Ce  portrait^  cité  par  Félibien  dans  sa 
Vie  des  peintres,  est  le  plus  remarquable  pour  la  vérité  et  la 
perfection  du  dessin.'  Etienne  Bouvyer  porte  une  sorte  de 
soutanelle  noire,  avec  co^  blanc  et  serré  ;  une  petite  toque 
noire,  penchée  du  côté  droit,  recouvre  des  cheveux  noirs  et 
courts,  il  a  les  moustaches  et  la  barbe  en  pointe,  dans  la 
main  droite  il  garde  une  branche  d'arbuste  qui  ressemble  à 
rdivier.  Marie  Cousin,  flUe  de  Jean  Cousin  et  femme  d'Es- 
tienne  II,  est  habillée  de  noir,  la  tète  entourée  d'une  sorte  da 
coiffe  d'étoffe  de  même  couleur  qui,  aplatie  et  rabattue  sur  le 
front  et  les  tempes,  pend  par  derrière  en  forme  de  voile  ; 
elle  aies  cheveux  blonds,  la  poitrine  couverted'un  fichu  blanc 
plissé  et  froncé  autour  du  cou  ;  elle  tient  dans  la  main  droite, 
par  une  anse  passée  dans  l'index,  un  petit  panier  à  ouvrage 
d'osier  ou  de  paille  ;  elle  porte  au  doigt  une  bague  et  deux 
anneaux  d'or,  dont  un  rehaussé  d'une  petite  pierre. 

Le  fils  d'Etienne  et  de  Marie  Cousin,  Jean  Bouvyer  III,  a 
la  tête  nue,  le  front  large  et  élevé,  les  cheveux  châtains,  la 


•  Saivant  les  Mémoires  de  M.  Octave  Bouvyer,  «  il  y  avait  autrefois,  dans  la 
sacristie  de  l'église  de  Soucy,  une  croisée  sur  laquelle  J.  Cousin  avait  peint  le 
portrait  de  Jehan  Bouvyer  II,  d'abord  curé  de  Soucy,  puis  chanoine  de  la 
cathédrale  de  Sens.  Ce  pieux  ecclésiastique  avait  fait  à  ces  deux  églises 
plusieurs  fondations  et  dons,  selon  les  titres  des  années  1576  à  1594,  notam- 
ment  à  la  cathédrale,  d'une  grande  chasse  d'argent,  sur  laquelle  il  était  re^ 
présenté  en  relief,  dans  la  même  position  que  sur  le  vitrail,  avec  seê  armes 
et  une  inscription  indicative  ;  elle  a  été  la  proie  des  révolu tioQnaires,  lors  de 
la  spoliation  du  riche  et  précieux  trésor  de  cette  antique  métropole.  J*avais^ 
ajoute-t-il,  plusieurs  fois  vu  cevitraUdans  ma  jeunesse.  Ce  bienfaisant  pas- 
teur y  était  peint  presque  de  grandeur  naturelle,  en  surplis,  les  mains  jointes 
et  k  genoux,  aux  pieds  de  Jésus-Christ  sur  la  croix,  son  bonnet  carré  et  Té'' 
«usson  de  ses  armes  posés  à  terre.  Je  suis  retourné  exprès  à  Soucy  en  1821. 
pour  revoir  ce  vitrail;  )'ai  eu  le  chagrin  de  n'en  plus  retrouver  aucun  vestige.  » 

T.   IV-  —  NOTICES.   —  VI'  ANNÉE,  4*  LIV.  25 


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370  HISTOIRE   DE   CINQ    TABLEAUX 

barbe  blonde  et  rase,  les  yeux  bleus  et  légèrement  bordés  de 
rouge,  Cl  comme  d'une  personne  qui  avait  la  vue  tendre.  »  Il  est 
vêtu  d'une  sorte  de  soubreveste  noire,  à  manches  larges, 
plissées  et  tailladées  à  la  partie  supérieure,  avec  deux  collets 
de  toile  blanche  d'inégale  finesse,  rabattus  en  pointe  sur  le 
hautdela  poitrine.  A  la  différence  des  autres  portraits,  ce  ta- 
bleau a  les  angles  décorés  de  fleurons  en  grisaille,  semblables 
à  ceux  dont  J.  Cousin  faisait  un  si  fréquent  usage  dans  ses 
vitraux;  en  outre,  à  la  droite  de  la  tête,  paraissent  les 
armoiries  de  Jean  III,  telles  qu'elles  étaient  au  vitrail  de 
Soucy,  au  bas  du  portrait  de  Jehan,  son  grand  oncle,  et  sur 
la  châsse  donnée  par  lui;  enfin  au-dessus  du  cartouche  est 
peinte  la  date  1582.  Quant  à  Savinienne  de  Bornes,  femme  de 
Jehan  III,  elle  est  coiffée  en  cheveux  blancs  fort  touffus, 
€  crêpés  sur  la  face  »,  rabattus  sur  le  haut  du  front  et  sur- 
montés d'un  ruban  noir  qui  descend  en  pointe  sur  le  milieu 
de  la  tête  ;  elle  porte  au  cou  un  collier  et  une  petite  croix  de 
jais  ;  sa  robe  noire  est  à  manches  tailladées  dans  le  haut  du 
bras, et  coupée  carrément  sur  la  poitrine,  qui  est  couverte  d'un 
fichu  blanc.  Ses  armes  particulières  sont  également  peintes, 
mais  du  côté  gauche,  dans  un  écu  losange  ;  la  cordelière  qui 
entoure  le  blason,  aura  été  ajoutée  après  la  mort  de  son  mari 
auquel  elle  a  survécu.  Ce  tableau  est  entouré  d'une  sorte 
d'ovale,  formé  par  un  contour  grisâtre  mais  sans  fleurons. 

Il  ne  faut  pas  s'attendre  à  trouver  dans  ces  portraits  les 
tons  veloutés  du  chef  de  l'école  vénitienne,  ni  la  grâce  enjouée 
d«  Paul  Véronèse.  Us  se  distinguent  par  le  caractère  général 
que  l'on  remarque  dans  le  Jugement  dernier.  Une  grande 
sobriété  dans  le  dessin  et  le  coloris,  des  contours  nettement 
accusés  au  point  de  paraître  un  peu  secs,  des  carnations  sans 
recherche  d'effet  de  façon  même  à  sembler  un  peu  mono- 
chromes, en  un  mot  de  la  vérité  et  de  la  simplicité,  telles  sont 
les  qualités  qui  brillentdans  ces  portraits  de  famille.  Pour  ne 
pas  avoir  su  faire  la  part  des  retouches  et  pour  s'en  être 
rapporté  à  des  photographies  prises,  non  sur  leâ  originaux 


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DE  JEAN    COUSIN  371 

mais  sur  de  mauvais  dessins,  /nuelqu'un  a  pu  mettre  en  doute 
rauthentici té  dès  tableaux  ;  mais  le  doute  s'évanouit  en  face 
des  œuvres  mûrement  étudiées.  Un  critique,  justement 
apprécié,  a  écrit  que  ces  portraits  «  fermes,  naïfs  et  vrais 
comme  ceux  de  Glouet,  révèlent  les  qualités  de  l'ancien  açt 
français  ;  ils  nous  montrent  Jean  Cousin  correct  et  scrupu- 
leusement copiste  de  la  nature,  ennemi  de  toute  convention 
et  fort  éloigné  de  ce  sentiment  noble  et  élevé,  mais  devenu 
banal,  qui  caractérise  Tart  uUramontain'. 

Le  lecteur  connaît  maintenant  le  sujet  et  le  caractère  des 
tableaux  de  Jean  Cousin  :  il  nous  reste  à  les  suivre,  de  Tate- 
lier  de  l'artiste  jusqu'à  la  demeure  de  leur  propriétaire  actuel, 
M.  Octave  Bouvyer,  rue  de  la  Psallette,  à  Tours. 


m 


  la  mort  de  Jean  Bouvyer,  curé  de  Soucy,  en  1555,  son 
portrait  passa  naturellement  aux  mains  de  son  neveu  , 
Etienne  Bouvyer  II,  époux  de  Marie  Cousin.  Lorsque  la  fllle 
de  Jean  Cousin  décéda  en  162ô,son  portrait,  avec  ceux  de  son 
mari  et  de  son  oncle,  devinrent  la  propriété  du  fils  aîné,  Jean 
Bouvyer  III^ou  tout  au  moins  de  sa  femme,  Savinienne  de 
Bornes;  car  il  paraît  que  le  mari  mourut  plusieurs  années 
avant  elle.  Ce  précieux  patrimoine,  enrichi  des  portraits  de 
Jean  et  de  Savinienne,  fut  ensuite  recueilli  par  leur  fils, 
Etienne  Bouvyer  III  (1600-1090)  qui  épousa,  en  1628,  Edmée 
Luyson.  Claude  Bouvyer,  né  de  cette  dernière  union,  se  plut 
.  à  réuniret  à  rédiger  les  souvenirs  de  sa  famille,  au  premier 
rang  desquels  il  plaçait  tout  ce  qui  avait  rapport  au  grand 
artiste.  La  tdche  était  d'autant  plus  facile  et  offrait  d'autant 

'  Gazette  des  Beaux» Arts i  décembre  \B^6. 


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I 


p 


373  HISTOIRE  DE   CINQ   TABLEAUX. 

plus  de  garantie  de  vérité  que  son  père  avait  intimement 
connu  Marie  Cousin,  et  que  lui-même  ne  vint  au  monde  que 
douze  ans  après  la  mort  de  la  fllle  du  Maître.  Ce  sont  ces 
notes ,  transmises  de  génération  en  génération  en  même 
temps  que  les  portraits,  qui  servirent  de  documents  certains 
i  l'un  des  petits-neveux  pour  la  rédaction  des  Mémoires, 

Notes  et  portraits,  se  prêtant  une  mutuelle  garantie  de 
propriété  et  d'authenticité,  furent  transmis  à  Claude-Octave 
Bouvyer  (1689-1776),  fils  de  Cosme  Bouvyer  et  d'Elisabeth 
Poney.  Claude  se  maria  deux  fois,  mais  nous  n'avons  à  nous 
occuper  ici  que  de  son  premier  mariage,  contracté  en  1713 
avec  Marguerite  Le  Riche.  Celle-ci  lui  donna  un  fils,  Claude- 
|*i  Charles  Bouvyer,  écuyer  (1723-1785),  qui  s'unit,  en  1754,  à 

^  Madeleine-Simone  de    Saint-Pierre.  De  Claude-Octave  les 

•v'  portraits  vinrent  à  Claude-Charles  qui  les  légua  à  son  fils, 

^'  Charles-Octave  Bouvyer.  Né  en  1755,  Charles  épousa,  à  l'âge 

^  de  vingt-trois  ans,  Noôl-Marie  Blanchet  et  occupa  à  Sens,  où 

;  ses  ancêtres  avaient  continué  de  résider,  un  poste  de  rece- 

>  veur  général  des  gabelles.  Héritier  vigilant  des  traditions  et 

des  objets  de  famille,  Charles-Octave  consigna  ses  souvenirs 
sur  un  registre  considérable,  et  c'est  à  ce  volume  demeuré 
aux  mains  de  son  petit-fils  Louis-Octave  Bouvyer,  que  nous 
devons  les  détails  précis  et  rigoureusement  exacts,  qui  pré- 
cèdent et  suivent,  sur  l'odyssée  des  tableaux,  en  particulier 
depuis  le  commencement  de  la  période  révolutionnaire  jus- 
qu'au moment  présent. 

Les  descendants  de  Jean  Cousin,  avons-nous  dit,  se  trans- 
mirent ces  trésors  avec  un  respect  d'autant  plus  profond  que 
c'étaient  des  œuvres  du  maître  vénéré  et  des  portraits  de 
famille.  Les  critiques  d'ailleurs  ne  perdirent  pas  ces  œuvres 
de  vue,  et  au  dix-septième  siècle,  Félibien,  pour  lequel  l'his- 
toire des  arts  n'avait  presque  pas  de  secrets,  écrivait  :  «  On 
voit  encore  dans  la  ville  de  Sens  plusieurs  tableaux  de  sa 
main  (J.  Cousin)  et  quantité  de  portraits,  entre  autres  celui 
de  Marie  Cousin  et  celui  d'un  chanoine  nommé  JeanBou- 


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DB  JEAN   COUSIN  373 

vier  ».  A  son  tour,  quelque  trente  ans  plus  tard,  de  Piles  en 
eut  connaissance  et  c*est  d^eux  qu'il  disait  en  1699  :  «  On 
voit  dans  la  ville  de  Sens  quelques  tableaux  de  sa  façon  (de 
J.  Cousin)  et  plusieurs  po^traits^  » 

Au  dix-huitième  siècle,  les  tableaux  sont  encore  à  Sens 
dans  la  famille  Bouvyer  dont  Tun  des  membres  va  nous  ren- 
seigner avec  certitude.  «  Mon  grand  père  Claude-Octave  qui 
vécut  quatre-vingt-sept,  ans  et  neuf  mois,  dit  l'auteur  des 
Mémoires,  les  avait  reçus  de  ses  ancêtres  et  toujours  religieu- 
sement conservés.  A  sa  mort,  en  1T76,  ces  cinq  portraits 
étaient  passés  à  mon  père,  Talné  et  le  chef  de  la  famille,  mort 
en  1785^  et  enfin  de  lui  à  moi  son  fils  unique.  Leur  authenticité 
est  donc  bien  réelle.  Ils  ne  sont  jamais  sortis  de  la  famille, 
môme  pendant  la  tourmente  révolutionnaire.  >  Mais  com* 
ment  ont-ils  traversé  cette  période  houleuse  sans  disparaître, 
au  milieu  du  naufrage  de  tant  de  choses  précieuses  ?  C'est 
un  point  qu'il  est  d'autant  plus  à  propos  d'établir  qu'on  ne 
tarda  pas  à  perdre  la  piste  des  tableaux  dans  le  monde  artis- 
tique ;  quelques-uns  allèrent  môme  jusqu'à  écrire  qu'ils  avaient 
passé  la  Manche'.  Mais  heureusement  il  n'en  est  rien  :  ils 
n'ont  pas  quitté  le  sol  qui  leur  a  donné  le  jour,  et  font  le  plus 
bel  ornement  du  salon  d'un  descendant  de  Jean  Cousin,  dont 
nous  avons  déjà  mentionné  le  nom.  Voilà  les  points  de  départ 
et  d'arrivée;  il  importe  de  renouer  les  deux  extrémités  delà 
chaîne,  car,  indépendamment  de  l'examen  des  tableaux  qui 
suffit  à  établir  leur  authenticité,  il  est  intéressant  de  les  suivre 
dans  leurs  pérégrinations.  Nous  y  trouverons  une  preuve  de 
plus  que  le  chancelier  Bacon  avait  bien  raison  de  dire  que 
si  les  œuvres  de  peu  d^importance  disparaissent  dans  le  cours 
des  âges,  les  travaux  considérables  surnagent  et  finissent 
par  échapper  au  naufrage. 

Charles-Octave  Bouvyer  avait  reçu  de  ses  ancêtres  et  nour- 

•  Félibien,  Histoire  des  Peintres,  —  De  Fï\ea,  Abrégé  de  la  vie  des  Peintres. 
>  Clément  de  Ris,  t.  ii,  p.  35. 


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374  HISTOIRE   DE   CINQ   TABLEAUX 

rîssait  fidèlement  le  culte  de  tout  ce  qui  est  noble  et  beau, 
râmôur  de  la  Religion,  de  la  Patrie  et  de  la  Famille.  Il  vivait 
à  Sens,  partageant  ses  loisirs  entre  les  soins  du  foyer  do- 
mestique et  les  relations  d'amilié.  La  conservation  des  la- 
b'ieaux  de  J.  Cousin  ne  tenait  pas  la  place  la  moins  large 
dans  sa  vie,  toute  d'honneur  et  de  fidélité.  —  «  Signalé,  dit-il 
dans  ses  Mémoires,  comme  aristocrate  par  mon  vote  à  l'as- 
semblée de  la  noblesse  du  bailliage  de  Sens  au  mois  de  mars 
1789;  m'étant  ensuite  déclaré  otage  de  Louis  XVI  et  de  sa 
famille,  au  mois  de  juillet  1791,  ce  nouvel  acte  de  dévouement 
me  mit  bientôt  ea  butte  aux  persécutions  des  Jacobins  de 
ma  ville  natale.  Pour  m'y  soustraire,  j'émigrai  au  mois  d'oc- 
tobre suivant;  le  séquestre  fut  mis  sur  mes  biens  et  dans  ma 
maison  de  Sens,  dès  le  commencement  de  1792  ;  leur  vente 
totale  s'ensuivit  promptement  ei  opéra  ma  ruine  entière  et 
celle  de  ma  famille.  » 


IV 


Que  vont  devenir  les  portraits  au  sein  de  l'anarchie  qui 
menace  de  tout  envsihir? —  Rassurons-nous  :  M"'  Bouvyer 
ne  quittera  ni  la  ville  de  Sens,  ni  sa  maison.  <*  Lorsque  le 
District,  continue  l'auteur  des  Mémoires,  fit  l'inventaire  de 
mon  cabinet  et  de  ma  bibliothèque,  ma  mère  et  ma  femme 
eurent  l'adresse  de  /aire  observer  que  ces  cinq  tableaux, 
étant  de  vieux  portraits  de  famille,  ne  produiraient  aucun 
profit  à  la  nation  et  les  réclamèrent.  Le  bonheur  voulut  que 
les  membres  heureusement  fort  ignares  et  incapables  d'ap- 
précier ces  tableaux,  obtempérèrent  à  leur  demande.  »  En 
1799,  ils  étaient  encore  à  Sens,  en  la  possession  de  la  femme 
de  Charles-Octave  Bouvyer,  au  témoignage  de  M.  Tarbé,  le 


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DE  JEAN   COUSIN  375 

maire,  qui  écrivait  :  «  On  voit  dans  la  ville  de  Sens  plusieurs 
.tableaux  et  quantité  de  portraits....  Nous  en  connaissons 
trois  qui  sont  chez  la  citoyenne  Bouvyer  :  le  portrait  de  Jean 
Cousin  exécuté  par  lui-même,  celui  du  chanoine  Jehan  Bou- 
vyer, et  enfin  celui  de  Marie  Cousin,  safllle  unique'.  »  Tarbé 
aura  pris  pour  le  portrait  de  J.  Cousin,  celui  de  son  gendre, 
Etienne  Bouvyer.  Après  avoir  cité  ce  passage,  Larousse*  a 
.donc  tort  d'ajouter  que  «  ces  portraits  ont  disparu.  » 

Le  danger  ouvre  l'œil  et  rend  prudent  ;  les  tableaux  de 
J.  Cousin  avaient  couru  un  trop  grand  péril  pour  que 
M"*  Charles  Bouvyer  ne  les  mit  pas  en  lieu  sûr.  Aussitôt  le 
départ  des  commissaires,  elle  les  détacha  du  cabinet  de  son 
mari  et  les  renferma  dans  une  caisse  de  façon  que  personne 
ne  put  en  avoir  connaissance.  Dans  la  suite,  jugeant  qu'ils 
seraient  mieux  gardés  chez  ses  enfants,  elle  demanda  à  sa 
fille  Anne  et  à  son  gendre  Jean  Duclos,  installés  à  Paris,  de 
les  recevoir  chez  eux.  La  maison  avait  changé,  mais  le  culte 
pour  les  portraits  du  Maître  demeura  le  môme. 

Cependant  le  calme  était  revenu  dans  notre  pays  ;  Charles 
Bouvyer,  qui  avait  vécu  en  Allemagne,  au  prix  de  lourds 
sacrifices  dont  il  a  confié  le  curieux  récit  à  ses  Mémoires, 
rentra  en  France  au  mois  de  mai  1819.  Un  de  ses  premiers 
soins  fut  de  s'informer  de  ses  tableaux  ;  quelle  douce  joie 
pour  lui  de  les  retrouver  chez  son  gendre  sans  qu'ils  aient  eu 
à  subir  la  moindre  avarie  !  Cependant  sa  femme  avait  reçu 
en  héritage  un  domaine  situé  sur  les  bords  de  la  Loire,  com- 
mune de  Vouvray,  près  de  Tours,  et  appelé  le  Petit-Bois. 
Charles  Bouvyer  vint  s'y  fixer  dans  la  solitude,  emportant 
avec  lui  le  trésor  dont  il  avait  été  trop  longtemps  privé. 
Au  Petit-Bois,  comme  à  Sens,  et  cette  fois  sans  redouter  la 
perspective  d'une  saisie  ou  d'une  spoliation,  il  installa  dans 
son  cabinet  les  portraits  de  ses  aïeux,  faits  par  le  plus  illustre 
d'entre  tous.    C'est  dans    cette  retraite    qu'il    rédigea  les 

<  Almanachde  S^n*  (1799),  p.  193. 
»  Dictionnaire^  éàit.  1869. 


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376  HISTOIRE  DE   CINQ   TABLEAUX 

Mémoires  auxquels  nous  avons  fait  plusieurs  emprunts,  et 
qui  contiennent  d'intéressants  détails  sur  la  période  révolu-» 
tionnaire  et  la  vie  des  émigrés^  aussi  bien  que  sur  Tétat  des 
esprits  sous  la  Restauration.  Au  soir  de  sa  vie,  faisant  un 
retour  sur  la  fortune  des  portraits,  Charles  Bouvyer  se  plut 
à  dire  et  à  écrire,  comme  résumé  absolument  sincère  de  leur 
histoire  tour  à  tour  pacifique  et  tourmentée  :  «  Leur  authen* 
ticité  est  donc  bien  réelle.  Elle  était  en  outre  constatée  par 
d'anciennes  notes,  collées  derrière  les  tableaux  et  indicatives 
des  noms  de  chaque  portrait.  Vu  leur  état  de  vétusté  et  de 
détérioration,  j'y  en  ai  substitué  de  nouvelles  plus  détaillées 
après  les  avoir  fait  nettoyer  et  placer  dans  des  cadres  de  bois 
brun,  semblables  à  ceux  dans  lesquels  ils  étaient  autrefois  et 
qu'on  avait  enlevés  pour  pouvoir  les  cacher  et  emballer  plus 
facilement*.  » 

Outre  sa  fille  Anne,  dont  il  a  été  question,  M.  Bouvyer 
avait  encore  deux  autres  enfants  :  Eloïse,  née  en  1780  et 
mariée  à  M.  François  Grégoire,  et  Jean-Baptiste-Octave 
Bouvyer»  né  en  1782  et  qui  avait  épousé  en  1809  Louise- 
Sophie  Mulet.  Tout  naturellement,  d'après  les  traditions 
domestiques,  c'est  à  ce  dernier  que  devaient  revenir  les 
tableaux.  Sentant  ses  forces  s*affaiblir,  ^  il  avait  soixante- 
dix-huit  ans,  —  M.  Charles  Bouvyer  fit,  le  13  décembre  1833, 
son  testament  dans  lequel  on  lit  : 

<c  Je  lègue  à  mon  fils  tous  les  portraits  de  famille  peints 
sur  bois  ou  au  pastel,  celui  de  Jean  Cousin  gravé  (estampe 
d'Edelinck)  et  la  vue  de  la  maison  de  Soucy  qui  nous  a 
appartenu  et  qui  a  été  bâtie  par  lui,  et  les  deux  portraits 
de  saint  Pierre  et  de  saint  Paul  à  cadre  octogone  ;  tous  objets 
transmis  depuis  plusieurs  générations  à  Tatné  de  la  famille'  •>. 


«  M.  A.  Didot  a  donc  eu  tort  d'écrire  :  «  cet  portraits  sont  coniervéi  d&nt 
leurs  anciens  cadres  en  bois  simple  ;  derrière  chacun  4*euz  est  écrit,  par 
Cosme  Bouvyer,  né  en  1652,  les  noms  et  qualités  du  personnage  peint  par 
Jean  Cousin.  »  —  Etude  sur  Jean  Cousin^  p.  59. 

s  Papiers  communiqués  par  la  famille  Bouvyer. 


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DB  JEAN  COUSIN  377 

Enfin  dans  ses  Mémoires  il  jugea  à  propos  de  mentionner 
de  nouveau  sa  volonté  expresse,  en  ces  termes  :  «  On 
remettra  à  mon  fils  (Jean-Baptist^-Octave)  mes  portraits 
peints  ou  gravés,  tous  autres  portraits  de  famille  peints  sur 
bois  ou  au  pastel....  transmis  depuis  plusieurs  générations  à 
Talné  de  la  famille.  » 

Jean-Baptiste  Bouvyer,  qui  occupa  une  charge  importante 
dans  le  service  des  contributions  indirectes,  eut  huit  enfants 
dont  quelques-uns  moururent  en  bas  4ge.  L'aîné,  Louis- 
Octave,  né  en  1810  épousa,  en  1843,  Zoô-Léonie  Herpin,  d'une 
très  honorable  famille  de  Touraine,  qui  lui  donna  quatorze 
enfants.  Après  avoir  exercé  les  fonctions  de  receveur  prin- 
cipal des  contributions  indirectes  à  Agen,  M.  Louis-Octave 
Bouvyer  occupa  le  môme  poste  à  Tours.  Et  maintenant  sem- 
blable aux  patriarches  de  la  Bible,  il  a  la  joie  de  voir  sa  vieil- 
lesse entourée  de  l'amour  de  sa  digne  compagne,  de  la  cou- 
ronne d'honneur  de  ses  nombreux  enfants  et  petits  enfants, 
et  des  sympathies  universelles.  Mais  aussi^  fidèle  à  donner 
l'exemple  du  respect  pour  les  ancêtres,  le  dernier  des  héri- 
tiers de  Jean  G«)usin  enveloppe  les  œuvres  du  maître  d'un 
culte  que  les  années  n'ont  fait  qu'accroître  ;  il  n'a  d'égal 
que  la  religion  qu'il  a  su  inspirer  à  ses  enfants  vis-à-vis  de 
ces  portraits  de  famille,  car  il  ne  m'appartient  pas  de  soulever 
ici  le  voile  discret  qui  recouvre  les  autres  vertus  domestiques 
de  ce  charmant  intérieur.  Gomment  d'ailleurs  accorder 
trop  de  vénération  au  génie  qui,  au  dire  d'un  contemporain  et 
d'un  compatriote,  «  peintre  fort  gentil  et  excellent  d'esprit, 
a  montré  par  les  belles  peintures  qu'il  a  délaissées  à  la  pos- 
térité la  subtilité  de  sa  main,  et  a  fait  cognoistre  que  la  France 
se  peut  vanter  qu'elle  ne  le  cède  en  rien  aux  gentils  esprits 
qui  ont  été  es  aultres  pays*  ?  » 

L.-A.  BOSSBBOBUF. 

Secrétaire  général  de  la  Société  archéologique  de  Touraine. 
*  Taveau,  Histoire  de  la  ville  de Seiis^Us. 


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LE  CLERGE 

DU 

DIOCÈSE   DE   NANTES 

t 

EN   1791 

000%000— ^ 

CHAPITRE    r^ 

Etat  des  esprits  en  1790.  —  La  Constitution  civile  du  clergé.  —  Illusions 
et  tendances  de  ses  auteurs.  —  Son  succès  dans  les  classes  moyennes 
dévouées  à  la  Révolution.  —  Elle  reste  inappliquée  pendant 
plusieurs  mois  ^Premières  mesures  de  T  Administration  départe- 
mentale de  la  Loîrè-Inférieure  contre  les  prêtres  soupçonnés  d*hos- 
tilité  aux  innovations*  religieuses. —  Décret  du  27  novembre  1790 
sur  le  serment.  —  Lettre  du  département  au  Comité  ecclésiastique 
sur  les  difficultés  entrevues.  —  Premières  adhésions  à  la  Constitution 
civile  du  clergé,  —  Brochures  favorables  et  contraires.  —  Saisie  du 
mandement  de  M.  de  la  Laurencie,  évêque  de  Nantes.  —  Proclama- 
tion du  Département  relative  à  la  prestation  de  serment.  —  Les 
prêtres  non  remplacés  autorisés  à  rester  en  fonctions  par  TAssemblée 
constituante.  —  Démarche  de  l'Université  de  Nantes.  —  Prestation 
de  «serment  à  Nantes.  —  Discours  de  M.  le  curé  de  Sainte-Croix.  — 
Nombreux  refus  de  serment  dans  les  campagnes.  —  Inquiétudes  des 
administrations  sur  le  maintien  de  Tordre.  —  De  l'état  des  esprits 
dans  le  parti  opposé  à  la  Constitution  civile. 

En  faisant  table  rase  de  toutes  les  institutions  de  Tancienne 
France,  il  était  impossij^le  que  la  Révolution  ne  rencontrât 
pas  des  adversaires  parmi  ceux  dont  elle  blessait  les  intérêts. 
A  moins  de  méconnaître  les  conditions  de  la  nature  humaine, 


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LE   CLERGÉ  DU  DIOCÈSE  DE  NANTES  EN   1791  879 

il  faut  convenir  que  le  clergé  et  la  noblesse  avaient  parfai-: 
tement  lé  droit  de  regretter  les  privilèges  qui  contribuaient  à 
leur  bien-être  et  à  leur  considération.  Tel  était  pourtant  Ten- 
thousiasme,  qui  soulevait  alors  les  esprits  et  les  C(!Burs,  que 
l'on  pouvait  enti*evoir  le  marnent  prochain  où,  sur  le  terrain 
de  rintérôt  public,  s'opérerait  la  réconciliation  des  intérêts 
privés.  Dans  l'ordre  dé  la  noblesse,  les  plus  mécontents  s'é- 
taient bornés  à  protester  par  Témigration  ;  et  l'attitude  pai- 
sible du  clergé  séculier  et  régulier  montrait  assez  qu'il  se 
résignerait  au  dommage  apporté  à  ses  intérêts  temporelsk» 
quand  l'Assemblée  nationale  vota  la  Constitution  civile  du 
clergé,  destinée  à  devenir  peu  après  le  brandon  de  discorde 
le  plus  funeste  qui  ait  jamais  été  jeté  au  milieu  d'une  société 
occupée  à  se  reconstituer. 

On  dit  quelquefois  que  les  opinions  transigent  plus  aisé- 
ment que  lesintérêts;  cela  n'est  pas  vrai  des  opinions  reli-r 
gieuses,  et  la  guerre  aux  consciences  ne  profite  jamais  à  ceux 
qui  la  font.  Malgré  ses  rigueurs,  la  persécution  commencée 
pour  établir  le  culte  constitutionnel,  et  continuée  pour 
anéantir  tous  les  autres  cultesF,  sans  même  en  excepter 
celui-là,  ne  réussit  pas.  C'est  l'honneur  de  la  vieille  France 
catholique,  que  les  victimes  aient  lassé  leurs  bourreaux. 
Mais,  comme  si  le  crime  de  la  persécution  était  de  ceux  qui 
ne  peuvent  s'expier,  on  a  vu,  depuis  cette  époque,  la  Révo- 
lution en  porter  la  peine,  et  il  ne  lui  est  pas  plutôt  donné  de 
triompher  un  instant  dans  notre  pays,  qu'elle  se  trouve  fa- 
talement amenée  a  reprendre  contre  les  catholiques  les  erre- 
ments qui  ont  causé  sa  première  défaite. 

Il  n'est  pas  étonnant  que,  dans  une  assemblée  composée 
en  grande  paftie  d'hommes  de  robe,  bercés  dans  les  idées 
d'un  gallicanisme  exagéré,  il  se  soit  trouvé  une  majorité 
pour  rêver  l'établissement  d'utie  église  nationale.  La  manie 
de.  tout  refaire»  l'idolâtrie  de  la  souveraineté  populaire,  la 
chimère  de  la  symétrie,  purent  aussi  n'être  pas  étrangères 
au  succès  d'un  système  où  les  ministres  du  culte  recevaient 


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380  LE  GLBHGÉ  DU   DIOCÈSE   DE   NANTES 

leur  investiture  du  corps  électoral,  de  la  môme  façon  que  les 
autres  représentants  de  l'autorité  civile.  On  espérait,  disait- 
on,  introduire  ainsi  l'harmonie  dans  les  diverses  parties  du 
corps  social.  C'était  une  des  nombreuses  illusions  de  ce 
temps-là,  mais  la  pire  de  toutes  consista  à  s'imaginer  que  le 
clergé  et  les  fidèles  de  France  accepteraient  sans  difficulté 
la  rupture  des  liens  qui  les  unissaient  au  Saint-Siège. 

Il  est  plus  difficile  de  s'expliquer  comment  tant  de  gens 
éclairés,  sceptiques  pour  la  plupart,  se  passionnèrent  pour 
l^tablissement  du  culte  constitutionnel,  à  ce  point  que,  pendant 
près  de  deux  ans,  il  ne  fut  guère  question  d'autre  chose  dans 
les  Sociétés  populaires  et  les  Administrations.  La  prétendue 
réforme  n'avait  rien  pourtant  qui  fut  de  nature  à  séduire  les 
flmes;  les  dogmes,  et  la  morale  catholique  étaient  conservés, 
et  les  changements  ne  portaient  que  sur  certains  points  de  la 
discipline  ecclésiastique  relatifs  à  l'institution  des  évoques  et 
des  prêtres.  Comment  les  patriotes,  —  c'est  le  nom  que  se 
donnaient  les  partisans  des  réformes  —  arrivèrent-ils  à  se 
figurer  que  l'existence  du  nouvel  ordre  de  choses  pouvait  être 
compromise,  parce  que  les  fidèles  s'obstinaient  à  ne  donner 
leur  confiance  qu'à  leurs  anciens  pasteurs  ?  Sans  doute,  il  y 
avait  chez  eux  une  foi  superstitieuse  en  l'infaillibilité  de  l'As^ 
semblée  constituante,  et  la  Constitution  civile  du  clergé  leur 
parut  une  chose  excellente,  par  la  raison  qu'elle  émanait  de 
législateurs  qui  avaient  détruit  l'Ancien  Régime,  mais  il  semble 
que  Topposition  qu'ils  rencontrèrent  aurait  dû  éclairer  des 
gens  intelligents  sur  les  dangers  de  l'innovation,  et  ce  fut  tout 
le  contraire  qui  arriva,  ainsi  qu'on  le  verra  dans  le  cours  de 
ce  travail. 

L'espérance  de  ceux  qui  avaient  cru  que  la  Constitution  ci- 
vile serait  aisément  acceptée  ne  devait  pas  durer  longtemps. 
La  discussion  qui  avait  eu  lieu  à  l'Assemblée  constituante 
avait  déjà  éclairé  bien  des  gens,  quand*  le  Roi  manifesta  sa 
répugnance,  en  faisant  attendre  sa  sanction  qu'il  ne  donna 
que  le  24  août  1790,  plusieurs  semaines  après  le  vote  définitif. 


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EN  1791  381 

De  toutes  parts  aussi  Ja  loi  avait  soulevé  des  protestations,  et 
c'est  alors  que.  l'on  commença  à  s'apercevoir  que,  rédigée  en 
vue  d'une  adhésion  paisible  du  clergé  et  des  fidèles,  ses 
dispositions  les  plus  importantes  n'avaient  pas  le  caractère 
impératif  nécessaire  pour  s'imposer  à  tous,  et  quô,  pour  la 
mettre  en  pratique,  des  articles  additionnels  étaient  absolu* 
ment  nécessaires.  G^est  ainsi  que  pendant  plusieurs  mois  la 
Constitution  civile  du  clergé,  bien  qu'elle  eûtété  promulguée, 
demeura  à  l'état  de  lettre  morte. 

Cette  situation  ne  pouvait  se  prolonger  indéfiniment  et, 
dans  la  séance  de  l'Assemblée  constituante  du  5  novembre  1790, 
un  membre  mettait  le  comité  ecclésiastique  en  demeure 
d'appliquer  la  loi  ;  il  lui  fut  répondu  qu'il  ne  tarderait  pas 
à  obtenir  satisfaction. 

Les  administrateurs  de  la  Loire-Inférieure,  animés  d'un 
zèle  patriotique  très  ardent  pour  entreprendre  sur  le  clergé, 
n'avaient,  durant  Tannée  1790,  pu  trouver  que  deux 
occasions  de  le  faire  :  ils  avaient  privé  de  traitements  les 
prêtres  qui  avaient  adhéré  à  une  Adresse  à  VAssemblée 
nationale^  rédigée  par  le  curé  deSainte-Lumine,  etils  avaient 
détruit  le  chapitre  de  la  Cathédrale  et  ceux  des  Collégiales  ; 
de  plus,  irrités  des  résistances  opposées  par  l'Evêque  de 
Nantes  à  la  suppression  des  paroisses  voisines  de  la  cathé- 
drale, ils  Tavaient  dénoncé  à  l'Assemblée  nationale,  en  la 
priant  d'ordonner  des  poursuites  contre  lui. 

Le  décret  qui  donnait  satisfaction  à  ceux  qui  demandaient 
la  mise  en  pratique  de  la  Constitution  civile,  fut  voté  le  27 
novembre.  1790*.  Il  assignait  divers  délais  dans  lesquels  les 
ecclésiastiques  fonctionnaires  publics,  devaient  prêter  le 
serment  sous  peine  d'être  déchus  de  leurs  fonctions,  I^e  Roi 
ayant,  après  ime  certaine  résistance,  consenti  le  26  décembre 
à  sanctionner  ce  décret,  il  devenait  exécutoire,  dans  le 
département  de  4a  Loire-Inférieure^  au  milieu  du  mois  de 

*  Duvergier»  Collection  de  lois,  ii  59. 


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382  LR   CLERGÉ   DU   DIOCÈSE   DE   NANTES 

janvier  1791.  Ajoutons  qu'aux  termes  d*un  autre  décret, 
en  daté  du  4  janvier*,  le  serment  devait  être  prêté  purement 
et  Simplement,  sans  préambules,  explications  ni  restrictions. 
'  La  crise  de  la  prestation,  ou  plutôt  du  refus  du  serment, 
commença  donc,  dans  la  Loire-Inférieure,  avec  Tannée  1791  ; 
elle  devait  durer  longtemps,  parce  que  l'obligation  du 
serment,  imposée  d'abord  aux  seuls  prêtres  ayant  charge 
d'âmes,  fut  étendue  successivement  à  d'autres  catégories 
d'ecclésiastiques,  et  môme  aux  religieuses,  et,  aussi,  parce 
qu'il  ne  fut  jamais  possible  de  pourvoir  de  prôtres  asser- 
mentés toutes  les  paroisses  du  nouveau  diocèse  réduit  exac- 
tement aux  limites  du  Département. 

Si  Tes  riiembres  des  diverses  aidmînistrajtions  avaient,  à  un 
certain  moment,  partagé  les  illusions  des  députés  sur  la  faci- 
cilitô  d'établir  le  nouveau  régime  ecclésiastique^  ce  moment 
était  passé,  et  ils  apercevaient  clairement  les  difficultés  de 
toutes  sortes  qui  allaient  se  produire.  Comme  s'il  eût  dépendu 
du  Comité  ecclésiastique  de  l'Assembfêe  nationale  d'aplanir 
ces  difficultés,  le  procureur  syndic  du  Département  lui 
écrivait  le  11  janvier  1791  ': 

«  Le  délai  de  huit  jours  pour  le  serment  prescrit,  va 
s'ouvrir  et  devenir  fatal  contre  les  présents  ;  or,  leà  vicaires 
•généraux  et  les  supérieurs  du  séminaire  sont  présents  ;  et, 
malheureusement,  nous  avons  presque  la  certitude  de  leur 
refus  de  se  conformer  à  la  loi  ;  ils  encourront  donc  la  peine 
qu'elle  a  prononcée,  c'est-à-dirè  la  déchéance  de  leurs 
fonctions-;  mais  alors  s'opérera  une  suspension  totale  de 
l'octroi  des  dispenses  et  des  autres  actes  journaliers  delà 
juridiction  ecclésiastique.  Le  séminaire  se  trouvera  sans 
chefs. .  ;  Mais  ce  n'est  rien  encore.  Si  les  curés  s'obstinent 
pareillement  à  refuser  le  serinent;  si  leurs  vicaires,  trop 
doéiles  au  mauvais  exemple,  les  imitent  ;  si,  pour  les  sacre- 
ments, leis  secours  sont  suspendus,  si  de^  moribonds.. ^  J® 
n'ose  achever  ;  tant  d'horreurs  ne  doivent  pas  être  supposées, 

<£od.  II.  142. 


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EN  1791  383 

mais  les  choses  sont  possibles  ;  le  remède  sera  de  procéder 
à  Télection  de  nouveaux  curés  ;  les  nouveaux  curés  auront 
besoin  d'une  mission,  et  de  qui  la  recevront-ils  ?I1  n  y  aurait 
point  de  vicaires-généraux  ;  enfin,  il  n'y  aura  point  d'évôque... 
déjà  son  nom  et  ses  dispositions  vous  sont  connues. . .  On  le 
dit  à  Pampelune.  »  Il  y  a  lieu,  ajoutait  le  procureur-syndic,  de 
se  demander  si  cette  absence  doit  lui  procurer  le  bénéfice  du 
délai  de  deux  mois  que  le  décret  accorde  aux  ecclésiastiques 
absents  du  royaume,  ce  qui  reculerait  d'autant  Tépoque  de 
sa  déchéance,  et,  par  conséquent  celle  de  la  nomination  de 
Son  succes.seur\ 

On  lisait  bien,  dans  certains  journaux,  que  Tabbé  de  Bernis, 
ambassadeur  à  Rome,  avait  écrit  que  le  Pape  ne  tarderait 
point  à  approuver  la  Constitution  civile  du  clergé'  mais  l'atti- 
tude des  évoques  ne  permettait  guère  d'accréditer  sérieu- 
sement un  pareil  bruit.  On  louait  aussi  très  haut  le  patriotisme 
de  quatre  bernardins  de  l'abbaye  de  Buzay  venus  au  dépar- 
tement protester  contre  «  la  rébellion  des  ennemis  de  la  patrie 
et  le  refus  inconcevable  âes  évoques  de  prêter  serment  et 
offrir  de  remplir  les  fonctions  curiales  et  vicariales,  dans  tous 
les  lieux  où  le  pouvoir  civil...  voudrait  les  leur  confier'.  » 
On  répandait  partout  une  brochure  intitulée  Lettre  à  mes 
concitoyens  des  campagneSy  dans  laquelle  Pierre  Mourain, 
l'un  des  administrateurs  du  département,  exposait  que 
révoque  de  Rome  était  un  évoque  comme  les  autres,  et  où  il 
faisait  ressortir  les  avantages  temporels  que  curés  et  vicaires 
retireraient  d'une  répartition  plus  égale  des  traitements,  qui 
atteindraient,  pour  les  curés,  le  chiffre  d'environ  deux  mille 
Jivres*.  Tout  cela  était  peine  perdue  et  ne  réussissait  point  à 
augmenter  le  nombre  des  partisans  du  schisme. 

*  Corresp.  du  procureur-syndic. du  Dép.  {•  64  {Arch.  dép.). 

*  Journal  de  la  Correspondance  de  Nantes  du  16  janvief  1791  p.  518. 
'Dép.  15  janvier   1791  f»  3  {Archives  départementales).    Ces   bernardins 

étaient  Baudoin,  Bresdon,  Bourgoinjj^  et  Lenseigne. 

*  Petit  in-8o  de  15  pages  daté  du  11   janvier   1791,   s^gné  M.  Nantes  A.  J. 
Mallasais.  Mourain  devint  député  de  la  LégislatiFe  en  1791. 


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384  LE   CLERGÉ   DU  DIOCÈSE  DE   NANTES 

Prêtres  et  fidèles,  au  contraire,  lisaient  avec  avidité,  et  se 
passaient  sous  le  manteau^  les  brochures  imprimés  à  Paris 
chez  Crossart  et  chez  Guerbart,  et  surtout  le  Mandement  de 
JW  revécue  de  Nantes,  portant  adoption  de  l'Instruction 
pastorale  de  M^  fEvêque  de  Boulogne  sur  l'autorité  spirituelle 
de  V église.  «  Nous  vous  présentons  cet  ouvrage,  y  disait  M.  de 
la  Laurencie,avec  d'autant  plus  d'autorité  qu'il  a  été  adopté  par 
un  grand  nombre  de  nos  confrères  de  Tépiscopat.  »  L'évéque 
de  Boulogne,  M.  Asseline,  avait  en  effet  épuisé  le  sujet,  et  il 
était  difficile  de  faire  plus  net  et  plus  complet.  Cet  écrit  de 
36  pages  in-4'*,  sorti  des  presses  de  Guerbart,  imprimeur- 
libraire  à  Paris,  se  terminait  ainsi  :  «  Donné  au  Lude,  où  des 
circontances  particulières  nous  ont  obligé  de  nous  retirer,  le 
25  novembre  1790.  »  Il  était  signé  :  Ch.  Eutrope,év.  de  Nantes. 

11  avait  circulé  pendant  plusieurs  semaines,  échappant  à 
tout  regard  profane,  quand,  le  14  janvier,  il  tomba  aux  mains 
d'un  membre  de  la  Société  des  Amis  de  la  Constitution  qui 
courut  aussitôt  le  dénoncer  à  la  Municipalité  comme  un 
libelle  dangereux.  Deux  officiers  municipaux^  Lemeignen  et 
Beaufranchet,  se  rendirent  à  Tévôché  pour  fai^^e  une  perqui- 
sition qui  amena  la  saisie  de  seize  exemplaires.  MM.  Lemarié 
ôtd«  Billorgues,  chanoines,  et  M.  Langevin,  secrétaire  de 
révèché,  durent  subir  un  interrogatoire,  duquel  il  résulta  que 
M.  de  la  Laurencie  était  bien  l'auteur  du  mandement*.  Le 
Conseil  général  de  la  Commune  délibéra,  ôt^  «  pénétré  d'in- 
dignation contre  ceux  des  ministres  de  la  religion  catholique 
qui  se  permettent  de  l'outrager,  en  répandant  des  maximes 
séditieuses,  qui  tendent  à  tromper  et  à  égarer  les  fidèles», 
décida  que  les  deux  écrits,  (le  Mandement  et  l'Instruction) 
seraient  dénoncés  à  MM.  les  juges  du  tribunal  de  District, 
faisant  défense  à  tous  curés,  vicaires,  religieux,  de  les  pro- 
pager^ sous  peine  d'être  poursuivis  comme  perturbateurs 


*  Pièce  originale  {Arehine  du  greffe). 


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EN  1791  385 

du  repos  public*.  »  Presque  au  même  moment  ce  mandement 
était  dénoncé  à  Paris  au  Comité  des  recherches',  et  saisi  à 
Paimbœur,  à  la  suite  d*une  perquisition  chez  le  curé  de  la 
paroissn  8aint<*LouiSt  M.  Donatien  Delaville,  devenu  suspect 
aux  yeu^  de  la  Municipalité^  pour  avoir,  le  dimanche 
précédent^  fait  connaître  du  haut  de  la  chaire  sa  résolution 
de  ne  pas  prêter  le  serment'. 

Une  procédure  fut  commencée  par  le  tribunal  du  District 
de  Nantes  ;  des  curés ,  des  supérieurs  de  couvents  furent 
mandés  au  greffe  pour  y  être  interrogés  :  M.  Goat^  curé  de 
Saint-Donatien,  M.  Lesourd  de  l'Isle,  curé  de  Sàinte-*Rade- 
gonde^  M"*  Marie  de  la  Bourdonnaye,  supérieure  de  la 
communauté  de  Saint-Charles,  le  frère  Josaphat,  supérieur 
des  Frères  de  la  Doctrine  chrétienne,  et  même  le  père 
Sauveur  (René  Baudouin],  gardien  des  Récoilets,  et  M.  An- 
drieux,  curé  de  la  Madeleine  de  Clisson,  que  leurs  sympathies 
bien  connues  pour  les  idées  nouvelles  auraient  dû  mettre  à 
Tabri  du  soupçon.  L'évèque  et  son  secrétaire,  M.  Langevin, 
furent  décrétés  de  prise  de  corps  pour  ne  s'ôtre  pas  rendus 
à  l'assignation.  Toute  cette  procédure  fut  simplement  commi- 
natoire* car  je  n*ai  point  retrouvé  de  jugement  qui  ait  statué 
sur  le  délit^. 

Le  15  janvier,  on  afficha  une  longue  proclamation  de  Tad- 
ministration  du  Département  relative  au  serment  qui  allait 
être  demandé  à  tous  les  prôtres  exerçant  des  fonctions  pa^ 
roissiales.  Les  auteurs  affectaient  une  confiance  qu*ils  étaient 
loin  d'avoir.. .  ;  on  y  lisait  :  «  Quelques  personnes^  alarmées 
de  Tabsence  de  T Evoque  de  Nantes,  ont  pu  remarquer  avec 
inquiétude  les   menées  sourdes  et   la  distribution  furtive 


*  Ordre  du  14  janfier   1791.  Signé   dtt  maire  Kenrégan.  Journal  de  la 
Correspondance  de  Nantes.  T.  vu  p.  515. 
.  >  Le  15  janvier.  Eéimpression  du  Moniteur^  vii-13S 

>  Journal  de  la  Correspondance  y]i-518. 

«  Papiera  de  procédures  du  tribunal  de  Diitrict  de  Nantes  {Archives  dU 
greffé).  Comparutions  '21  janvier  1791.  —  Décrets  de  prise  de  corps  9  février  179L 
T.   VI.   —   NOTICES.   —  Vl*  ANNÉE,   4*  LIV.  26 


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386  LE  CLERGE   DU   DIOCESE   DE   NANTES 

d*écrits  incendiaires  décorés  du  titre  de  mandements,  mats 
une  juste  confiance  doit  nous  ranimer  et  dissiper  ces 
frayeurs,  qui  seraient  injurieuses  à  la  saine  partie  du  clergé. 
On  doit  éloigner  jusqu*à  Tidée  d'un  soupçon  qui  tend  à  com- 
promettre les  sentiments  connus  et  le  zèle  patriotique  de  nos 

respectables  curés Nous  pensons  qu'il  leur  tarde  de 

faire,  au  pied  des  autels,  en  présence  des  fidèles  et  du  Dieu 
de  vérité,  cet  acte  vraiment  religieux  et  digne  de  la  divinité, 
puisque  c'est  un  hommage  à  la  Patrie...  croiront^ils  que  leurs 
consciences  le  réprouvent,  comme  un  crime  ?  La  conscience  ! 
la  religion  !  prétextes,  sacrés  qu'on  voudrait  placer  entre  la 
toi  et  la  désobéissance!  Mais  c'est  un  abus  sacrilège  de  mots, 
et  cette  excuse  ne  peut  appartenir  qu'à  Ja  mauvaise  foi  et  à 
l'ignorance.  » 

Après  une  discussion  sur  la  formule  du  serment,  la  procla- 
mation continuait  ainsi  :  «  La  religion  n^est  point  en  danger  ; 
le  peuple,  prêt  à  mourir  pour  sa  défônse,  né  s'armera  pas 
poilr  la  querelle  de  quelques  hommes  .qui,  .dérobant  le  voile 
dé  cette  vierge  pure  et  céleste,  voudraient  en  couVrîr  les 
visions,  les  faux  scrupules  de  leur  conscience^:  et:  peut-être 
les  inspirations  d'une  honteuse  cupidité.  »  , 

Toutefois,  comme  on  ne  pouvait  espérer  que  tous  les 
prêtres,  sans  exception,  se  conformeraient  à  la  loi,  les  admi- 
nistrateurs rappelaient^  en  terminant,  aux  officiers  muni- 
cipaux qu'il  était  de  leur  devoir  «  d'empêcher  qu'il  fut  dit  ou 
fait  aucune  injure  ou  violence,  même  aux  ecclésiastiques 
dissidents*.  » 

.  Cette  proclamation  était  à  la  fois  mensongère  et  hypocrite  : 
mensongère,  car  la  lettre^  qui  a  été  citée  tout  à  l'heure^ 
démontre  que  Ton  savait  très  bien  que  les  dispositions  du 
clergé  étaient  très  différentes  de  celles  qu'on  lui  prêtait  ; 
hypocrite,  puisqu*en  affectant  de  prêcher  la  modération 
envers  les   prêtres,  qui  feraient  usage  de  leur  liberté  en 

•  Départ.  L.  15  janv.  179!  (•  18. 


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EN  1791  387 

refusant  le  serment,  on  les  dénonçait  à  l'opinion  publique 
comme  de  mauvais  citoyens  dont  la  résistance  était  inexcu- 
sable. 

Le  district  deClisson,  effrayé  des  conséquences  du  mécon- 
tentementque  la  cessation  de  l'exercice  du  culte  allait  exciter 
parmi  les  populations  qui  Tentouraient,  demanda  à  ce  mo- 
ment au  Département  «  d'enjoindre  auit  recteurs  et  autres 
fonctionnaires  >'  qui  refuseraient  le  serment,  de  continuer 
leurs  fonctions  jusqu'à  leur  remplacement.  Un  pareil  ordre 
devant  certainement  encourager  les  refus  de  serment,  il  était 
naturel  que  le  département  blâmât  le  district  de  Clisson  de 
ravoir  sollicité,  mais  il  était  si  évident  qu'en  fait  les  choses 
se  passeraient  ainsi,  que  cette  administration,  en  déférant 
Tarrôlédu  dislrictde  Clisson  à  l'Assemblée  nationale, déclara 
que,  malgré  leur  apparente  nécessité^  il  ne  pouvait  approuver 
de  pareilles  mesuresV  • 

L'Assemblée  constituante  fut  plus  libérale;  elle  comprit 
que  l'exercice  du  culte  ne  pouvait  être  interrompu  sans  de 
graves  inconvénients,  et  V Instruction  sur  la  Constitution  civile 
du  clergé^  promulguée  en  forme  de  décrut  lu  20  janvier  1791', 
décida  qu'il  ne  fallait  regarder  comme  perturbateurs  du 
repos  public  que  «  ceux  des  prêtres  qui,  élevant  autel  contre 
autel,  ne  céderaient  pas  leurs  fondions  à  leurs  successeurs. 
G'estcette  dernière  résistance  que  la  loi  bl conde^mnée,  jusqu'au 
remplacement  rex^cice  des  fonc^tions  est  censé  avoir  dii  et  te 
continué.  »  Aux  termes  de  Y  Instruction,  tous  les  prêtres  non 
remplacés  étaient  donc  autorisés  à  demeurer  en  fonctions, 
et  comme  c'est  à  peine  si,  dans  la  Loire-Inférieure,  on  pourra 
réussir  à  remplacer  la  moitié  d'entr'eux^  les  autres  seront 
fondés  à  se  prévaloir  de  ce  texte  pour  continuer  l'adminis- 
tration de  leurs  paroisses. 

La  première,  et  l'on  pourrait  dire  la  seule  adhésion  col- 
lective à  la  doctrine  du  serment,  fut  celle  de  l'Université  de 

•  Départ.  L.  18  janvier  1791  f.  24. 
'  Duver^'.  Collection  de  loùsU^  176. 


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388  LE   CLERGÉ  DU  DIOCÈSE  DE   NANTES 

Nantes.  Le  21  janvier  1791,  les  membres  des  Facultés  de 
théologie,  de  médecine,  et  des  arts,  ayant  à  leur  tôte  le  doc- 
teur Lefebvre,  se  présentaient  à  THôtel-de- Ville,  et  étaient 
accueillis  par  un  nolabte,  remplaçant  le  maire  absent. 

((  LTJniversité,  dit  le  recteur,  vient  reinercier  publique- 
ment l'Assemblée  nationale  de  ses  importants  travaux  sur 
la  Constitution  civile  du  clergé,  et  reconnaître  que  le  régime, 
qui  lui  est  prescrit,  est  littéralement  celui  que  le  divin  fon- 
dateur du  Christianisme  lui  avait  assigné,  et  dont  Tesprit 
d'ambition  et  d'intérêt  TaVait  détourné. . .  » 

«  ...  Ce  n'est  qu'avec  la  plus  vive  indignation  que  l'Uni- 
versité a  appris  les  déclamations  insensées  et  furieuses  que 
se  permettent  des  prêtres  égarés  par  les  regrets  de  la  perte 
de  leur^  biens  et  de  leurs  privilèges,  et  elle  se  hâte  de  mani- 
fester son  improbation . . .  L'Université  vient  jurer  d'être 
fidèle  à  la  Constitution...  » 

Le  serment  des  médecins  importait  peu,  mais  ce  qui  don- 
nait à  la  démarche  des  membres  de  l'Université  une  grande 
importance,  c'est  que,  dans  le  cortège  du  recteur,  figuraient 
plusieurs  prêtres,  qui  étaient,  pour  la  faculté  de  théologie  : 
MM.  Delaville,  curé  de  Sainte-Croix ,  et  Lebreton  de  Gaubert, 
curé  de  Saint-âimilien  ;  pour  la  faculté  des  arts  :  Lenoble, 
préfet  de  l'Oratoire,  Desperel,  professeur  de  logique.  La- 
chaud,  professeur  de  rhétorique,  appartenant  tous  les  trois 
à  cette  lîiême  congrégation.  Le  procès-verbal  mentionne 
plusieurs  autres  professeurs  de  l'Oratoire,  qu'il  est  inutile 
de  nommer  ici,  parce  que  la  question  de  savoir  s'ils  étaient 
engagés  dans  les  ordres  sacrés  me  semble  fort  douteuse. 

Le  notable  donna  lecture  d'une  lettre  de  M.  Lefeuvre,  curé 
de  Saint-Nicolas,  dans  laquelle  il  annonçait  que,  le  dimanche 
suivant,  23  janvier,  il  prêterait  le  serment  prescrit  par  le 
décret  du  27  novembre,  en  compagnie  de  ses  quatre  vicaires 
et  de  huit  prêtres  de  chœur,  de  son  église. 

Le  procureur  de  la  Commune  lut  à  son  tour  une  liste  de 
prêtres,  dès  à  présent  disposés  à.prêter  le  serment,  et  com- 


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EN  1791  389 

prenant  deux  carmes,  un  trinitaire,  un  bernardin  et  les  trois 
maires-chapelains  de  la  cathédrale'.  t 

Le  dimanche,  23  janvier  1791,  expiraient  les  délais  dans 
lesquels  les  prêtres  devaient  se  prononcer  sur  l'acceptation 
ou  le  refus  de  serment. 

A  Nantes,  M.  Lebreton  de  Gaubert,  curé  de  Saint-Simi- 
lien,  et  plusieurs  de  ses  vicaires  ;  le  curé  de  Saint-Nicolas  et 
tout  le  clergé  de  sa  paroisse  ;  M;  Delaville,  curé  de  Sainte- 
Croix  et  plusieurs  de  ses  vicaires  et  Vôtres  habitués,  prô* 
tèrent  le  serment. 

Ce  dernier  prononça  môme  à  cette  occasion  un  long 
discours  dans  lequel  il  reprit  et  développa  tous  les  arguments 
que  Ton  pouvait  donner  en  faveur  de  Torthodoxie  du  serment. 
Ce  discours  mérite  d*ôtre  lu,  car  il  est,  à  cause  du  caractère 
respectable  de  son  auteur,  qui  ne  fît  à  vrai  dire  que  traverser 
le  schisme  sans  s'y  arrêter,  Tun  des  signes  les  plus  remar- 
quables du  trouble  des  esprits  à  cette  époque.  M.  Delaville  ad- 
mettait comme  un  principe  que  l'Assemblée  nationale  n'avait 
pas  prétendu  toucher  au  spirituel,  alors  que  le  contraire  résul- 
tait avec  évidence  d'une  foule  de  faits,  sans  parler  des  dispo- 
sitions elles-mêmes  de  la  Constitution  civile.  Vainement 
M.  do  Bonnal,  évêque  de  Clermont,  avait  demandé  à  la  tribune, 
de  prêter  son  serment,  «  en  exceptant  formellement  les  objets 
qui  dépendent  essentiellement  de  Tautorité  spirituelle,  »  sa 
demande  avait  excité  un  véritable  tumulte  dans  l'Assemblée, 
et  il  avait  élé  sommé  de  prêter  le  serment  pur  et  simple, 
en  portant  adhésion,  non  seulement  à  la  constitution  poli- 
tique, mais  aussi  à  la  constitution  civile  du  clergé'.  M.  Dela- 
ville allait  fort  loin  dans  sa  démonstration,  car  il  admettait 
aisément  lé  remplacement  des  évoques  institués  par  dos 
évêques  élus,  et  traitait  de  propos  ridicules  les  dires  de  ceux 
qui  prétendaient  que,  dans  le  nouvel  ordre  de  choses,  les 

^  Broch,  in-8%   Nantes^  Malassis,  1791.  Journal  delà  Correspondance^ 
t.  vm,  2«  suppl.  au  n*  35,  p.  571 . 
*  Séance  du  2  janvier  1791,  Joum,  des  Débats,  n*  508     .  3. 


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390  LK   CLERGÉ  DU   DIOCÈBE   DE   NANTES 

prêtres  assermentés  n'auraient  plus  de  pouvoirs.  Ce  discours, 
de  même  que  ceux  prononcés  par  quelques  autres  curés,  fut 
publié  par  le  Journal  de  la  Correspondance  de  Nantes  ;  il 
fut,  en  outre,  imprimé  en  brochure  pour  être  distribué*. 

Le  dimanche  23  janvier,  et  les  deux  dimanches  suivants, 
le  serment  ne  fut  prélé  que  par  des  curés  et  des  vicaires 
fonctionnaires  publics.  Les  reUgieux,  qui  avaient  quitlé  le 
cloître  et  qui  étaient  disposés  à  se  rallier  à  l'église  constitu- 
tionnelle, attendaient  généralement  pour  apostasier  qu*on 
leur  offrit  les  cures  vacantes,  ce  qui  ne  pouvait  tarder  bien 
longtemps.  Sauf  d'ans  deux  ou  trois  paroisses,,  à  Vieillevigne, 
où  il  y  eut  une  véritable  émeute,  contre  laquelle  on  déploya 
le  drapeau  rouge',  et  à  Basse-Goulaine',  où,  le  maire  somma, 
publiquement  dans  l'église,  le  curé  et  le  vicaire  de  prêter  le 
serment,  la  journée  du  23  janvier  se  passa  sans  incidents 
graves.  Quelques  prêtres,  malgré  les  termes  très  nets  du 
décret  du  4  janvier,  jurèrent  avec  restriction,  et  n'en  furent 
pas  moins  considérés  par  leurs  municipalités  comme  ayant 
satisfait  à  la  loi,  décisions,  qui  ne  furent  pas  ratifiées  par  le 
Département,  et  contre  lesquelles  protestèrent  les  prêtres 
eux-mêmes.  Un  journal  osa  prétendre  que,  les  délais  expirés, 
des  prêtres  disposés  à  se  soumettre,  le  curé  de  Chantenay, 
et  celui  de  la  Ghapelle-sur-Erdre  notamment,  n'avaient  point 
été  admis  le  faire*,  mais  le  nombre  des  assermentés  était  trop 
petit  pour  que  le  département  élevât  une  pareille  prétention, 

^  Brochure  in-8«  d«  29  p.  Nantes, Malassis,  et  Journal  de  la  Correspondance 
n«*G(u  26  janvier  1791,  p.  586  et  30  janvier  1791  p.  31.  On  trouve  aussi  dans 
«ce  journalles  discours  prononcés  dans  la  même  circonstance  par  Breny, 
recteur  de  Saint-Père-en-Retz,  n*  du  4  février  1791,  p'.  55;  par  Denghin, 
curé  de  Saint-Jean-de-Boiseau,  n*  du  H  février  p.  12S;par  Samson,  curé 
d*Ancenis,  n*du  11  février  ;  parMaupan,  recteur  de  Moatrelais,  n»  du  23  fé- 
vrier 1791  p.  189.  —  Mentionnons  aussi,  pour  mémoire,  les  lettres  en  faveur 
du  serment,  de  Méchin,et  les  discours  de  Mabille  et  du  curé  de  Saint-Nicolas 
n**  2G  février,  p.  176,  2  et  4  mars,  p.  235  et  250  ;  et  le  discours  de  Pichon,  curé 
de  Drefféac.  (Catalogtie  de  la  Bibliothèqtte  de  Nantes  n*  37,961). 

*  Département  L.  25  janvier  1791,  f».  43. 
'  District  de  Nantes,  24  janvier  1791. 

*  Chronique  de  la  Loire^Inférieure  du  9  février  1791,  n»  15. 


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m  1791  :^i 

D'ailleurs  ces  deux  curés  protestèrent,  eux  aussi,  dès  qu'ils 
purent  le  faire,  contré  Tintention  qu^on  leur  avait  prêté  de  se 
soumettre  à  la  loi.  Les  délais  furent  d*ailleurs  prorogés 
par  un  décret*. 

Dès  le  25  janvier,  le  département  constatait  Tinsuccès  de  sa 
proclamation,  et  attribuait  cet  insuccès  à  Tabsence  de 
révoque  «  et  à  l'incertitude,  ou  plutôt  à  la  crainte  qu'il  ne 
voulut  pas  se  soumettre  au  serment*  »  et  il  écrivait,  peu 
après,  au  ministre  de  Tintérieur  :  «  Nous  avions  e3péré 
jusqu'ici  pouvoir  maintenir  la  tranquillité,  mais  nous  voyons 
que  le  serment  à  prêter  par  les  prêtres^  et  le  refus  de  plu- 
sieurs d'entr'eux  de  s'y  conformer,  agitent  les  habitants  des 
campagnes  ;  quoiqu'il  ne  se  soit  pas  encore  commis  d'excès, 
on  remarque  des  attroupements  qui  pourraient  devenir  in- 
quiétants, si  nous  ne  disposions  d'une  force  capable  d'en 
imposer.  Nous  vous  prions  de  nous  expédier,  le  plus  tôt 
possible,  un  régiment  de  troupes  de  ligne,  persuadés  que  ce 
nombre  suffira  pour  le  moment'.  »  Ces  craintes  étaient 
prématurées,  car  l'immense  majoi<ité  des  curés  et  des  vicaires 
étaient  restés  dans  leurs  paroisses,  et  les  attroupements  ne 
deviendront  inquiétants  que  lorsqu'il  s'agira  de  chasser  les 
anciens  prêtres  et  de  les  remplacer  par  des  intrus. 

Quelques-uns  cependant  ayant  cru  devoir  quitter  leurs 
églises  après  le  23  janvier,  le  Département  s'occupa  de  les 
faire  remplacer,  et,  le  31  janvier,  le  lendemain  du  dimanche 
où  la  messe  paroissiale  avait  manqué,  à  Ghantenay,  à  Saint- 
Colombin,  à  la  Chevrolière,  à  la  Chapelle-sur-Erdre,  pluaieurs 
lettres  furent  adressées  aux  pères  gardiens  des  Carmes  et  des 
Capucins  pour  les  prier  d'envoyer  des  religieux  dans  ces 
paroisses.  Un  certain  père  Martin,  carme,  ayant  été  désigné 
pour  Saint-Colombin,  on  écrivit  à  M.  de  laTullaye,  vicaire-gé- 
néral, pour  le  prier  de  lui  accorder  les  pouvoirs  nécessaires*. 

■  Déecet  du  18  mars  1791.  DuTer^.  ColL  de  lois,  II,  263. 

•  Départ.  L.  ^5  janvier  1791. 

>  Registre  Comptabilité  et  gnerre,  3  février  1791  f.  23. 

*  Direct,  de  départ.  Correspond.  Si>crétariat,  f*  29. 


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392  LE  cle.;gé  du  diocèse  de  nantes 

A  en  juger  par  le  nombre  assez  considérable  de  lettres^ 
qui  se  trouvent  encore  dans  les  dossiers,  pour  avoir  été 
saisies  lors  des  arrestations  de  prêtres,  la  correspondance 
des  membres  du  clergé  entr'eux  dut  être  fort  active  durant 
cette  période  de  la  crise  du  serment.  Ceà  lettres  ne  présentent 
qu'un  très  médiocre  intérêt;  elles  témoignent  seulement  de 
la  vivacité  des  sentiments  qui  animaient  les  esprits  départ 
et  d'autre.  Le  goût  de  la  chanson  est  passé,  mais  il  était  alors 
très  répandu,  et  j*en  ai  trouvé  une  fort  longue  d'une  versifi- 
cation très  incorrecte,  sur  l'air  :  0  ma  tendre  musette^  où  les 
prôlrés  les  plus  connus  du  diocèse,  apostats  et  fidèles,  avaient 
chacun  leur  couplet. 

En  voici  quelques-uns  : 

Monsieur  Lescan*  bien  sûr. 
Ne  prêtera  pas  serment, 
11  préfère,  on   assure, 
Verser  jusqu'à  son  sang. 

Monsieur  Lepré',  bon  prêtre, 
Ne  veut  non  plus  jurer. 
Il  préfèr'  reconnaître 
Celui  qui  Ta  créé. 

En  priant  sainte  Ursule, 
D'intercéder  pour  lui, 
Il  est  dans  sa  cellule, 
Au  pied,  du  crucifix. 

Un  maudit  apostat 
Pour  exhaler  sa  bile. 
Envoyé  des  Etats, 
Prêcherait  révangile  ! 

Sans  pouvoir  de  l'Eglise, 
Ck>mment  agirait-il? 
Inf&me  marchandise 
C'est  le  père  LatyP  ! 

'    Dmçtear  da  Séminaire  de  Saint-Clément. 

•  AnmAnier  des  Ursulines. 

•  Oratoritn,  député  aux  Etats  généraux.     —  Papiers  saisis  à  Mauves  le  21 
août  i79t  par  le  commandant  Schiitt.  {Arch.  dép,). 

• 


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EN  1791  393 

En  définitive,  si  l'on  se  reporte  à  un  état  officiel  envoyé  au 
comité  ecclésiastique  le  20  mai  1791»  et  comprenant  les  prêtres 
fonctionnaires  publics  du  département,  moins  ceux  du  district 
de  Nantes,  que  j'ai  comptés  moi-môme,  il  y  eut  153  prestations 
de  serment,  dont  une  quinzaine  au  moins  avec  des  restric- 
tions qui  en  changeaient  le  caractère,  et  des  rétractations, 
plus  ou  moins  promptes^  dont  le  nombre  augmentait  tous 
les  jours. 

l""  District  de  Nantes^     sur  171  prêtres,  45  assermentée. 


2» 

— 

d'Ancenis, 

66 

— 

20 

3» 

— 

Blain, 

38 

— 

5 

4» 

— 

Chftteaubriant, 

40 

— 

8 

5« 

— 

Giisson, 

72 

— 

10 

e» 

— 

Guérande, 

60 

— 

25 

7» 

— 

Machecoul, 

58 

— 

8 

8* 

— 

Paimbœaf, 

48 

— 

20 

9» 

— 

Saivenay, 

43 

614 

— 

12 
153 

En  envoyant  ces  résultats  au  Comité  ecclésiastique,  le 
procureur^syndic  écrivait  :  «  L'administration  désirerait  que 
ce  tableau  présentât  des  résultats  plus  consolants  pour  les 
vrais  amis  de  la  patvie  et  de  la  religion  ;  heureusement  les 
autres  départements  ne  sont  pas  dans  une  situation  aussi 
afflgeante,  et  il  est  notoire  que  la  plupart  offrent,  dans  un 
tableau  inverse,  le  nombre  des  bons  dominant  sur  le  nombre 
des  méchants.  x> 

Des  prêtres  et  des  religieux  des  diocèses  voisins,  et  des  re- 
ligieux du  diocèse  de  Nantes,  augmenteront  dans  une  pro- 
portion assez  notable  le  personnel  de  TÉglise  constitu- 
tionnelle, mais  jamais,  comme  on  le  verra,  on  ne  réussira  à 
trouver  assez  de  sujets  pour  pourvoir,  de  curés  seulement, 
sans  parler  des  vicaires,  la  moitié  des  paroisses  rurales. 


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394  I.E    CLERGÉ   DU    DIOCÈSE   DE   NANTES 


CHAPITRE   II 

La  suppression  des  chapitres  et  le  remaniement  des  circonscriptions  p  V- 
roissiales  demandés  à  M.  de  la  Laurencie  —  Son  refus  —  NouTeik 

*  sommation  adressée  à  ce  prélat  —  La  Société  des  Amis  de  la  Cons- 
titution ou  club  des  Capucins-— vOéoret  rektif  à  des  érections  et  à 
dea  aappTeisioni4ej[iaioÎMe8  «-Ikuterras  des  administrations  pour 
r^rganisAtioo  de  la  paroisse  cathédrale  ^  l^e  Département  décide 
qu'on  nommera  un  snccessear  à  M.  de  la  Laurencie  —  Premières 
électiona  des  curés  constitutionnels  —  Rareté  des  sujets  —  Dé- 
chéance de  M.  da  la  Laurencie  proaoncée  par  le  Déparlement  — 
BleetioQ  4e  Minée  61  son  arrivée  à  Nantes  —  Sa  demande  de  reculer 
Tépoque  de  sa  pnsa  do  possession  —  Difficultés  que  présentent 
l*in9tallalÎQQ  et  le  eaaintiea  des  curés  élus  dans  les  paroisses  ^  La 
persécution,  cansèqtteaoe  inévitable  de  l'introduction  du  cul.e  cons- 
titutionnel dans  la  Loire-Inférieure. 

L'administration  du  Département  n'avait  pas  attendu  la 
promulgation  du  décret  sur  le  serment,  pour  e:ltiger  le  con- 
cours de  M.  de  la  Laurencie  à  l'application  de  certaines 
dispositions  de  la  Constitution  civile  du  clergé.  Dès  la  fin  de 
novembre,  elle  Tavait  mis  en  demeure  de  prononcer  la  sup- 
pression des  chapitres  et  celle  de  plusieurs  petites  paroisses 
avoisinant  Saint-Pierre,  dont  les  territoires  devaient,  dans  le 
nouveau  plan,  former  la  paroisse  cathédrale. 

Les  chapitres  avaient  été  supprimés  malgré  les  protesta- 
tions de  révoque,  mais  on  n'avait  pu  réussir  à  former  la 
circonscription  cathédrale,  à  raison  de  certaines  formes  de 
procédure  qui  exigeaient  le  concours  du  prélat.  M.  de  la 
Laurencie  était  parti  de  Nantes,  peu  de  jours  €iprès  cette  pre- 
mière mise  en  demeure,  et  Ton  pensait,  qu*aux  termes  de  la 


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EN  1791  395 

loi,  i\  y  avait  Heu  de  la  renouveler  ;  mais  alors  il  n'y  aurait 
plusd'obstacles  à  la  réussitederopération,undéeret  addition- 
nel à  la  Constitution  civile,*  ayant,  en  prévision  du  refus  de 
concours  de  révoque,  autorisé  à  passer  outre,  après  que  ce 
refus  aurait  été  formellement  constatéV  La  suppression  de 
de  ces  petites  paroisses  apparaissait  d'ailleurs  comme  d'autant 
plus  urgente,  qu'aucun  de  leurs  curés  n'ayant  prêté  serment, 
il  n'y  avait,  provisoiremerit,  aucun  moyen  légal  de  fermer 
leurs  églises  ou  d'y  introduire  l'exercice  du  nouveau  culte. 
Déplus,  la  loi  disait  positivement  que  la  paroisse  épiscopale 
devait  être  organisée  avanttoutes  les  autres. 

Le  procureur  syndic  invita  le  District,  par  lettre  du  30  jan- 
vier, à  préparer  sans  délai  le  travail, et,  dès  le  3  février,  cette 
administration,  par  exploit  de  l'huissier  Ruelle,  requérait 
le  concours  de  l'évoque  pour  l'étude  de  la  nouvelle  circons- 
cription, et  lui  notifiait,  le  lendemain,  que  ses  membres  se 
transporteraient,  le  7  février,  à  Tévéché,  à  10  h.  du  tnatih, 
pour  travailler  avec  lui*.  Ce  n'était  que  pour  la  forme  qu'on 
agissait  ainsi,  car  on  savait  parfaitement  que  l'évêque  ne 
se  trouverait  pas  au  rendez-vous.  Au  môme  moment,  un 
membre  du  club  des  amis  de  la  Constitution  séant  aux  Capu- 
cins dénonçait  bien  haut  «  la  conspiration  des  ministres 
d'un  Dieu  de  paix,  qui  voudraient  faire  tomber  les  patriotes 
sous  le  couteau  du  fanatisme,  à  la  lueur  de  l'embrasement 
de  nos  cités*.  »  Le  24  février,  le  Déparlement  enregistrait 
le  travail  du  District,  et  l'envoyait  à  l'Assemblée  nationale 
pour  qu'il  fut  converti  en  loi.  Cinq  des  anciennes  paroisses 
de  la  ville  étaient  conservées  :  Sainte-Croix,  Saint-Nicolas, 
Saint-Similien,  Saint-Clément  et  Saint-Donatien.  Trois  nou- 
velles étaient  formées  :  !•  La  paroisse  épiscopale  de  Saint- 
Pierre  comprenait  le  territoire  de  huit  paroisses  supprimées  : 
Saint -Jean,    Notre-Dame,    la    Collégiale,    Saint-Laurent,  y 

^  Duvergier  Collect.  de  loUt  n*  ^••« 

'Pièces originales.  Délib.du  Districtde  Nantesdu  4 février  17U1  (Arch,  Dép,), 

'  Journal  de  la  Correspondauce  de  Nantesdu  G  février  1791,  p.  77, 


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396  LE   CLERGÉ  DU  DIOCÈSE    DE   NANTES 

Saint-Dénis,  Saint-Vincent,  Saint-Léonard,  Sainte-Radegonde, 
Saint-Saturnin  ;  2°  Notre-Dame,  formée  d'un  démembrement 
des  paroisses  de  Chantenay  et  de  Saint-Nicolas,  avec  siège 
provisoire  à  Téglise  du  Sanitat  et  succursale  à  Téglise  des 
Capucins  de  THermitage  ;  3*  Saint-Jacques,  avec  siège  à 
l'église  des  bénédictins  de  Pirmil  et  succursale  à  la  chapelle 
de  Toussaints.  Les  paroisses  de  Glisson  étaient  également 
remaniées  et  réduites  à  une  seule*. 

Les  églises  des  paroisses  supprimées  furent  fermées  ;  toute- 
fois,pour  organiser  la  paroisse  épiscopale,  il  fallait  un  nouvel 
évoque,  et,  avant  de  le  nommer,  il  fallait  déposséder  de  son 
siège  celui  qui  l'occupait.  Déjà  les  électeurs  des  districts  de 
Nantes  et  de  Paimbœuf  avaient  été  convoqués  pour  le  20 
février,  à  Teffet  d'élire  des  curés  à  la  place  de  ceux  qui  avaient 
refusé  le  serment.  Mais  la  désignation  des  prôtres  asser- 
mentés, c'était  l'histoire  dû  tonneau  des  Danaïdes,  la  liste 
n'était  jamais  romplie  ;  on  avait  beau  faire  des  élections 
elles  étaient  toujours  à  refaire,  et  à  la  fin  de  1792,  il  y  aura 
encore  des  paroisses  que  les  électeurs  n'auront  pu  réussir 
à  pourvoir.  Tantôt  le  môme  prêtre  était  nommé  dans  plu- 
sieursparoisses  par  différents  districts,  tantôt  celui  qui  était 
nommé  ne  voulait  pas  de  la  paroisse  pour  laquelle  on 
l'avait  désigné  ;  souvent  aussi  celui  qui  avait  pris  posses- 
sion de  sa  paroisse  demandait  à  la  quitter,  et,  telle  était  la 
mobilité  de  ce  personnel  assermenté,  qu'il  serait  facile  de 
démontrer,  en  dépouillant  les  trente  procès-verbaux  d'élec- 
tions qui  ont  échappé  à  la  destruction,  qu'à  l'exception  des 
anciens  curés  qui  furent  maintenus  dans  leurs  paroisses  après 
leur  serment  et  des  curés  de  la  ville  de  Nantes,  on  ne  trou- 
verait pas  dix  des  nouveaux  élus  qui  aient  séjourné  six  mois 
mois  dans  les  paroisses  où  ils  avaient  été  envoyés. 


'  Département  24  fémor  1791.  Décret  du  3  mars  Journal  des  Débats  et  des 
décHtSt  N»  637,  p.  U.  Voir  aussi  pour  plus  de  détails  :  M.  Tabbé  Grégoire, 
Etat  du  diocèse  de  Nantes^  et  Semait^  religieuse  du  diocèse  de  Nantei,n*  du 
5  fémer  1887.  Département  Q.  arrêté  du  29  avril  1791. 


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BN  1791  397 

La  certitude  morale  que  M.  de  la  Laurencie  ne  consentirait 
jamais  à  prâter  le  serment  résultait  de  son  attitude,  et  de  la 
publication  de  son  mandement  saisi  le  14  janvier,  mais 
comme  il  continuait  à  ne  pas  donner  de  ses  nouvelles,  et 
qu*il  était  possible  que  la  promulgation  du  décret  relatif  au 
serment  fut  postérieure  à  son  établissement  à  l'étranger,  ce 
qui  eut  augmenté  beaucoup  les  délais,  les  administrateurs 
hésitaient  à  prononcer  officiellement  sa  déchéance  pour 
cause  de  refus  de  serment. 

Le  19  février,  le  procureur-syndic  du  Département  se 
décida  à  exposer  que,  depuis  trois  mois,  le  diocèse,  privé  de 
son  chef,  était  dans  un  état  de  désorganisation  effrayante.  Il 
ajouta  que  la  terreur  et  Tularme  étaient  dans  les  campagnes, 
et  qu'il  était  à  peu  près  certain  que  M.  de  la  Laurencie  était  au 
Lude  et  non  en  Espagne,  comme  le  bruit  en  avait  couru  ;  que, 
par  conséquent,  son  refus  de  serment  était  certain,  et  qu'il 
y  avait  lieu  de  convoquer  les  électeurs  pour  lui  donner  un 
remplaçant. 

Le  Département  admit  ces  conclusions,  et,  le  21  février, 
décida  en  principe  que  les  électeurs  seraient  convoqués  pour 
le  20  mars,  date  qui  fut  peu  après  avancée  d'une  semaine  ; 
afin  aussi  d'avoir  des  renseignements  précis  sur  le  séjour  de 
M.  de  la  Laurencie  au  Lude,  un  membre  du  Département 
reçu  t  la  mission  de  se  rendre  dans  la  Sarthe'.  Il  résulta  de 
Tenquête  que  M.  de  la  Laurencie  avait  séjourné  environ 
six  semaines  au  Lude,  et,  qu*au  milieu  de  janvier,  un  di- 
manche, il  était  sorti  en  voiture  du  parc  du  château  du  Lude 
et  avait  pris  la  direction  de  Tours. 

Une  lettre  du  28  février,  adressée  aux  neuf  districts,  en- 
joignit de  convoquer  les  électeurs  ^ui  devraient  se  trouver 
réunis,  le  13  mars,  dans  la  cathédrale,  afin  d'assister  à  la 
messe,  et  procéder  ensuite  à  l'élection  d'un  évêque. 

Minée,  élu  le  13  mars,  sacré  à  Paris  le  10  avril,  arriva  à 

*  Département.  Délibération  du  24  février  1791,  folios  130  et  142.. 


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398  LE   CLERGÉ    DU    DIOCESE   DE  NANTES 

Nantes  le  15  du  môme  mois  et  vint  demander  lui*mômo  au 
Département  que  la  cérémonie  de  son  installation  fut  reculée 
au  dimanche  de  la  Quasimodo,  i*  mai,  c<  afin,  dit-il^  que  les 
prêtres  réfractaires  ne  prissent  pis  prétexte  de  son  instal- 
lation pour  abandonner  Leurs  fonctions,  ce  qui,  dans  la  quin- 
zaine de  Pâques,  gênerait  extrêmement  le  peuple  et  pourrait 
porter  les  âmes  faibles  et  séduites  à  des  excès  et  compro- 
mettre la  tranquillité  publiqueV  » 

Cette  demande  fut  accueillie  favorablement  par  le  Direc- 
toire, sur  la  proposition  du  procureur-syndic,  qui  fit  con- 
naître en  même  temps  que  M.  Minée,  aussitôt  après  cette 
cérémonie,  s'occuperait  de  la  formation  de  sa  paroisse  épis- 
copale,  de  Torganisation  des  paroisses  nouvelles  à  établir 
à  Nantes^  et  conférerait  Tinstitution  canonique  aux  curés 
élus.  Alors^  ajouta-t-il,  il  n'y  aura  plus  de  raison  pour  que 
les  municipalités  tardent  à  installer  les  curés  qui  leur  ont 
été  attribués  par  les  électeurs,  et,  «  si  le  clergé  était  assez 
téméraire  pour  méditer  une  coupable  résistance,  la  loi  dé- 
ploierait alors  toute  sa  rigueur*.  » 

Les  dépositaires  de  Tautorité  croient  volontiers  que  la  force 
triomphe  de  toutes  les  résistances.  Parce  qu'ils  avaient  aisé- 
ment dépossédé  M.  de  la  Laurencie  de  son  siège^  et  l'avaient 
remplacé  par  Minée,  les  administrateurs  de  la  Loire-Infé- 
rieure s'imaginaient  qu'ils  réussiraient  à  imposer  aux  pa- 
roisses rurales  des  prêtres  constitutionnels  à  la  place  de 
leurs  anciens  curés.  La  situation  pourtant  était  bien  diffé- 
rente :  M.  de  la  Laurencie  avait  quitté  volontairement  son 
diocèse,  et  Minée  avait  été  reçu  et  intronisé  dans  une  grande 
ville  où  les  partisans  des  idées  révolutionnaires  étaient  nom- 
breux et  puissants  ;  dans  les  campagnes,  au  contraire,  il 
faudrait  déposséder  des  prêtres  aimés  et  estimés,  qu'aucune 
loi  n'avait  privés  du  droit  d'habiter  leurs  anciennes  paroisses, 


'  Département.  L.  17  avril  1791,  f«  65 
>  Eod.,  27  avril  17»l.  (•  86. 


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EN  1791  399 

et  ceux,  qu'on  devait  bientôt  nommer  des  intrus,  y  arri- 
veraientdéconsidérés  d'avance  aux  yeux  de  populations  sin- 
cèrement catholiques,  et,  par  conséquent,  hostiles  aux 
nouveaux  arrivants. 

Il  est  évident  que  les  administrateurs  ne  se  doutaient  pas 
à  ce  moment  des  difficultés  qui  allaient  surgir  de  tous  les 
côtés.  Ce  sera  d'abord  la  pénurie  des  assermentés,  parfois 
leur  indignité  manifeste,  souvent  la  résistance  des  parois- 
siens à  les  recevoir  et  à  les  conserver  au  milieu  d*eux,  mais 
ce  sera  surtout  la  nécessité  à  laquelle  on  sera  amené  d'in- 
terdire Texorcice  du  culte  aux  prêtres  réfractaires.  Dans  la 
voie  de  la  persécution  la  pente  est  rapide^  il  est  rare  que  les 
lois  suffisent  aux  besoins  du  moment,  l'arbitraire  intervient 
toujours,  et  il  marche  devant  les  lois>  que  Ton  fait  de  plus  en 
plus  sévères,  pour  consacrer  ses  premiers  actes.  On  croira 
suffisant  d'éloigner  les  prôtres  de  leurs  anciennes  paroisses, 
et  Ton  s'apercevra  que,  partout  où  ils  vont,  ils  sont  respectés, 
entourés  et  sollicités  d'exercer  leur  ministère.  Les  mesures 
deviendront  progressivement  plus  restrictives  de  leur  liberté, 
jusqu'au  moment  où  la  loi  de  la  déportation  n'ayant  pas 
réussi  à  débarrasser  complètement,  comme  on  Tespérait,  le 
territoire  français  de  tous  les  prôtres  non  assermentés^  on  les 
fera  mourir  sur   Téchafaud. 

Comme  on  le  verra,  dans  les  chapitres  qui  vont  suivn\ 
l'histoire  du  diocèse  de  Nantes  à  partir  du  mois  de  mai  1791. 
n'est  pas  autre  chose  que  Thistoire  de  la  persécution  exercée 
contre  les  prêtres  fidèles  et  soufferte  par  eux  avec  un  admi- 
rable courage. 


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400  LE   CLEIIOÉ  DU  DIOGKSE   DE  NANTES 


*  CHAPITRE   III 

GoQtinuatioa  de  rezercice  da  culte  par  les  prêtres  non  assermentés*  — 
Des  suppressions  de  traitements  —  Opinion  de  Mirabeau.  —  Pour- 
suites exercées  contre  les  prêtres  depuis  le  commencement  de  l'année 
479i«  — •  Affaire  du  curé  de  Gasson,  —  Interdiction  aux  prêtres  non 
assermentés  de  desservir  les  chapelles  et  prieurés.  -^  Le  serment 
imposé  arbitrairement  aux  prêtres  de  chœur  de  Sainte-Groix.  — 
Attaques  violentes^  haineuses^  etinconyenantes  du  journal  La  Chro- 
nique de  la  Lçire-Inférieure  contre  le  clergé  fidèle.  —  Saisie 
dans  le  couvent  des  Saintes-Glaires  de  brochures  contraires  à  la  Gong- 
titution  civile. —  De  la  conduite  tenue  en  cette  occasion  parles  diverses 
administrations. 

Jusqu'aux  premiers  Jours  de  mai,  les  prêtres  de  la  Loire- 
Inférieure,  qu'ils  eussent  ou  non  prêté  le  serment,  avaient 
continué,  comme  par  le  passé,  rexercice  du  culte,  mais 
cette  période  de  tolérance  provisoire  n'avait  pas  été  exempte 
de  tracasseries  pour  ceux  qui  étaient  .soupçonnés  d'hostilité 
à  l'église  constitutionnelle.  Le  Département  avait  continué 
de  refuser  arbitrairement  le  traitement  à  ceux  qui  avaient 
signé  V  Adresse  à  F  Assemblée  nationale,  et  des  poursuites  sans 
raisons  sérieuses  avaient  été  exercées  contre  certains  autres. 

La  suppression  du  traitement  de  ces  prêtres  n'avait  pas 
grande  importance,  parce  que  les  traitements  en  argent,  ou 
plutôt  en  assignats,  ne  devaient  commencer  à  courir  que  du 
1»'  janvier  1791,  et  surtout  parce  que  l'on  éleva  la  prétention, 
un  peu  plus  lard,  de  cesser  de  rétribuer  tous  les  prêtres  qui 
n'avaient  pas  prêté  serment.  Le  décret  du  8  février  1791*  qui 

'  Duvergier,    Coll.  de   fois,  II.  197. 


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EN  1791  401 

avait  attribué  une  pension  de  cinq  cents  livres  aux  prôlres 
remp^acés  ne  fut  jamais  qu'un  leurre.  «  Déduction  faite  du 
quart  pour  le  tion  patriotique,  du  prorata  des  contributions 
et  répartions,  cette  pension  se  réduisait  à  rien,  ce  qui  fit  que 
le  plus  grand  nombre  ne  daigna  pas  môme  en  faire  la  de- 
mande'. »  Aussi  Mirabeau  disait-ii  avec  beaucoup  de  raison  : 
«  Nous  nous  occupons  prodigieusement  trop  du  clergé,  nous 
ne  devrions  nous  occuper  d'autre  chose  dans  ce  moment  que 
de  lui  faire  payer  ses  pensions  et  de  le  laisser  dormir  en 
paix*.  » 

Dos  poursuites  avaient  été  exercées  contre  le  curé  de  Saint- 
Donatien  et  M.  Gely,  diacre  de  Saint-Léonard,  pour  avoir 
catéchisé  des  enfants  «  dans  un  sens  oppposé  à  l'exécution 
des  décrets  (6  janv.  1791);  contre  MM.  Ollivier  frères,  Tun 
curé,  l'autre  vicaire  de  Sautron  ;  sur  le  bruit  qu'ils  avaient 
déclaré,  le  16 janvier,  qu'ils  ne  prêteraient  pas  serment,  la  cure' 
fut,  le  21,  envahie  par  un  piquet  de  gardes  nationales  ;  une 
visite  domiciliaire  eut  lieu,  et  ils  furent  décrétés  de  prise  de 
Corps  ;  an  long  mémoire  signé  d'un  homme  de  loi  fut  rédigé 
pour  démontrer  l'absurdité  et  l'illégalité  de  cette  arrestation; 
contre  MM.  Fournier  et  Cassard,  curé  et  vicaire  de  Basse- 
Goulaine.  Le  District  avait  donné  tort  au  maire,  qui  les  avait 
sans  raison  sommés  en  public  de  prêter  le  serment',  et 
Ton  n'en  instruisit  pas  moins  contre  eux.  MM.  Bertho,  curé 
du  Pont-Saint-Martin,  et  son  vicaire  M.  Crabil,  M.  Léaulé, 
vieaire  de  Saint-Aignan»  furent  aussi  l'objet  de  poursuites 
pour  des  faits  toalogues.  Il  est  probable  que  si  les  dossiers 
des  huit  autres  tribunaux  du  département  avaient  été  con- 
servés, comme  l'ont  été  ceux  du  district  de  Nantes,  on  trouve- 
rait les  traces  de  beaucoup  de  poursuites  semblables\  Ces 


*  Manuscrit  d«  M.  Chevalier,  caré  de  Sainte-Lamiiie,  sar  la  Bévolulioné 
s  Journal  du  Débats  du  2  mars  4791. 
,  '  Dist.  de  Nantes,  14  janT.  I79J . 
^  Dossiers  du  trib.  de  district  de  Nantes    (Arch.  du  greâe.) 

X.   IV.   —  NOTICES.   —  IV*  ANNÉE,   4«  UV.  27 


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402  LE  CLERGÉ   DU   DIOCÈSE   DE   NANTES 

instructions,  n'aboutirent  pas  faute  de  preuves,  ou  plutôt 
faute  de  textes  de  lois  qui  s'appliquassent  aux  faits  in- 
criminés. 

Le  curé  de  Casson